[CEH] Maurras, L’Action Française et les Princes, par Axel Tisserand. Partie 1 : Le fusionnisme maurrassien

Maurras, L’Action Française et les Princes

 Par Axel Tisserand

Pour Maurras, qui n’est pas né royaliste, comme il aime à le rappeler, notamment dans la préface à ses souvenirs intitulés Au Signe de Flore, le recours à la monarchie comme nécessité institutionnelle pour préserver à la fois l’indépendance de l’État au-dessus des factions et la souveraineté du pays par rapport à l’étranger — le Roi empereur en son royaume — ne saurait évidemment courir le reproche de reproduire ce qui précisément est le défaut principal de la République, à savoir le choix toujours incertain de celui qui tient lieu de souverain. S’il y a nécessité d’un souverain, qui est, comme le nom latin l’indique, superanus, tout au-dessus au plan humain, reconnaissant lui-même une transcendance, alors ce souverain doit échapper à la compétition. Le Roi n’a donc pas à être choisi. Il est parce qu’il est là, à sa place, désigné par la triple légitimité historique, familiale ou dynastique et nationale. Légitimité historique en tant qu’il appartient à la lignée de ces quarante rois qui n’ont cessé de servir le pays tout simplement en faisant le pays en 1000 ans, familiale ou dynastique, en étant qu’il est celui que les règles désignent, nationale, en tant qu’il appartient à une lignée toujours restée française.

Pour Maurras il ne convient pas de confondre les moyens avec la fin. Comme il l’écrit lui-même dans un article de 1941 de L’AF (L’Action Française, 4 juillet 1941) :

« Ce que l’on est convenu d’appeler la loi salique a été faite pour une fin, par un moyen. La fin était d’éloigner de la couronne de France toute tête étrangère. Le moyen était d’assurer la succession de mâle en mâle par ordre de primogéniture. D’où il résultait que les mâles qui étaient allés régner à l’étranger, étant devenus étrangers s’excluaient naturellement de toute la série.

Comment peut-on dans ces conditions rêver de légitimité française au profit de princes espagnols ou italiens ? Le droit national leur est refusé par définition. C’est la question préalable que rien ne dispense de poser chaque fois que l’on essaie d’introduire un débat sur ce sujet où doit seul compter l’esprit des lois, leur sens national, leur défense essentielle contre ce qui n’est pas national. »

On aura compris que pour Maurras, qui définit la monarchie comme le nationalisme intégral, des trois légitimités, c’est la légitimité nationale qui prédomine :

« Personne n’a porté plus haut que nous l’estime et l’admiration pour la politique bourbonienne conduite en Espagne et en Italie, qui tendait à faire un lac français de cette Méditerranée dont la Révolution et l’Empire ont fait un lac anglais. Il serait ridicule d’admettre qu’un ricochet final de cette haute politique eût pour effet d’atteindre ou de meurtrir, de Parme ou de Madrid, le principe de la succession à Paris ! »

Et de rappeler encore dans L’Action Française du 29 mars 1926, à propos de la mort du duc d’Orléans :

« [La doctrine monarchique]dispose de tout à l’avance, dans un ordre que les siècles n’ont pas altéré. L’antique loi salique, l’arrêt nationaliste du quatorzième siècle se retrouvent tels quels dans la Constitution de 1791, qui maintenait encore, au fort de la Révolution, un principe de cohérence, de continuité et d’autorité : « La royauté », dit-elle, « est indivisible et déléguée héréditairement à la race régnante, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, à l’exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance… »

La loi salique considérée comme un « arrêt nationaliste » au sens juridique du mot « arrêt » : tel est le fond de la pensée de Maurras. Aussi récuse-t-il tout juridisme, c’est-à-dire l’autojustification du droit, celui-ci pouvant devenir le lieu privilégié des arguments sophistiques :

« Tenons-nous à la grande vérité de l’Histoire politique. Elle est écrite en caractères aveuglants. Le comte de Chambord n’en doutait pas lorsqu’après avoir reçu les jeunes fils du duc d’Orléans, il écrivit que « la Maison de France » était « réconciliée » ou lorsqu’il ordonna de recevoir « Paris » comme un dauphin de France. Dépositaire de la tradition de sa race, il savait en quel rang les premiers princes du sang venaient les Orléans, immédiatement après les Bourbons, tant sous l’ancien régime qu’à la Restauration : il ne se reconnaissait pas le droit d’y rien changer.

En 1883, devant le cercueil de ce noble prince, les fils aînés des plus vieilles familles françaises, conduites par des hommes comme La Tour du Pin ou de Mun, se rallièrent au principe de cet ordre toujours vivant. Si le bon sens et la raison parlaient moins haut, la tradition suffirait donc à en décider. »

Celui qu’on présente donc à tort comme un positiviste, alors qu’il n’a cherché chez Auguste Comte qu’une méthodologie et nullement une religion, convient donc que l’argumentation juridique doit reposer, pour rester dans son ordre, sur sa finalité. Le droit ne se justifie pas par lui-même : il a un objet, sous peine de se contredire ou de justifier un objet vidé de son contenu. Cet objet c’est l’indépendance de la patrie, plus précieux des biens au temporel. Et même si les trois dimensions de la perception du fait politique sont ici en accord à ses yeux, toutefois, la tradition est au-dessus du bon sens et de la raison dans ce qu’ils pourraient avoir de déconnecté de la transmission nationale.

Qu’entendre en effet par tradition, qu’on sait de plus critique chez Maurras ? Précisément la vie même de la nation passant de génération en génération, sa perpétuation à travers les siècles qu’il convient de préserver à travers celle de la famille royale, même en suspension de trône.

Comment dès lors justifier le règne de Louis-Philippe ? Le lieutenant-général du royaume en devenant Roi des Français n’a-t-il pas de ce fait brisé cette tradition au sens où nous venons de la définir ? Maurras pose lui-même l’objection :

« Si la légitimité du duc de Bordeaux est sûre, l’usurpation de Louis-Philippe ne l’est pas. Si, comme je le crois (et rien n’est plus sûr), Henri V était le roi légitime, comme celui qui régnerait à sa place n’était-il pas usurpateur ? »

Il y assurément un péché originel de la monarchie louis-philipparde : en ayant « l’immense malheur de ne « pouvoir » rallier à lui tous les bons éléments du pays : clergé, grande et petite noblesse, familles fidèles de toutes conditions et de tous métiers, ce qui faisait peut-être le plus solide du composé français (…) sa « politique de résistance » dut s’appuyer sur le conservatisme souvent aveugle et avide de classes ou l’intérêt commercial et financier prévalait avec dureté, et sa « politique de mouvementé était sans cesse menacée des entraînements le plus dangereux par les partis révolutionnaires. Neuf fois sur dix, Louis-Philippe dut gouverner contre son parti. », le terme de parti indiquant bien, du reste, que Louis-Philippe avait été l’homme d’une faction.

Et pourtant, Maurras refuse de voir en Louis-Philippe un usurpateur comme l’a été Napoléon Ier :

« Le droit dynastique était incontestablement avec le Duc de Bordeaux, les forces légitimistes françaises lui appartenaient à coup sûr. Cela veut-il dire que Louis-Philippe ait été un usurpateur ? C’est ce que j’ai déclaré plus que douteux à mon sens. Car, nommé Lieutenant-général du royaume par le vieux roi Charles X ? Louis-Philippe conçut tout aussitôt sa tâche comme celle d’un Régent, et l’on a le malheur d’ignorer une démarche que trop peu d’historiens mentionnent, dont trop peu avouent l’importance : on ne sait pas qu’il demanda au roi de France en fuite de bien vouloir lui confier la personne du jeune Henri V, (…) que le vieux roi inclinait à accepter l’offre d’un Prince qu’il estimait, qu’il y eut une opposition radicale, absolue et décisive de la part de la mère du jeune roi, et que Madame la Duchesse de Berry l’emporta de toute la fougue de sa jeunesse, de sa volonté et de sa passion. »

Aussi est-ce cette sincérité de la démarche de Louis-Philippe, en quelque sorte Roi des Français malgré lui et à défaut du Roi de France en exil puis de son petit-fils, qui, aux yeux de Maurras, fait échapper Louis-Philippe au qualificatif d’usurpateur.

« (…) Comment pas se dire que la démarche du lieutenant-général était sincère, que Charles X avait raison de la tenir pour telle, et que si elle eût réussi, l’histoire aurait eu à admirer, au XIXe siècle, une régence aussi belle, aussi vertueuse, forte et fidèle, que la régence du XVIIIe siècle avait peu mérité ces qualifications.

Le règne fut illégitime. Mais il ne fut pas usurpé, puisque le souverain légitime était en fuite que la révolution, maîtresse de Paris, devait être matée, matée à tout prix, comme la France sauvée, sauvée à tout prix. »

Intéressante distinction que celle entre illégitimité et usurpation. Illégitime au sens strict du droit, Louis-Philippe l’était en tant que roi des Français, et non pas en tant que lieutenant-général ou que régent. Usurpateur, il ne l’a jamais été du fait qu’il conçut son règne avant tout précisément comme une régence, ce que la réconciliation de 1883 entre les deux branches prouve historiquement à ses yeux. Là encore, la finalité gouverne les moyens :

« Puisque le souverain légitime était en fuite que la révolution, maîtresse de Paris, devait être matée, matée à tout prix, comme la France sauvée, sauvée à tout prix ».

Si la loi salique fut évidemment bafouée de 1830 à 1848, il n’en reste pas moins que celle-ci a été mise entre parenthèses par nécessité historique à partir du moment où l’abdication de Charles X et l’impossibilité où était le dauphin légitime, à savoir Henri V, son petit-fils, d’accéder au trône, il restait à assurer « à tout prix » la survie de la nation, qui est l’objet même d’une loi salique qui n’aurait sinon plus aucun sens. On a rappelé que la tradition chez Maurras est critique. Celle de la loi salique a été passée au crible de l’urgence nationale, qui commandait à Louis-Philippe d’être là et d’y rester. Il n’en reste pas moins que, comme Maurras le précise dans sa Politique du 29 septembre 1920, où Maurras informe ses lecteurs que le duc d’Orléans, « Philippe VII », a donné « l’ordre de faire célébrer à Paris, dans la paroisse des rois de France, le centenaire de la naissance du duc de Bordeaux », Maurras tient à rappeler que :

« Le gouvernement de Juillet, qui eût pu faire une si belle Régence, était déjà une erreur. Le second Empire et la seconde République étaient d’autres erreurs plus fortes. La troisième République en était une nouvelle. Nous avons payé et nous payons encore tout cela. »

Et de rappeler le programme salvateur du comte de Chambord, tel qu’il apparaissait notamment dans la lettre de Henri V au général de Saint-Priest :

« Un pouvoir fondé sur l’hérédité monarchique, respecté dans son principe et dans son action, sans faiblesse comme sans arbitraire ; le gouvernement représentatif dans sa puissante vitalité ; les dépenses publiques sérieusement contrôlées ; le règne des lois, le libre accès de chacun aux emplois et aux honneurs, la liberté religieuse et la liberté civile conservée et hors d’atteinte ; la propriété foncière rendue à la liberté et à l’indépendance par la diminution des charges qui pèsent sur elle ; l’agriculture, le commerce et l’industrie constamment encouragés, et au-dessus de tout cela une grande chose : l’honnêteté, qui n’est pas moins une obligation dans la vie publique que dans la vie privée. L’honnêteté qui fait la valeur morale des États comme des particuliers. »

Pour Maurras, l’échec du comte de Chambord à monter sur le trône et à rétablir la monarchie à la fois traditionnelle, moderne et populaire — ces trois éléments se complétant à ses yeux — prouve bien que les qualités qui font le politicien républicain ne sont pas celles qui font le grand roi.

Aussi l’important à ses yeux est-il l’absence de solution de continuité : les Orléans ont recueilli un héritage que l’exilé de Frohsdorf avait maintenu intact. Il va jusqu’à parler de « fusion », comme pour bien insister sur la permanence, la transmission intégrale — un terme maurrassien que nous employons à dessein — de la tradition monarchique de la branche aînée, éteinte, à la branche cadette.

« On ne dira jamais avec quelle piété exacte, scrupuleuse, le comte de Paris a su recueillir à la mort du comte de Chambord cette tradition de la monarchie légitime, de sa raison, de son droit et de sa doctrine. Les témoins et les confidents de ce règne en exil, si appliqué et si laborieux, admirèrent surtout combien la sociologie du comte de Paris, si haute et si sagace, tendit de plus en plus à vérifier les voies de son auguste prédécesseur. La fusion qui s’accomplissait de la sorte était la vraie ; celle des idées, celle de l’esprit. L’esprit qui avait construit la France, les idées capables de la relever. »

Et de s’écrier, dans son article de L’AF sur la mort de Ferdinand d’Orléans, duc d’Alençon, le 29 juin 1910 :

« À moi, Nemours ! À moi d’Aumale ! À moi Joinville !

Certes, c’eût été beau, ce cri dans notre ville…

Aux vieux vers de Musset (Alfred de Musset, Le Treize Juillet, pour la mort du duc Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, en 1842), répondaient le regard enthousiaste du comte de Chambord à la vue de cette gerbe de jeunes princes, la plus belle et la plus brillante d’Europe, et qui eût assuré à la vie nationale de jeunes chefs résolus, audacieux et sages, menant tous nos progrès dans l’ordre de leur Roi ! »

 Et d’évoquer dans un article du 4 avril 1926 où il revient sur la mort du duc d’Orléans :

« Ces fusionnistes ardents, dignes des « politiques » auxquels Henri IV a dû sa couronne, qui, pendant un quart de siècle, travaillèrent à réconcilier Bourbon et Orléans et qui virent enfin l’effort couronné. La question du drapeau soulevée plus tard reste un malentendu d’origine parlementaire. « Je n’ai pas été compris », disait le comte de Chambord au marquis de la Tour du Pin, qui l’a raconté. »

Du reste, c’est précisément à la mort de « Philippe VIII » que Maurras tient à insister sur les différents aspects de cette fusion. Il faut savoir que le duc d’Orléans était le cadet d’un an de Maurras, qui trouvait dans ce prétendant un homme de son exacte génération : lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois en 1902 à Gênes, ils ont respectivement 34 et 33 ans : ce sont donc deux hommes jeunes et pleins d’énergie pour la lutte à mener, d’autant que les événements ont déjà montré, en dépit de l’exil qui frappe les aînés de la famille de France, l’intérêt du duc d’Orléans pour la chose publique. Avant même son engagement dans l’affaire Dreyfus pour défendre l’armée, n’a-t-il pas fait quatre mois de prison et mérité le surnom populaire de Prince Gamelle pour avoir voulu faire son service militaire comme tout jeune Français en dépit de la loi d’exil ? C’était en 1890. Il est intéressant de noter que Maurras n’est pas encore monarchiste, il pense à l’époque que la monarchie est terminée — il la qualifie même de « cadavre » dans une lettre à l’abbé Penon, à l’occasion du Ralliement — mais cette provocation, conforme aux yeux du jeune Maurras à la légitimité historique du jeune Prince, suscite alors son admiration. Cette légitimité historique, aux yeux de Maurras, le duc d’Orléans la conformera encore lorsqu’au début de la guerre, en août 1914, le Prince demande à servir dans l’armée française : après avoir essuyé le refus de Viviani, il essuie également celui des souverains belges et anglais, à la demande secrète de la république française, ce qui fait écrire à Maurras que l’Union sacrée est en un seul sens. Aussi se consacra-t-il au soin des blessés.

Bref, en dépit de quelques brouilles au début de la naissance du quotidien L’Action Française entre la jeune équipe et celle, plus vénérable, qui entourait le duc d’Orléans, c’est une véritable amitié politique et intellectuelle qui unissait Maurras au prince. L’historienne spécialiste de la famille d’Orléans qu’est Dominique Paoli ajoute dans son article « Les Princes de Maurras » paru dans le Cahier de l’Herne consacré à Maurras : « Au fil des années et de leur correspondance, on voit chez le Prince s’ajouter l’affection à l’admiration ». Du reste, c’est la formule du duc d’Orléans, « Tout ce qui est national est nôtre », formule de janvier 1900, que reprend le journal, formule qui non seulement résume le « nationalisme intégral » qu’est la monarchie aux yeux de Maurras mais encore justifie cette finalité historique que Maurras assigne à la loi salique.

Or sur quoi insiste Maurras dans l’article qu’il écrit dans L’AF du 29 mars 1926 sur la mort du duc d’Orléans ?

« Nous ne nous lassons pas de le répéter, Henri V, comte de Chambord, avait restitué les principes sans lesquels rien n’eût pu renaître. Philippe VII, comte de Paris, adaptant ses principes aux nécessités administratives et sociales du jour, les avait ainsi dégagés de tout archaïsme. Mais le duc d’Orléans, mais Philippe VIII, mais « Philippe », comme nous disions, fort des idées, fort des doctrines de ses prédécesseurs, s’était engagé, pour sa part, bien au-delà : il était dans le vif des actions et des réactions nationales le plus confuses. (…) De 1894 à 1926 on peut dire qu’une partie de la haute société parisienne s’est ralliée à la République, mais on peut dire aussi que, dans le même laps de temps, une partie considérable du gros peuple et de la petite bourgeoisie, autrefois républicaine, a viré de bord et mis le cap sur la monarchie. (…) sa politique n’a pas varié d’un iota (…) avant tout traditionaliste et légitimiste. (…) »

Aussi commettrait-on une grave erreur en voyant dans la fidélité de Maurras aux Bourbon-Orléans une quelconque preuve d’orléanisme, dans ce que ce concept peut avoir d’idéologique. On l’a vu lorsqu’il regrette que le « parti » de Louis-Philippe ait si souvent mis des bâtons dans les roues du roi des Français. On le voit encore non seulement dans sa célébration de la politique sociale du comte de Chambord, telle qu’elle apparaît dans la Lettre de celui-ci Sur les ouvriers du 20 avril 1865, mais également dans l’article qu’il consacre dans la Revue d’Action Française, le 2 février 1901, à la mort du duc Albert de Broglie (né en 1821), chef orléaniste bien connu de la IIIe République, descendant lui-même d’une dynastie orléaniste qui a traversé tout le XIXe siècle. Or dans cet article, Maurras, précisément, « exécute le principe consubstantiel de l’Orléanisme : l’alliance de la Couronne et de la Révolution »[1]

À suivre…

Axel Tisserand
Professeur agrégé de lettres classiques,

Docteur de l’École pratique des hautes études en sciences religieuses


[1] Introduction au texte sur http://maurras.net/textes/96.html


Publication originale : Axel Tisserand, « Maurras, L’Action Française et les Princes », dans Collectif, Actes de la XXe session du Centre d’Études Historiques (11 au 14 juillet 2013) : Les Bourbons et le XXe siècle, CEH, Neuves-Maisons, 2014, p. 251-268.

Consulter les autres articles de l’ouvrage :

Préface, par Monseigneur le Duc d’Anjou (p. 5-6).

Avant-propos, par Jean-Christian Pinot (p. 7-8).

« Naples et Rome, obstacles à l’unité politique de l’Italie », par Yves-Marie Bercé (p. 13-26).

« Le roi Juan Carlos et les Bourbons d’Espagne », par Jordi Cana (p. 27-35).

« Deux décennies de commémorations capétiennes : 1987, 1989, 1993, 2004, etc. », par Jacques Charles-Gaffiot (p. 37-49).

« L’abrogation de la loi d’exil dans les débats parlementaires en 1950 », par Laurent Chéron (p. 51-67)

► « De Gaulle et les Capétiens », par Paul-Marie Coûteaux (p. 69-97) :

« De Chateaubriand à Cattaui : Bourbons oubliés, Bourbons retrouvés », par Daniel de Montplaisir (p. 99-108).

►  « Les relations Église-État en Espagne de 1814 à nos jours », par Guillaume de Thieulloy (p. 109-124) :

► « Autour du livre Zita, portrait intime d’une impératrice », par l’abbé Cyrille Debris (p. 125-136) :

► « La mission Sixte : la tentative de paix de l’Empereur Charles Ier », par le Pr. Tamara Griesser-Pecar (p. 137-157) :

► « Les stratégies matrimoniales », par le Pr. Philippe Lavaux (p. 159-170) :

« Les Bourbons dans les Carnets du cardinal Baudrillart », par le père Augustin Pic (p. 171-188).

« Un Roi pour le XXIe siècle », par Philippe Pichot-Bravard (p. 189-196).

« Le Prince Sixte : la nationalité des descendants de Philippe V et la succession de France », par Jean-Christian Pinot (p. 197-206).

« Les entrevues de 1931 entre Jacques Ier et Alphonse XIII ainsi que tout ce qui s’en suivit », par le baron Hervé Pinoteau (p. 207-218).

« Le carlisme : fin et suite », par le Dr Jean-Yves Pons (p. 219-230).

« Le Prince Xavier de Bourbon-Parme, du premier conflit mondial à Dachau, de la France à l’Espagne », par le Dr Jean-Yves Pons (p. 231-238).

« Les Bourbons à Versailles au XXe siècle », par Vivien Richard (p. 239-250).

« Maurras, L’Action Française et les Princes », par Axel Tisserand (p. 251-268) :

  • Partie 1 : Le fusionnisme maurrassien
  • Partie 2 : Les trois devoirs des royalistes

Consulter les articles de la session précédente :

Articles de la XVIIIe session (7 au 10 juillet 2011) : 1661, la prise de pouvoir par Louis XIV

4 réflexions sur “[CEH] Maurras, L’Action Française et les Princes, par Axel Tisserand. Partie 1 : Le fusionnisme maurrassien

  • 15 juin 2021 à 19h02
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    Pour une fois je ne trouve pas de point de désaccord important avec Axel Tisserand, et le Maurras qu’il cite est le vrai Maurras et pas « un autre ». Les arguments fusionnistes sont à mon sens, décisifs. Je mettrai cependant un tout petit bémol sur un sujet quelque peu futile: la sincérité de Louis-Philippe, pour Maurras, lorsqu’il se voit proposer la Lieutenance générale du royaume. L’étude de la chronologie des évènements, les lettres et les paroles du Duc d’Orléans laissent peu de doute, à mon sens, sur les intentions réelles de Louis-Philippe, qui était de déposséder la branche légitime. Il était sensible à son entourage proche: sa soeur Adélaïde, son mauvais génie, mais aussi son fils Ferdinand Philippe, qui écrivait peu de temps avant sa mort: « Quoiqu’il arrive, je serai toujours le serviteur passionné, intransigeant, de la France et de la Révolution ». Et n’oublions pas Aumale, qui se déclarait républicain à l’occasion. Cela dit, après 1848, Louis-Philippe, isolé en exil et ne subissant plus les pressions de ses proches, donnera à ses enfants le conseil de se rallier à la conception traditionnelle de la monarchie. S’il avait été suivi, la fusion aurait eu lieu en 1848 et non en 1883. Si elle ne se réalisa pas, c’est à cause des rancunes accumulées de part et d’autre, dans la mesure où chaque mot prononcé évoquait un affront, une mesquinerie, une injustice. Je citerai un exemple: Louis-Philippe fut l’objet de vingt-quatre tentatives d’assassinat, toutes sauf une, (qui n’en était pas une, mais d’enlèvement), fomentées par les républicains. Il n’empêche que chaque fois, sur les conseils d’Adélaïde, le ministère dirigea la police vers les légitimistes, au mépris du succès de l’enquête.

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    • 16 juin 2021 à 22h53
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      Je partage une grande partie de votre propos sur l’entourage du Roi Bourgeois. J’ajoute quelques éléments dont quelques-uns aboutissent à me faire plus que douter de la sincérité du ralliement de Louis-Philippe après 1848. D’abord, les lettres et les paroles de Ferdinand-Philippe sont effectivement terribles, il faut aussi y ajouter ses mémoires. Celles-ci se terminent début août 1830 et n’ont pas été poursuivies ensuite. Elles révèlent un prince ennemi de sa race, ennemi de la tradition, ennemi de la religion catholique, animé par les pires sentiments révolutionnaires, ingrat, insultant pour les princes de la branche aînée et totalement acquis au libéralisme. On comprend mieux, après une telle lecture, pourquoi ce prince – marié à une protestante dans des conditions qui rendent la validité canonique de cette union plus que douteuse, avec toutes les conséquences que cela entraine pour la légitimité de la descendance – a pu bénéficier de l’indulgence intéressée de tout ce que la France a pu compter d’écrivains, d’historiens et de politiciens libéraux, FM ou intoxiqués d’une autre manière par les idées de la révolution. Sur le ralliement de Louis-Philippe, je le crois plus tactique que sincère. Il savait parfaitement que, après Henri V, venait la branche issue de Philippe, Duc d’Anjou et, depuis, cinquième de ce nom, Roi d’Espagne. Non seulement il le savait parfaitement (comme plusieurs de ses textes le démontrent), mais il savait aussi parfaitement quels étaient les sentiments de Louis XVIII et de Charles X à ce sujet. Lui-même savait ce que valent les renonciations et les traités, mais il savait aussi parfaitement qu’aucune Loi Fondamentale ne concernait le vice de prérégrinité puisque lui-même prévoyait – à l’époque de son mariage avec Marie-Amélie – de s’établir dans le royaume de Sicile et d’y maintenir sa résidence même en cas de restauration de la royauté légitime en France, comme on peut le lire dans la biographie que lui consacre Guy Antonetti chez Fayard :

      « À vingt-sept ans, Marie-Amélie était au comble de l’allégresse ; enfin elle se mariait ! Elle avait cru rester vieille fille. Certes, elle épousait un prince sans couronne et sans fortune, mais elle le connaissait et elle l’estimait. Et puis ce mariage ne l’éloignerait pas de sa famille et de son pays, puisqu’il était alors convenu que le ménage resterait à la cour de Sicile. Louis-Philippe avait fait valoir auprès de ses beaux-parents que « les événements de la Révolution avaient créé des animosités irréconciliables » et que par conséquent, même si le roi rentrait en France, ‘’la position qu’il y trouverait ne serait pas tenable pour lui’’, et il préférerait ne pas y retourner, mais rester en Sicile : tout en gardant ses droits à la couronne de France, il ferait de la Sicile ‘’une seconde patrie’’. ».

      Sa volonté de fusion devait avoir pour but de se garantir contre l’application des Lois Fondamentales du Royaume qui – à l’époque – appelaient les princes carlistes à la succession d’Henri V. Ce point est confirmé par le souci d’une inconvenance incroyable qu’eurent les fils de Louis-Philippe, en 1852, lorsqu’ils envoyèrent Philippe de Rohan-Chabot, comte de Jarnac, en « ambassade » auprès du Comte de Chambord, en lui donnant l’instruction suivante : « Dans le cas où une disposition à rentrer sur-le-champ dans des relations intimes et amicales se manifesterait à Frohsdorf peut-être aurait-il lieu de s’assurer si quelque engagement plus ou moins explicite a pu être pris à l’égard de M. le comte de Montemolin et de rappeler avec la réserve et la mesure convenables, les difficultés auxquelles des engagements pareils pourraient donner lieu plus tard. » Notons que les autres instructions montrent que les d’Orléans – Aumale et Nemours essentiellement – concevaient la fusion comme la capitulation d’Henri V devant les principes impurs de l’orléanisme.

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      • 17 juin 2021 à 11h16
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        Vous doutez de la sincérité de Louis-Philippe dans sa lettre de 1849, et vous estimez que sa position est seulement tactique. Je ne partage pas cet avis. A ce moment-là, c’est un homme brisé, qui a parfaitement compris que la conciliation de la monarchie et de la révolution est illusoire et que cet espoir est un échec total. Il n’y a à ce moment aucune possibilité, non seulement de restauration des Bourbons de l’une ou l’autre branche, mais même de constitution d’une force monarchiste. Il écrit donc à ses enfants de faire de la force autour de la tradition royale et française. Je ne suis pas d’accord non plus sur ce que vous dites être l’opinion d’Aumale et Nemours à l’égard de la fusion: une capitulation devant l’orléanisme. D’abord Aumale n’a pas du tout apprécié la fusion, et, comme la mère du Comte de Paris d’alors, fustigera la « trahison » de celui-ci, qui accepte d’être « Philippe VII » et non « Louis-Philippe II ». Aumale en déshéritera son neveu, et ce n’était pas une petite succession. Quant à Nemours, il était très sceptique sur les chances de succès de la réunion des deux familles politiques, mais ne partageait pas les présupposés de l’orléanisme idéologique, dont il ne pouvait souhaiter le triomphe. Enfin, je me permets de vous signaler qu’après le « ralliement » décidé par Léon XIII, ce sont les anciens orléanistes qui formeront l’essentiel des troupes royalistes. Les anciens légitimistes se rallieront dans leur immense majorité à la république, même ceux qui partageaient vos idées sur la succession transpyrénéenne, dans la mesure où le « roi » carliste avait déféré à la demande du pape, en demandant à ses éventuels partisans de ne plus militer pour une restauration.

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  • 17 juin 2021 à 22h10
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    Je veux bien lui accorder le bénéfice du doute dans sa dernière année d’existence, mais au vu de l’ensemble de son œuvre, j’ai beaucoup de mal à imaginer sincère quelqu’un qui a toujours été déloyal envers ses aînés. En revanche, je pensais plus à la fusion raté de 1852 : pour celle-ci, les instructions données par les 4 fils de Louis-Philippe au comte de Jarnac (qu’ils ont envoyé en « ambassade » auprès d’Henri V) sont assez claires :

    « 1- Faire sentir très légèrement et avec toute la mesure du possible qu’en définitive ce n’est point une soumission que les princes d’Orléans se disposent à faire, mais bien un concours qu’ils proposent – concours que leur position et le parti qu’ils représentent peuvent, à un jour donné, rendre très efficace.

    2 – Éviter avec soin de paraître tracer pour M. le comte de Chambord soit un thème, soit un rôle, soit des définitions quelconques. Exposer nettement, en tant que besoin, les vues et les sentiments des princes d’Orléans – puis indiquer clairement que leur adhésion ne peut être donnée qu’à une politique qui leur paraît sage et salutaire -, exprimer enfin l’espoir que la concorde s’établira facilement si elle n’existe pas.

    3 – Ne point entrer dans une discussion quelconque du principe absolue de la souveraineté nationale, trop sujet à de fausses interprétations, mais se montrer disposé à accepter le principe de la légitimité du moment où il serait tempéré par les concessions que la raison indique pour le rendre compatible avec un établissement monarchique sincèrement constitutionnel. »

    Je trouve que demander de telles concessions et de tels renoncements à Henri V, tout en refusant de se soumettre au roi légitime, c’est lui demander de capituler, et pour quoi ? Pour un projet purement orléaniste de conciliation entre la monarchie et la révolution : une monarchie constitutionnelle, avec souveraineté nationale hors du roi et en accord avec les sentiments des d’Orléans !

    Pour le reste, je déplore – la majorité étant un principe de la démocratie représentative – l’erreur, la déviance, voire la trahison orléaniste (au sens dynastique du terme) ou républicaine par d’anciens légitimistes, ignorant ou trahissant la loi fondamentale de la sanguinité pour adopter le nationalisme de la révolution. Ceux qui ont fait le choix de la république ont suivi le comte de Chambord : « Plutôt la république et même le diable que les d’Orléans ! » mais ont oublié son successeur, celui que la Providence désignait pour lui succéder à son grand désespoir, le très libéral Comte de Montizon, Jean (III) de Bourbon.

    Rappelons enfin que si Charles XI a effectivement suivi les consignes du Pape, il ne le fit qu’un temps, 3 à 4 ans tout au plus, avant de nommer Urbain de Maillé comme son représentant et de rappeler à l’occasion des 1400 ans du baptême de Clovis : « L’avenir de la France est entre vos mains. Sachez donc vous affranchir du joug maçonnique et satanique, en revenant franchement et avec l’ardeur qui vous caractérise, à la vraie tradition chrétienne et nationale dont, par ma naissance, c’est-à-dire par la volonté de Dieu, je suis le seul représentant légitime. » Nous serons toutefois d’accord pour dire que l’orléanisme sous toutes ses formes, a parasité le corps du royalisme français pendant la majeure partie du XXe siècle, tout en ne réussissant jamais à éteindre la flamme de la fidélité à la royauté légitime. Les royalistes devraient tous retenir la leçon de l’échec de la conciliation entre révolution et royauté et ainsi ne plus hésiter entre le roi légitime, fidèle à la tradition, qui nous dit : « La royauté ce n’est pas une république couronnée », et le candidat à l’usurpation qui nous dit : « S’il fallait résumer mon projet , ce serait plutôt la Ve République avec un roi à la place du président, doté d’un réel pouvoir de décision. »

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