[CEH] De Gaulle et les Capétiens, par Paul-Marie Coûteaux

De Gaulle et les Capétiens

Par Paul-Marie Coûteaux

On a beaucoup dit que le général de Gaulle était monarchiste et mon intime conviction est que l’on avait bien raison de le dire, et même de le penser…

On avait raison au-delà même de ce que croyaient ceux qui l’ont dit et démontré, comme Philippe de Saint Robert ou Xavier Walter, mais qui longtemps se sont heurtés à l’objection, qui n’est plus majeure, de l’affaire algérienne. Celle-ci a tant brouillé le sujet, et tant opposé de Gaulle, non pas aux descendants de Saint Louis, mais aux royalistes de presque tous les bords, que l’on s’est hélas abstenu, et sur tous les bancs, de creuser le sujet plus avant. Je l’ai fait pour ma part, lui consacrant une première étude en 1990, lors des journées internationales que l’institut Charles de Gaulle, dont je suis membre, a consacrées au grand homme pour célébrer le centième anniversaire de sa naissance, étude dont le titre est exactement celui que m’a proposé mon ami Jean-Christian Pinot, et que je joins en annexe à cette présentation, me trouvant désolé de ne pouvoir la développer devant vous, à cause d’un programme familial de vacances que je ne pouvais pas prévoir en mars quand je me suis engagé à l’aveuglette, ce dont je demande pardon aux organisateurs de ces rencontres.

Consacrant actuellement au même sujet un ouvrage qui récapitulera les nombreuses études et réflexions menées depuis mon premier essai de 1990, je ne peux que vous adresser ici des aperçus, à travers quelques extraits livrés en annexes, un peu en mosaïque – chose de toute façon inévitable pour une affaire à mes yeux immense par ce qu’elle dit du drame de la France depuis que son roi a été assassiné il y a deux cent vingt ans, par ce qu’elle révèle aussi de plusieurs acteurs majeurs du XXe siècle, et par la portée politique qu’elle peut avoir aujourd’hui —, tandis que les immenses périls qu’affronte la France ne peuvent plus être saisis par la politique, avant de ne plus pouvoir l’être que par la Providence, c’est-à-dire autrement que par la construction, au bord du gouffre, d’un rassemblement, ô combien hypothétique en l’absence d’un roi, sur l’essentiel d’elle-même.

Pour commencer, observons combien piètres sont les arguments de ceux qui nient la profonde filiation du général de Gaulle et de la tradition capétienne. Tandis que je l’interrogeais avec insistance sur les relations en effet très régulières que de Gaulle eut avec le Comte de Paris entre 1959 et 1963, Bernard Tricot, qui fut secrétaire général de l’Élysée de 1962 à 1969, et auprès de qui j’organisais les susdites journées internationales de 1990, me répondit ceci :

« Que voulez-vous, le Général était un peu snob à ses heures ! … mais n’insistez pas là-dessus : c’était avant tout un grand républicain. »

Réponse plus que sommaire à bien des titres, d’abord parce que le fameux Général n’avait rien de snob, ensuite et surtout parce que la conception ici affichée de la République est lourdement et même dramatiquement fautive : si l’on fait de la République, comme l’a dit un jour Saint-Just « la destruction totale de tout ce qui lui est opposé, c’est-à-dire de tout ce qui fut entre les Romains et nous », alors de Gaulle, qui n’eut de cesse d’épouser la plus longue mémoire nationale et n’accorda jamais grande importance au XVIIIe siècle (un siècle dont il est notable qu’il cite fort peu les auteurs), n’avait rien de républicain. En revanche, si la République est comprise dans son véritable sens, celui de Platon et de Jean Bodin, c’est-à-dire comme le Gouvernement du Bien Commun, et si ce Gouvernement du Bien Commun ne peut trouver de stabilité en dehors de la permanence monarchique, comme le dit le même Bodin et comme le montrent toutes les républiques françaises, alors de Gaulle est en effet un républicain type, explorant jusqu’au bout les voies de la république couronnée que cherche la France depuis plus de deux siècles.

Il est même remarquable que de Gaulle, fondateur ou restaurateur de la République, n’eut de cesse à partir de 1959 de lui donner une couronne et d’assurer sa succession par un descendant de Saint Louis, qu’il crut trouver en la personne du Comte de Paris — et je suis à présent persuadé que l’on ne doit qu’à l’incroyable et fort coupable légèreté, au moins à l’irréalisme politique dudit Comte de Paris, et, dans une moindre mesure, à son fils, d’avoir été conduit à renoncer à un projet dont j’ai montré ailleurs qu’il était très précis, réfléchi et construit.

C’est ainsi que s’expliquent peut-être les révérences que de Gaulle fit ensuite aux princes de la Maison de Bourbon, notamment lors de la préparation du septième centenaire de la mort de Saint Louis, dont il souhaitait que le duc d’Anjou et de Ségovie préside la cérémonie commémorative à la Sainte-Chapelle, éclairé comme il le fut alors par l’excellent Jean Foyer dont je me plais tant à rappeler ici la mémoire. Hélas, une fois de plus, la Providence fut du côté de Saint-Just, puisque de Gaulle quitta l’Élysée plusieurs mois avant ces célébrations.

De Gaulle a-t-il fait un rêve ? Je ne crois pas, même s’il lui fallut constater les limites de sa tentative. Quant à nous, nous pouvons à tout le moins en faire un, quitte à bousculer un peu la chronologie : que, au lieu d’un Prince hésitant, et d’une branche dépourvue de réalisme et de sens politiques, de Gaulle eût affaire au prince Alphonse. La Providence, dont il faut croire qu’elle ne veut pas que du bien à la France, n’offrit pas l’occasion d’une rencontre qui eût peut-être changé bien des choses. C’est ce songe que, malheureux de ne pouvoir partager avec vous, je livre à vos nuits d’été.

Annexe 1. De Gaulle et les Capétiens

« Monseigneur, le jugement que Vous portez sur les événements qui me concernent serait pour moi, en tout état de cause, le plus précieux qui puisse être. Mais je me permets de Vous dire qu’en l’occurrence c’est, à mes yeux, le seul qui compte vraiment. Votre jugement exprime, en effet, la voix de la France de toujours, quelles que soient les appréciations discordantes des Français d’aujourd’hui.

Si donc, comme Vous voulez bien le prédire, Monseigneur, ce qui a été fait à mon appel et suivant mon action depuis quelque trente ans, pour rendre à notre pays, d’après les leçons millénaires de la Maison de France, sa raison d’être, son rang et sa vocation universelle, doit devenir le ferment d’un nouvel essor national, je n’aurai depuis l’autre monde qu’à remercier Dieu du destin qu’il m’a fixé. » Lettre au Comte de Paris, Colombey-les-Deux-Églises, le 5 mai 1969

I – Un voyage en Espagne

Après avoir remis sa démission au peuple français, le Général entendit n’avoir « plus aucun rapport avec ce qui se passe » ; ce fut au point que, voulant éviter d’être présent en France lors de la célébration de l’Appel, il décida de partir en voyage chaque année au mois de juin. Certes voulait-il aussi marquer, du moins en 1969, quelque distance avec l’événement politique de ce mois, l’élection présidentielle et la victoire de Georges Pompidou ; mais il voulait aussi échapper à la cérémonie commémorative du Mont Valérien, qui l’enfermait dans cette image du 18 juin qu’il ne cessa de rejeter, comme s’il n’avait été l’homme que d’un seul jour — c’est cette image que voudra retenir une certaine fidélité infidèle, notamment celle de ses admirateurs de gauche qui célèbrent avec d’autant plus de flonflons « l’Homme du 18 Juin » qui leur permet d’écarter tout le reste :

« Je ne suis pas seulement « l’homme du 18 Juin », tonna-t-il un jour, devant Jean Mauriac, qui rapporte ces amères paroles : « Ce qui fut fait en Lybie, ce que fut mon action à Londres pendant trois ans, puis à Alger, ce que firent sur mon ordre Leclerc, Juin, de Lattre, qui en parle ? Paris, Strasbourg, la campagne d’Italie, de nouveau Strasbourg, l’Allemagne, la présence de la France aux armistices, le rétablissement difficile, et par deux fois, de la république, qui en parle ? Je ne suis pas l’homme d’un jour ! » (…)

En 1969, il s’en fut donc en Irlande, patrie de ses lointains ancêtres Cognan, dont il rencontra les descendants — comment s’étonner que le culte des continuités ait inspiré cet hommage à la généalogie, cette autre science des origines ? Combien significative la phrase qu’il prononce à cette occasion :

« C’est une sorte d’instinct qui m’a porté vers l’Irlande, peut-être à cause du sang irlandais qui coule dans mes veines ; on remonte toujours à ses sources. »

Les sources, le sang, l’instinct, inusables clefs… À Dublin, il rencontra le président de la République d’Irlande, Éamon de Valera, imposante figure dominant l’histoire irlandaise du XXe siècle, dont le personnage, s’il ne s’était pas toujours comporté en pur « démocrate », et d’autant moins que le choix de la neutralité face à Hitler avait impliqué quelques gages, incarnait avant tout la guerre de libération qui délivra son peuple du joug anglais — la majeure partie au moins, la tâche restant inachevée au Nord. Les deux mono-arques s’entendent sur le grand sujet de l’« Europe », occasion d’une entente toute platonicienne. À Valera disant :

« Les États-Unis d’Europe, c’est une erreur ; aucun individu ne peut renoncer à sa personnalité ; c’est la même chose pour une famille, ou une nation. »

De Gaulle répond avec un fin sourire :

« C’est exactement ce que je pense ; on ne saurait mieux dire. »

Et de prononcer enfin, sans ambages ni précaution diplomatique ce toast détonnant :

« Je lève mon verre en l’honneur de l’Irlande tout entière. »

Paroles dont les échos plurent sans doute à Londres. Jean Mauriac, qui était du voyage pour le compte de l’AFP, a relevé que cette dernière apostrophe, d’une même veine que le « Québec Libre », et finalement tout aussi provocatrice (on était aux plus beaux jours de la résistance des catholiques d’Irlande du Nord et de leur armée clandestine, l’IRA), fut d’abord supprimée du texte officiel rendu public le lendemain par le ministère des Affaires étrangères irlandais ; mais elle fut rétablie peu après — sur décision de Valera, probablement — et plus tard invoquée par Bernadette Dewlin, l’une des plus célèbres combattantes de l’IRA… En somme, de Gaulle entendait se tenir à l’écart de la politique française, mais non se détacher de la politique de la France.

À Dublin, le Général eut également quelques conversations avec notre ambassadeur à Dublin, Emmanuel d’Harcourt, compagnon de la Libération devant lequel il s’autorisa quelques confidences, et même à dire son regret :

« Le regret de ma vie est de ne pas avoir rétabli la monarchie, qu’il n’y ait pas eu un membre de la Maison de France pour cela. »

Il passa quelques jours dans une résidence isolée, puis dans une autre, toujours face à l’océan et toujours silencieux, s’absorbant en de longues promenades sur les plages. L’une d’elles fut immortalisée par des photographies qui fixent dans nos mémoires une sorte de menhir éternel dressé sur une terre d’avant les hommes. La beauté est une vérité ; elle l’accompagna jusqu’aux derniers jours.

Pour le 18 juin suivant, date d’autant plus importante qu’elle marquait le trentième anniversaire de l’Appel, on croit savoir qu’il hésitait entre deux destinations, l’Autriche et la Chine ; assez vite son choix se fixa sur la Chine, la « Chine de toujours », et son président Mao Tsé Tung, l’un des rares « grands » de sa génération qu’il n’ait jamais vu, et que, passant sur des crimes massifs qu’il connaissait mieux que beaucoup, il ne souhaitait pas moins rencontrer — toujours les personnages historiques et les pays éternels. Ce dernier projet fut assez avancé, au point qu’une mission exploratoire fut confiée à Étienne Manac’h, ancien directeur d’Asie au Quai d’Orsay qui venait d’être nommé ambassadeur à Pékin. Or, voilà qu’il annonce à ses proches, à la fin de l’année 1969, qu’il désirait d’abord visiter l’Espagne. La Chine était remise à plus tard.

L’Espagne, pourquoi l’Espagne ? On s’interrogea peu sur ce choix, comme on passa généralement sur le voyage lui-même, qui pourtant constitua le dernier acte, sinon officiel, du moins public de son existence — le Général disparut quatre mois après son retour à Colombey. Les commentaires furent d’autant plus embarassés que le programme comprenait une visite au général Franco ; ce fut plus qu’une visite, mais un déjeuner, le Général allant au-delà de ce qu’exigeait le protocole puisqu’il dit au Caudillo, comme il le répéta à son retour à Michel Droit :

« En somme, vous avez été positif pour l’Espagne. »

On s’en doute, ce choix provoqua de nombreux grognements, non seulement à gauche, où il était alors de rigueur de boycotter « l’Espagne de Franco », mais aussi dans les rangs gaullistes ; Malraux et Mauriac furent contrariés, et le firent savoir ; une fois encore, de nombreux fidèles entonnèrent l’air éternel « on ne comprend plus le Général », supposant un peu vite qu’ils l’aient jamais compris.

II – Le songe du Général

La brutale nécessité d’aller en Espagne n’était-elle imputable qu’à la curiosité touristique ? Certes, les âpres paysages ibériques pouvaient l’attirer ; après un long périple en voiture, faisant halte au château de Roumegousse, en Quercy, il traversa les Pyrénées, admira l’Estramadure et pria dans la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle ; il traversa la Castille, passa deux nuits à Madrid, s’arrêta à Tolède, séjourna en Andalousie, s’installant plusieurs jours dans une villa dominant la mer, près de Malaga. Il s’y trouve le 18 juin, s’enfermant dans le silence — recevant seulement un très jeune homme, Olivier Germain Thomas, venu en train de Paris pour lui apporter une lettre de Pierre Lefranc, désireux de créer ce qui deviendra peu après l’Institut Charles de Gaulle. Fort bien. Mais l’explication par la curiosité touristique est mince. On a avancé que le Général voulut remercier le Caudillo pour avoir observé durant la guerre une neutralité sans laquelle l’accès des troupes allemandes à l’Afrique du Nord eût été rendue plus facile, et la réorganisation d’une armée française nettement compliquée — au point que le Caudillo s’était intitulé « le premier résistant d’Europe » ; mais ladite neutralité n’empêcha pas les autorités espagnoles d’emprisonner beaucoup de résistants, d’abattre en vol des avions qui tentaient de rejoindre Londres depuis l’Afrique… Cette explication est donc, elle aussi, assez mince.

La raison était peut-être plus secrète : dans l’été 1969, la rumeur courut que le Caudillo songeait, pour lui succéder, au jeune prince Juan Carlos de Bourbon ; l’annonce en est finalement faite au Cortès, et, quelques jours plus tard, le Dauphin accepte sa charge dans une déclaration solennelle. La grande affaire de l’Espagne en cette fin d’année 1969 était le rétablissement de la monarchie. Je ne suis pas seul à penser que ce voyage impromptu avait pour but, ou plutôt pour signification, de saluer le rétablissement de la monarchie en cette branche espagnole des Bourbons pour lesquels Louis XIV avait tant œuvré. Conjecture ? Le lien est établi par de Gaulle lui-même, si l’on en croit une confidence rapportée par l’unique témoin de l’entretien précédant le déjeuner du Prado, le ministre des Affaires étrangères Lopez-Bravo ; de Gaulle aurait approché d’emblée le Caudillo par ces mots :

« Je salue l’homme qui a fait en Espagne ce que je n’ai pu faire en France, rétablir le roi. »

Cette phrase, rapportée par Xavier Walter[1], et dont Franco déclinant n’aurait pas très bien saisi la portée (il oriente la conversation sur les dangers du communisme asiatique…), peut paraître étrange, et l’explication sujette à caution. Pourtant, elle concorde avec la confidence qu’il avait faite un an auparavant à notre ambassadeur à Dublin, mais aussi à celle qu’il fit quelques mois plus tôt, le 22 janvier 1969, à Philippe de Saint Robert :

« Le Comte de Paris, cela n’a pas été possible. Leclerc est mort, de Lattre est mort. Alors, qui ? »

On peut aussi contester cette confidence, mais, dans la dernière conversation entre les deux hommes, tout y conduit. Résolu à maintenir le référendum d’avril et résigné à le perdre, de Gaulle apparut ce jour-là à son visiteur comme un « homme dépossédé », hanté par la question de sa succession ; de Pompidou, il dit qu’il n’y a qu’un rapport mince entre son destin personnel et celui de la France — envisageant ce qu’il appelle « le pire » des politiciens, Gaston Deferre, dont le nom lui vient à la bouche, et Poher, qui réunira en juin 45% des votants sur la réintégration dans l’OTAN et l’engagement dans une Europe fédérale… Saint Robert tente de l’adoucir :

« L’élection du chef de l’État au suffrage universel, tout comme l’ancienne hérédité, comporte à peu près le même hasard… »

Ce hasard entrait certainement dans l’angoisse du fondateur de la Ve République qui voyait là baillir la faille fondamentale de sa Constitution, cette élection directe du président de la République qui, finalement, n’avait rien résolu. Au moment de prononcer cette froide sentence à propos de son ancien Premier ministre (« le rapport est mince »), l’auteur de Septennats interrompus rapporte que le Général « renversa sa tête très en arrière, posant un regard hautain sur toutes ces choses qui lui échappaient ».

Rétablir la Maison de France : la lubie était-elle venue sur le tard ? En 1949 déjà, le Général reçut rue de Solferino, par l’entremise du cofondateur du RPF et royaliste déclaré Edmond Michelet, son ami Blancart d’Abasac, proche collaborateur du Comte de Paris alors en exil au Portugal. Éric Roussel rapporte à la fin de la conversation telle que le visiteur la relate :

« Je connais comme vous l’importance de la continuité. Je conformerai à cette nécessité toute mon action. Je vous affirme que je suis moi aussi monarchiste et… (après une hésitation et en me regardant droit dans les yeux), royaliste. »

Notons la distinction entre monarchie et royalisme, que nous avons vue, et qui indique combien de Gaulle était coutumier de ces parades intellectuelles. Il aurait ajouté, selon ce témoignage :

« Redevenu, comme je l’espère, chef de l’État (nous sommes en 1949…), je ferai la réforme de la Constitution dans le sens monarchique. J’ai la ferme intention de passer la main, le moment venu, à celui qui seul doit et peut assumer la continuité indispensable : le Comte de Paris, puis son fils, son petit-fils, etc. Quand pourrais-je le faire ? Je ne sais pas… »[2]

Fin de la conversation ; mais point de la question : à partir de juin 1960, le Général tentera, on verra avec quelle « obstination » (le mot, en forme de reproche, est de Michel Debré, alors Premier ministre), de mettre en œuvre sa « ferme intention ».

Il faut évidemment distinguer ici l’Histoire et la Monarchie, la politique de la France et les héritiers de la famille qui l’a incarnée pendant huit cent soixante-deux années à la tête de l’État — je ne compte pas les vingt-deux ans de la génération impérialo-révolutionnaire. Mais de Gaulle n’a pas poussé cette distinction jusqu’à voir dans le Comte de Paris un citoyen comme les autres, pas davantage qu’il ne voulut garder secrets les gestes particuliers qu’il fit à plusieurs reprises, et constamment, à l’égard de la Maison de France. Telle l’instruction qu’il donne à sa femme et à son fils de n’autoriser aucune personne étrangère au cercle familial à se recueillir sur sa dépouille, à la seule exception du Comte de Paris — ce qui fut fait. Signes qui en confirment bien d’autres : à la parution de chacun des tomes de ses Mémoires, il réservait les trois premiers exemplaires dédicacés d’abord au Pape, puis au Comte de Paris, enfin au Président de la République : hiérarchie précise, Dieu comptant davantage que la France, la France davantage que la République, et la République davantage que les personnes. Que dire aussi des lettres qu’ont échangées constamment de Gaulle et le chef de la Maison d’Orléans ? « Les écrits restent », aucun des deux hommes ne l’ignorait, et chacun gardait soigneusement les lettres de l’autre et le double des siennes. On apprend beaucoup en lisant cette correspondance, publiée en 1994 grâce à Jean Tulard, aux éditions Fayard. Les mots comptent, ils sont choisis, par exemple lorsque le retraité de Colombey écrit au Comte de Paris, le 5 mai 1969 :

« Le jugement que Vous portez sur les événements qui me concernent serait pour moi, en tout état de cause, le plus précieux qui puisse être. Mais je me permets de Vous dire qu’en l’occurrence, c’est, à mes yeux, le seul qui compte vraiment. Votre jugement exprime, en effet, la voix de la France de toujours. »

Si les mots ont un sens, cela signifie qu’il n’accepte d’être jugé (le mot « jugement » est employé deux fois) que par le Comte de Paris, qui à ses yeux incarne « la voix de la France ». Autre exemple : le message adressé en 1957 au Comte de Paris lors du mariage de son fils aîné, comporte une phrase nette :

« Votre avenir, celui du prince Henri d’Orléans, celui des vôtres, sont intégrés aux espérances de la France »…

Coups de tête ? On l’a beaucoup dit — car sur ce chapitre les interprétations qui minimisent l’affaire ne manquent jamais : il faudrait alors croire que le Général était un homme de coups de tête puisqu’il écrit encore au Comte de Paris, en janvier 1970 :

« Je voudrais Vous répéter de quel prix incomparable ont pour moi, au long de ma mission nationale, Votre approbation et Votre soutien. »

Et d’ajouter :

« En ce qui me concerne, le terme est venu. Vous, Monseigneur, demeurez intact, clairvoyant et permanent, comme l’est, et doit le rester, pour la France, ce que Vous personnifiez de suprême dans son destin. »

De telles phrases ont souvent été prises à la légère : on a pu dire par exemple que le Général « était un peu snob » à ses heures — c’est la stupéfiante réponse que me fit Bernard Tricot, ancien secrétaire général de l’Élysée, tandis que je l’interrogeais sur le sens que les proches du Général donnaient à ces relations inattendues. Or, quand bien même voudrait-on faire la part de la politesse épistolaire, on peut douter que le snobisme fût entré dans les préoccupations du vieux chef d’État retiré à Colombey. D’autres, et parmi les plus fidèles, ont mis ces lettres sur le compte de l’âge ; mais que dire alors de la lettre de 1957 ? Et que dire de cette autre par laquelle le Général remercie le Comte de Paris d’avoir appelé à voter oui au référendum constitutionnel du 28 septembre 1958 :

« Venant de vous, un tel témoignage me vaut plus que tous les suffrages » — formule qui ne relève pas de la démocratie pure ?

De tels témoignages, soigneusement cachés mais nombreux, dérangent tant les routines de pensée que la grande majorité des esprits qui se sont attachés au général de Gaulle les nient, soit ouvertement, soit inconsciemment, ne s’arrêtant pas, ne réfléchissant pas, passant à d’autres aspects plus conformes à leurs « opinions » ; car c’est ainsi que nous en usons souvent avec nos grands hommes, chargés de réassurer ce que nous pensons déjà, mais jamais autorisés à nous surprendre — et s’ils surprennent nos conforts de pensée, c’est eux qui ont tort, comme me l’assurait ce haut dignitaire de l’armorial gaulliste à propos d’une autre « excentricité », le « Vive le Québec Libre » qui lui aurait échappé après une longue et  chaude journée, et quelques verres (sic). Le Roi ! Le « vieux » divaguait, ça ne faisait qu’une fois de plus ; mieux valait n’en point parler. Je suis assez dubitatif sur le sujet pour me garder de ce travers — trouvant assez d’inconvénients à toutes les formes d’exercice du pouvoir quand elles se veulent exclusives les unes des autres, et constatant comme tout le monde la faiblesse d’une République qui, oubliant la recommandation d’Aristote, ne combine plus les sources de la légitimité ; il est assez avéré que les différentes républiques françaises se sont constamment montrées incapables de placer à la tête de l’État un arbitre qui fût à la fois impartial et actif pour écarter d’un simple revers de main, ou d’une froide insulte au général De Gaulle, l’inquiétude qu’inspirait au fondateur de la Cinquième la difficulté de trouver pour lui succéder un homme qui pût comme lui-même répondre d’une légitimité historique, sans laquelle les quatre précédentes s’étaient disloquées dans la débâcle militaire ou l’anarchie politique. Mettre « en charge de l’essentiel » un homme sans parti qui « appartienne à tous parce qu’il n’appartient à personne », comment douter que cette préoccupation l’ait habité avec une inquiétude croissante ? Rien de ce que nous savons du personnage, de sa formation, de sa conception de l’Histoire, et des critiques qu’il adressa aux quatre premières républiques, qui toutes ont mal fini, ne nous permet de juger invraisemblable son désir de réinsérer, selon ses mots, « la famille de France dans l’Histoire de France ». Et rien de ce que nous voyons ne nous permet d’éluder la question d’aujourd’hui, tandis que la République se meurt, qu’elle est déjà morte au point que la plupart des esprits ne savent même plus ce que le mot République peut bien vouloir dire.

Éluder la question, c’est pourtant ce que font les biographes les plus autorisés. Jean Lacouture, dont la biographie en trois tomes, pour monumentale qu’elle soit, ne souffle mot des relations, pas même des lettres, entre le « Connétable » et le Comte de Paris (ni même de leurs échanges épistolaires), se borne à écrire que « l’homme de cinquante ans qui s’envole pour Londres a depuis bien longtemps cessé d’être monarchiste » — ce qui est admettre un aspect de son personnage dont par ailleurs il ne souffle mot. Détail amusant : le biographe prit rendez-vous avec deux témoins puis les annula, décidant en somme d’écarter délibérément une question dont il savait pourtant qu’elle se posait… Les autres biographes ne font pas mieux : Paul-Marie de la Gorce ira jusqu’à maquiller les orientations royalistes de plusieurs compagnons de la première heure, qualifiant par exemple le premier officier rallié, Hettier de Boislambert, « d’esprit indépendant », oubliant les engagements royalistes de Gilbert Renault, dit Rémy, pourtant chargé du crucial service des renseignements de la France libre, n’hésitant pas à présenter tel ou tel autre comme venant de « l’extrême droite ». Roussel y insiste davantage, avec son habituelle visée critique. Pire, ceux qui assurent en passant que de Gaulle fut maurrassien — alors qu’ils ne connaissent guère le général de Gaulle et n’ont pas lu une ligne de Maurras.

En somme, cet aspect ne fut jamais traité sérieusement, alors qu’il mériterait un volume entier ; je souhaite l’esquisser ici, non point dans le dessein de montrer que le fondateur de la Ve République fût monarchiste (on a vu l’équivoque de ce mot), puisque toute son œuvre a prouvé que la France pouvait être bien servie en l’absence même d’un quelconque roi, mais de poser nettement les trois questions cruciales du « gaullisme » : d’abord sa pérennité, et par là celle de la Ve République ; ensuite la tradition politique à laquelle elle se rattache ; enfin la fécondité du couple souveraineté/légitimité comme seul moteur de l’Histoire de la France, et seule boussole que de Gaulle suivit mieux que ses héritiers naturels. Or, ces aspects sont, je le crois, au cœur de la question française telle qu’elle se pose à l’heure où ces lignes sont écrites, et constituent même le plus précieux enseignement que puisse nous transmettre l’Homme du 18 Juin, soixante-dix ans après l’Appel.

III – Action française et Courrier royal

Il était certes difficile d’échapper à l’ambiance maurrassienne lorsqu’on avait 18 ans en 1908, année où L’Action française hebdomadaire a acquis suffisamment de poids pour se transformer en un grand quotidien, que son père en est dès sa création un régulier « membre bienfaiteur », et que l’on appartient à un milieu aussi traditionaliste que l’était celui où baignait de longue date la famille de Gaulle. Le jeune Charles assiste aux conférences de Maurras, lit régulièrement l’Action française, et l’on trouve dans les Cahiers de Paul Reynaud édités par Fayard en 1997 (posthumes donc, et non sujets à révisions éditoriales), une confidence éclairante de sa sœur Agnès, à l’ancien Président du Conseil, lors de leur brève incarcération commune en 1943 : son frère Charles, assurait-elle, a lu l’Action française jusqu’en 1938, années des accords de Munich ; ajoutant qu’elle avait vu « Charles défendre les larmes aux yeux Maurras contre son frère Pierre » ; il n’est cependant pas abonné comme son père, lequel se désabonne en 1926, par respect de l’interdit pontifical. Notons que, dans ses Mémoires accessoires, son fils Philippe assura pour sa part n’avoir jamais vu L’Action française dans la maison familiale — mais il n’avait que 17 ans lors de la rupture de Munich. Quoi qu’il en soit, il faut croire que l’adolescence monarchiste qu’évoque Lacouture laissa des traces durables, puisque la première intervention publique du Connétable, en 1927 (il a 37 ans), au sein d’un cercle qui se proposait de réunir toutes les familles royalistes, le cercle Fustel de Coulanges, « frappa les esprits par sa force et sa clarté », selon les mots du critique de L’Action française. Eugen Weber assure que de Gaulle resta en relation avec ce cercle, dont les professions de foi sont pourtant assez radicales : en 1932, son assemblée annuelle présidée par le Maréchal Lyautey s’ouvre par ces fortes paroles :

« Au cercle Fustel de Coulanges, nous disons : la démocratie, voilà l’ennemi ! »

En 1934, de Gaulle, qui s’est dans l’intervalle rapproché de salons démocrates-chrétiens, comme celui de Lucien Nachin, n’en écrit pas moins au secrétaire général du Cercle Henri Boegner, pour lui proposer d’y prononcer de nouvelles conférences, ce qui fut fait l’année suivante.

Détail pittoresque, ce sont ces conférences que des collaborationnistes socialistes invoqueront pour stigmatiser cinq ans plus tard « le déserteur de Londres » : Daniel Cordier cite un étonnant article de l’organe socialiste : « La France au travail », en date du 2 juillet 1940, qui oppose au solide républicain qu’est le Maréchal, le sécessionniste de Gaulle, monarchiste de tendance orléaniste — laquelle serait « composée d’agents de l’intelligence service et de la juiverie internationale »[3]. Fronts renversés ? Une erreur d’optique, sinon une propagande bien faite, porterait aujourd’hui nos contemporains à le croire : en réalité, ce genre d’article antigaulliste ne fait que révéler une vérité longtemps cachée, que la gauche française fut beaucoup moins gaulliste que la droite nationale ; et que, si cette dernière était certes divisée, la gauche fut massivement pétainiste, et même nettement majoritaire parmi les collaborationnistes de l’Europe Nouvelle — par pacifisme, internationalisme et européisme[4]. Longtemps, Maurras se défia du maréchal Pétain, ce bon républicain que le « Cartel des gauches » (gouvernement socialiste et radical dont le garde des Sceaux fut un certain Pierre Laval), avait, en 1935, envoyé au Maroc pour remplacer le royaliste Lyautey, et dont un journal de gauche, Vu, avait fait la même année le meilleur rempart de la République face aux Ligues : un député radical, futur ministre au Front populaire, Pierre Cot, y invoquait un homme providentiel dégagé des partis : « Cet homme existe : c’est le Maréchal Pétain ». Le rédacteur en chef Lucien Voguel, présentant un portrait du Maréchal, pose cette question : « Faudra-t-il l’appeler une fois encore ? Pétain, le maréchal républicain ! » Il ne fut guère étonnant que, le 10 juillet 1940, 80% des députés radicaux-socialistes, 74% des députés socialistes et tous les députés communistes présents aient voté les « pleins pouvoirs » au Maréchal ; ni que la veille au Sénat, le seul opposant fut un royaliste, le marquis de Chambrun, qui s’exclama :

« Pourquoi jeter de nouvelles armes aux pieds de l’Allemagne ? »

En fait, l’école royaliste, et notamment « L’A.F. », fut la principale opposition au militarisme allemand : avant que Maurras et nombre des siens se rallient à leur tour au Maréchal, elle avait formé avant l’heure un certain esprit de résistance qui se retrouvera à Londres, et d’autant plus qu’elle exerça, sur au moins deux générations (celle d’Henri comme celle de son fils Charles, notamment dans les milieux militaires), une influence telle qu’on peut parler d’ « hégémonie intellectuelle », influence déclinant après la condamnation papale de 1926, et sans doute aussi après le refus dans l’opinion d’un anti-germanisme auquel le journal resta fidèle jusqu’en juin 1940[5]. En 1932 encore, Jean Paulhan affirmait qu’« un intellectuel français n’avait le choix qu’entre Marx et Maurras », ce qui n’était qu’à peine caricatural. L’influence de l’« École d’Action française », qui est à vrai dire la seule école de pensée de la droite nationale française au XXe siècle (avec l’école chrétienne-démocrate, mais celle-ci fut de moindre influence, et d’autant plus éphémère qu’elle s’est bientôt dissoute dans l’européisme), se fera d’ailleurs  sentir sur bon nombre de futurs gaullistes, qu’ils aient ou non revendiqué cette filiation ; tel François Mauriac qui écrivait encore dans son « Bloc-Notes » à la date du 12 septembre 1969 :

« Ce que j’ai vu clairement grâce à Maurras, jour après jour, c’est que la République parlementaire telle que les partis l’avaient constituée en France allait à la mort, et c’est dans ces premières analyses que mon gaullisme a pris racine »

Et Georges Pompidou ne fera que souligner une évidence, aux temps où les évidences n’étaient pas encore dangereuses, en écrivant dans Le Nœud gordien que la politique étrangère de la Ve République était en tous points conforme au schéma de Kiel et Tanger, maître-ouvrage où Charles Maurras exposa avec une éblouissante clarté les traits permanents de la politique étrangère de la France. Influence qui va jusqu’à l’inattendu : dans une préface à Mademoiselle Monk, datant de 1923, André Malraux dira à Roger Stéphane qui l’interrogeait sur le fait que Maurras n’ait pas été condamné à mort après la Libération (le général de Gaulle est intervenu dans ce but, veillant même à adoucir les conditions de sa détention à Lyon) : « On ne peut pas faire la politique de Bainville et condamner Maurras à mort. » Notons que, pour nombre de royalistes, « faire la politique de Bainville » pouvait suffire…

Paul-Marie Coûteaux


[1] Xavier Walter, Henri, Comte de Paris, 1908-1999, éd. François Xavier de Guibert, 2002. Nous nous inspirerons souvent dans les pages qui suivent de cette monumentale et très précise biographie.

[2] Éric Roussel, Charles de Gaulle, op. cit., p. 967

[3] Daniel Cordier, L’Inconnu du Panthéon, éd. J-C. Lattès, 1989.

[4] Il est frappant de constater à quel point le raisonnement des collaborationnistes rejoint celui de certains européistes d’après-guerre pour qui les nations sont des fauteurs de guerre, les nations sont trop petites à l’échelle mondiale, l’union européenne étant le seul moyen de faire contrepoids aux mastodontes soviétiques ou américains, etc. Le 3 novembre 1940, soit quelques jours après Montoire, Henri Jeanson écrivait dans Aujourd’hui : « Le devoir de tout pacifiste véritable, de tout Européen authentique est de se ranger loyalement aux côtés du Maréchal Pétain lorsqu’il nous dit : collaborons. » Voir sur ce sujet la remarquable étude de John Laughland The Tainted Source : The Undemocratic Origins of the European Idea (1997), traduction française : La Liberté des nations, éd. F-X de Guibert, 2005.

[5] Voir notamment François Huguenin : À l’École de l’Action française, Lattès, 1998. Et Stéphane Giocantti : Charles Maurras, le chaos et l’ordre, Flammarion, 2006.


Publication originale : Paul-Marie Coûteaux, « De Gaulle et les Capétiens », dans Collectif, Actes de la XXe session du Centre d’Études Historiques (11 au 14 juillet 2013) : Les Bourbons et le XXe siècle, CEH, Neuves-Maisons, 2014, p. 69-97.

Consulter les autres articles de l’ouvrage :

Préface, par Monseigneur le Duc d’Anjou (p. 5-6).

Avant-propos, par Jean-Christian Pinot (p. 7-8).

« Naples et Rome, obstacles à l’unité politique de l’Italie », par Yves-Marie Bercé (p. 13-26).

« Le roi Juan Carlos et les Bourbons d’Espagne », par Jordi Cana (p. 27-35).

« Deux décennies de commémorations capétiennes : 1987, 1989, 1993, 2004, etc. », par Jacques Charles-Gaffiot (p. 37-49).

« L’abrogation de la loi d’exil dans les débats parlementaires en 1950 », par Laurent Chéron (p. 51-67)

► « De Gaulle et les Capétiens », par Paul-Marie Coûteaux (p. 69-97) :

  • Introduction / Annexe 1 : De Gaulle et les Capétiens
  • Annexe 2 : De Gaulle héritier des « Leçons Millénaires de la Maison de France »
  • Annexe 3 : Le sang ne ment pas

« De Chateaubriand à Cattaui : Bourbons oubliés, Bourbons retrouvés », par Daniel de Montplaisir (p. 99-108).

►  « Les relations Église-État en Espagne de 1814 à nos jours », par Guillaume de Thieulloy (p. 109-124) :

► « Autour du livre Zita, portrait intime d’une impératrice », par l’abbé Cyrille Debris (p. 125-136) :

Consulter les articles de la session précédente :

Articles de la XVIIIe session (7 au 10 juillet 2011) : 1661, la prise de pouvoir par Louis XIV

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