[CEH] Carlistes espagnols et légitimistes français, par Daniel de Montplaisir

Carlistes espagnols et légitimistes français

Par Daniel de Montplaisir

Le nationalisme de la science historique, le plus souvent instinctif, nous prive parfois de rapprochements transfrontaliers qui, pourtant, permettraient de mieux comprendre les enjeux comme les ressorts des événements. C’est ainsi que le carlisme espagnol, dont l’histoire est enseignée aux lycéens espagnols, et qui a fait l’objet de plusieurs ouvrages savants, n’est que très rarement mis en rapport avec le légitimisme français. Or toute histoire comparée montre que, non seulement les deux mouvements furent cousins germains mais au surplus que leurs illusions et leur échec en doivent l’essentiel à ce cousinage.

Légitimisme et carlisme sont nés à la même époque, à deux ans d’intervalle. Le premier, comme produit de la révolution de juillet 1830, le second comme fruit de l’un de ces innombrables avatars de la succession d’Espagne, survenue en 1832 mais dont la problématique s’était nouée dès 1829. Ferdinand VII, arrière-petit-fils de Philippe V, veuf et sans enfant, s’était remarié avec sa nièce, la princesse Marie-Christine, fille de François Ier des Deux-Siciles, espérant encore une progéniture afin d’éviter que lui succède son frère, Carlos, qu’il n’aimait pas. Pour être certain de lui barrer la route du trône il fallait que la reine eût un fils ou, à défaut, que la règle de succession fût modifiée afin de ne plus en exclure les filles. C’était d’autant plus envisageable que l’ancienne loi espagnole, abrogée par Philippe V en 1713, dite des Siete Partidas, permettait aux femmes d’accéder à la couronne en l’absence de frère puîné.

Don Carlos protesta vigoureusement contre cette nouvelle pragmatique sanction. Suivi en cela en France par Louis-Philippe, duc d’Orléans. Jules de Polignac, chef du gouvernement français, a rapporté les inquiétudes de celui-ci :

« Il me pressait d’engager le roi (Charles X) à prendre des mesures propres à rétablir les choses en Espagne dans leur ancien état. En effet, me disait-il, dans le cas où M. le duc de Bordeaux viendrait à mourir sans enfants, la couronne reviendrait à mon fils aîné, pourvu que la loi salique fût maintenue en Espagne ; car, si elle ne l’était pas, la renonciation faite par Philippe V au trône de France, en son nom et au nom de ses enfants mâles, serait frappée de nullité, puisque ce n’est qu’en vertu de cette renonciation que les descendants mâles de ce prince ont acquis un droit à la couronne d’Espagne ; si ce droit leur est enlevé, ils peuvent réclamer celui que leur donne la loi salique française à l’héritage de Louis XIV. Or, comme petit-fils de ce monarque, ils passent avant mes enfants. »

On voit ainsi que, dès l’origine, carlisme et légitimisme, encore à la veille de leur apparition, entremêlent les problématiques de successions de France et d’Espagne.

Le duc d’Orléans faisait donc pleinement sienne la thèse, à mon avis inexacte (mais brillamment soutenue ici il y a quelques années par le professeur Philippe Lauvaux) selon laquelle les renonciations avaient pour indissociable contrepartie la loi de succession introduite par Philippe V. Débat dont l’ampleur dépasse le champ de cette modeste conférence mais qui se situe néanmoins au cœur des relations entre carlisme et légitimisme.

En 1829, Charles X proteste mollement : il ne croit guère possible de faire changer d’avis Ferdinand VII, homme autoritaire et entêté ; il considère aussi la succession de France comme assurée pour longtemps, le duc de Bordeaux a dix ans et, selon toute probabilité, aura à son tour des enfants ; enfin la conquête d’Alger, d’une part, et la reprise en main de la situation politique intérieure, d’autre part, tiennent son esprit bien éloigné des affaires de la péninsule.

Deux mois plus tard, Paris s’embrase. Poussé par l’émeute jusqu’à Rambouillet, Charles X abdique en faveur de son petit-fils qui devient ainsi, le 2 août 1830, le roi de droit Henri V. Le duc d’Orléans, nommé par le même acte lieutenant-général du royaume, trahit la confiance de son cousin et ramasse la couronne pour son propre compte. Les royalistes orthodoxes refusent de reconnaître la monarchie de juillet, se donnent Chateaubriand pour chantre et la duchesse de Berry, mère du duc de Bordeaux, pour pasionaria : le légitimisme vient de naître.

Quelques semaines plus tard, le 10 octobre 1830, la reine d’Espagne donne naissance à une fille, Isabelle. Suivie d’une deuxième fille, Marie-Louise-Fernande, née le 30 janvier 1832, dont on reparlera aussi. Le 20 juin 1833, les Cortès enregistrent solennellement le titre de princesse des Asturies et d’héritière du trône pour Isabelle en vertu de la loi nouvelle. Déjà malade, le onzième Roi catholique meurt le 29 septembre, le jour même de la majorité d’Henri V, célébrée en catimini près de Prague par un groupe de légitimistes venus spécialement de France.

Isabelle n’ayant que trois ans, sa mère la reine Marie-Christine exerce la régence. Depuis Abrantès, une ville du centre du Portugal, Don Carlos réagit, le 1er octobre, par une proclamation qui certes pleure son frère mais rappelle surtout son droit au trône, prétendant « défendre la couronne d’Espagne contre le violent dépouillement qui lui a causé un décret illégal, destructeur de la légitimité ». Le carlisme est né et rejoint aussitôt le légitimisme sur la route de l’impossible retour.

Voilà donc deux rois, Henri V et Charles V, qui, en d’autre temps eussent été les deux plus grands monarques du monde, ou peu s’en fallait, héritiers en tout cas des deux plus anciennes monarchies chrétienne, et condamnés à l’exil par deux usurpations aux motifs très différents mais aux ressorts similaires ; isabellisme et orléanisme, fraudeurs de l’Histoire. Henri n’a alors que treize ans et Charles déjà quarante cinq. Ils ne se sont encore jamais rencontrés et ne se croiseront ensuite que furtivement.

Le terme de carlisme désigne aussi bien le mouvement espagnol favorable à Don Carlos, qu’une certaine fidélité à Charles X qui, en exil, serait revenu de fait sur son abdication de Rambouillet, et que l’on a parfois opposé à l’« henriquinquisme » qui tient celle-ci comme irréversible.

En Espagne, le soulèvement carliste rencontre un succès incomparablement supérieur à celui de la duchesse de Berry en France un an auparavant. Généralement, les volontaires d’une cause n’acceptent de se faire tuer pour elle que s’ils en ressentent pleinement les enjeux. Ce qui implique deux ingrédients indispensables : un chef derrière qui se ranger, et une idée méritant qu’on soit prêt à y sacrifier sa propre vie. Le carlisme espagnol ne manque ni de l’un ni de l’autre. Pourchassés de toutes parts, Don Carlos et ses compagnons errent à pied à travers les montagnes, couchent dans des cabanes de bûcherons, parviennent enfin à trouver un bateau qui les conduit à Londres. Leurs prérégrinations comme leur courage évoquent évidemment ceux de la duchesse de Berry et de ses amis. Mais la comparaison ne va pas plus loin : ici, c’est le prétendant qui paye de sa personne alors que l’expédition de Marie-Caroline n’était qu’une lutte par procuration. En outre, les « henriquinquistes » n’avaient rien à apporter aux populations de l’ouest dont Louis-Philippe les eut privées alors que les carlistes, au contraire, véhiculent avec eux des idées foretes, presque toutes fondées sur le refus absolu d’une société nouvelle. Un des meilleurs historiens du carlisme, Malchor Ferrer, a ainsi écrit qu’«ils savaient bien pourquoi ils combattaient : pour l’Espagne éternelle, comme avaient fait leurs pères dont beaucoup vivaient, du reste, et combattaient à nouveau, pendant la guerre d’Indépendance qui fut une guerre en tout point traditionaliste : pour la religion, pour l’intégrité et la liberté de la Patrie, et pour la monarchie légitime, en face des intrus. » Pour eux, la patrie, le roi et la foi sont aussi indissociables qu’immuables ; on combat leurs ennemis communs, qui peuvent surgir de l’extérieur comme sourdre de l’intérieur, et on accueille volontiers les appuis étrangers qui servent les mêmes valeurs. C’est pourquoi le carlisme constitue un phénomène difficile à cerner, irréductible à une équation.

« C’est, nous dit un autre de ses historiens, Joseph Zabalo, une hombria, quelque chose de très espagnol : une affaire d’homme, une attitude, un honneur, un défi, une bravade. »

Teinté d’une certaine gratuité et de beaucoup de violence : ce qui, à la fois le différencie du légitimisme, beaucoup plus policé, et explique son insuffisance de relais dans l’intelligentsia. 

Le 2 juillet 1834, Don Carlos embarque à Brighton pour débarquer à Dieppe, la ville favorite de la duchesse de Berry. Avec l’aide d’un légitimisme français, Louis-Xavier Auguet de Saint-Sylvain, et sous le nom d’emprunt d’Alphonse Faës, il se rend à Pari, loge à l’hôtel Meurice. Puis il entreprend de traverser le pays en empruntant à peu près la même route que Philippe V un siècle plus tôt pour rejoindre l’Espagne.

Commandées par un chef de guerre tenace, les troupes carlistes contrôlent déjà les territoires ruraux des provinces basques et de la Navarre, terres de fueros, c’est-à-dire d’antiques privilèges d’administration locale, presque d’autonomie, que leurs populations craignent de voir supprimés par les nouveaux dirigeants madrilènes. En revanche, les villes leur échappent. Les bataillons du carlisme se recrutent parmi les hobereaux locaux, la petite paysannerie et, d’une façon plus générale, parmi les couches de la société en voie de marginalisation économique. La bourgeoisie industrielle et commerçante, dont le poids s’accroît, se tient prudemment à l’écart. Don Carlos s’établit à Vergara, dans la province de Guipùzcoa, et choisit un Français, Louis de Penne, comte de Villemur, pour ministre de la Guerre. Quelques centaines de légitimistes franchissent les Pyrénées afin de grossir les bataillons de volontaires.

Beaucoup d’entre eux ont combattu en Vendée aux côtés de la duchesse de Berry. On les retrouvera plus tard dans les rangs des zouaves pontificaux…

Les carlistes lancent des raids à travers tout le territoire espagnol. Le plus important, en 1836, atteint l’Andalousie. On occupe Cordoue. En juin 1837, l’armée rebelle menace Madrid. Contre toute attente, parvenue à vingt kilomètres d’une capitale hors d’état de se défendre, Don Carlos lui donne l’ordre du repli. Les motifs de cette décision ne furent jamais parfaitement éclaircis. Autour du roi pullulent alors intrigues, cabales, rivalités : le lot du légitimisme pour longtemps… Carlos hésite, sa Cour se divise, la cause piétine.

Au début des hostilités, la plupart des Etats européens avaient choisi la prudence diplomatique. L’Autriche, la Prusse et la Russie n’ont pas reconnu immédiatement Isabelle II, non plus que les principautés italiennes et le royaume de Sardaigne. Le pape Grégoire XVI tergiverse : il redoute une scission du clergé espagnol. En revanche, à Naples, le jeune roi Ferdinand II, qui a succédé à son père François Ier le 8 novembre 1830, bien que la régente Marie-Christine soit sa sœur, appuie Don Carlos. Il lui dépêche un ambassadeur dans le pur esprit des vieux Pactes de famille liant les trois branches des Bourbons. Seuls l’Angleterre et la France de Louis-Philippe (qui a oublié la prévention du duc d’Orléans à l’encontre de la Pragmatique sanction de Ferdinand VII) s’engagent auprès de Marie-Christine. En mai 1835, à la demande des Cortès, l’Angleterre et la France envoient des hommes pour combattre les carlistes. 4000 soldats de la légion étrangère sont ainsi ramenés d’Algerie. Bazaine s’y distingue mais le corps expéditionnaire se fait écraser à Barbastro, en Aragon, le 2 juin 1837. Échaudé, le gouvernement français se contente dès lors de fournir une aide logistique aux gouvernementaux.

1838 est une année importante dans la vie de Don Carlos, pour l’espérance de la légitimité, et pour l’ancrage de l’orléanisme. Le prétendant décide d’exercer personnellement le commandement de ses troupes et se remarie, le 18 octobre, avec la princesse de Beira, sœur aînée de sa défunte épouse morte en 1834. Venue de Salzbourg, la fiancée franchit la frontière grâce à l’aide des contrebandiers. Ceux-ci jouent d’ailleurs un rôle croissant pour l’approvisionnement des carlistes depuis la France en trompant la police et la douane de Louis-Philippe. Ils en conserveront longtemps un supplément de fierté, dont la tradition ne s’est pas encore tout à fait éteinte de nos jours…

Charles X est mort depuis deux ans. Dès le début, il a approuvé l’action de Don Carlos mais n’a pu, en exil, lui apporter d’autre aide que l’encouragement moral adressé aux légitimistes français partant combattre à ses côtés. Son fils, le duc d’Angoulême, conserve la même ligne.

Sur le front espagnol, les choses se gâtent alors pour les carlistes, victimes de revers militaires et du déchirement des clans. Ils échouent une deuxième fois devant Bilbao. On s’accuse de traîtrise entre partisans et on se fusille entre généraux. Une autre rame du carlisme, comme du légitimisme, réside dans cette manie de la division et de la subdivision qui, le plus souvent, conduit à des erreurs majeures dans le choix des hommes. Ainsi Don Carlos a-t-il confié le commandement en chef au général Maroto qui, lassé des échecs, décide de fraterniser avec l’armée légale de son ami Espartero ! Les deux généraux mettent au point la convention de Vergara qui, signée le 31 août (1838) prévoit la remise des armes insurgées entre les mains des gouvernementaux contre l’absence de poursuites à l’égard des combattants. La première guerre carliste s’achève ainsi de façon peu glorieuse et à peine honorable : comment expliquer aux familles de Navarre qui y ont perdu souvent plusieurs des leurs que, finalement, on fait la paix dans leur dos et sans rien changer à rien ? L’Histoire renouvellera souvent des situations similaires…

Quinze jours plus tard, Don Carlos passe les Pyrénées et se présente au commandant militaire de Bayonne. Le gouvernement français l’assigne à résidence à Bourges, à l’hôtel Pannette (qui existe toujours, près de la cathédrale) avec l’ordre de s’abstenir de toute manifestation politique. Désabusé, il tiendra parole et ne reverra jamais l’Espagne, mourant à Trieste en 1855, inhumé dans la cathédrale Saint-Juste, qui va devenir l’Escorial des princes carlistes.

Les carlistes poussent alors son fils aîné, Carlos-Luis, désormais appelé à son tour Don Carlos, à reprendre les armes. Mais Charles-Louis-Marie-Ferdinand de Bourbon, Charles VI d’Espagne pour ses partisans, n’a rien d’un va-t-en guerre. Né au palais royal de Madrid en 1818, il a un peu participé à la première campagne carliste mais c’est avant tout un jeune homme pacifique et sensible, qui aime les études et les arts, surtout la musique. Toutefois, à force de recevoir des émissaires clandestins qui ont traversé la France pour rendre hommage à leur nouveau roi et le conjurer de sortir de sa réserve, Don Carlos reconnaît que sa situation n’est guère glorieuse pour un prince de vingt-huit ans. En septembre 1846, il décide donc de reprendre l’action. Avec la complicité de légitimistes français voisins, dont le marquis Eusèbe de Barbançois, ancien sous-gouverneur du duc de Bordeaux, et le baron Hyde de Neuville, ancien ministre de la marine de Charles X, il déjoue la surveillance de la police de Louis-Philippe et passe en Suisse. De là, il s’adresse à son peuple :

« Espagnols, la cause que je représente est juste. Aucun obstacle ne doit nous retenir de la sauver. Le succès est assuré, car c’est avec zèle, empressement et vaillance que vous accourez pour répondre à mon appel. »

Néanmoins prudent, Don Carlos ne se jette pas tout de suite en Espagne. Il parcourt d’abord l’Europe à la recherche de soutiens. Palmerston, Premier ministre britannique, excédé par l’instabilité des gouvernements isabéliens, lui prête une oreille favorable et lui promet une aide financière contre son engagement en faveur d’une monarchie parlementaire. Mais Don Carlos hésite et refuse finalement un tel engagement. Sans doute a-t-il craint de heurter les convictions de ses partisans. Bien en vain !

Ces derniers ont surestimé l’attente du peuple, grossi la détermination des troupes et surévalué leur nombre. La deuxième guerre carliste ne dépasse pas les dimensions d’une guérilla, gite des Matiners (madrugaderos en Castillan, par référence à l’habitude des combattants de lancer leurs attaques avant l’aurore). Elle remporte quelques succès éphémères mais s’achève pitoyablement en 1849 avec la tentative manquée de Don Carlos de rejoindre, enfin, ses partisans sur le terrain. Arrêté à la frontière française par des douaniers, il est incarcéré à Perpignan et passe le relais à son frère cadet, Don Juan, né en 1822.

Don Juan ne croit guère aux chances de la cause carliste et se contenté de pratiquer, sans dédain mais sans conviction, « les gestes de la foi » On a souvent fixé de ce prince une image défavorable : joueur perdant gros, fantaisiste, noceur, dépourvu d’instinct marital autant que paternel, armé de quelques vieux principes mais démuni de convictions. Le tableau mérite d’être corrigé. En vérité, l’homme est atypique. Passionné de sciences, il a suivi, à Londres, les cours de l’école polytechnique et mené de sérieuses expériences en daguerréotypie puis en photographie. Très inventif, il a mis au point un modèle du bateau en caoutchouc pour la marine préfigurant nos actuels Zodiacs. Sachant se délivrer des préjugés de ses origines, il se rend surtout compte que le carlisme repose sur une doctrine surannée. Ses réflexions personnelles le conduisent de plus en plus vers les conceptions libérales qui ne vont pas tarder à ordonner le développement de l’Europe : la souveraineté nationale, le suffrage universel, l’indépendance de la justice, la liberté d’expression et de culte, l’égalité devant la loi. Dépourvu d’ambition personnelle, détestant les intrigues, il se refuse aussi à faire couler le sang espagnol. Ses idées l’opposent donc à sa femme, qui adhère sans réserve à celles de son beau-frère, le comte de Chambord. Le couple se sépare. Don Juan s’installe en Angleterre, à Brighton, tandis que son épouse et ses deux fils partagent leur temps entre Modène et Venise. Sur le Grand-Canal, les palais Lorédan (celui des Bourbons carlistes), Cavalli (qui appartient à la comtesse de Chambord) et Giustiniani (des Bourbons de Parme) sont à portée de pierre les uns des autres et sont reliés par un télégraphe privé. Charles, fils de Don Juan, bénéficie ainsi de l’attention appuyée du comte de Chambord. Dans le petit garçon agité, ombrageux, subtil et appliqué, le prince français a tôt fait de pressentir une personnalité d’envergure, taillée dans le bois dont on fait les grands rois. Il surveille son éducation, ses lectures, ses loisirs et ses fréquentations. Il lui apprend à nager dans le Grand-Canal, à se tenir à cheval et l’entretient de l’Histoire et des devoirs qu’elle impose à leur commune dynastie.

Âge de sept ans, Charles est évidemment trop jeune pour servir de chef aux carlistes qui, en mai 1855, lancent une troisième insurrection contre le régime d’Isabelle II, gangrené par l’instabilité gouvernementale, la corruption, les scandales financiers et les exactions anticléricales. Mais la troisième guerre carliste, fruit de l’exaspération plutôt que d’une stratégie mûrie, ne dépasse guère les limites de la Catalogne. Elle dure cependant jusqu’en 1860. Ne voulant pas de Don Juan, les combattants rappellent son frère Carlos-Luis. Hésitant puis se décidant enfin à les rejoindre, il se fait arrêter à peine débarqué. Il quitte l’Espagne en promettant, une deuxième fois, de n’y plus revenir. Il mourra un an plus tard à Tireste sans avoir eu d’enfant. La succession carliste retombe donc encore sur les épaules de Don Juan qui, le 16 février 1861, publie un bref manifeste monarchie divine et absolue. Quelques mois auparavant, il a refusé à Napoléon III de se porter candidat à future couronne du Mexique : c’est l’impératrice Eugénie qui avait pensé à lui. En juillet 1862, las de ce qu’il regarde comme un inutile conflit, il fait sa soumission à Isabelle II. Pendant six ans, on n’entendra quasiment plus parler de lui et le carlisme entre hibernation.

Les événements qui secouent l’Espagne de 1866 à 1875 et la France de 1870 à 1875, présentent encore cette singulière analogie qui marque le destin des deux nations depuis les Mérovingiens et les Wisigoths. C’est la chute d’Isabelle II qui provoque, indirectement, la guerre de 1870 ; c’est la défaite de Sedan qui pousse les Français à rappeler le roi ; c’est la détermination du comte de Chambord qui conforte celle de Don Carlos ; c’est enfin la même incapacité à choisir un régime, qui aboutira, en janvier 1975, à ce que les républicains ramènent en Espagne le fils d’Isabelle II et à ce que les monarchistes adoptent en France la république. Cependant, les similitudes s’arrêtent là : alors que les royalistes français découvrent, ou redécouvrent, les délices du jeu parlementaire, les légitimistes espagnols croient encore à la formule du coup de force et du soulèvement populaire, dans la veine de ce que furent les soulèvements vendéens et les trois premières guerres carlistes.

En Espagne, la réalité du pouvoir appartient à des juntes militaires dont les chefs décident, en 1866, de mettre fin au règne d’Isabelle II, dont la personne est aussi discréditée que le régime. Une conjuration dominée par les généraux Joan Prim et Francisco Serrano conclut une sorte de pacte de rénovation de la monarchie espagnole afin d’en chasser la corruption, de mettre fin aux scandales de la Cour et de revenir sur la dérive autoritaire des dernières années. Il ne manque que la clef de voûte du dispositif : le monarque lui-même. Personne ne va alors jusqu’à envisager une république. Le logique voudrait qu’on en profite pour clore le conflit dunastique soulevé en 1830. L’opportunité politique et le respect des principes pourraient se conjuguer en appelant Don Juan au trône. Mais les conjurés désirent faire eux-mêmes le roi, afin de disposer d’un monarque qui leur doive tout et leur abandonne la réalité du pouvoir. De plus ils n’ont pas combattu le carlisme pour s’en remettre à lui à travers cet héritier qu’au demeurant les carlistes n’aiment guère. Encore deux années de conciliabules et, en septembre 1868, l’insurrection part de Cadix. Elle se propage rapidement sans rencontrer de résistance sérieuse de la part du gouvernement. Isabelle II est envoyée en exil à Biarritz, où l’impératrice Eugénie l’accueille chaleureusement. La junte forme un gouvernement provisoire et prépare l’élection de Cortès constituantes. L’homme fort du moment, le général Prim, n’ignore ni que la couronne a un légitime titulaire, ni que, pour avoir méconnu les principes hérités de Philippe V, le pays s’est enlisé dans des querelles dont la légitimité l’aurait, peut-être, dispensé. L’Espagne est presque en ruines. La misère ronge ses villes et ses campagnes. Le crédit public s’est effondré. Le peuple a perdu toute confiance en l’Etat et même, pour partie, dans l’Eglise. Seul, dans les provinces basques, en Navarre et en Catalogne, le mouvement carliste, en hibernation depuis treize ans, conserve ses valeurs sous la cendre. Il ressemble à un camp au repos, toujours prêt à reprendre les armes à l’appel du roi, de la foi, ou de l’honneur. Mais il considère Don Juan comme impossible et ne sait que penser de son fils Carlos…

Celui-ci a grandi, l’influence exercée sur lui par le comte de Chambord s’est encore accrue. Le chef de la Maison de France, qui saint maintenant qu’il n’aura pas d’enfant, a dérivé son instinct paternel vers ses neveux et nièces, enfants de sa sœur Louise et de sa belle-sœur Marie-Béatrix. Il a veillé à ce qu’ils forment une famille, à la fois au sens intime et au sens dynastique du terme. A ses yeux, le cieux Pacte de famille s’est renforcé par la proximité affectueuse de tous les « Bourbons de Venise ». Ainsi, sans qu’on lui force la main, Carlos est tombé sous le charme de Marguerite, la fille aînée de Louise. Le 4 février 1867, ils se sont mariés à Frohsdorf. Entre temps, le traité de Vienne du 3 octobre 1866 a rattaché la Vénétie au nouveau royaume d’Italie. Par solidarité avec l’Autriche dépouillée, Henri a décidé de ne plus revenir à Venise et de vendre le palais Cavalli. Don Carlos l’imite et s’installe à Graz. Désormais, leurs conversations se déroulent essentiellement à Frohsdorf. Le prince français vient de terminer son long travail doctrinal : il tient prêt un projet politique complet et le montre à son neveu, lui indiquant qu’on ne saurait confondre les sociétés française et espagnole mais que « partout où les affaires sont dans les mains de gens de bien, les mêmes principes gouvernent les hommes et inspirent les rois. » Il ne sert à rien, lui explique-t-il, de courir après un trône si l’on ne sait pas quoi faire d’autre que de l’occuper et de le conserver. Les monarques sont avant tout des serviteurs, des « officiers » de la couronne, selon le mot de Louis XI. Carlos écoute son oncle et mentor avec attention et même une certaine vénération. De son enseignement, il retire la conviction que seules les monarchies constitutionnelles peuvent raisonnablement régir les nations. Trois points l’ont plus particulièrement marqué : le suffrage universel « honnêtement pratique », la décentralisation et la justice sociale, toutes choses qui font écho aux fueros si chers aux carlistes sur lesquelles pourrait s’appuyer le redressement de l’Espagne. Le comte de Chambord déconseille à Don Carlos toute collaboration avec la junte mais l’encourage à obtenir de Don Juan une abdication sans laquelle son droit ne peut devenir pleinement légitime. Le père et le fils se rencontrent à Paris, le 3 octobre 1868. Don Juan accepte de renoncer à tous ses droits dynastiques en sa faveur. Ils s’étreignent. Tout est dit.

Puis Chambord incite son neveu à préparer son propre programme de gouvernement pour l’Espagne, fondé, comme le sien, sur les principes de la monarchie chrétienne. Il lui conseille de présenter des candidats aux élections des Cortès constituantes. Le principe de l’abstention des monarchistes, que le prince a toujours préconisé en France depuis 1852, ne peut valoir pour l’Espagne qui s’engage dans une expérience démocratique n’excluant a priori aucun parti. Don Carlos se proclame alors duc de Madrid, roi légitime, mais empêché, sous le nom de Charles VII. Dorénavant le roi assume la nation dans son entier, il se tient à la tête du pays et non plus à la remorque de partisans périphériques. Afin de se rapprocher de l’Espagne et de se mouvoir dans un milieu résonnant mieux de ce qui se passe en Europe que la charmante mais somnolente ville de Graz, Don Carlos et Marguerite s’installent à Paris, dans un modeste appartement du quartier de La Madeleine, au 14 de la rue Chauveau-Lagarde. Prim caresse un moment l’idée de porter Don Carlos sur le trône et diligente auprès de lui, avec l’aide de la police secrète de Napoléon III, une discrète ambassade. L’empereur des Français redoute en effet par-dessus tout l’accès au trône d’Espagne de la sœur d’Isabelle, Louis-Fernande, épouse du tonitruant duc de Montpensier, le dernier fils de Louis-Philippe. Don Carlos représente une solution acceptable pour le gouvernement impérial. Mais l’émissaire de Prim évoque la nécessité pour lui de reconnaître le principe de la souveraineté populaire. Il repousse la proposition qui, en réalité, n’était qu’une offre de négociation… Les élections espagnoles, les premières au suffrage universel (masculin pour les plus de vingt-cinq ans) se déroulent en janvier 1869, apparemment sans trop de fraudes ni de pressions démesurées. Les différents mouvements monarchistes « progressistes » et libéraux emportent la majorité des sièges (236 sièges sur 352), les républicains 85, les carlistes seulement 23 : ils payent très sévèrement l’intransigeance doctrinaire du prétendant. Le 1er juin suivant, les Cortès adoptent la Constitution d’une monarchie parlementaire, avec deux Chambres, dont l’une élue au suffrage universel, et un gouvernement responsable devant elles. Le texte est précédé d’un long préambule consacré aux libertés publiques.

Il ne reste, encore et toujours, qu’à trouver un roi pour couronner l’édifice. Toute une série de noms circulent. Don Carlos n’a pas abandonné la partie mais demeure fidèle à son principe : il ne peut figurer comme un candidat parmi d’autres. Le 30 juin, il adresse une longue lettre à son frère Don Alfonso, décrivant, « à la Chambord », son programme de gouvernement : rassemblement autour du roi, meilleur garant de l’unité nationale, accueil de toutes les bonnes volontés, d’où qu’elles viennent du moment qu’elles œuvrent dans l’intérêt commun, égalité de tous devant la loi et les emplois publics, liberté de conscience, de croyance et d’opinion, dont celle de la religion, décentralisation et protection des « républiques fueristes », justice sociale enfin. Un programme tiré de l’Evangile et ayant pour clé de voûte un roi au-dessus des contingences, des coalitions et des compromissions, résumé par ce terme de Rey neto, que l’on peut traduire par « le roi juste » ou encore « le roi pur », voire simplement « le roi net », sans tâche et sans bavure, le « roi parfait ». Ce n’est pas vraiment ce que recherche la junte, contrainte d’accélérer les choses car la révolte gronde dans plusieurs régions. En Navarre et au Pays basque, le général Cabrera n’attend qu’un signe pour rallumer l’insurrection carliste. A l’inverse, au Levant et en Andalousie, des mouvements révolutionnaires et républicains commencent à s’agiter. Prim saisit ce prétexte pour suspendre les libertés publiques : la généreuse Constitution de 1869 aura vécu trois mois. D’emblée, le gouvernement a écarté le recours au prince Alphonse, le fils d’Isabelle, qui n’a pas encore douze ans et vit en exil avec sa mère. Dès lors, l’Espagne s’achemine vers une rupture dynastique totale. Cette brutale ouverture à une cohorte de princes dépourvus d’avenir dans leur propre pays, comme de la moindre assise historique en Castille ou en Aragon, contribuera à déconsidérer la nation espagnole à long terme et à renforcer sa « légende noire ». On avance ainsi l’hypothèse du prince Alfred, fils cadet de la reine Victoria du Royaume-Uni. Mais imagine-t-on un protestant sur le trône des Rois catholiques ? Il est ensuite question de Philippe de Saxe-Cobourg-Kohary, membre de cette famille aux multiples ramifications, cousine de toutes les maisons royales, et toujours citée dès qu’un trône devenait vacant en Europe. Mais imagine-t-in la couronne d’Espagne comme un lot de consolation ? Des listes circulent, plus ou moins fantaisistes. On parla même de Léopold II de Belgique qui, en échange de l’appui de Napoléon III, aurait cédé son royaume à la France.

Pendant plusieurs mois, l’homme le mieux placé paraît être le duc de Montpensier. Surnommé « le prince des comploteurs », c’est un agité chronique, déjà candidat, entre autres, à la couronne impériale du Mexique mais qui vient d’avoir la mauvaise idée de tuer en duel son cousin Henri de Bourbon, duc de Cadix, un petit-fils de Charles IV. Sans plus de chances que les autres, et même plutôt moins, surgit alors le nom de Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, lointain cousin du roi de Prusse Guillaume Ier, arrière petit neveu de Murat et gendre de Ferdinand de Portugal. La proposition aurait pu demeurer presque anecdotique si, par ricochets diplomatiques, elle n’allait, bien que déjà écartée, provoquer la guerre dont sortirait l’appel au roi de France.

Juin Don Carlos aussi est choqué par la candidature de Léopold de Hohenzollern. Le 17 juin 1870, il réunit à Vevey, sur le bord du lac Léman, les délégués carlistes afin d’examiner avec eux quelle réaction il convient de donner à cette menace de dépossession de la couronne au détriment du peuple espagnol. On alerte Napoléon III, qui répond favorablement : il promet 15 millions de francs (un peu moins de 100 millions de francs) aux carlistes et une libre circulation à travers la frontière. La promesse ne sera pas tenue.

À la suite de la défection du prince allemand, Prim se tourne vers Amédée de Savoie, fils cadet de Victor-Emmanuel II d’Italie. Ce prince de vingt-cinq ans semble suffisamment âgé pour ne pas paraître tenir le rôle d’un enfant roi à la discrétion de la junte et cependant assez jeune pour laisser à celle-ci les coudées franches. Il présente également l’avantage d’être franc-maçon, comme la plupart des membres du gouvernement et des députés libéraux espagnols du moment. Enfin il incarne la modernité de la jeune Italie unifiée. Le 16 novembre 1870, les Cortès élisent donc Amédée par 191 voix, contre 60 à la République, 27 au duc de Montpensier, qui conserve encore quelques partisans, aucun à Don Carlos. Ses partisans ont voté blanc plutôt que de subir une défaite humiliante dans les urnes : un roi légitime ne concourt pas avec des rois de rencontre.

À Madrid, Amédée ne trouve pas sa place et fait figure d’intrus. Mais Don Carlos n’envisage encore aucune opération militaire, ne voulant pas faire couler le sang de ses compatriotes tant qu’existent, dit-il, des formules alternatives. Il encourage la création de journaux et de revues carlistes : plus de quatre-vingt sont ainsi fondées en 1871 et 1872. Enfin, il permet toujours à ses partisans de se présenter aux élections. Celles devant former les nouveaux Cortès prévus par la Constitution, se tiennent du 8 au 11 mars 1871. La coalition dite « libérale » obtient une large majorité : 235 sièges sur 391 contre 52 pour les républicains et 51 pour les carlistes, qui adoptent la dénomination de « communauté catholique et monarchique ». C’est un meilleur résultat que celui de 1869, néanmoins très décevant, surtout si on le compare au scrutin français du mois précédent, qui a donné aux royalistes une majorité de 400 sièges, dont 200 légitimistes, sur 600 à l’Assemblée nationale. Il traduit surtout l’extrême concentration géographique de Don Carlos, selon un arc atlantique et sub-pyrénéen, du Pays-Basque à la Catalogne, principalement rural : la majorité carliste est écrasante à Ollot comme à Ripoll, elle devient faible minorité à Barcelone. La faiblesse du mouvement vient de là : jamais dans l’Histoire on ne vit un pays se soulever avec succès en partant des campagnes. Don Carlos ne l’ignore pas et en tire la conclusion qu’une nouvelle insurrection serait vouée à l’échec. Estimant en outre que l’on comprendrait mal que le même principe pèse en France du côté de la paix et, en Espagne, de celui de la guerre, il écrit au comte de Chambord :

« Je ne saurais, mon très cher oncle, appeler là-bas à une prise d’armes quand, en France, vos loyaux sujets désirent si fortement la fin de la guerre afin que vous puissiez désormais vous consacrer à la réparation de votre royaume. Notre nom et notre principe ne peuvent, en même temps, soutenir des choses contraires. »

Au moment où éclate la Commune de Paris, le comte de Chambord lance un nouveau manifeste au nom de « la religion, la concorde et la paix ». Don Carlos lui écrit encore pour approuver sa déclaration et pour lui dire qu’un des passages lui servira de guide :

« Je sera appelé non seulement parce que je suis le droit, mais parce que je suis l’ordre, parce que je suis la réforme, parce que je suis le fondé de pouvoir nécessaire pour remettre à sa place ce qui n’y est pas et gouverner avec la justice et les lois dans le but de réparer les maux du passé et de préparer enfin un avenir. »

Le duc de Madrid décide donc, dans un premier temps, de solidifier sa représentation parlementaire, notamment par le choix d’un chef de qualité : Candido Nocedal y Rodriguez de La Flor. Alors âgé de cinquante ans, avocat de haut bol, il bénéficie d’une réputation de rigueur, de probité et d’indépendance. Brillant orateur, citant volontiers les manifestes du comte de Chambord, qualifiés de « lumières pour les catholiques et les assoiffés de justice », les saillies du député de Saragosse contre le gouvernement résonnent dans les Cortès bien au-delà du faible poids du groupe carliste. Il lance un slogan : « Ou Don Carlos, ou le pétrole ! » allusion à l’incendie des Tuileries par la Commune. L’agitation parlementaire est à son comble, aggravée par le soulèvement du Cuba, la violente poussée du mouvement ouvrier, la corruption, cancer de la société libérale espagnole, enfin l’opposition haineuse entre cléricaux et anti-cléricaux. De sorte qu’en janvier 1872, Amédée dissout les Cortès et convoque les électeurs pour le 3 avril. La campagne électorale se déroule dans un épouvantable climat de vindicte et d’exactions, notamment contre les carlistes. Presque partout, les agents du gouvernement organisent la fraude, donnant raison à Nocedal : faute d’un trône légitime, le pétrole flambe. Les partisans de Don Carlos tentent alors de le persuader d’ordonner un soulèvement général. L’armée n’avait jamais été carliste – autre grande faiblesse du mouvement – mais, cette fois, selon de nombreux officiers, elle serait prête à se « prononcer » pour « Charles VII ». Ayant mesuré l’inefficacité de l’action légale, celui-ci déicide, le 14 avril, d’appeler à l’insurrection pour le 21, au cri de « Vive l’Espagne ! À bas l’étranger ! ». Il adresse aux nations européennes une lettre circulaire expliquant que « le gouvernement de la révolution leur fermant les portes de cette légalité qu’il a établie, il ne reste plus au duc de Madrid et à ses fidèles qu’à tirer l’épée pour l’honneur, la dignité et l’indépendance de la patrie ». L’enthousiasme populaire éclate en Navarre, au Pays-Basque et en Catalogne du nord. Les municipalités proclament Charles de Bourbon VIIe d’Espagne, et Xe de Navarre. En chaire, les prêtres ordonnent des prières pour son rapide avènement. Comme il l’a promis, lui-même se présente à la frontière le 2 Mai. Mais rien n’est prêt : les troupes carlistes ne comptent que 1200 hommes armés, et encore de fusils de chasse. Aucun élément de l’armée légale ne les a rejoints. Deux jours plus tard, à Oroquieta, alors qu’il refuse de rebrousser chemin, Don Carlos et ses amis se font encercler par les troupes gouvernementales dans le presbytère où ils déjeunent. Mais la petite troupe parvient à forcer la ligne ennemie et à mettre le roi à l’abri : le 6 mai, il est déjà de retour en France. La police d’Adolphe Thiers le traque comme, quarante ans plus tôt, elle traquait, sous les ordres du même homme, la duchesse de Berry. Comme elle, Don Carlos vit alors en fugitif, courant d’un château ami à l’autre sous des noms d’emprunt. Plusieurs députés légitimismes français des départements pyrénéens, notamment le vicomte de Saintenac à Saint-Girons (Ariège), le marquis de Franclieu dans son château de Lascazères (Hautes-Pyrénées) et la famille du comte de Gontaut-Biron, alors ambassadeur à Berlin, au château de Navailles (Basses-Pyrénées) l’hébergent à tour de rôle. La situation est carrément loufoque : alors qu’ils détiennent la majorité au Parlement, les royalistes français se comportent en conspirateurs pour conserver la liberté au neveu de celui qu’ils veulent pour roi et qu’ils n’osent encore proclamer parce qu’ils redoutent le petit homme républicain qu’ils ont désigné pour diriger le pays. Le ministre de l’intérieur, Eugène de Goulard, donne toutefois des instructions dans le dos de Thiers pour que les policiers ne fassent pas trop de zèle. Mais il devra démissionner rapidement… Pour autant, l’élan carliste ne retombe pas. Partout dans les montagnes, les partidas (que l’on peut traduire par « bandes »), et leurs chefs, les cabecillas, donnent du fil à retordre à l’armée régulière. Mais elles ne peuvent se risquer dans les vallées. En Catalogne, la situation est meilleure : le prince Alphonse est venu prêter main forte aux partisans de son frère, en compagnie de volontaires issus des rangs des zouaves pontificaux, comme une préfiguration de ce que seraient, mais avec une idéologie toute différente, les Brigades internationales du siècle suivant. Ainsi se rendent-ils maîtres de plusieurs petites villes du nord de la Catalogne. A Madrid, les gouvernements se succèdent dans l’impuissance. En juin 1872, Amédée dissout une deuxième fois le Parlement. Jamais l’Espagne ne parut aussi proche de l’effondrement total.

Don Carlos lance alors, le 16 juillet 1872, une proclamation aux « Catalans, Aragonais et Valenciens » dans laquelle il évoque son « illustre aïeul Philippe V » mais s’en différencie afin de défendre, ou de rétablir, les fueros que ce dernier avait abrogés dans la foulée de l’absolutisme enseigné par Louis XIV :

« Si vous fûtes hostiles au fondateur de ma dynastie, vous êtes aujourd’hui le rempart de son descendant légitime. Je vous rends vos fueros parce que je suis le champion de toutes les justices. »

Exercice d’équilibrisme dynastique, conforme à la grande tradition de pragmatisme des Capétiens, le manifeste, concocté avec l’aide de plumes de Frohsdorf, jette un nouveau défi à Amédée, bien loin d’appréhender toutes les subtilités d’une histoire d’Espagne aussi violente que déroutante. Du haut de son trône chancelant, le roi d’Espagne cherche à affirmer son autorité par une reprise en main de Cuba et des provinces carlistes, vers lesquelles il accomplit un voyage destiné à encourager son armée et à éprouver sa popularité. Mais l’insubordination gagne et l’état-major prend des décisions contraires à la volonté du monarque, accueilli on ne peut plus froidement par les populations visitées. Il se résout donc à abdiquer, le 11 février 1873, retournant aussitôt en Italie : fin de la parenthèse piémontaise.

Le jour même, dans une totale improvisation, les Cortès proclament la république. Le peuple n’a pas été consulté, les campagnes prennent peur et le carlisme se renforce d’autant. Les partidas osent dorénavant descendre de leurs montagnes : une armée véritable s’organise autour d’un noyau de 12 000 hommes, correctement équipés, commandés par des officiers de carrière et répartis en quatre provinces militaires : le Catalogne, la Navarre, la Biscaye et le Guipùzcoa. Les victoires s’accumulent sur les colonnes républicaines. Un territoire de plus en plus vaste, couvrant bientôt 75 000 km², passe sous contrôle carliste. À tel point que les puissances européennes s’interrogent. Thiers, fragilisé et bientôt débarqué, fait cesser la chasse aux carlistes du côté français des Pyrénées. Le 16 juillet 1873, Don Carlos franchit une deuxième fois la frontière et pénètre en Navarre. L’accueil que lui réservent ses partisans revêt l’allure de celui qu’on doit à un chef d’Etat en exil après une longue absence. Il paraît plus déterminé que jamais. Surtout, il a acquis, dans le maintien et la façon de s’exprimer, quelque chose de romain, une autorité paisible et indiscutable. Marguerite l’a suivi et s’est installée en Aquitaine, où elle crée les services sanitaires d’une armée qui, jusqu’ici, les avaient complètement ignorés. La princesse court toute la journée pour mettre en place des hôpitaux de fortune dans les Pyrénées et deux établissements de séjour, l’un à Bègles près de Bordeaux, au château de Tartifume, l’autre à Pau, dans la villa du Midi. Elle veille également, par-delà la frontière, à ce que, malgré la guérilla, la vie civile continue, notamment que les couples se marient, que les enfants aillent à l’école. Se tenant informé avec le maximum de régularité, le comte de Chambord se dit très fier de sa nièce et lui fait parvenir tous les secours qu’il peut, transitant par les royalistes du sud-ouest de la France. Il encourage également Carlos à ne pas se contenter de faire la guerre mais à administrer la petite nation carliste comme le laboratoire d’une monarchie modèle, à montrer en quelques sorte ce que la légitimité peut apporter à des populations qui souffrent et qui aspirent au progrès. « El rey neto » pose les bases d’un Etat organisé, avec une fonction publique, une police, une justice, un service postal qui imprime ses propres timbres, une monnaie, l’escudo, une école militaire et même une université, à Oñate. Ainsi, du printemps à l’automne de 1873, le carlisme se colore d’avenir. Les effectifs de son armée « régulière » dépassent les cinquante mille hommes et l’armée républicaine n’ose plus s’aventurer en territoire carliste. Les populations locales encensent Don Carlos, dont la réputation commence à se propager dans le reste d’une Espagne dont les couches sociales traditionnelles demeurent hostiles à la république. Enfin, la certitude de l’avènement très prochain d’Henri V au trône de France constitue pour les carlistes un point d’appui moral et politique de tout premier choix. Le 13 novembre, ils remportent sur l’Ebre une importante victoire militaire et se sentent désormais suffisamment forts pour songer à investir les grandes villes. Premier objectif : Bilbao, un symbole, devant laquelle l’armée met le siège le 28 décembre 1873, encore dans l’ignorance de l’échec qui se dessine pour la Restauration en France.

La nature du soulèvement carliste ne compte guère d’autre précédent que celui des guerres de Vendée et de la Chouannerie mais elle se colore d’une teinte supplémentaire, celle de « l’illustration lyrique » dont on relèvera longtemps les traces dans d’autres révoltes et d’autres guérillas, de la guerre civile de 1936 aux maquis d’Amérique latine des années soixante. Dolorès Ibarruri, la pasionaria du frente popular de 1936 se revendiquera toujours d’un certain atavisme carliste.

Mais la forte personnalité de Don Carlos, sa majesté et son autorité naturelles, sa vaste érudition et sa connaissance de l’Europe géopolitique, ses liens avec le comte de Chambord et sa remarquable vitalité, révèle aussi des insuffisances et des contradictions qui le rendent parfois difficile à comprendre. L’homme possède les défauts de ses qualités : impulsif et colérique mais hésitant quant aux décisions à prendre dans l’urgence, cultivé mais sans esprit de synthèse ni d’à-propos. Chez lui, l’apparence l’emporte sur les réalités, le paraître sur l’être. La sincérité le guide davantage que la raison. Les relations avec sa famille se dégradent du fait de ses inconséquences. Son frère, Don Alfonso ne reçoit pas de lui tout le soutien moral qu’il serait en droit d’attendre. Et, alors qu’entre Pau et Bordeaux, Marguerite continue son effort logistique avec une remarquable ténacité, son royal époux ne se gêne guère pour compter fleurette aux jolies navarraises. Parfois, ses hommes ne savent où joindre leur roi, secrètement enfoui sous des draps trop accueillants. Marguerite finit par confier son désarroi à son oncle le comte de Chambord qui, selon quelques témoins alors présents à Frohsdorf, pique une énorme colère contre son protégé. Et les premiers revers militaires ne vont plus tarder. Le siège mis devant Bilbao s’enlise. Attaqués par les troupes gouvernementales, les bataillons carlistes creusent des tranchées pour se protéger de l’artillerie ennemie. C’est la première fois de l’histoire militaire. La formule connaîtra d’autres succès… Mais les hommes de Don Carlos doivent décrocher. Il leur faut maintenant défendre leur capitale, Estella qu’ils ne sauvent que de justesse. De toute évidence, l’initiative a changé de camp.

C’est le moment que choisit Don Carlos pour se ressaisir et montrer qu’il ne cédera jamais. De Morentin, petit village au sud d’Estella, il lance le 16 juillet 1874 une nouvelle proclamation, aux allures de programme royal, à la rédaction duquel le comte de Chambord a encore contribué après avoir sermonné son neveu pour son inconduite et lui avoir dépêché un autre neveu, Henri comte de Bardi, frère de Marguerite. On retrouve dans ce texte, publié moins d’un mois après celui d’Henri V aux Français, les mêmes accents pour rappeler les grands principes de la monarchie traditionnelle et pour montrer que leur application est plus que jamais nécessaire. Comme Henri, Carlos veut rassembler : « Je suis le roi de tous les Espagnols. » Mais ici, dans ce pays où les compromis s’avèrent impossibles, il a fallu faire parler les armes :

« La foi dans la force du droit m’a donné le droit de la force (…) J’ai tiré l’épée glorieuse de Philippe V. »

Rappelant le glorieux passé de l’Espagne, remontant une fois encore à Pélage, il se montre favorable à la représentation parlementaire « car la voix des peuples est le meilleur conseiller des princes ». Et lui aussi se trouve contraint, comme son oncle en France, de démentir toute velléité de rétablissement de ‘ancien régime ou de recours à l’arbitraire. Le manifeste insiste plus particulièrement sur deux points adaptés aux réalités espagnoles : la décentralisation spécialement poussée par la garantie légale, et non plus seulement coutumière, du système des fueros et une politique économique résolument protectionniste, indispensable à l’Espagne le temps nécessaire à ce qu’elle comble son retard industriel lui-même imputable à son retard technologique. Revigorée par ces déclarations, la hombria, qui adore les défis verbaux, encourage à mettre, en novembre, le siège devant Irun. Les troupes carlistes parviennent à occuper les hauteurs de la ville, mais une contre-offensive des troupes légales les en chasse rapidement.

Don Carlos doit également adopter une posture internationale. Jusqu’ici les puissances européennes se sont tenues à l’écart du tumulte espagnol, éprouvant – on les comprend – le plus grand mal à en suivre les péripéties. Bien que placée en première loge, la France aussi a hésité sur l’attitude à adopter. Selon que les monarchistes tenaient ou non la corde à Versailles, le gouvernement a louvoyé. Mais, depuis l’échec des la campagne monarchique de 1873 et l’arrivée aux affaires étrangères du duc Decazes, hostile au comte de Chambord comme à Don Carlos, la politique française se montre clairement anti-carliste, d’abord en reconnaissant la république espagnole, le 3 août, puis en reprenant la traque des rebelles à travers les Pyrénées comme aux plus beaux jours du gouvernement d’Adolphe Thiers. Réagissant sans attendre, Don Carlos adresse, le 6 août, un manifeste « aux puissances chrétiennes » dans lequel il justifie son recours aux armes, « après avoir épuisé tous les moyens pacifiques pour sauver (son) pays bien-aimé des horreurs imminentes d’un 1793 espagnol ». En France, Decazes veut faire cesser l’aide apportée aux carlistes par les royalistes français du sud-ouest. Mais il est peu obéi. Si les députés royalistes se sont faits plus discrets depuis 1873, les personnalités et les populations du Pays basque français et du Béarn se montrent, au contraire, de plus en plus favorables à la cause de Don Carlos. De façon plus surprenante, il en va de même de nombreux fonctionnaires, hostiles à un régime républicain dont ils observent en Espagne les méfaits et redoutent maintenant la propagation en France. Ainsi le marquis de Nadaillac, préfet des Basse-Pyrénées, ne cache pas son soutien au « Comité carliste de Bayonne », que préside Hubert de Marignan et qui trouve le moyen, dans le courant de l’année 1874, de procurer à l’armée carliste, grâce notamment au concours des contrebandiers pyrénéens : 3 000 capotes d’infanteries confectionnées à Paris par deux tailleurs de la rue Vivienne, 9 250 fusils Chassepot avec deux millions de cartouches ainsi que treize pièces d’artillerie dont six canons de longues portée provenant des arsenaux français. Au nez et à la barbe des positions officielles du gouvernement de Paris. Mais l’aide française permet tout au plus d’alimenter la guérilla. La quatrième guerre carliste se cantonne aux régions traditionnelles de ses partisans et, comme toujours, sans parvenir à forcer les principales villes : ni Bilbao, ni Irùn, ni Pampelune, ni Barcelone ne se rallient. De toute façon, c’est à Madrid que se joue le sort de la république. Ayant rapidement dérivé vers l’anarchie à ses débuts, celle-ci se transforme en dictature au début de 1874 avec son cortège de coups d’Etats avortés ou éphémères, de dissolutions des Cortès et d’inlassable retour au pourvoir des mêmes militaires. Le vieux fond monarchiste de l’un d’eux, le général Serrano, le fait rêver d’exercer pour l’Espagne le rôle que l’on croit dévolu en France au maréchal de Mac Mahon. Pour lui, l’Espagne a besoin d’un roi arbitre et garant de l’unité nationale. Il ne saurait donc être celui qui a allumé une guerre civile. Comme personne ne veut évidemment réitérer la malheureuse expérience de l’appel à un monarque étranger, on pense au fils d’Isabelle II qui, élevé en exil, demeure exempt de toute adhérence au passé et qui, néanmoins, incarne l’Histoire. On rédige pour lui une proclamation dite Manifeste de Sandhurst (où il est élève de l’école militaire), le 1er décembre 1874. A la différence des textes de Don Carlos, il ne parle ni de traditions ni de principes mais d’avenir : la monarchie constitutionnelle est présentée comme le seul système permettant à la fois d’échapper à l’anarchie, à la corruption et à la dictature, comme de défendre la religion et l’ordre social dans un cadre cependant libéral. Subitement, le carlisme prend un coup de vieux. Ses pauvres canons embusqués dans les montagnes de Navarre ne couvrent pas la voix claire d’un jeune prince prometteur et apaisant. Dans cette république déjà moribonde, il faut moins d’un mois pour que l’armée se range à la solution alphonsiste. En outre, plusieurs puissances européennes, dont l’Autriche, l’Allemagne et la Russie ont fait savoir qu’elles ne verraient pas d’un mauvais œil se résoudre ainsi la crise espagnole. Le 14 janvier 1875, Alphonse XII fait son entrée dans Madrid, deux semaines avant que, en France, l’Assemblée nationale vote définitivement la république… Carlisme et légitimisme sont ainsi morts à quelques jours d’intervalle, même s’ils ne le savent pas encore : le comte de Chambord lancera encore des manifestes et quelques canons gronderont en Navarre. Mais désormais les troupes carlistes battent en retraite sur touts les fronts tandis que les voix royalistes s’amenuisent en France à une vitesse impressionnante. Non sans élégance Alphonse XII donne à ses troupes l’ordre de ne pas encercler son cousin et de lui laisser pour passage vers la France le col de Roncevaux, tout un symbole… Don Carlos le franchit le 28 février devant cinq mille hommes au garde à vous et au son de sa marche royale. « Volvéré ! » lance-t-il comme un dernier défi. Il ne reviendra jamais.

En guise de conclusion, quelles principales leçons peut-on tirer du croisement du carlisme et du légitimisme ?

  1. Que l’intransigeance et le traditionalisme n’ont aucune chance d’incarner l’avenir s’ils ne se colorent d’un minimum de modernité. Jamais, dans sa majorité, un peuple n’a accepté de se voir tiré vers le passé, de recourir à des formules périmées, même s’il a finalement rejeté les alternatives, plus ou moins révolutionnaires, ultérieures : la France de 1815 n’a pas plus rétabli l’Ancien Régime que l’Espagne de Juan Cqarlos n’a ramené la monarchie d’Alphonse XIII ni que la Russie nouvelle de 1992 n’a rappelé les Romanov, ainsi de suite… Comme disait Louis Aragon, « le poète a toujours raison » et il nous faut quand à nous légitimistes, ou « légitimisants », méditer encore La Caravane humaine de Lamartine…
  2. Qu’un roi légitime, une fois détrôné, manque affreusement de moyens de retour : ni la guerre civile, parce qu’elle est substantiellement contradictoire à sa mission de rassemblement, ni le jeu parlementaire, parce qu’il plaide, ontologiquement, contre toute forme d’autorité suprême : Don Carlos et Henri V, en optant pour des voies différentes, en auront également éprouvé la réalité. Leurs partisans se seront, à tour de rôle, illusionnés sur les leçons du passé : Don Carlos n’aura pas davantage retrouvé l’esprit de la guerre d’Indépendance de 1812 que la duchesse de Berry n’avait retrouvé celui des guerres de Vendée. L’Histoire doit s’écouter dans sa linéarité, comme dans ses méandres, et non dans ses répétitions.
  3. Que la légitimité prend toutes les apparences d’un système impossible à réparer dès lors qu’il est cassé. Comme un éternel vase de Soissons, un introuvable Graal… L’Histoire nous aura cependant fourni deux contre-exemples : la restauration anglaise de 1660 et l’espagnole de 1975. Observons alors que les deux ont respecté les mêmes règles : concilier plutôt qu’opposer, écouter plutôt qu’affirmer, comprendre plutôt que convaincre, s’unir au lieu de se diviser, chercher une voie commune plutôt que s’invectiver. Puisse nos royalistes français d’aujourd’hui apprendre à en faire leur miel…

Daniel de Montplaisir

Note de la rédaction : Les conclusions de l’auteur n’engagent pas Vexilla Galliae, qui tire des conclusions complétement contraires.


Publication originale : Daniel de Montplaisir, « Carlistes espagnols et légitimistes français », dans Collectif, Actes de la XIXe session du Centre d’Études Historiques (12 au 15 juillet 2012) : Royautés de France et d’Espagne, CEH, Neuves-Maisons, 2013, p. 151-177.

Consulter les autres articles de l’ouvrage :

Préface, par Monseigneur le Duc d’Anjou (p. 5).

Avant-propos. Le vingtième anniversaire du Centre d’Études Historiques, par Jean-Christian Pinot (p. 7-8).

De la Visitation au Centre de l’Étoile : quatre siècles de présence religieuse au Mans, par Gilles Cabaret (p. 37-41).

Le baron de Vuorden. De la cour d’Espagne à la cour de France, par Odile Bordaz (p. 43-55).

► La rivalité franco-espagnole aux XVIe-XVIIe siècles, par Laurent Chéron (p. 73-92) :

► Les mariages franco-espagnols de 1615 et de 1660 ou le deuil éclatant du bonheur, par Joëlle Chevé (p. 93-114) :

L’Espagne vue par l’Émigration française à Hambourg, par Florence de Baudus

► L’Affaire de Parme ou la mise en œuvre du pacte de famille face à la papauté (1768-1774), par Ségolène de Dainville-Barbiche (p. 135-150).

« Carlistes espagnols et légitimistes français », par Daniel de Montplaisir (p. 151-177).

Consulter les articles des sessions précédemment publiées :

Articles de la XVIIIe session (7 au 10 juillet 2011) : 1661, la prise de pouvoir par Louis XIV

Articles de la XXe session (11 au 14 juillet 2013) : Les Bourbons et le XXe siècle

Une réflexion sur “[CEH] Carlistes espagnols et légitimistes français, par Daniel de Montplaisir

  • 4 novembre 2021 à 16h47
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    Un article passionnant comme toujours, avec monsieur de Montplaisir… dont les trois points de conclusion me paraissent frappés du bon sens ! Soyons réalistes, compte tenu des réalités sociales aujourd’hui en France et en Espagne ! Ce qui doit nullement nous empêcher d’agir encore et toujours dans le sens de nos convictions…

    Pour une France unie, grande, forte et généreuse pour tous, vive le roi !

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