[CEH] L’Espagne vue par l’Émigration française à Hambourg, par Florence de Baudus

L’Espagne vue par l’Émigration française à Hambourg, spécialement par Amable de Baudus et son journal, Le Spectateur du Nord, entre 1797 et 1802, puis comme diplomate secret de Talleyrand[1]

 Par Florence de Baudus

En Histoire, les personnages de second plan en disent souvent beaucoup, et le point de vue du singulier n’est pas le plus inintéressant. Dans l’ombre, ou en marge des puissants de ce monde, mes lointains aïeux, comme j’ai eu l’occasion de vous le dire plusieurs fois, m’ont beaucoup appris sur l’Histoire de France. Et ces dernières années, étudier la vie de mon aïeul, Amable de Baudus, m’a permis d’approfondir son époque mouvementée.

La Révolution française et ses suites, qui voit tant de bouleversements sur la carte de l’Europe, n’est pas la plus glorieuse pour le royaume d’Espagne, ni pour les relations entre nos deux pays. C’est la période où la Cour d’Espagne doit faire face à l’exécution de son cousin français le 21 janvier 1793, subir les assauts guerriers de la jeune république puis l’arrivée de Napoléon qui mettra son frère Joseph sur le trône espagnol. Le sujet de votre Université 2012 n’est donc pas le meilleur angle pour découvrir Amable. J’ai voulu glaner, malgré tout, ce qui a pu l’attacher à l’Espagne, encore qu’il n’y soit jamais allé. D’abord et avant tout, le sang d’un de ses fils s’est répandu sur la terre espagnole. Fondateur et rédacteur du Spectateur du Nord, il a connu intimement quelques hommes, comme Jean-François de Bourgoing, le maréchal Pérignon ou encore le comte de Laforest, qui furent tous trois ambassadeurs à Madrid, sans oublier un ami espagnol très cher, le chevalier Ocariz, tout en observant, puisque j’ai le plaisir de parler devant vous, la constance de ses sentiments monarchiques.

J’ai articulé mon livre autour de la notion de fidélité. Ce mot prend toute sa complexité quand on observe la destinée d’un homme qui a traversé les dernières années de l’Ancien Régime, la Révolution, l’Émigration, le Directoire, le Consulat, l’Empire et la Restauration, les Cent jours et encore une Restauration. Or, c’est autour de la fidélité que s’est construite l’existence d’Amable. Fidélité à quoi ? À qui ? Comment cet homme, dont les contemporains, toutes opinions confondues, ont salué le sens du devoir et de l’honneur, a-t-il servi une France aussi secouée de régimes contradictoires sans perdre son âme ?

Pour tenter de répondre, c’est par les yeux d’Amable, auquel je suis liée non seulement par le sang, mais aussi — pour parler moderne — par une véritable empathie, que j’ai revue l’Histoire de notre pays, d’autant plus intéressée quand les positions politiques que prenait Amable ne s’accordaient pas avec ce que j’avais appris dans les ouvrages classiques.

Au mois de janvier 1797, paraît à Hambourg, le premier numéro du Spectateur du Nord, revue mensuelle, fondée et dirigée par un émigré français, Amable de Baudus. Cette parution va durer jusqu’en 1802, ce qui est une performance, car la plupart des journaux publiés en émigration ne duraient que quelques mois. C’est pendant ces six années qu’Amable, à Hambourg, a noué et consolidé des relations épistolaires et souvent amicales avec les personnages littéraires, mondains, politiques et religieux qui ont marqué cette époque. À partir de 1801, Amable double de son travail par une correspondance diplomatique secrète avec le ministre des Affaires extérieures du Consulat, Talleyrand. 

Amable de Baudus se préparait à ajouter son maillon à la chaîne de magistrats que tissaient ses pères depuis leur établissement dans la ville catholique de Cahors pendant les guerres de religion. Mais en juillet 1792 — il a trente et un ans — après avoir essayé en vain de contrer ceux qui veulent la chute du roi, il laisse sa femme et ses cinq enfants en France, et rejoint l’armée des Princes, dans le corps de Bourbon. La victoire de Jemmapes par les patriotes entraîne la dissolution de ce corps. Amable, qui ne plus rentrer en France, et dont les biens ont été confisqués, doit trouver un moyen de vivre et d’envoyer offert ses services aux Princes — et il renouvellerai plusieurs fois sa proposition — il devient le collaborateur de Jean Luzac, propriétaire de la Gazette de Leyde.

Or l’armée républicaine vole de victoire en victoire. Les émigrés français doivent fuir la Hollande et s’enfoncer vers l’est. À Altona, petite ville danoise, Amable continue ce qu’il a commencé avec succès et devient le principal rédacteur de la Gazette d’Altona. C’est là qu’il apprend l’exécution de son père, Hugues, guillotiné le 5 juillet 1794. Très vite, le gouvernement danois, qui veut ménager la toute nouvelle république française, s’inquiète d respect avec lequel Amable évoque les malheurs de la famille royale de France ? Bridé dans ses fidélités les plus fortes, Amable rêve de pouvoir écrire en toute indépendance. Pourquoi pas dans un journal qui serait le sien ? Séduit par ce projet et par les qualités professionnelles d’Amable, l’imprimeur libraire hambourgeois, Pierre Fauche, lui offre une association, qu’il flaire prometteuse. Amable s’installe à Hambourg, et Fauche lance, ce que nous appellerions aujourd’hui une large campagne de presse sur plusieurs mois, bombardant — toutes proportions gardées, bien sûr ! — l’Europe du Nord de prospectus pour faire connaître le journal nouveau-né.

Dans une Europe ravagée par les guerres, pour une France déchirée par les haines nationales, Amable annonce, dès le premier numéro, comment il compte franchir les frontières.

Par la littérature, d’abord. Amable sait que les Français ne connaissent habituellement, sur leurs nouvelles productions littéraires, que ce qu’en pensent les Français eux-mêmes. Eh bien, ils apprendront par ce journal ce qu’en pensent les étrangers.

Ceux-ci, à leur tour, pourront s’y instruire de la manière dont leurs ouvrages sont appréciés par un peuple qui, malgré ses malheurs, a conservé le droit de juger.

« Ma position et mes relations, écrit Amable dans son premier éditorial, me donnent droit d’espérer que je serai souvent le premier à rendre compte des ouvrages français publiés hors de France. Je n’ai pas besoin de rappeler que parmi publiés hors de France, il se trouve des littérateurs d’un mérite distingué, que d’ailleurs beaucoup d’étrangers écrivent dans notre langue, et que leurs productions sont souvent d’un grand intérêt pour la France. (…) C’est ainsi que les lettres réuniront les Français, quand même la politique s’obstinerait à les tenir divisés. »

Belle initiative, n’est-ce-pas ? Mais ce n’est pas tout. Il est possible aussi de franchir les frontières par une analyse de la politique. Comme le lui dicte le titre du journal, Amable se bornera à mettre le spectacle européen sous les yeux des lecteurs, tout en respectant leurs opinions politiques et religieuses. Une exception, toutefois, pour « les hommes qui aiment les révolutions et l’anarchie » : ceux-là, il mettra ses forces et son talent à les combattre.

Enfin, Le Spectateur, « en travaillant à rendre du calme aux esprits », ne perdra pas de vue la génération montante. Amable va s’appliquer passionnément à ce dernier point : privé de voir grandir ses enfants, c’est pour eux qu’il travaille.

Cette année 1797 est pour Amable, et pour l’ensemble des émigrés, une année de grande espérance. Amable est loin de trouver idéal le gouvernement du Directoire, mais la nouvelle Constitution, malgré certains articles encore choquants, frémit d’un retour à la raison. Au mois d’avril, les élections qui renouvellent le tiers des députés, donnent une majorité confortable aux royalistes. La France pourrait-elle basculer dans le bon sens ? Les émigrés font déjà leurs malles pour rentrer, or, peut-être, tout simplement, les Français aspirent à la paix de toutes les manières et croient les royalistes mieux à même que les jacobins de la réaliser. Amable reste prudent mais si la paix militaire se confirme, peut-être la paix intérieure pourrait-elle s’instaurer elle aussi.

Le Spectateur du Nord, imprimé à Hambourg, est réimprimé et distribué à Paris. Et il essaime dans toute l’Europe. D’Angleterre, le comte d’Artois fait envoyer ses félicitations par l’évêque d’Arras, et donne l’ordre à Jean-Baptiste de Septeuil, trésorier de la monarchie en exil, de soutenir les finances du journal.

Amable se réserve l’exclusivité de la partie politique. Loin de se cantonner à l’Europe du Nord, comme pourrait le faire croire le titre du journal, son regard pointe régulièrement vers l’Espagne et le Portugal, vers l’Amérique et la Porte, vers les Indes et les Îles Pacifiques. Ce Coup d’œil, puisque c’est ainsi qu’est nommée cette partie du journal, en est la véritable patte et les lecteurs ne s’y trompent pas qui sont nombreux à commencer leur journal par ces ultimes pages.

Ce journal place Amable en lumière. Il fait figure d’exception des émigrés toujours en quête d’expédients, toujours en conflit avec les banquiers, et dans l’impossibilité de rentrer dans une France où, bien après la fin de la Terreur, ne cessent de se renforcer les mesures de rigueur à leur égard. Tous les auteurs, bons ou mauvais, qui cherchent une manière de gagner trois sous en publiant quelques lignes dans le spectateur du Nord, envoient toute sorte de flatteries à son rédacteur. Ainsi Chateaubriand, encore inconnu, qui vit une période de misère à Londres, supplie Amable de lui trouver quelques traductions, ou au moins de lui offrir son amitié. C’est par les lettres de Chateaubriand à Baudus que nous entrons dans la genèse du Génie du Christianisme.

La littérature espagnole n’a pas beaucoup de place dans le Spectateur du Nord. Tout de même, en 1798, Amable de Baudus rend compte d’une traduction très libre de Don Quichotte par le fabuliste Florian, mort quatre ans plus tôt et publiée à titre posthume. Le plus grand des romans comiques ? En tout cas le plus célèbre. Pour preuve cette anecdote que relève Le Spectateur : Un jour que le roi Philippe III — le père d’Anne d’Autriche — était sur le balcon de son palais à Madrid, il aperçut un étudiant qui, en lisant, quittait de temps en temps sa lecture et se frappait le front avec des marques extraordinaires de plaisir. Cet homme est fou, dit le roi aux courtisans, ou bien il lit Don Quichotte. Le Prince avait raison : c’était bien Don Quichottte que lisait l’étudiant. Baudus qui n’avait jusque là pas vraiment goûté ce chef d’œuvre, reconnaît que Florian, qui possède souplesse, grâce, gaieté, et un grain de philosophie, possède aussi parfaitement la langue espagnole, et fait de cette traduction un ouvrage nouveau qui pourra redonner aux Français le goût de la littérature espagnole.

La poésie a la part belle dans Le Spectateur : les vers de l’abbé Delille, de Fontanes côtoient des textes, traduits la plupart du temps de poètes allemands, anglais, russes mais aussi espagnols, comme Melendez Valdès, ce poète originaire d’Estrémadure, qui fut étudiant à) Salamanque, s’aliéna l’hostilité de Godoy, et mourut en exil à Montpellier en 1817.

Vis-à-vis de l’Espagne, un certain parti-pris résiste. Dans le Spectateur d’avril 1802, Amable reconnaît qu’il « est encore beaucoup de personnes (je cite) qui regardent cette nation comme si reculée par rapport aux connaissances qu’à peine elles croient sa littérature digne de quelque attention. » Aussi, ce mois-là, Amable consacre-t-il vingt pages de son journal et autant le mois suivant, à une analyse exhaustive et optimiste de ce qu’il pense de l’Espagne, de sa littérature romanesque et poétique, de ses ouvrages de théologie, de sciences physiques, de médecine, chirurgie et botanique, sans oublier la politique.

La mode est aux récits de voyage. Sur l’Espagne, Amable regrette de voir se répandre des ouvrages écrits à la hâte par des voyageurs qui conjuguent l’ignorance absolue de la langue et la superficialité des commentaires.

Un, pourtant, sort du lot, écrit par un diplomate qui a fait un long séjour en Espagne, qui connaît parfaitement le castillan et fait tomber les idées reçues sur la paresse des Espagnols, la morgue des grands, la superstition outrée du peuple. « D’après les préjugés dont l’Espagne est encore l’objet, écrit cet auteur, on la supposerait plutôt à l’extrémité de l’Asie qu’à celle de l’Europe. » Il s’agit du Tableau de l’Espagne moderne, cinq volumes rédigés par Jean-François de Bourgoing, dont la deuxième édition paraît à Paris en 1797.

Son portrait est au musée de la Légion d’Honneur. Les cheveux gris coupés court, il porté l’ordre royal de l’Étoile polaire, et nous offre un sourire plus songeur que gai.

Jean-François de Bourgoing a commencé sa carrière diplomatique à l’automne 1777, quand Arnaud de Montmorin, alors ambassadeur à Madrid, a demandé au ministre Vergennes l’autorisation de la prendre comme secrétaire de légation. En réalité, pendant les absences nombreuses de Montmorin, c’est Bourgoing qui tenait le rôle d’ambassadeur. En 1789, il est nommé ministre plénipotentiaire à Hambourg, mais revient en poste à Madrid en août 1791, accrédité auprès du roi Charles IV qui vient de succéder de son père.

Ce roi Bourbon n’a pas les qualités de Charles III, qui, si j’en crois les historiens, avait travaillé avec succès à redonner un certain lustre à son pays. Sans aucune expérience des affaires publiques, Charles IV est affligé d’une femme qui collectionne les aventures, dont une surtout avec Manuel Godoy à qui le roi laisse toutes les responsabilités du royaume. C’est donc une Espagne très fragile qui affronte la Révolution française.

Bourgoing, qui a la confiance de la Cour d’Espagne, s’efforce d’aplanir les fossés qui se creusent avec la République française nouvelle-née et d’abord de négocier un accord d’indemnisation des princes espagnols, privés de leurs droits depuis la nuit du 4 août.

Les événements en France prennent chaque jour un aspect aussi irrémédiable qu’inquiétant pour la monarchie. Bourgoing devient, avec la prudence que les circonstances imposent à son dévouement, l’intermédiaire de l’Espagne pour tenter de sauver Louis XVI. Il est aidé en cela par un diplomate espagnol qu’il connaît bien, le chevalier José Ocariz[2].

Ocariz est à Paris depuis 1784. D’abord premier secrétaire d’ambassade, puis consul général d’Espagne, il est ambassadeur en titre depuis le 10 août 1792. La correspondance d’Ocariz avec le ministre Godoy, conservée aux Archives nationales à Madrid, et qui est loin d’avoir été toute dépouillée, montre l’importance que l’Espagne accordait à sauver le roi de France.

La diplomatie officielle n’aboutissant à rien, une dernière tentative aussi secrète que romanesque, se met en place : des fonds importants, deux millions, trois cent mille livres, sont débloqués par le gouvernement espagnol, puis déposés à la banque Saint-Charles, que dirige le père de la future Mme Tallien, pour être mis à la disposition d’Ocariz par l’intermédiaire du banquier Le Couteulx de Canteleu. Il s’agit de fléchir, ou plutôt de corrompre les membres de la Convention accessibles à ce genre de séduction. Aidé de quelques Français, dont Lucrèce d’Estat qui deviendra sa femme, et le poète André Chenier, Ocariz s’adresse aussi à des hommes tels que Boissy d’Anglas et Jean-Denis Lanjuinais, qui, par principes comme par sentiment, pourraient être d’accord pour essayer de sauver le roi.

On connaît l’échec de cet ultime effort et l’exécution du roi. Le gouvernement de la Terreur se met en place et le secret qui avait entouré l’entreprise finit par être éventé. Le frère et la sœur de Lucrèce d’Estat sont arrêtés et guillotinés, et Lucrèce se sentant en grand danger, confie à Chénier la liste des députés qui avaient accepté d’être achetés. Le 7 mars 1794, André Chénier est arrêté à Passy alors qu’il rend visite, avec Lucrèce, à une de leurs amies. Chénier, qui ne manque pas de panache, sème la confusion parmi les gardes, ce qui permet à Lucrèce de s’enfuir, pendant qu’on emmène le poète à la prison de Saint-Lazare. Avec la naïveté qui était l’apanage de la plupart de ceux qui étaient arrêtés pendant la Terreur et qui croyaient que leur innocence suffirait à les sauver, Chénier pense qu’en produisant les pièces compromettant des membres influents du comité, il pourra échapper à l’échafaud. Mais la loi du 22 prairial se moque bien de ces subtilités : c’est une machine à tuer. Dans son acte d’accusation, il lui est reproché d’avoir, je cite, « recelé les papiers de l’ambassadeur d’Espagne et de les avoir soustraits au Comité du sûreté générale ». Il est guillotiné à son tour… dans la dernière charrette de la Terreur, le 7 thermidor de l’an II – 25 juillet 1794.

Bien que ses fonctions aient cessé à la mort du roi, Bourgoing déploie toute son énergie pour dissuader l’Espagne de joindre ses armées à celles qui, de toutes parts, attaquent ou menacent la France, et pour faire respecter le traité de neutralité qu’il négocié. Vainement !

En France, le coup d’État de Fructidor, en septembre 1797, a anéanti les espoirs de restauration royaliste. Dans cette nouvelle vague de condamnations, Amable n’est pas oublié et son journal est interdit en cacher quelques semaines pour échapper à la vindicte des agents du Directoire en poste à Hambourg.

Deux ans plus tard, le coup d’État de Brumaire chasse enfin les cinq Directeurs fantoches et met trois consuls au pouvoir, dont, seul, le Premier joue un rôle. Mais quel rôle !

Ce début de consulat apaise beaucoup de Français, y compris les diplomates, sous la férule du nouveau ministre des Affaires extérieures, Talleyrand.

Bourgoing avait quitté Madrid en juillet 1793 et s’était retiré dans sa province natale de Nevers avec sa famille. Mais il était resté en correspondance discrète avec le ministre Godoy, alors tout puissant, avec le chevalier Ocariz, revenue à Madrid. Intéressant, se dit Talleyrand, qui n’ignore rien des hommes susceptibles de le servir efficacement. Au tournant du siècle, certains postes au nord de l’Europe sont des atouts stratégiques pour la France : ainsi Copenhague. La longue résidence que Bourgoing a faite à Hambourg le désigne tout naturellement pour cette mission, lui qui connaît bien les intérêts maritimes et commerciaux de ces régions. Le gouvernement consulaire ne trouve pas non plus négligeable d’envoyer dans la capitale d’un royaume avec lequel il veut contracter une alliance intime, un agent diplomatique déjà connu pour ses sentiments monarchiques.

Dans les premiers jours de 1800, sur la route du Danemark, Bourgoing s’arrête à Hambourg. Il retrouve avec bonheur ses amis Ocariz et fait la connaissance d’Amable avec lequel il se lie d’une profonde amitié.

Car depuis juillet 1798, Ocariz est ministre plénipotentiaire dans le cercle de Basse-Saxe, auprès du duc de Brunswick, résident à Hambourg. Toujours fidèle à ses idées monarchistes, Ocariz est arrivé porteur de fonds pour les princes français en exil. Le salon des Ocariz devient vite un centre mondain très prisé où se retrouvent les Français émigrés. Dont Amable que le succès de son journal met en lumière.

Amable a, comme tous, un désir ardent de rentrer, mais lui doit se dégager d’une double condamnation : comme émigré, et depuis Fructidor, comme publiciste. Bien des questions l’habitent : s’il rentre, aura-t-il le choix de son lieu de résidence ? S’il ne peut plus prétendre à la succession de ses pères dans la magistrature, pourra-t-il exercer librement le métier qu’il s’est créé à Hambourg ? Ses moyens d’existence seront-ils comparables à ceux qu’il a réussi à se constituer en Allemagne ?

Au même moment, Amable reçoit une proposition qui va le tenir encore plusieurs mois en exil : celle de remplir une mission diplomatique secrète pour Talleyrand, qui, lecteur assidu du Spectateur du Nord, a pu juger la valeur de son rédacteur.

À Luneville, le 9 février 1801, un traité est signé entre la France et l’Autriche. Il faut consolider ce traité par une paix que l’on espère durable et qui sera signée à Amiens le 25 mars 1802. Pendant ces mois de négociation intense, la diplomatie française brille de tous ses feux.

Après la seconde Restauration, les souverains européens traiteront eux-mêmes de leurs relations entre États[3]. Mais en 1801, ce sont les ministres à l’étranger qui sont tout-puissants. Débarrassé du Directoire, Talleyrand œuvre avec talent. Complétant son arsenal de ministres en place, il cherche à recruter des hommes discrets qui puissent lui fournir les renseignements justes dont il a besoin. Amable est de ceux-là, et Talleyrand, par l’intermédiaire de Louis de Fontanes, autre ami très cher d’Amable engage celui-ci.

Comment, me direz-vous, un homme, royaliste par toutes les fibres de son âme, peut-il adhérer à ce nouveau régime ? C’est que… aussi attaché soit-il aux Bourbons, Amable n’a aucune indulgence pour leurs courtisans, comme l’évêque d’Arras, qui maintiennent les Princes dans une raideur stérile. Au-delà de ce qu’a déjà accompli Bonaparte en rendant à la France un pouvoir monarchique, Amable attend du Premier consul qu’il prépare le retour de la monarchie héréditaire. C’est dans cette espérance que, sans abandonner, tant s’en faut, ses idées et ses amis royalistes, Amable entre au service du ministre des Relations extérieures.

Sous le pseudonyme de Pétrus, Amable adresse au ministre de longues lettres quotidiennes sur tout ce qu’il apprend d’anodin et d’essentiel : les amours des princes de toutes nations et de leurs ministres, l’assassinat de Paul Ier, ou encore le bombardement de Copenhague par la marine britannique. Mais sa mission n’est pas que de renseigner le ministre. Que ce soit pour résoudre les suites d’une faillite financière ou pour user de diplomatie avec les évêques en exil alors que le Concordat vient d’être signé, Amable-Pétrus est un acteur discret mais efficace.

Sa façon d’écrire est absolument naturelle : aucune formule de courtoisie dans cette correspondance, ni au début ni à la fin. Cette manière d’agir, qui durera tout le temps de la mission, donne l’impression étrange que ces lettres, toutes numérotées, ont été écrites d’un seul jet, d’autant plus que jamais Pétrus ne résume les lettres précédentes, mais peut rappeler des faits en se contentant de citer le numéro de la lettre où il les a développés.

Quelles sont ses sources ? En premier, ses relations personnelles, qu’elles soient éloignées géographiquement, comme Bourgoing, qui lui demande expressément de ne pas citer son nom, ou qu’il les fréquente à Hambourg, comme ses amis Ocariz, le ministre britannique Crawford. Pétrus reste discret sur ses sympathies, encore qu’il sache se montrer admiratif quand il le juge opportun.

Autre source, il a accès — comment ? c’est le secret de Pétrus — aux dépêches diplomatiques et même à la correspondance privée.

Enfin, la source des rumeurs hambourgeoises est aussi très féconde. Amable délie les langues de ses interlocuteurs avec un art consommé, du voyageur qui arrive de Pétersbourg ou de Londres, au sénateur avec qui il converse ou au ministre avec qui il dîne. Donnant dans l’heure toutes les nouvelles qui lui parviennent, il lui arrive d’avoir à rectifier le lendemain ce qu’il avait écrit la veille, ce qu’il fait tout simplement.

Un exemple — nous sommes en février 1801 : c’est par Amable que Talleyrand apprend que la cour d’Espagne presse le Saint-Père de ne pas reconnaître l’empereur Paul Ier comme grand-maître de l’ordre de Malte. Amable Pétrus a connaissance d’un échange de lettres entre le cardinal, secrétaire d’État, Consalvi, et le cardinal Erskine qui, à Londres, négocie la démission des évêques français réfugiés dans cette ville.

« On ne concevrait rien à cette demande de l’Espagne, écrit Amable à Talleyrand, si on ne la rapporte à des ordres déjà très anciens, et à la politique du premier ministre espagnol, Urquijo[4] ».

Rappelons que deux auparavant, le chevalier Mariano de Urquijo avait cherché à profiter de la vacance du siècle pontifical à la mort du pape Pie VI et de l’occupation française à Rome pour essayer de couper l’Église espagnole de l’autorité romaine. Amable ne peut que désapprouver cette attitude lui qui va jouer un rôle diplomatique important de temporisateur auprès des évêques dans les suites compliquées de la signature du Concordat.

9 mars 1801 : le chevalier d’Ocariz, ministre à Hambourg, doit être incessamment appelé à Paris. On assure, écrit Amable-Pétrus, que le chevalier d’Azara — alors ministre d’Espagne à Paris — tient à se l’y donner comme successeur, ayant le désir d’aller gouverner la Toscane. Le chevalier d’Ocariz ne dissimule pas à ses amis l’espoir d’être mieux placé qu’il ne l’est ici, mais il craint que le poste ne soit pas aussi brillant que celui qu’on lui dit réservé. Je ne pense pas, ajoute Amable, que le gouvernement français puisse désirer mieux. Le chevalier d’Ocariz est un loyal Espagnol, sincèrement attaché à la France, et très franchement ennemi de l’Angleterre.

Est-ce l’époque ? Ce grand-père-là n’était pas particulièrement anglophile !

6 avril : Lavalette, alors aide de camp du premier Consul, est à Hambourg après un séjour à Dresde où il était chargé d’affaires ? Et c’est Oariz qui le présente au prince de Hesse. Le prince s’est entretenu longtemps avec lui sur l’expédition d’Égypte et lui a fait des questions qui annoncent qu’il a suivi toutes les opérations de l’armée d’Orient avec beaucoup d’attention et d’intelligence. 

Amable et Lavalette furent d’excellents amis. À tel point qu’au début de la deuxième Restauration, quand Lavalette, condamné à mort, attend son exécution à la Conciergerie, c’est Amable qui imagine et réalise une évasion rocambolesque. Lavalette pourra quitter secrètement la France pour attendre à Dresde des jours meilleurs. Ils arriveront, au printemps de 1821, et le 24 juin, je lis dans le carnet intime d’Amable, qu’il a passé la journée avec son ami. Puis tous les deux se sont rendus chez le ministre Pasquier pour dîner et ils y ont retrouvé Chateaubriand qui rentrait avec lui, de Berlin.

Vous voyez à quel point les rumeurs espagnoles sont superficielles à côté de ce qui se passe, ne serait-ce qu’en Russie. Ce même 6 avril 1801, Amable annonce à Talleyrand la mort de l’empereur russe Paul Ier, nouvelle qui réjouit les amis de l’Angleterre et laisse perplexes les amis de la France. La nouvelle est suffisamment grave pour que le ministre soit tenu au courant sans délai. Amable-Pétrus n’hésite pas à lui envoyer ce qu’il apprend, quitte à rectifier ses informations dans les courriers suivants.

La première information est banale et provient d’un courrier M. de Mouravieff, ministre de Russie à Hambourg, au chevalier Crawford, ministre d’Angleterre : pendant qu’il travaillait, Paul a été pris de violentes coliques dont il est mort le lendemain. Deux jours plus tard, personne ne doute plus, à Hambourg, que Paul n’ait été assassiné.

Après plusieurs lettres affinant chaque jour les informations, c’est le 29 avril que Pétrus apprend ce qui s’est réellement passé par… M. de Colombi, qui avait été consul d’Espagne en Russie avant d’être nommé à Hambourg. Son frère, qui, à la tête d’une maison de commerce, circule comme il veut, a profité de la voie secrète d’un courrier pour lui parler de la fin de l’empereur russe.

Quinze jours plus tard, Amable donne les derniers détails. Barbares. Mais ceux-là, je vous les laisse découvrir dans mon livre.

L’Espagne est alors, comme le Portugal, un enjeu majeur entre l’Angleterre et la France. C’est donc par ce biais-là qu’Amable évoque les affaires espagnoles.

Le 3 juillet, il se réjouit de l’envoi à Paris du diplomate anglais, Merry, qu’il eu l’occasion de rencontrer à Hambourg, deux ans auparavant.

« J’ai causé plusieurs fois avec lui, écrit-il, c’est l’Anglais le plus raisonnable que j’aie trouvé. Il s’est fort attaché à l’Espagne dans les 20 ans qu’il a passés à Madrid comme consul général. Il parle de ce pays-là et même de la France sur un ton tout à fait différent de celui de ses compatriotes. »

Le 12 octobre, Amable évoque les nouvelles de Londres : il n’est question que de la France ; quelques personnes se plaisent à répandre de l’incertitude sur la paix de ses alliés, particulièrement sur celle de l’Espagne. L’inquiétude relative à cette dernière puissance est même sérieuse chez des gens instruits qui savent qu’il y avait depuis quelque temps du refroidissement entre le gouvernement français et le Cabinet de Madrid.

Le 23 octobre, Duroc, en route pour la Russie sur ordre de Bonaparte, est évidemment passé à Hambourg et a rencontré Ocariz.

C’est par une lettre d’Ocariz que nous apprenons qu’Amable assiste à la signature du traité d’Amiens, le 25 mars 1802, avant de rentrer en France pour un temps limité : Talleyrand ne veut pas se priver de ses services au moment où se négocient les indemnisations de princes allemands à la Diète de Ratisbonne. Mission, là encore secrète. Sous couvert d’un voyage littéraire, Amable rencontre tous les acteurs de ces tractations, dont il rend compte quotidiennement son ministre.

Le Spectateur du Nord vit ses dernières heures. C’est le fidèle Ocariz qui, en l’absence d’Amable, va s’occuper de la liquidation.

En 1805, le chevalier d’Ocariz vogue sur la Mer Noire vers son nouveau poste, Constantinople mais le bateau fait naufrage et Ocariz meurt noyé à Varna. Sa veuve, rentrée à Paris, y finira paisiblement ses jours grâce à une pension de Louis XVIII.

Quant à Bourgoing, ses sentiments monarchiques lui valent quelques ennuis. Ayant à prononcer un discours devant le roi de Suède, il déclare que « la France et la Suède ont fréquemment conclu des alliances ; ce n’est point aujourd’hui une différence nominale de gouvernement qui doit les empêcher de resserrer les liens de leur amitié. »

Ces mots mettent Bonaparte au comble de la colère. Le discours n’avait été envoyé qu’à Talleyrand, mais les journaux, entre autres ceux de la province, se hâtent de le donner à leurs lecteurs ; Bonaparte est d’autant plus furieux que le roi de Suède se met à désavouer tout ce qu’il avait d’abord promis.

Le retour en grâce de Bourgoing est dû entre autres à l’appui de son ami Ocariz. Nommé à Stockholm, il meurt en 1811, alors qu’il prenait les eaux à Carlsbad.

Amable, lui, rentré en France en 1803 après sa mission à Ratisbonne, occupe auprès de Talleyrand la fonction d’historiographe. Ces années sont assombries par l’exécution du duc d’Enghien. Alors, quand, à l’été 1808, Murat, qui est du Quercy lui aussi, et qui vient d’être nommé roi de Naples, lui demande de le rejoindre, pour prendre le poste de gouverneur auprès de ses deux fils, Amable n’hésite pas.

« Le bien que je faisais aux Affaires étrangères était fort équivoque, écrit-il dans un de ses mémoires ; je ne voyais pas de doute dans le bien que ferais en donnant une bonne éducation à deux enfants, quelle que dût être leur destinée. »

À quelques 85 lieues de là, retranchés dans leur capitale de Palerme, les Bourbons chassés de leur capitale attendent des jours meilleurs. Charles III, le roi d’Espagne, qui avait régné sur Naples, y a placé son troisième fils Ferdinand, marié à Marie-Caroline, une des filles de l’impératrice Marie-Thérèse.

On peut comprendre que cette reine n’éprouve que de la haine pour les Français qui ont guillotiné sa sœur. Sous l’influence de son premier ministre, lord Acton, elle néglige l’alliance espagnole — pour lui préférer la protection autrichienne et britannique.

Que pense Amable de cette situation ? En parle-t-il avec le maréchal Pérignon, alors gouverneur de Naples ? Celui-ci, quand il était ambassadeur à Madrid, a signé un traité secret d’alliance entre la France et l’Espagne, le traité de Sainte Ildefonse en août 1796. Mais, compromis dans une histoire mystérieuse d’amour avec une jeune espionne royaliste, il est démis de ses fonctions. C’est un brave homme, écrit pourtant Amable à son fils, sans aucun autre commentaire : il est entièrement préoccupé par sa mission de gouverneur. Son but premier ? Tuer net toute pensée chimérique qui pourrait naître dans l’esprit du prince royal qui n’a pourtant que sept ans en 1808. A-t-il une préscience que le règne de Murat ne durera pas ? En mars 1813, Murat rentre de la campagne de Russie. Reçu par le roi au palais de Caserte pour rendre compte des progrès de son élève, Amable reste ferme à ce sujet. « Je supplie Votre Majesté, écrit-il, dès le lendemain de cette visite, d’éloigner le prince royal de tout ce qui peut fortifier en lui les idées précoces d’une destinée dont la perspective ne lui offre que des illusions dangereuses. »

Mais n’est-ce pas Murat lui-même qui s’aveugle ? Son destin royal s’infléchit, mais il veut croire encore au destin de son fils. « Ce que je trouve le plus dangereux, c’est de faire croire au prince qu’il est quelque chose en politique »[5], écrit pourtant la reine Caroline, plus fine et plus réaliste que son mari. Elle confie à Amable quels désirs utopiques Murat entretient dans l’esprit d’Achille. « Continuez, M. Baudus, à aider le prince de vos avis[6] », implore la reine qui sait pouvoir compter sur le bon sens du gouverneur.

Les relations d’Amable avec l’Espagne ont pris un tour tragique. Ses trois fils ont embrassé la carrière militaire, et se battent tous en Espagne. Le plus jeune, Hippolyte, est tué au siège de Tarragone, le 28 juin 1811, Charles, le cadet, alors qu’il est dans les Asturies, contracte une maladie mentale, qui couvait peut-être depuis l’enfance, et dont il ne guérira pas. Double souffrance pour Amable. Heureusement pour lui… et pour moi, l’aîné, Élie, aide de camp du maréchal Bessières, s’est sorti, sans blessures cette fois, de ce qu’il appelé dans ses Mémoires, « cette campagne dégoûtante » et qui n’est pas à la gloire de Napoléon.

Élie est l’arrière grand-père de mon grand-père.

Pendant la première Restauration, Amable que les problèmes de santé assaillent s’est retiré dans sa famille en Poitou. Une mission secrète le sort de sa retraite : c’est lui qu’a choisi Napoléon, pour essayer de raisonner Murat qui vient, après la désastreuse bataille de Tolentino, d’aborder les côtes françaises. À Cannes, le roi déchu n’écoute rien de ce qui lui propose l’ancien gouverneur de ses fils. Et pendant que ces deux-là se parlent sans s’entendre, la défaite de Waterloo signe la fin de l’Empire.

Le roi de France est de retour, pour de bon, cette fois. À son fils Élie, Amable explique à tenir :

« Il ne suffit pas que tu sois dévoué au roi, comme je suis sûr que tu l’es ; il faut encore que tu ne donnes jamais lieu d’en douter. Tu vas vivre avec des personnes qui en douteraient. La France est perdue si les Français de tous les partis ne font pas des sacrifices pour se rapprocher et se réunir et il n’y a de réunions légitimes, il n’y a même de réunion utile qu’autour du tronc[7]. »

Sûr de ses convictions royalistes, Amable ne renie pas pour autant sa loyauté envers la famille qu’il a servie pendant six ans. Il voudrait rompre avec toute vie publique mais le nouveau ministre des Affaires étrangères, le duc de Richelieu le fait sortir de sa retraite. Ne pourrait-on pas ressusciter Le Spectateur et s’en servir pour redonner de l’éclat à l’image de la France si abîmée dans le nord de l’Europe ? Après un voyage diplomatique de cinq mois, Amable trouve d’autres solutions. Nommé à la direction de la censure, c’est avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne que se concentrent ses efforts. Fonction ingrate et épuisante qu’il remplit avec l’intégrité qui est la sienne mais aussi l’affection pleine de respect qu’il voue à Richelieu.

Comme ceux de ses contemporains qui ont parcouru l’Europe, Amable n’a aucun attrait pour la cuisine des affaires intérieures, qui se résument à des querelles électorales insipides. Jusqu’à la fin de ses jours, il reste profondément attaché au service des Affaires étrangères, désolé de voir que la pression des ultras, le duc de Richelieu devra quitter son poste.

Les ennuis de santé d’Amable s’aggravent et, en juillet 1822, alors que Richelieu vient de mourir, il obtient un congé dont il ne profitera pas puisqu’il meurt le 17 septembre dans cette maison de Poitiers où il a si peu vécu, après une dernière joie : le mariage heureux de son fils Élie avec Pauline de Tascher.

Florence de Baudus
Écrivain et historienne


[1] Florence de Baudus, Amable de Baudus, des services secrets de Talleyrand à la direction de la Censure sous Louis XVIII, éd. SMP, 2012.

[2] Bourgoing, baron Paul de, Souvenirs d’histoire contemporaine, Dentu, 1864.

[3] Metternich, le séducteur diplomate, p.282, Charles Zorgbibe, Ed. de Fallois, Paris, 2009.

[4] 19 février 1801.

[5] Mosbourg, 31 mars 1814, Archives nationales, 31AP/46.

[6] 1814-cor-05-Portici-6 avril.

[7] 1815-E-42-3 novembre


 

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