[CEH] Le sacre de Louis XIV, par Hervé Pinoteau

Le sacre de Louis XIV

Par Hervé Pinoteau

Tout d’abord quelques précisions chronologiques. Anonyme Dauphin de France, naquit au Château neuf (qui n’existe plus) de Saint-Germain-en-Laye le dimanche 5 septembre 1938, et il fut ondoyé le même jour. Il reçut la cérémonie complémentaire du baptême dans la chapelle du Château Vieux le 21 avril 1643 alors que son père était très malade. C’est alors qu’il reçut le prénom de Louys (sic ; registre des baptêmes de Saint-Germain-en-Laye), son parrain étant le cardinal Jules Mazarini et sa marraine la princesse de Condé, née Charlotte Marguerite de Montmorency, qui rendit Henri IV fou d’amour. A la mort de son père le 14 mai suivant, fête de l’Ascension, et toujours Saint-Germain, le Dauphin devint Louis XIV roi de France et de Navarre, sa mère Anne d’Autriche étant déjà régente de par une déclaration de Louis XIII en date du 20 avril, enregistrée au parlement le 21. Le début du règne fut agité par les Frondes, puis tout tarda du fait de la guerre avec les Espagnols, particulièrement dans le Nord de la France Louis fut enfin sacré et couronné dans Notre-Dame de Reims le 7 juin 1654 dimanche, et il avait donc 15 ans.

Notons au passage que le sacre fut prévu pour le 31 mai et c’est cette date qui figura sur les médailles frappées à cette occasion. Personne ne sait pourquoi la cérémonie fut retardée, et le prélat consécrateur avoua dans son livre qu’il n’en savait rien.

Le Roi entra donc dans la ville le mercredi 3 juin, et sans aucune cérémonie selon son vœu, écouta des discours et s’en fut au Te Deum dans la cathédrale. Fait curieux, le siège archiépiscopal était vacant et ce fut Simon Le Gras, évêque de Soissons et premier suffragant de la province, qui le remplaça.

[Curieuse situation en effet : Henri de Savoie, archevêque désigné, ne reçut jamais les ordres, quitta l’état ecclésiastique en 1657 à la mort de son frère aîné, et devint ainsi duc de Nemours ; le cardinal Barberin fut nommé archevêque de Reims en 1657 et ne put prendre possession de son siège qu’en 1667 !]

Le jeudi 4 juin qui était jour du Corpus Christi ou Fête-Dieu, eut lieu une grande procession dans la ville. Le Roi, sa famille et les courtisans y furent évidemment présents. Le vendredi 5 eut lieu la visite royale à l’abbaye de Saint-Rémi où Louis XIV put voir la sainte ampoule, puis il régla en conseil les détails du sacre. Le samedi 6 fut consacré à la visite de l’église de Saint-Nicaise suivie de la messe, mais les vêpres furent à la cathédrale, et on vit pour la première fois le cadeau du Roi à l’église de Reims, qui fut un chef de saint Remi en argent. Dès la fin de la cérémonie le capitaine des gardes du corps fut maître de l’édifice. Toutes les grandes portes furent closes, une seule petite resta ouverte et contrôlée.

Les heures de la nuit furent fébriles ! On en a un récit par un des quatre moines de l’abbaye de Saint-Denis (les messieurs du sacre) qui avaient apporté les insignes conservés dans son trésor. Ce fut une bonne occasion de converser avec la Reine et le cardinal Mazarin (comme on le disait chez nous) qui était, quoique non prêtre, leur abbé depuis la même année ! A quatre heures de la nuit ces moines apportèrent dans la cathédrale le coffre des insignes et leur supérieur, M. de Bragelonne, sous prieur, revêtu du surplis, resta près de l’autel, du côté de l’évangile. Les moines reçurent aussi les habits du sacre qu’ils devaient ensuite apporter à l’abbaye.

C’est bien avant l’aube que l’église fut remplie des assistants et des protagonistes du drame installés. Le Roi avait en effet voulu que toute la longue cérémonie soit finie avant le festin. Vers 5 heures et demi les évêques comtes de Beauvais et de Chalons (sur Marne et maintenant en Champagne) s’en vinrent « réveiller » le Roi, réputé dormir au palais de l’archevêque, dit dut Tau depuis le XIIe siècle. La scène eut lieu en présence de la Reine mère, Anne d’Autriche, de Mazarini dit habituellement Mazarin par les Français, d’importants dignitaires comme le maréchal d’Estrées faisant fonction de connétable, et le chancelier Séguier. S’organisa alors une procession vers la cathédrale. Le Roi en camisole de satin violet ouverte aux endroits destinés aux onctions, recouverte d’une robe de chambre de toile d’argent, et coiffé d’une toque de velours noir emplumée, arriva ainsi escorté dans le cathédrale et se plaça au trône avec prie-Dieu situé dans l’axe et proche de l’autel, donc à la croisée du transept.

Pendant ce temps était sortie de Saint-Rémi une autre procession où le grand prieur de l’abbaye apportait, à cheval et sous un dais, la sainte ampoule tirée du tombeau du saint, escortée de ses quatre barons (MM. De Coislin, de Biron, de Richelieu et Mancini, neveu du cardinal Mazarin) accompagnés de leurs gentilshommes portant leurs guidons aux armes du Roi sur une face et aux leurs sur l’autre face ; des unités de la maison militaire les accompagnant.

Le Roi salua l’arrivée de la « relique » déposée sur l’autel, puis vint le moment des serments. Il s’agissait de conserver aux gens d’Église leurs libertés et immunités, puis d’accorder au peuple, paix, justice et miséricorde, et enfin de régler les lois sur les commandements de Dieu et le droit naturel. Ce serment, dit du royaume, comportait l’élimination totale des hérésies dénoncées par l’Église sur les terres du Roi, ce qui ne voulait pas dire exterminer les hérétiques, mais le Roi s’en souviendra en révoquant l’édit de Nantes en 1685. Suivait le serment de chef et souverain grand maître de l’ordre du Saint-Esprit.

Le Roi, debout, entendit les évêques de Laon et de Beauvais demander aux seigneurs et au peuple s’ils l’acceptaient comme Roi. Un silence universel fut pris pour approbation, le Roi s’assit, et les mains sur les Saints Évangiles il prononça les dits serments.

Le Roi quitta sa robe de chambre et le duc de Joyeuse, grand chambellan, lui mit les bottines de velours bleu fleurdelisé d’or. Philippe de France, Monsieur, frère du Roi, duc d’Anjou (et futur duc d’Orléans) tenant lieu de duc de Bourgogne, lui mit un court moment aux pieds les éperons d’or apportés de Saint-Denis.

L’évêque de Soissons bénit l’épée de Charlemagne, dite Joyeuse, dans son fourreau, en ceignit le Roi, la reprit, la tira du fourreau, la donna au Roi qui la tint haute, la baisa, la posa sur l’autel où l’officiant la reprit et la donna encore au Roi à genoux, lequel la confia enfin au maréchal d’Estrées qui la tiendra tout le temps nue et la pointe en haut, agissant comme le connétable, charge qui n’existe plus depuis 1627.

Cette cérémonie fort longue, entassant prières sur prières, vit même le Roi à plat ventre comme un prêtre allant être ordonné, écoutant les longues litanies où de nombreux saints étaient appelés à l’aide.

Le chœur chanta Gentem Francorum inclitam. L’évêque de Soissons prépara alors les onctions en tirant par trois fois de la Sainte ampoule, et avec une aiguille d’or, quelques petits fragments du baume solidifié qu’il pose sur une patène, les mélangeant au saint chrême habituel. Avec cette pâte il oignit en croix le Roi sur le front (coutume qui n’était pas autorisé par Rome mais qui fut continuée en France et en Angleterre), puis sur la poitrine, le haut du dos, les deux épaules, et les jointures des bras, prononçant chaque fois « Ungo te in regem de oleo sanctificato, in nomine Patris +, et Filio +, et Spir + itus Sancti », tout ceci avec un chant évoquant l’onction du roi Salomon.

[Je note au passage que s’il restait du mélange dans la patène on raclait celle-ci et on remettait le surplus dans l’ampoule.]

Le grand chambellan se fit apporter les vêtements posés sur l’autel. Il passa la tunique au Roi resté à genoux devant le prélat, puis la dalmatique et enfin le manteau. Ces vêtements sont dits violets alors que les tableaux de Louis XIV « en tenue de sacre » les montrent bleus, et bien entendu semés de fleurs de lis d’or brodées, le manteau lui-même doublé d’hermine.

Les dalmatiques, tunique, chausse et bottines de Louis XIV sont cependant foncées, tirant sur le violet dans les peintures de la Collection Gaignières montrées dans la pl. XI de La Symbolique royale française. Dans les comptes du sacre c’est la couleur violette qui est donnée.

Le prélat oignit ensuite les psaumes des mains du Roi, ce qui fait neuf onctions en tout, puis donna les gants et enfin l’anneau signe de Foi, mais aussi de mariage avec le royaume. Le long sceptre orné de la statuette de saint Charlemagne trônant au-dessus d’un blanc de lis des jardins, et la verge à main d’ivoire dite main de justice, lui furent donnés par le prélat. Le chancelier monta à l’autel et, tourné vers la nef, appela les pairs pour le couronnement.

Après quelques chicanes entre des prélats et la décision du Roi, les pairs clercs furent donc :

  • L’archevêque dur de Reims (représenté par Simon Le Gras),
  • L’évêque duc de Laon (représenté par Nicolas Choart de Buzeval, évêque de Beauvais)
  • L’évêque duc de Langres (représenté par Félix Vialart, évêque de Châlons),
  • L’évêque comte de Beauvais (représenté par Henri de Baradat, évêque de Noyon),
  • L’évêque comte de Châlons (représenté par Anne de Lévis de Ventadour, archevêque de Bourges),
  • L’évêque comte de Noyon (représenté par François de Harlay, archevêque de Rouen).

Les pairs laïcs furent :

  • Le duc de Bourgogne (Monsieur, duc d’Anjou),
  • Le duc de Normandie (César, duc de Vendôme, bâtard d’Henri IV),
  • Le duc d’Aquitaine (Charles de Lorraine, duc d’Elbeuf) ;
  • Le comte de Toulouse (Louis de Nogaret, duc de Candale),
  • Le comte de Flandre (Artus Gouffier, duc de Roannais),
  • Le comte de Champagne (Ambroise-François duc de Bournonville).

Évidemment pas de prince de Condé, traître passé aux Espagnols et nous faisant activement la guerre dans le Nord. Un autre grand absent de cette cérémonie fut Gaston, duc d’Orléans, oncle du Roi. Sa fameuse fille aînée fut aussi absente.

Un cercle se forma autour du Roi à genoux et devenu invisible, le haut de son long sceptre (un mètre quatre-vingts environ) émergeant seul de cet ensemble. Cet ensemble était composé de clercs chapés et mitrés d’une part ; et d’autre part d’hommes coiffés de leur couronne de titre, duc ou comte, comblée d’un bonnet de satin violet, vêtus d’une robe de toile d’or et d’argent, recouverts de manteaux violets, fleurdelisées et herminés. La couronne du duc d’Anjou était plus ornée que celles des autres.

Le prélat posa la couronne dite de Charlemagne sur la tête du Roi, et les pairs y portèrent la main. La couronne était lourde et l’officiant dit à Louis XIV de bien l’enfoncer sur sa tête, et il répondit : « Elle y tient bien, et avec l’aide de Dieu, elle n’en tombera jamais. » De belles prières s’envolèrent vers la foule et le ciel.

[Cette couronne dite de Charlemagne fut faite sous Philippe II Auguste comme couronne de la reine, lais celle du roi, toute pareille et plus lourde, faite en même temps qu’elle, fut détruite par la Ligue ayant besoin d’argent.]

Ainsi équipé et mené par l’officiant, le Roi monta en cortège au jubé artificiel, qu’on appelait autrefois échafaud, et il y trôna sous un dais fleurdelisé.

[Les dais sont importants. Celui de la croisée de la nef et du transept, où le Roi fut oint et couronné, fut tout aussi bleu et fleurdelisé d’or. Ce fut un ciel mystique quand on sait ce que signifiait le semé de ces fleurs dans les armes de Louis VII, leur premier utilisateur.]

Louis XIV écouta l’évêque de Soissons crier trois fois « Vivat rex in aeternum », et reçut l’hommage des pairs. L’émotion fut alors à son comble. Le portes de la cathédrale ouvertes, le peuple entra, on cria : « Vive le Roi ! », des grands officiers de la Couronne distribuant des médailles d’or et d’argent relatives au sacre. Les canons tonnaient au loin, les musiques des gardes françaises et suisses, ainsi que celles des bourgeois se mettant de la partie. Des centaines d’oiseaux furent lâchés et tourbillonnent dans la nef avant de prendre la sortie… Le Te Deum éclate.

Puis ce fut la messe. Le Roi ôta sa couronne à l’Évangile et à l’élévation, accompagna les offrandes apportées par quatre chevaliers du Saint-Esprit en grande costume de l’Ordre. Il alla se confesser sous un pavillon placé dans le chœur, communie couronne ôtée et sous les deux espèces, le vin dans le fameux calice dit de saint Remi. Le Roi fut ensuite coiffé par l’officiant d’une couronne plus légère, archée et enrichie de diamants. Il porta cet insigne sur son trône élevé, archée et assister à la fin de la messe. Puis eut lieu la procession de sortie. La couronne médiévale, fort lourde, fut portée par les mains du maréchal de l’Hôpital, précédant le souverain, lequel fut suivi du maréchal faisant fonction de connétable avec l’épée haute. Suivait encore le supérieur des bénédictins de Saint-Denis portant sur sa poitrine le fourreau de la dite épée, montrant ainsi qu’il allait au Tau pour reprendre les insignes et récupérer les vêtements.

Cette cérémonie dura sans doute plus de cinq heures.

Au Palais du Tau le Roi abandonne sa tunique et ses gants qui, ayant touché les onctions, furent brûlés. La Reine voulut que la camisole soit laissée à Saint-Denis. Louis XIV se rendit alors dans la grande salle qui existe encore. Il portait un costume allégé : sans tunique ni dalmatique, ni même de bottines fleurdelisées, mais probablement avec un costume de chevalier novice du Saint-Esprit, qu’il était finalement, donc tout blanc, mais recouvert du manteau fleurdelisé et herminé. Le sceptre et la main de justice furent encore confiés aux maréchaux du Plessis Praslin et d’Aumont qui avaient déjà officié lorsque le Roi avait eu besoin d’avoir les mains libres. Le festin solennel de tradition vit Monsieur, frère du Roi, seul à manger avec lui, la table étant placée contre la grande cheminée, et elle était couverte des insignes royaux posés sur des coussins. Le maréchal remplaçant de connétable continuait à porter son épée haute. Des princes, des ambassadeurs, des gens de la plus haute importance déjeunent à des tables séparées. Ils furent servis par des bourgeois notables de la ville. Le cardinal Antoine Barberin, évêque de Poitiers, grand aumônier de France, étant absent pour dire les prières, il fut remplacé par le cardinal Jérôme Grimaldi qui était nonce du pape en France. La musique donna l’ambiance. La Reine avec des dames observa la scène d’une tribune. Les grâces furent rehaussées de musique.

Le soir le Roi donne à souper aux princesses.

Le lendemain, lundi 8 ; eut lieu une messe basse à Saint-Rémi où le roi communia sous les deux espèces, et l’après-midi, dans la cathédrale, ce fut la fête de l’ordre du Saint-Esprit après l’audition des vêpres. Cette fête eut lieu en présence de la Reine, mais aussi des dynasties britanniques vivant en exil, Charles II n’ayant pu retrouver Londres qu’en 1660. Étaient donc présents la reine de Grande-Bretagne (Henriette, fille d’Henri IV et veuve de Charles Ier), de ses fils les ducs d’York – futur Jacques II – et de Gloucester. Figuraient encore la princesse de Conti, nièce de Mazarin. Le Roi chef et souverain, grand maître de l’Ordre, signa le serment voulu, reçut des mains de l’évêque de Soissons le cordon bleu, puis des mains des grands officiers de l’Ordre le manteau, le collier, le dizain, le livre de prières, puis fut enfin installé en tant que tel. Le Roi en profita pour recevoir immédiatement le chevalier des Ordres, son frère Philippe, duc d’Anjou, qui portait lui aussi le cordon depuis son ondoiement. Il n’y avait pas eu de réception depuis celle du prince de Monaco par Louis XIII du côté de Perpignan en 1633, et il fallut attendre 1661 pour qu’enfin eut lieu une grande promotion dans l’Ordre. Mais en 1653 le jeune Roi avait nommé, bien que non sacré, le cardinal Antoine Barberin comme commandeur du seul d’ordre du Saint-Esprit, office lié à la grande aumônerie de France.

Le mardi 8, le Roi écouta la messe à Saint-Rémi et, dans le parc de l’abbaye, il toucha les écrouelles, autrement dit les malades de la tuberculose des ganglions du cou. Ces malades étaient plus de 2500 à genoux. Un officier leur tenait la tête et un autre les deux mains. Le Roi étant debout, orné du collier du Saint-Esprit, et probablement en manteau de l’Ordre, traça sur la tête du scrofuleux une croix en lui disant : « Le Roi te touche, Dieu te guérit. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », et on lui donnait une pièce de monnaie. Besogne pénible, les malades ayant parfois des plaies suintantes et malodorantes. On admira ce Roi qui se comporta avec gentillesse, car il faisait fort chaud et l’affaire dura longtemps. Louis XIV ne se reposa que deux fois pour avaler un verre d’eau.  Le Roi toucha durant tout son règne.

[Louis XV ne fit aucun toucher une bonne partie de son règne, car il vivait dans l’impiété, ne communiant plus durant des dizaines d’années. Louis XVI ne toucha visiblement qu’une fois après son sacre, suivi en cela par Charles X.]

Le même mardi, les religieux de Saint-Denis repartirent en leur carrosse, emportant les insignes, les vêtements neufs, et les deux couronnes archées faites la même année

Ce court récit ne donne qu’une idée de la cérémonie complexe venue du fond des âges Car il faut imaginer le tremblement de terre urbain à l’annonce de la venue du Roi. Il fallait loger et ravitailler des milliers de personnes, courtisans, serviteurs, ainsi que des corps de troupes. Il fallait aussi transformer la cathédrale en construisant des tribunes et, mieux encore, un jubé occasionnel pour l’intronisation décrite ci-dessus. Les charpentes venaient de loin et en particulier de Paris par voie d’eau.

Mais il y a deux faits utiles à signaler. Simon Le Gras, à qui personne ne demandait rien, s’empressa d’écrire un Procès-verbal du sacre du roi Louis quatorze du nom…, ce qui ne s’était jamais fait. Ce texte fut publié posthume en 1694. Et, de plus, un certain chevalier Henri d’Avice oublia de con côté La pompe et magnifique cérémonie du sacre de Louis XIV…, Paris, 1655, avec trois planches gravées dépliantes et point fameuses. Ce fut le premier livre illustré d’une série.

Par ailleurs, une des tapisseries de « La vie du Roi » montra le couronnement de près. Le roi à genoux devant le prélat nous tourne ainsi le dos et reçoit la couronne médiévale dite de Charlemagne. Pour qu’on puisse voir le souverain, le cercle des pairs est écarté, petite malice courante qui n’exprime certes pas la vérité. Vous verrez cette œuvre d’art au château de Versailles[1].

Il y aurait beaucoup à dire sur les tableaux des rois que l’on dit trop souvent en habit de sacre. En réalité les rois n’ont jamais tout ce qu’il faut pour montrer leur équipement complet. La fantaisie y règne en maître, mais il est temps de conclure.

Tout ceci est un peu long pour vous, mais pensez aux merveilleuses et trop longues prières, pensez à la pagaille pour entrer dans la cathédrale et à la peur des porteurs d’insignes de les voir tomber (il y eut une catastrophe difficilement réparée en pleine nuit au sacre suivant !), pensez à la musique. Un sacre est une épopée qui coûte cher. Mais pensez aussi à l’argent collecté auprès de milliards de téléspectateurs si on recommençait une telle cérémonie…et si le Roi guérissait encore !

C’est là-dessus que je vous quitte.

Hervé Pinoteau
De l’Académie internationale d’Héraldique,
Vice-président de la Société des amis du Musée national de la Légion d’honneur et des ordres de chevalerie


[1] Je renvoie pour les sources à La Symbolique royale française, La Roche-Rigaud, 2003 p. 858. NB : Pour l’établissement de ce texte, j’ai bénéficié de quelques renseignement venus de mon ami, le savant abbé Christian-Philippe Chanut.


Publication originale : Hervé Pinoteau, « Le sacre de Louis XIV », dans Collectif, Actes de la XVIIIe session du Centre d’Études Historiques (7 au 10 juillet 2011) : 1661, la prise de pouvoir par Louis XIV, CEH, Neuves-Maisons, 2012, p. 351-361.

Consulter les autres articles de l’ouvrage :

Préface, par Monseigneur le Duc d’Anjou (p. 5-6).

Avant-Propos, par Daniel de Montplaisir et Jean-Christian Pinot (p. 7-9).

► « La rupture de 1661 », par le Pr. Lucien Bély (p. 17-34) :

► « De Colbert au patriotisme économique », par le Pr. Bernard Barbiche (p. 35-46) :

► « 1661 : le transfert de la Cour des aides de Cahors à Montauban », par Florence de Baudus (p. 47-60) :

► « 1653-1661 : Permanence des révoltes antifiscales », par le Pr. Yves-Marie Bercé (p. 61-76) :

► « Découverte et esprit scientifique au temps de Louis XIV », par Vincent Beurtheret (p. 77-87) :

► « Louis XIV au Château de Vincennes », par Odile Bordaz (p. 89-102) :

► « 1661 et les arts : prise de pouvoir ou héritage », par Jean-Claude Boyer (p. 103-113) :

« La collection de tableaux de Louis XIV », par Arnauld Brejon de Lavergnée (p. 115-117).

► « Du cardinal Mazarin et du Jansénisme », par l’abbé Christian-Philippe Chanut (p. 119-162) :

► « Voyager avec Jean de La Fontaine à travers la France de l’« avènement », par Laurent Chéron (p. 163-187) :

► « Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche : La révélation d’un couple », par Joëlle Chevé (p. 189-214) :

► « Attraction solaire et spectacles de cour : une prise de pouvoir métaphorique », par Sabine du Crest (p. 215-230) :

► « Pauvreté et Église à l’aube du siècle de Louis XIV », par le père Jean-Yves Ducourneau (p. 231-246) :

« Turenne et Louis XIV », par Fadi El Hage (p. 247-268) :

« 1661 ou l’avènement du roi de guerre. La prise en main des affaires militaires par Louis XIV », par Bertrand Fonck (p. 269-307) :

« Louis XIV et son image : visions versaillaises de l’enthousiasme », par Alexandre Maral (p. 308-319).

« Les prises de pouvoir par les Bourbons », par Daniel de Montplaisir (p. 320-332) :

« L’arrestation de Nicolas Fouquet », par Jean-Christian Petitfils (p. 333-350) :

« Le sacre de Louis XIV », par le baron Pinoteau (p. 351-361).

Les actes des communications des sessions du Centre d’Études Historiques paraissent chaque samedi sur Vexilla Galliae.

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