Les maîtres de la mondialisation

Cela fait maintenant plusieurs années que notre pays est entré dans une période pré-insurrectionnelle. Les raisons expliquant cet état de fait sont nombreuses et il serait, dans ce cadre, impossible de toutes les énumérer. Mensonges, scandales, injustices de toutes sortes, pauvreté, chômage, déclassements, humiliations en tout genre… La liste est longue.  

Jetés dans la rue par des politiques qui heurtent leurs convictions, qui lèsent leurs intérêts et menacent leur avenir et celui de leurs enfants, les Français ont défilé par millions, dans l’ordre et le calme d’abord puis dans les nuages de gaz et sous les charges des compagnies républicaines de sécurité (CRS) ensuite, sous les tirs des lanceurs de balles de défense et dans l’explosion des grenades de désencerclement, enfin.

Sans succès.

Bilan au 4 octobre 2019[1] : 11 morts, 4439 blessés, 12107 interpellations, 10718 gardes à vue et 2000 condamnations…

Ensuite sont venus, sous la houlette des syndicats, ceux que certains appellent les travailleurs et la France, qui devait être en marche, à l’heure des vœux, s’est stoppée net.

Car très nombreux sont ceux qui se détournent aujourd’hui de celui qu’il est convenu d’appeler chef de l’État. Tout aussi nombreux sont ceux qui récriminent tant ils sont lassés d’avoir vu les efforts déployés pour hurler leur colère, interminablement déçus.

Et toujours, ce leitmotiv dans toutes les têtes, inlassablement répété : quel qu’il soit ou quelle qu’elle soit, celui ou celle qui viendra au pouvoir avec l’aimable collaboration du parti tribunicien, mènera la même politique, celle qui a été menée depuis une quarantaine d’années et dont personne ne veut plus !

Dans le même temps, l’Union européenne a amorcé son effondrement. Conscients de la nécessité de vivre leur avenir, dans les règles de la plus parfaire démocratie, nos cousins Anglais ont choisi de quitter le navire. Éberlués, les peuples européens, écœurés des discours catastrophistes d’une minorité qui peine de plus en plus à se faire entendre, regardent s’éloigner du navire en difficultés la chaloupe britannique encouragée par la voix forte de son Premier ministre.

Pourtant surdiplômé, tout le monde l’avait pris pour un « fieffé imbécile ». Et voilà maintenant qu’il annonce avec aplomb l’impensable, toutes ces bonnes choses que le Royaume britannique s’apprête à retirer du Brexit. « Bojo », le « clown ébouriffé », conduit maintenant l’Albion vers d’autres rivages que ceux promis par une Union européenne qui rebute jusques aux Européens eux-mêmes. Trop d’échecs, trop de charges, trop de promesses non tenues, trop d’espoirs déçus, trop de dépenses somptuaires…

Gageons, ici, que le « bouffon » de la Reine réussira, avec la complicité active de l’aigle des Rocheuses, dans la tâche annoncée. Et qu’il sera impossible ensuite de tenir enfermées les brebis d’Europe dans l’enclos gardé par celle qui, chevauchant le taureau, s’est révélée incapable de le maîtriser et a fini par copuler avec lui.

L’Union européenne n’est plus la bouée de secours qu’elle a trop longtemps fait croire qu’elle serait. Elle n’est plus qu’un archipel libéral.

Pendant le temps qu’en Angleterre, l’on se préparait au renouveau politique, économique et même spirituel (allant même jusqu’à vouloir mettre fin à l’atroce persécution de nos Frères et Sœurs Chrétiens), la France, elle, s’enlisait dans les conflits sans fin aux cris de « MACRON DÉMISSION ». Se morfondait, incapable de faire aboutir des demandes de plus en plus nombreuses et de plus en plus pressantes.

Il ne suffit pas pour un pays d’être mécontent, encore faut-il pouvoir se faire entendre. Or, le pouvoir, sourd aux demandes rabâchées, ne répond que par la violence[2].

Pas étonnant ! Ce n’est pas en frappant à la mauvaise porte que l’on obtient la satisfaction… Car les maîtres de la mondialisation demeurent ailleurs. Dans l’ombre, ils continuent d’agir, à l’abri des contestations qui envahissent les rues jusques aux assemblées[3].

I – Les maîtres du monde économique

Septembre 2008, les marchés financiers s’effondrent. La baisse brutale des prix de l’immobilier aux États-Unis a transformé les subprimes, ces parts alléchantes de fonds spéculatifs composés d’emprunts accordés par des banques imprévoyantes à des ménages nécessiteux en produits toxiques. Du fait de cette baisse, ces mêmes ménages sont devenus insolvables. Par le mécanisme de la titrisation, ces mêmes produits ont empoisonné les marchés financiers du monde entier. Les banques s’écroulent et menacent le système tout entier. La confiance s’est envolée. Les comptes d’épargne n’étant plus rémunérateurs, pris de peur panique, les investisseurs ont cherché refuge auprès des gestionnaires de fonds, ces sociétés qui se chargent des placements de leurs clients moyennant le règlement de frais. Attirés par les coûts peu élevés des fonds indiciels suivant les marchés proposés par ces sociétés, les épargnants leur ont confié leur épargne jusqu’à leurs pensions de retraite, notamment aux États-Unis.

Au point qu’aujourd’hui, les trois sociétés les plus importantes détiennent à elles seules, (notamment via le plan 401k, un système d’épargne retraite par capitalisation très largement utilisé aux États-Unis), l’essentiel de l’épargne du peuple américain[4]. Gérant des actifs dans le monde entier pour le compte de leurs clients, ces sociétés ont acquis une taille considérable : ainsi, à eux trois, les trois plus importants gestionnaires mondiaux gèrent-ils plus de 15.000 milliards de dollars d’actifs.

Ce faisant, ces sociétés ont investi dans des dizaines de milliers d’autres sociétés et disposent aujourd’hui, par ce biais, de plus de 25% du total des votes exprimés en assemblée générale des entreprises cotées au S&P 500[5]. Les deux plus importants gestionnaires d’actifs mondiaux détiennent 2% de la capitalisation totale du CAC 40 et sont présents au capital des grands groupes cotés. Vanguard est le premier actionnaire d’Apple (7,27% du capital), de Microsoft (7,89%), de Facebook (7,37%) et de Google (7,38%). Premier actionnaire d’une société américaine cotée sur cinq, BlackRock est le premier actionnaire d’une société américaine sur cinq et détient plus de 5% du capital de quatre sociétés américaines. Cette société figure parmi les six principaux actionnaires des cinq géants américains de la tech[6]. Elle compte aussi parmi les plus gros actionnaires du Daks et de cac 40 : Airbus, L’Oréal ou Renault…

Cette présence des mêmes entités au capital de très nombreuses sociétés qui peuvent être en concurrence les unes avec les autres est connue sous le nom de propriété commune. Ce concept a été mis en lumière, pour la première fois, par les travaux du Professeur Martin Schmalz[7] de l’Université d’Oxford, dans une étude qui a fait grand bruit[8]. Cette étude démontre que plus la propriété commune augmente, plus les prix augmentent. La réduction des coûts se ralentit, la production baisse, l’innovation se raréfie mais dans le même temps, les marges augmentent.  Les conséquences sur la concurrence sont évidentes. Et ces conséquences sont encore accrues si cette propriété commune est détenue par un petit nombre de sociétés qui contrôlent ainsi des pans entiers de l’économie. La rentabilité globale des portefeuilles d’investisseurs devient donc l’objectif majeur, bien loin devant la maximisation des profits des entreprises prises séparément.  

Mais il y a plus.

Dans le même temps qu’elles investissaient au capital des sociétés du monde, ces sociétés ont enregistré dans leurs ordinateurs toutes les informations, même les plus anodines. Pour satisfaire aux besoins de la gestion d’actifs, ces sociétés ont mis au point des intelligences artificielles particulièrement performantes qui ont fait leurs réussites. Dans des entrepôts gigantesques sont détenues des milliards d’informations. Des océans de données nourrissent la gestion des placements effectués par ces sociétés. Prélevées notamment sur les réseaux sociaux, ces données sont enregistrées, classées, traitées par des programmes d’analyse dotés d’intelligences artificielles de plus en plus performantes qui, sans la moindre intervention des humains, prennent des décisions de placement en nombre de plus en plus important et d’importance grandissante.

C’est Aladdin, par exemple, qui gère ses investissements[9]. Cette intelligence artificielle mise au point par la société Blackrock est, comme dans le conte, le génie numérique qui a fait son immense richesse. Quotidiennement, Aladdin brasse la somme stratosphérique de 18 000 milliards de dollars soit presqu’autant que le PIB des USA[10]

Grâce à ces systèmes informatisés, ces gestionnaires de fonds ont la capacité de réaliser des profits colossaux et finissent par influencer, par leurs tailles, les marchés sur lesquels ils interviennent. Les risques sont d’autant plus importants qu’au fur et à mesure de la croissance de ces mastodontes le marché devient oligopolistique. L’horizon, même s’il n’est pas atteint à ce jour, est celui d’un duopole avec la domination de deux géants Blackrock et Vanguard.

Les gestionnaires d’actifs brassent plus d’argent que les banques et compte tenu de leurs activités, une défaillance de leur part entraînerait l’effondrement de tout le système. Les conséquences seraient d’autant plus graves que les produits financiers proposés par ces sociétés sont insuffisamment garantis. Le risque que présentent ces entités est un risque pour le système économique tout entier, un risque systémique. C’est du moins ce que démontrent les travaux du professeurs David Schumacher de l’Université de Mac Gill à Montréal[11].

Finalement, grâce à ce brassage considérable d’informations, à leurs participations au capital des plus grandes entreprises de par le monde et à leurs présences au sein des organes de décision de ces sociétés transnationales, cette poignée de gestionnaires d’actifs influence directement le capitalisme à l’échelle mondiale. En réalité, ce sont eux qui détiennent le pouvoir économique mondial[12].

Mais il y a plus encore.

II – Les maîtres du monde politique

Dans l’affolement qui a suivi la crise de 2008 , il n’y a pas que les épargnants qui se sont tournés vers ces fameux gestionnaires de fonds. Les gouvernements et les Banques centrales, l’ont fait aussi[13]. Brusquement privés de l’appui de banques défaillantes, ils devaient, pour intervenir, mesurer l’ampleur des dégâts causés par la crise. Pour organiser le sauvetage du système bancaire, il leur fallait des informations. Or, qui mieux que ces sociétés habituées à scruter, à ausculter les marchés pour réaliser les meilleurs investissements pour le compte de leurs clients, étaient à même de les détenir. Dotées de systèmes informatiques ultra-performants nourris des milliards d’informations glanées sur les réseaux, les gestionnaires de fonds ont alors mis à la disposition des gouvernements et des banques centrales les trésors de leurs intelligences artificielles[14]. Ce sont eux ont permis aux gouvernements de mettre en place les gigantesques plans de sauvetage[15] et les centaines de milliards nécessaires pour éviter le risque systémique.

En contrepartie, ils ont pu collaborer de manière étroite et renforcée avec les gouvernements et les banques centrales[16]. L’évaluation du système bancaire par le biais de consultants externes commandée à celles-là par ceux-ci a conduit les sociétés d’investissement à accéder à un très grand nombre d’informations sensibles par le biais de leurs systèmes d’analyse. En dépit des mécanismes de cloisonnement, aussi appelés « murailles de Chine », mis en place entre les services d’achat et les services d’analyse, les risques de partage et d’exploitation d’information entre les organes chargés de la régulation financière et les sociétés privées chargées de l’investissement des sommes de leurs clients se sont considérablement accrus.

Car, seuls remparts contre le délit d’initié, l’étanchéité de ces « murailles de Chine » est pourtant en question[17]. Le rôle du gestionnaire de fonds américain BlackRock dans la crise grecque[18] a ainsi été pointé du doigt au Parlement européen…

En réalité, les dirigeants du monde entier ont la capacité de mettre à disposition les informations qu’ils détiennent et de protéger les sociétés d’investissement dont ils sont issus. Car les liens entre les deux sont de plus ténus et les mêmes personnes sont susceptibles de passer des unes aux autres. Ainsi, Friedrich Mertz, candidat à la succession de Mme Angela Merkel à la tête du CDU qui a présidé la filiale de BlackRock en Allemagne ou Jean-François Cirelli, ancien haut-fonctionnaire, directeur adjoint de cabinet du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, actuel président de la société BlackRock France et officier de l’Ordre national de la Légion d’honneur depuis le 1er janvier 2020 qui militent tous les deux pour la retraite par capitalisation dans leurs pays[19]. Est-ce vraiment un hasard ? On est en droit de se poser la question [20]

Quoiqu’il en soit la puissance des fonds spéculatifs est telle que les risques qu’ils influent sur les décisions des gouvernants n’ont jamais été aussi forts.

Ce phénomène, par la concentration en quelques mains des pouvoirs à l’échelle mondiale qu’il génère, présente un danger considérable pour les citoyens et les populations. Ce dernier s’accroît d’ailleurs d’autant plus que l’endettement de ces États s’accroît lui-même, vertigineusement. Mettant davantage à portée de ces groupements des États de plus en plus exsangues et moribonds.

Et ce n’est pas la crise sanitaire actuelle qui risque d’inverser la tendance.

Il faudra bien alors que les peuples trouvent qui pourra les protéger. Pour ce qui nous concerne, nous Français, cette protection viendra naturellement de celui qui, seul face à ces géants de la rentabilité et du profit, en est capable.

Je veux parler, bien sûr, de S.A.R. le Prince Louis de Bourbon.

François des Millets


[1] Mobilisation, blessures, arrestations… Un an de gilets jaunes en chiffres. CNEWS,  16/10/2019.

[2] www.arte.tv/fr/videos/087253-000-A/violences-policieres-et-gilets-jaunes/

[3] Réforme des retraites : Pluie de sous-amendements, invectives… À l’Assemblée, des débats chaotiques sur le texte. Laure Cometti. 20/02/20. https://www.20minutes.fr/politique/2722935-20200220-reforme-retraites-pluie-sous-amendements-invectives-assemblee-debats-chaotiques-texte

[4] L’inquiétante mainmise des géants américains de la gestion d’actifs sur les marchés, Quentin Soubranne, 17 novembre 2019, BFM Bourse.

[5] L’inquiétante mainmise des géants américains de la gestion d’actifs sur les marchés, Quentin Soubranne, 17 novembre 2019, BFM Bourse.

[6] L’inquiétante mainmise des géants américains de la gestion d’actifs sur les marchés, Quentin Soubranne, 17 novembre 2019, BFM Bourse.

[7] Anticompetitive Effects of Common Ownership, J. Azar, Martin C. Schmalz,Isabel Tecu, 25 mai 2018, The Journal of Finance.

[8] La propriété commune des investisseurs institutionnels conduit-elle à des distorsions de concurrence ?, Marie Brière, 28/06/2019, Revue Banque.

[9] BlackRock : « Aladdin » et l’investissement merveilleux, Philippe Escande, 30 mars 2017, Le Monde.

[10] BlackRock: Eine heimliche Weltmacht greift nach unserem Geld, Heike. Buchter, Campus, 2015.

[11] Who Is Afraid of BlackRock? Massimo Massa, David Schumacher, Yan Wang, 7 décembre 2018, INSEAD Working Paper No. 2015/60/FIN.

[12] Rise of Institutional Investors Raises Questions of Collusion, Steven Davidoff Solomon, 12 avril 2016, The New-York Times.

[13] BlackRock, Blackstone… : les nouvelles pieuvres de Wall Street, Elsa Conesa, 6 février 2020, Les Échos. www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/blackrock-blackstone-les-nouvelles-pieuvres-de-wall-street-1169515

[14] BlackRock : « Aladdin » et l’investissement merveilleux. Philippe Escande. Le Monde. 30 mars 2017

[15] Etats-Unis : le plan de sauvetage de 2008 aura coûté 421 milliards de dollars. Challenges.fr. 11.09.2013. www.challenges.fr/economie/etats-unis-le-plan-de-sauvetage-de-2008-aura-coute-421-milliards_182346

Le plan de sauvetage européen https://www.economie.gouv.fr/facileco/plan-sauvetage-europeen

[16] Le conseil aux grandes institutions, un marché en plein essor. Nathalie Halpern, 23 octobre 2014, L’AGEFI Hebdo.

[17] Le fonds d’investissement qui a la puissance d’un Etat Léviathan. Qui a peur de BlackRock et de ses 3 600 milliards ? Enquête. Hélène Vissière. Le Point. 09 juin 2011.

[18] Question avec demande de réponse écrite à la Commission. Article 117 du règlement. Michail Tremopoulos (Verts/ALE).  http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+WQ+E-2011-009565+0+DOC+XML+V0//FR#ref2

[19] https://www.francetvinfo.fr/economie/retraite/reforme-des-retraites/video-jean-francois-cirelli-permettre-aux-francais-d-enfin-s-approprier-l-epargne-retraite_3506417.html

[20] https://www.lexpress.fr/actualite/politique/blackrock-l-entreprise-accusee-d-avoir-influence-la-reforme-des-retraites_2110843.html

Une réflexion sur “Les maîtres de la mondialisation

  • 14 août 2020 à 22:00
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    Excellent article qui permet de comprendre les raisons profondes de l’état de la France, aujourd’hui . Peuple de France, réveille-toi !

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