[CEH] L’arrestation de Nicolas Fouquet (1/2)

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L’arrestation de Nicolas Fouquet

Par Jean-Christian Petitfils

Nous sommes le 9 mars 1661. Le Premier ministre, le cardinal Mazarin, qui souffrait depuis de longues semaines d’une néphrite aiguë et d’un œdème pulmonaire, auxquels s’était ajoutée une crise d’urémie, vient de mourir au château de Vincennes, à l’âge de cinquante-huit ans, entouré du roi et de toute la cour. Qui va le remplacer à la tête de l’Etat ? Le lendemain, Louis XIV, qui a alors vingt-deux ans, réunit les trois ministres du Conseil, Le Tellier, Lionne et Fouquet, le chancelier Séguier et les secrétaires d’Etat. Il leur annonce d’un ton ferme qu’il ne prendra pas de Premier ministre et exercera directement l’autorité de l’Etat. C’est à lui désormais qu’ils devront rendre compte. En réalité, le roi est un jeune homme secret et timide, manquant d’expérience, très marqué par la personnalité écrasante de celui qui vient de disparaître. La question est de savoir qui va réellement exercer le pouvoir à ses côtés.

L’avant-veille de sa mort, Mazarin a convoqué dans sa chambre les trois ministres et, en présence du roi, a fait l’éloge de chacun d’eux : Michel Le Tellier, cinquante-huit ans, le plus ancien, est un sage et un fidèle qui a toujours bien servi. Il connaît à la perfection les grandes affaires politiques et les problèmes militaires dont il a la charge. Hugues de Lionne, cinquante ans, ministre des Affaires étrangères, est un diplomate de grand mérité, un habile négociateur. Nicolas Fouquet, le benjamin, quarante-huit ans, ministre et surintendant des Finances, a d’excellentes compétences en matière de finance et peut donner de judicieux conseils sur toutes les affaires de l’Etat. Il a rendu à la monarchie de grands services pendant la Fronde. A ce moment-là, le roi connaît peu Fouquet. Subordonné à Mazarin, celui-ci n’a pas travaillé directement avec lui.

A vrai dire, l’éloge de Fouquet est tempéré le lendemain par Mazarin qui conseille à Louis XIV de prendre garde à son ambition. « Si on peut lui ôter de la tête le goût des bâtiments et des femmes, dit-il, il sera capable de grandes choses. » Il semble que ces critiques de dernière minute soient dues à une manœuvre de Colbert, le factorum du cardinal, qui est parvenu à se faire nommer le même jour intendant des Finances, poste placé sous les ordres du surintendant, mais qui permet de surveiller ses agissements… Mazarin, d’ailleurs, a chaudement recommandé Colbert au roi : « Je vous dois tout, Sire, mais je crois m’acquitter en quelque manière en vous donnant Colbert. »

Nicolas Fouquet est un homme fin et distingué, inventif et téméraire, passé maître dans l’intrigue. Il a peuplé la cour d’espions et de créatures à sa dévotion. Il s’est constitué un clan puissant – des parlementaire, des intendants, des maréchaux -, dans le but précis de devenir Premier ministre. Il comprend vite la manœuvre de Colbert, son ennemi mortel, qui, à quarante-deux ans, nourrit également de hautes ambitions. Aussi décide-t-il de prendre les devants. Il demande au roi un rendez-vous. Celui-ci le reçoit au Louvre dans son petit cabinet. Fouquet lui confesse que dans la gestion des finances le respect des formes n’a pas toujours été observé – c’est un euphémisme-, qu’il a fallu agir sous l’emprise de la nécessité. C’était la guerre. Mais pour l’avenir, il lui promet d’abandonner ces pratiques et de le servir avec zèle et affection. Louis XIV le rassure – c’est Fouquet qui le dira- par des paroles « nobles et dignes d’un grand roi ».

Nicolas a gagné la première manche. On le voit dans les semaines qui suivent la mort de Mazarin. Le Tellier, timide et effacé, n’ose pas revendiquer la première place. Lionne, très doué intellectuellement, mais paresseux et sensuel, est lié au surintendant qui règle ses dettes de jeu. Sans exercer les fonctions de Premier ministre, puisque le roi n’en veut plus, on voit donc Fouquet prendre le pas sur ses deux collègues. Il intervient même dans le domaine des affaires étrangères, où le roi le charge de missions très secrètes.

Colbert, cependant, veille au grain. Louis XIV lui a confié le soin de tenir le registre des recettes et des dépenses. Une fois par semaine, il entre humblement chez le roi, comme un simple commis, un sac de velours noir sous le bras. Chaque fois, il instille dans son esprit des doutes sur l’honnêteté du surintendant : Ne poursuit-il pas de consentir des remises scandaleuses à ses amis financiers ? Colbert suggère de donner un grand coup de balai dans ce système : il faut faire rendre gorge à tous les traitants et partisans qui ont volé des millions à l’Etat et mettre en accusation le surintendant, leur véritable chef. A la « maxime du désordre », il est temps de substituer la « maxime de l’ordre », la sienne, naturellement.

Louis XIV est néophyte en matière financière. Colbert ne lui dit pas que, malgré la fin de la guerre et l’arrêt des énormes ponctions que le cardinal a opérées sur le budget de l’Etat, avec du reste sa propre complicité, la situation n’est pas florissante. M’argent est rare. Les impôts des années 1662 et 1663 sont déjà consommés. Si Fouquet poursuit sa politique d’emprunts, c’est qu’il y est bien obligé.

De ces entrevues hebdomadaires, Louis retire le sentiment d’avoir été trompé par le surintendant et, peu à peu, sa méfiance naturelle se transforme en sourde hostilité. Fouquet lui a demandé pardon pour sa gestion passée. Pardon lui a été accordé. Mais voilà qu’il recommence, qu’il continue à s’acoquiner avec des gens douteux ! Le 4 mai, deux mois à peine après la mort de Mazarin, le roi prend la décision de le renvoyer, mais diffère cette mesure après les moissons, de façon à assurer les rentrées d’impôts. En attendant, il dissimule, fait semblant de choyer ses parents et amis qui ont envahi la cour et qui demandent des places et des honneurs.

Colbert, qui se cache dans l’ombre, n’est que partiellement satisfait. Il veut davantage : la tête de son ennemi. Pour cela, il comprend qu’il lui faut agir sur un autre terrain, prouver que le surintendant est un factieux, un ennemi de l’Etat, un danger pour le pouvoir royal.

Or, il a eu vent des gigantesques travaux de fortification entrepris par Fouquet dans son domaine de Belle-Isle, une propriété que celui-ci a acquise en 1658, à la demande expresse de Mazarin, pour qu’elle ne tombe pas entre les mains d’un suspect, le duc de Brissac. Il demande à son Colbert de Terron, gouverneur de Brouage, d’y envoyer un espion. Terron expédié un de ses hommes déguisé en marchand, qui a fait la traversée sur un petit bâtiment avec dis tonneaux de vin. L’île est interdite aux visiteurs. Le faux marchand réussit néanmoins à accoster. Les renseignements qu’il obtient sont de première importance : le surintendant continue de fortifier cette place, il y tient une garnison de 200 hommes, y possède 400 pièces de canon, des bombes, des mortiers, des armes pour 6000 hommes. Il a commandé trois ou quatre navires de guerre en Hollande. Cet armement, on le sait aujourd’hui, était destiné en grande partie aux entreprises coloniales du surintendant aux Antilles. Fouquet exerce, en effet, sous un prête-nom, la charge de vice-roi d’Amérique. Mais beaucoup d’indices laissent supposer aussi qu’il se ménage une place de sûreté dans le cas où il serait disgracié. Bien entendu, Colbert, muni des rapports de son cousin, insiste sur ce dernier point. Comment un ministre du roi peut-il agir ainsi ? Louis se laisse facilement convaincre. Sa décision est prise : Fouquet sera arrêté et jugé. Colbert a gagné. Ceci se passe à la mi-juin.

Le plus étonnant est que Nicolas, sûr de son pouvoir, ne voit rien venir. Ses espions et ses espionnes – certaines sont de ravissantes demoiselles d’honneur de la reine mère – le rassurent. Il sait tout du roi, ou plutôt croit tout savoir de ce jeune soliveau, qui s’étourdit à Fontainebleau en chasses, en ballets, en comédies. Il n’a rien deviné de son caractère jaloux et susceptible, de sa passion pour la gloire et la politique, de son goût du secret et des coups d’éclat. Il croit être son mentor. Il n’est que sa dupe.

Faire le procès de Fouquet n’est pas si simple. A côté de ses fonctions de surintendant des Finances, celui-ci exerce depuis plus de dix ans la charge de procureur général au Parlement de Paris. Or, cette charge le rend justiciable du Parlement, où il possède une kyrielle d’amis et d’obligés qui feront tout pour le défendre. Pour le faire condamner, il faut obtenir par la ruse la vente de sa charge, avant de le traduire devant une juridiction extraordinaire.

Le roi tend son piège. Devant Fouquet, il évoque le désir de pouvoir disposer d’un fonds personnel d’un million de livres. Puis, il parle de la nécessité de réformer le Parlement, où Fouquet n’a plus sa place après la fin des désordres. Enfin, à mi-mot, il lui fait miroiter la dignité de chancelier la mort de Séguier et, en attendant, le collier du Saint-Esprit… Fouquet, qui sous des dehors machiavéliques est un grand naïf, offre spontanément de vendre sa charge et de remettre au roi ce million tant désiré. Louis accepte et Fouquet, sans tarder, se met en quête d’un acheteur. Nous sommes à la fin de juin.

Avec l’aide de Colbert Louis XIV fixe à ce moment-là les grandes lignes du plan d’arrestation. On profitera de la tenue des Etats de Bretagne, province chère à Fouquet, pour l’attirer à Nantes, loin de ses amis et de ses papiers. Le roi s’y rendra avec ses mousquetaires et ses gardes. Sitôt arrêté, on enverra plusieurs compagnies de gardes ses saisir de Belle-Isle, au besoin par la force.

Un autre obstacle à l’arrestation de Fouquet existe, et il est de taille ! C’est la reine mère, Anne d’Autriche. Louis, malgré ses fanfaronnades, reste encore très soumis à sa mère qu’il n’ose affronter et dont il subit les remontrances morales. Il faut obtenir son consentement. Dans ce but, Colbert se rapproche des dévots, fait jouer la vieille amie de la reine mère, Mme de Chevreuse, l’éternelle conspiratrice. Mais Anne résiste, car Fouquet lui verse très régulièrement des subsides pour ses œuvres pieuses.

Toutes ces intrigues, auxquelles a également part le frère de Nicolas, Basile, brouillé à mort avec lui, sont vite connues du surintendant. Son réseau d’espionnage fonctionne à merveille. Une de ses meilleures informatrices, la marquise d’Huxelles, lui révèle une partie de ce qui se trame contre lui et lui recommande de se méfier du « bon visage » que lui fait le roi. Mais Nicolas est trop sûr de lui, trop sûr du roi. Il n’imagine pas un instant que celui-ci puisse le tromper. Au contraire, il est persuadé que sa faveur augmente de jour en jour.

Et durant l’été, avec une déconcertante inconscience, il multiplie les faux pas et les erreurs tactiques. Vers la fin de juillet, il a appris par un de ses espions, lié au confesseur de la reine mère, le père Le Roy, que Louis courtise en grand secret une jolie Tourangelle de dix-sept ans, demoiselle d’honneur de sa belle-sœur, Henriette d’Angleterre, Louise de La Vallière. Il sait tout, même le moment où la jeune fille a cédé au roi. Il pressent qu’elle va devenir la favorite et il en conclut qu’il faut s’en faire une alliée, de la même manière qu’il s’est concilié maints courtisans et courtisanes. Par l’intermédiaire d’un de ses agents, probablement Mme du Plessis-Bellière, il lui propose vingt mille pistoles, à quoi la belle répond avec fierté que même une somme beaucoup plus élevée ne lui ferait pas faire un faux pas ! C’est une grosse bévue Fouquet s’en rend compte. Il croit la réparer en parlant discrètement à la demoiselle Il la rencontre chez Madame et se met à lui vanter les mérites du roi. La jeune fille se trouve Peut-être se méprend-telle sur les intentions de ce trop galant surintendant ? En tout cas, le soir même, tremblante et gênée, elle dénonce le corrupteur à son amant. Tous ces épisodes romanesques ne sortent pas du Vicomte de Bragelonne, comme on pourrait le croire. Ils sont attestés par d’authentiques documents, notamment les lettres secrètes de la fameuse cassette de Fouquet, conservées au département des manuscrits de la BnF (certaines sont écrites à l’encre sympathique). On imagine la blessure que ressent le roi. Cette atteinte à sa vie privée lui paraît monstrueuse, intolérable. Elle permet de comprendre la terrible vindicte dont Louis va poursuivre Fouquet, son acharnement passionnel à vouloir l’abattre, l’anéantir.

Mais reste toujours l’obstacle d’Anne d’Autriche. Nicolas, à nouveau pour se faire bien voir du roi et lui montrer qu’il ne lui cache rien, commet à ce moment-là une grave indélicatesse. Il l’informe que sa mère lui a demandé 200 000 livres pour la construction du Val-de-Grâce et l’a prié de n’en rien dire. Nous sommes au début d’août 1661.

Dans les jours qui suivent, Louis XIV et Colbert rencontrent Anne d’Autriche. L’arrestation, révèle le roi, aura lieu à Nantes. Anne se récrie. Alors Louis sort sa botte secrète : il lui parle des fonds secrets du Val-de-Grâce. « Vous savez que je ne vous refuse rien, mais vous devez juger, par cette confidence, de la fidélité de cet homme qui vous a trahi ! » La résistance de la reine est vaincue.

Le 11 août, Fouquet entre chez le roi, la mine ravie. Il lui annonce qu’il vient de vendre sa charge de procureur général à son ami M. de Harlay et qu’il va lui faire porter le million qu’il a demandé. En bon courtisan, il ne réclame rien, ni décharge, ni reçu, persuadé que le roi lui saura gré de ce geste magnifique. Louis se frotte les mains. « Tout va bien, dit-il à Colbert, il s’enferre lui-même. »

Un mois auparavant, Monsieur, frère du roi, et Madame, son épouse, sont venus admirer les grandes eaux de Vaux ; comme le roi n’a pu venir, il a accepté une invitation pour le mercredi 17 août. Ce jour-là, c’est la fameuse fête de Vaux, que Fouquet prépare depuis quatre semaines comme une apothéose. Elle n’est en rien la cause de son arrestation, comme on le dit souvent. Nous l’avons vu, tout a été décidé dès la mi-juin. On ne décrira pas ici les splendeurs de cette réception, préparée par le fameux Vatel : le spectacle des eaux jaillissantes du jardin, le repas servi au château, la comédie des Fâcheux, jouée par Molière et sa troupe, le ballet, leu d’artifice, les illuminations du parc… Louis, qui connaît déjà le domaine, est étonné, abasourdi par le luxe déployé. Il murmure à l’oreille de sa mère : « Ah ! Madame, est-ce que nous ne ferons pas rendre gorge à tous ces gens-là ? »

Onze jours plus tard, le 28 août, Fouquet part pour Nantes, accompagné de sa femme et de son ami Lionne. Il est en mauvaise santé, souffrant de crises répétées de paludisme.

Tandis qu’il s’installe à l’hôtel de Rougé, dans un quartier éloigné de la ville, au château de Nantes, où le roi est arrivé le 1er septembre, règne une grande agitation. Louis, aidé de Colbert et de Le Tellier, travaille au plan d’arrestation. Sur une grande table, on a disposé quantités de lettres et de mémoires qu’on recouvre d’une étoffe de taffetas vert sitôt qu’un étranger approche. Le vendredi 2, malgré sa fièvre, Fouquet vient assister au château à une première séance du Conseil. A son habitude, le roi lui prodigue de larges sourires.

Le soir du même jour, le roi convoque le sous-lieutenant de ses mousquetaires, le fameux d’Artagnan. Il l’a choisi pour arrêter Fouquet, de préférence à M. de Gesvres, capitaine des gardes du corps, à qui cette mission revient de droit, mais qui est un pensionné du surintendant, comme à peu près la moitié de sa cour. Par malchance, d’Artagnan, comme Fouquet, est arrivé fiévreux à Nantes et garde le lit. Louis XIV est obligé de différer l’opération de deux ou trois jours.

Le dimanche 4 septembre, d’Artagnan, enfin sur pied, se présente chez le roi. Il reçoit alors l’ordre d’arrestation. Dans la nuit, il mobilise sa compagnie, sous prétexte de la chasse prévue le lendemain, qui sert de couverture à cette opération de haute police.

Le 5, de bon matin, se tient le conseil des ministres, auquel assiste le surintendant. Il dure jusque vers onze heures. Louis XIV retient Fouquet quelques instants sous prétexte d’une affaire à examiner. Il feint de chercher sur la table un papier et en profite pour jeter un coup d’œil par la fenêtre pour voir si d’Artagnan, dans la cour, est prêt. Il est là, en effet ! Alors le roi congédie gracieusement Fouquet, qui descend le grand escalier extérieur. Les deux hommes ne se reverront pas.

D’Artagnan a ordre de ne l’arrêter qu’une fois sorti du château, afin de ne pas empiéter sur les prérogatives de M. de Gesvres. Auparavant, il doit recevoir de Le Tellier une dernière confirmation. C’est alors qu’un fâcheux contretemps se produit. Tandis que Le Tellier entre en conversion avec un courtisan, Fouquet monte dans sa chaise à porteurs, sort du château et disparaît. D’Artagnan, qui reçoit avec retard la confirmation attendue, s’affole, part à sa recherche avec une quinzaine d’hommes. Il le rattrape place Saint-Pierre, non loin de cathédrale. Fouquet est éberlué. « Je ne m’attendais nullement à cela, s’exclame-t-il. Je croyais être dans l’esprit du roi mieux que personne dans ce royaume… »

Sitôt averti, Louis XIV, en bon acteur, convoque les courtisans dans la salle des gardes. Il leur annonce qu’ils vont être bien surpris de ce qui est arrivé, mais qu’il a été contraint d’agir de la sorte par des raisons « très pressantes ». « J’ai voulu le frapper lorsqu’il se croyait au plus haut de sa fortune et dans le pays où il se flattait d’être le plus considéré », dit-il. Enfin, il annonce qu’il n’aura plus de surintendant et qu’il administrera lui-même ses finances, aidé de personnes fidèles.

Pendant ce temps, d’Artagnan, qui a conduit son prisonnier dans la maison la plus proche, lui fait servir un bouillon et le fait monter dans un carrosse dont les fenêtres sont fermées de treillis de fer. Il y prend place lui-même en compagnie de trois officiers. Et cette cage roulante, escortée par les mousquetaires, prend la route d’Angers, où le prisonnier doit être détenu.

Compte tenu des très nombreux partisans qu’a le grand argentier, Louis XIV peut légitimement craindre un mouvement de résistance. En fait, la rapidité et la vigueur des mesures prises étouffent toute velléité de révolte. La garnison de Belle-Isle se soumet docilement aux troupes royales. On remarque bien quelques hésitations dans la marine royale, mais tout rentre dans l’ordre au bout de quelques jours. Tout le clan est enveloppé par la disgrâce. La femme de Nicolas, sa mère, ses frères sont exilés et assignés à résidence. Des amis, des proches sont arrêtés. D’autres s’enfuient comme Gourville ou Saint-Evremond. Pour les fidèles, les gens d’affaires, les littérateurs qui vivaient de ses largesses, c’est l’effondrement. « Il est arrêté, gémit La Fontaine à son ami Maucroix, et le roi est violent contre lui, au point qu’il dit avoir entre les mains des pièces qui le feront pendre. »

À suivre…

Jean-Christian Petitfils
Historien et biographe,

Docteur d’État en science politique


Publication originale : Jean-Christian Petitfils, « L’arrestation de Nicolas Fouquet », dans Collectif, Actes de la XVIIIe session du Centre d’Études Historiques (7 au 10 juillet 2011) : 1661, la prise de pouvoir par Louis XIV, CEH, Neuves-Maisons, 2012, p. 333-350.

Consulter les autres articles de l’ouvrage :

Préface, par Monseigneur le Duc d’Anjou (p. 5-6).

Avant-Propos, par Daniel de Montplaisir et Jean-Christian Pinot (p. 7-9).

► « La rupture de 1661 », par le Pr. Lucien Bély (p. 17-34) :

► « De Colbert au patriotisme économique », par le Pr. Bernard Barbiche (p. 35-46) :

► « 1661 : le transfert de la Cour des aides de Cahors à Montauban », par Florence de Baudus (p. 47-60) :

► « 1653-1661 : Permanence des révoltes antifiscales », par le Pr. Yves-Marie Bercé (p. 61-76) :

► « Découverte et esprit scientifique au temps de Louis XIV », par Vincent Beurtheret (p. 77-87) :

► « Louis XIV au Château de Vincennes », par Odile Bordaz (p. 89-102) :

► « 1661 et les arts : prise de pouvoir ou héritage », par Jean-Claude Boyer (p. 103-113) :

« La collection de tableaux de Louis XIV », par Arnauld Brejon de Lavergnée (p. 115-117).

► « Du cardinal Mazarin et du Jansénisme », par l’abbé Christian-Philippe Chanut (p. 119-162) :

► « Voyager avec Jean de La Fontaine à travers la France de l’« avènement », par Laurent Chéron (p. 163-187) :

► « Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche : La révélation d’un couple », par Joëlle Chevé (p. 189-214) :

► « Attraction solaire et spectacles de cour : une prise de pouvoir métaphorique », par Sabine du Crest (p. 215-230) :

► « Pauvreté et Église à l’aube du siècle de Louis XIV », par le père Jean-Yves Ducourneau (p. 231-246) :

« Turenne et Louis XIV », par Fadi El Hage (p. 247-268) :

« 1661 ou l’avènement du roi de guerre. La prise en main des affaires militaires par Louis XIV », par Bertrand Fonck (p. 269-307) :

« Louis XIV et son image : visions versaillaises de l’enthousiasme », par Alexandre Maral (p. 308-319).

« Les prises de pouvoir par les Bourbons », par Daniel de Montplaisir (p. 320-332) :

« L’arrestation de Nicolas Fouquet », par Jean-Christian Petitfils (p. 333-350) :

Les actes des communications des sessions du Centre d’Études Historiques paraissent chaque samedi sur Vexilla Galliae.

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