De la première lettre de Joseph de Maistre sur l’Inquisition

Les fondamentaux de la Restauration

Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, Paris, Méquignon Fils ainé, 1822.

De la première lettre de Maistre sur l’Inquisition

Joseph de Maistre nous donne dans sa première lettre, outre les arguments clefs pour comprendre que l’Inquisition espagnole fut globalement une bonne institution, des trésors d’herméneutique et des principes fondamentaux d’analyse qui permettent d’assurer un usage sain de la raison. Ces trésors, partagés peut-être à son insu, n’étaient certainement pas l’objet principal de ces lettres, car ils étaient encore largement partagés parmi ses lecteurs, mais notre siècle, si pauvre spirituellement, peut tirer grand profit de la redécouverte de quelques-uns de ces principes universels et de bon sens.

Maistre commence par distinguer la nature de l’Inquisition, bonne, et certains phénomènes accidentels, ponctuellement mauvais, à la rigueur, mais toujours exceptionnels, que l’on ne saurait ainsi évoquer pour juger de la nature de l’institution, qui est bien ce qui doit intéresser une critique de l’institution dans sa globalité.

« L’Inquisition est, de sa nature, bonne, douce et conservatrice : c’est le caractère universel et ineffaçable de toute institution ecclésiastique ; vous le voyez à Rome et vous le verrez partout où l’Église commandera. Mais si la puissance civile, adoptant cette institution, juge à propos, pour sa propre sûreté, de la rendre plus sévère, l’Église n’en répond plus. »[1]

Il suffit de se rapporter aux histoires de l’inquisition et aux sources compilant les procès pour se rendre compte de la véracité de ce propos[2]. La connaissance précise de l’histoire ne fait que rehausser les propos de Joseph de Maistre, qui a essentiellement raison dans sa démonstration : l’Inquisition médiévale, purement ecclésiastique, fut la meilleure. L’Inquisition espagnole, contrôlée par le pouvoir civil, fut bien plus sévère, même si elle demeura toujours juste dans son essence, avec un certain droit de regard de l’Église et un personnel ecclésiastique. Là où l’Inquisition n’existait pas, au contraire, les procès expéditifs visant les « sorciers » et autres individus pullulaient.

« Comme toutes les institutions destinées à produire de grands effets, l’Inquisition ne commença point par être ce qu’elle devint. Toutes ces sortes d’institutions s’établissent on ne sait comment. Appelées par les circonstances, l’opinion les approuve d’abord ; ensuite l’autorité qui sent le parti qu’elle en peut tirer, les sanctionne et leur donne une forme. C’est ce qui fait qu’il n’est pas aisé d’assigner l’époque fixe de l’Inquisition, qui eut de faibles commencements, et s’avança graduellement vers ses justes dimensions, comme tout ce qui doit durer ; […] »[3]

Il est possible de dater historiquement le départ officiel de l’Inquisition en 1478 avec la bulle papale qui prévoit d’établir une juridiction spéciale sur la demande du roi d’Aragon et de la reine de Castille afin d’enquêter sur l’orthodoxie de la foi des baptisés. Ce que Joseph de Maistre souligne dans cette citation, c’est qu’au delà des départs officiels, la réalité vient de plus loin, et se trouve plus profonde. De plus, personne, au début, n’aurait imaginé que l’Inquisition espagnole pût devenir si puissante par la suite. Maistre y voit là une action de la Providence divine, qui sait faire de grandes choses à partir de petites graines — que ces grandes choses soient bonnes ou mauvaises, d’ailleurs, à l’image de la Révolution française. Mauvaises à nos yeux, dans le dessein de la Providence, elles doivent mener à un plus grand bien, nécessairement, puisqu’elles sont autorisées par Dieu, or rien n’est fait en vain, à commencer par l’action du démon, qui ne sait agir que si Dieu l’y autorise. Satan part battu dès le départ

Joseph de Maistre s’évertue ensuite à rétablir certaines vérités sur l’Inquisition — en rappelant les bons critères utilisés par l’inquisition dans ses jugements —, des préjugés admis sur elles et pourtant faux, et enfin son effet forcément pacificateur :

« Permettez, monsieur, qu’avant d’aller plus loin, je présente à vos réflexions une observation importante. Jamais les grands maux politiques, jamais surtout les attaques violentes portées contre le corps de l’État, ne peuvent être prévenues ou repoussées que par des moyens pareillement violents. Ceci est au rang des axiomes politiques les plus incontestables. Dans tous les dangers inimaginables, tout se réduit à la formule romaine : Videant consules, ne respublica detrimentum capiat[4]. Quant aux moyens, le meilleur (tout crime excepté) est celui qui réussit. Si vous pensez aux sévérités de Torquemada, sans songer à tout ce qu’elles prévinrent, vous cessez de raisonner. »[5]

Axiome politique bien peu évident pour nos contemporains, englués dans la faiblesse, le flou et l’individualisme généraux, mais évidente à une époque où le corps social, la communauté, le groupe et leur harmonie respective étaient l’enjeu premier de la politique. C’est la raison pour laquelle toute atteinte au corps de l’État en tant que tel fut toujours sévèrement réprimé, que ce soit pour le crime de lèse-majesté ou celui de lèse-nation à la Révolution — c’est ce dernier qui donna tant de travail aux bourreaux et à la guillotine : on protégeait un « État » fictif qui devait tuer pour exister, puisque la simple existence du pays réel était pour lui une menace constante.

Il ne faut néanmoins pas se méprendre : pour Joseph de Maistre, le crime n’est pas admissible, et donc l’usage de « moyens pareillement violents » exclue l’usage du crime. Il ne suppose pas l’usage de la loi du talion, ni celle de la vendetta. Simplement, en temps d’exception, il est naturel que des pouvoirs d’exception se mettent en place. Maistre est favorable à la force, contre la violence : le puissant attaché à la justice use de sa force pour contenir le criminel, l’injuste, qui viole et violente l’ordre ou la personne. Ne pas user de cette force représenterait une forme de lâcheté : ce serait préférer la facilité du laisser-faire au salut et à la santé du corps politique. Cela reviendrait, en outre, à encourager les criminels à s’empêtrer dans le crime sans leur autoriser une voie de rachat ou de salut.

La peine de mort n’est-elle pas pourtant foncièrement une violence, alors ? Dans une logique de société chrétienne, pas forcément : à la condition qu’elle reste rare et qu’elle ne soit appliquée que lorsqu’elle est nécessaire pour sauver la santé du corps social. L’usage de cette force ultime revient alors supprimer une partie pour conserver et sauver le tout — de la même façon que, en médecine, il vaut mieux amputer le patient d’un pied gangréné, plutôt que de le laisser mourir. Cet usage de la force ne se fait ni par haine, ni par colère, ni par abus de pouvoir, mais pour le salut de l’ensemble, et, en dernière approche, elle laisse à Dieu le jugement de la culpabilité définitive du coupable, qui a eu l’occasion de se repentir et de recevoir les sacrements avant de se faire exécuter. Cela n’existe plus dans des pays « laïques », sans transcendance : la peine de mort y est vécue comme une violence terrible et impardonnable, puisque condamner à mort c’est priver du salut, qui n’existe nulle part ailleurs que sur terre, dans la matérialité.

La miséricorde n’exclut pas la sévérité, elle l’invite au contraire. Justice et miséricorde sont les deux faces d’une même médaille. Le juste se doit d’être fort, et d’user de cette force à chaque fois que c’est nécessaire, par justice, mais tout en étant miséricordieux. C’est un peu le paradoxe du chevalier qui protège la veuve et l’orphelin : il tue parfois, mais jamais par haine, et toujours parce qu’il est lui-même prêt au sacrifice suprême. Les politiques, les grands ont le devoir de conserver un ordre juste. La charité leur commande d’honorer la justice, toujours animée par une douce miséricorde.

Pour revenir à l’Inquisition, la sévérité supposée ne peut se juger qu’à l’aune de ce qui a été évité : partout l’Europe s’ensanglante dans les guerres de religions et les chasses aux sorcières. L’Espagne est épargnée et ce n’est pas un hasard.

Joseph de Maistre cite ensuite les clichés et les poncifs répandus sur l’inquisition, que l’on sait faux, pour peu d’avoir fait un peu d’histoire :

« On croit que l’Inquisition est un tribunal purement ecclésiastique ; cela est faux. On croit que les ecclésiastiques qui siègent dans ce tribunal condamnent certains accusés à la peine de mort ; cela est faux. On croit qu’il les condamne pour de simples opinions ; cela est faux. »[6]

L’Inquisition espagnole est en effet un tribunal d’exception civile espagnol, autorisé par Rome et composé de clercs nommés par le Roi d’Espagne, donc sous l’autorité et la juridiction espagnoles. Les condamnations à morts ne peuvent être prononcés que par un tribunal laïc, donc jamais un tribunal d’Inquisition n’a condamné personne à mort[7]. Enfin, le tribunal d’Inquisition ne juge pas des opinions, mais des faits qui troublent l’ordre de la Foi, qui doivent être prouvés, autant d’aspects qui éloignent cette juridiction de toute suspicion de procès politique. Les exceptions qui ont existé confirment la règle[8].

« Parmi les innombrables erreurs que le dix-huitième a propagées et enracinées dans les esprits, avec un déplorable succès, aucune, je l’avoue, ne m’a jamais surpris autant que celle qui a supposé, soutenu, et fait croire que des prêtres pouvaient condamner un homme à mort. Il est permis d’ignorer la religion de Fo, de Bouddha, de Somonocondom (Et même encore celui entreprendrait de les diffamer, serait-il obligé de connaître) ; mais quel Européen à droit d’ignorer le Christianisme universel ? Quel œil n’a pas contemplé ce lustre immense, suspendu depuis plus de dix-huit siècles entre le ciel et la terre ? À quelle oreille n’est jamais arrivé l’axiome éternel de cette religion, L’ÉGLISE ABOHORRE LE SANG ! Qui ne sait qu’il est défendu au prêtre d’être chirurgien, de peur que sa main consacrée ne verse le sang de l’homme, même pour le guérir ? Qui en sait que dans les pays appelés d’obédience, le prêtre est dispensé de déposer comme témoins dans les procédures de mort, et que dans les pays où l’on a cru devoir lui refuser cette condescendance, on lui donne acte au moins de la protestation qu’il fait, de ne déposer que pour obéir à justice et de ne demander que miséricorde. Jamais le prêtre n’éleva d’échafaud ; il y monte seulement comme martyr et consolateur ; il ne prêche que miséricorde et clémence ; et sur tous les points du globe, il n’a versé d’autre sang que le sien. »[9]

Cri du bon sens que seule l’ignorance crasse et l’inexpérience complète du monde ecclésiastique peuvent permettre de laisser imaginer le contraire. Il suffit de regarder la vie de Jésus pour comprendre que seul son propre sacrifice vaut quelque chose, il est venu pour sauver les autres par son sacrifice, non pour les perdre. Les apôtres ont suivi le même chemin, puisqu’ils ont tous, sans exception, fini martyrs pour confesser leur Foi. Ces sacrifices sont les fondations de l’Église et du clergé, qui continuent depuis de faire vivre leur héritage et d’octroyer les sacrements institués par le Christ. S’il a existé des prêtres combattants, ils ne tuaient pas, et ce ne fut que très tard, dans ce terrible grand vingtième siècle qui inventa la guerre totale.

Cela est confirmé par l’expérience et la pratique, qui sont seules valables en matière d’histoire pour confirmer la nature de telle ou telle institution dans l’histoire, ou de telle ou telle fonction :

« Étudiez-le dans les pays où le prêtre a tenu le sceptre ou le tient encore. Des circonstances extraordinaires avaient établi en Allemagne une foule de souverainetés ecclésiastiques. Pour les juger sous le rapport de la justice et de la douceur, il suffirait de rappeler le vieux proverbe allemand : Il est bon de vivre sous la crosse (Unterm Krummstabe ist gut wohnen). Les proverbes, qui sont le fruit de l’expérience des peuples, ne trompent jamais. »[10]

Notons aussi du point de vue méthodologique l’usage intéressant de l’argument du proverbe, qui revient au fond à donner une place à la loi coutumière traditionnelle, dans son essence, en partant de ce principe : une expérience généralement admise dans tous les âges et renouvelée d’âge en âge doit a priori être vraie, car il n’est pas imaginable que tout le monde, tout le temps et en continu se soit trompé sans que personne jamais ne conteste cet usage.

Il adopte de plus une méthode convaincante et solide, car il se fonde dans ses démonstrations essentiellement sur des ouvrages et des sources qui cherchent à démolir l’institution de l’Inquisition, procédé qui ne donne que plus de reliefs à ses arguments, fondés sur des faits admis par ses opposants. Il donne encore une belle leçon à imiter pour tous ceux qui désirent défendre une cause le plus efficacement possible et en toute probité, qui se fonde sur le principe qu’un argument favorable donné par un opposant farouche, et en général de mauvaise foi sur le sujet, n’en n’a que plus de force, et témoigne d’une réalité si indéniable que même la plus grande mauvaise foi n’ose pas la nier[11] :

« Je ne cite, autant que je le puis, que des ouvrages contraires à l’Inquisition, pour être sûr de ne pas me tromper dans tout ce qui leur échappe de favorable sur ce tribunal. »[12]

Joseph de Maistre résume encore une fois sa méthode démonstrative qui reste toute de bon sens et d’actualité : ce qui compte, c’est de parvenir à comprendre la nature de l’institution à partir de sa fondation et de sa pratique, et ensuite tout le reste en découle : les quelques abus mauvais qui apparaissent ici et là sont des exceptions qui ne remettent pas en cause la nature bonne de l’institution. Joseph de Maistre use dans toute son œuvre de cette salutaire méthode, efficace pour avoir une idée de l’essentiel, induit par la réalité et le bon sens d’un jugement honnêtement exercé sur cette réalité, il est ensuite facile de vérifier cette essence en se référant plus en détail aux sources pour constater mieux par soi-même, ou pour interpréter justement tel ou tel détail.

Il tacle au passage les francs-maçons, maîtres avant tout dans l’art de la tromperie éristique et du faux-semblant, qui détournent toujours de l’essentiel pour attirer et concentrer l’intention sur l’accessoire et le secondaire[13] :

« Je doute qu’un président de la chambre étoilée ait jamais tenu à son auguste maître un discours de cette couleur ; mais ce discours même et toutes les autres ne sont nécessaires qu’à ceux qui n’ont pas assez réfléchi sur la nature même des choses qui se passe de preuves et les prévient toute. »

C’est important : l’usage de démonstrations raisonnables détaillées et de discours circonstanciés n’est pas mauvais, évidemment, mais même quand Maistre lui-même s’y résout, devant l’incurie de ses interlocuteurs, ce n’est qu’en raison de leur cécité, car ils ne parviennent pas à saisir l’essentiel ni la nature des choses. Ceux-ci suffisent pourtant, pour arriver aux conclusions maistriennes, et constituent mêmes une bonne foi plus forte et plus importante que toute démonstration circonstanciée, qui reste limitée à son objet. Ceux-ci permettent de voir plus loin, toute démonstration secondaire ne faisant que confirmer la nature des choses. Ces actes de la connaissance et de l’intelligence ne changent en rien la nature des choses[14] et, évidemment, même si notre connaissance et notre intelligence sont limitées, il reste possible de saisir, à notre mesure humaine, des vérités sur la nature des choses, au moins dans leurs vérités naturelles. Celles-ci, si elles ne sauraient être parfaites, sont néanmoins complètes sur la part d’essence percée par la raison humaine.

Ainsi l’homme peut parler justement de Dieu et de la nature humaine en se fondant sur le trésor de la Révélation, qui donne les clefs de compréhension indispensables à l’usage juste de nos capacités humaines. La raison éclairée par la foi, voilà ce qu’incarne parfaitement l’œuvre de Joseph de Maistre. Et cela, dans une audace puissante qui s’adresse aux cœurs des hommes en les prenant dans le vif des vérités universelles que toute âme, au fond, admet naturellement, même chez des non-chrétiens, mais surtout chez les personnes imprégnées par les vérités chrétiennes (même quand elles les renient) : c’est ce qui constitue la force particulière de Joseph de Maistre, et la raison de sa détestation par tous les ennemis de la vérité.

Paul-Raymond du Lac

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France !


[1] Joseph de Maistre, Lettre à gentilhomme russe sur l’inquisition espagnole, Paris, Méquignon Fils ainé, 1822, p. 6.

[2] Voir par exemple, pour une présentation générale : Jean Sévilla, Écrits Historiques de combat – Historiquement incorrect, Perrin, Paris, 2016.

[3] Joseph de Maistre, op. cit., p. 4

[4] « Que les consuls veillent à ce que la chose publique ne subisse aucun dommage. »

[5] Joseph de Maistre, op. cit., p. 8

[6] Joseph de Maistre, op. cit., p. 10-11

[7] D’aucuns répliqueraient que cela est hypocrite : Jésus fut condamné par Ponce Pilate, mais c’est bien le Sanhédrin qui a tout fomenté. De même, Jeanne d’Arc a été condamnée par un tribunal laïc car jugée hérétique par le tribunal ecclésiastique. Certes, cela a pu exister, mais quand cela se passe, c’est dénoncé par l’Église et hors de son contrôle : là est toute la différence. De plus, tout est fait dans la procédure pour sauver le malheureux : une simple rétractation, et il est sauvé. Enfin, il faut des faits, et non de simples supputations. Le tribunal injuste, en plus d’être en fin de compte dénoncé officiellement par l’Église, qui affirme que telle exception s’est faite en dehors de la communion avec Dieu, ne pêche pas par son existence, mais par la malice de ceux qui la composent. Si Cauchon n’avait pas existé, Jeanne d’Arc aurait quand même été brûlée, et cela en plus en quelques heures, et nous n’aurions pas les preuves de sa sainteté qui foisonnent dans son procès. Cela est encore plus vrai pour Jésus : il fut conduit à des procès injustes et trafiqués, mais si ces procès iniques n’avaient pas existé, qui aurait pu savoir la réalité de la nature divine du Christ et la réalité de sa Résurrection ? Un procès injuste peut se reconnaître facilement, et être dénoncé. L’exécution sommaire, quant à elle, rend difficile, si ce n’est impossible, la réhabilitation de l’innocent massacré.

Joseph de Maistre (op. cit., p. 25) ajoute d’ailleurs : « Tout ce que le tribunal montre de sévère et d’effrayant, et la peine de mort surtout, appartient au Gouvernement ; c’est son affaire, c’est à lui, et c’est à lui seul qu’il faut en demander compte. Toute la clémence, au contraire, qui joue un si grand rôle dans le tribunal de l’Inquisition, est l’action de l’Église qui ne se mêle de supplices que pour les supprimer ou les adoucir. Ce caractère indélébile n’a jamais varié ; aujourd’hui ce n’est plus une erreur, c’est un crime de soutenir, d’imaginer seulement que des prêtres puissent prononcer des jugements de mort. » Maistre n’emploie pas le vocable très fort de « crime » par exagération ou par affectation : le sujet historique est bien trop connu pour permettre une ignorance si immense et irréductible. Il ne peut pas s’agir d’une erreur. C’est un acte intentionnel visant nuire à l’intégrité de la fonction sacerdotale, ce qui fait de cette erreur une faute intentionnelle grave et blasphématoire et donc un crime, par définition. Nous retrouvons ici aussi toute la saveur de Joseph de Maistre qui ne fait aucune concession à la Révolution et aux pensées de son temps : il adopte la tournure d’esprit traditionnel jusqu’au bout, sans chercher ni à s’en justifier ni à ménager l’autre.

[8] Comme pour Jésus par exemple, tout dans son procès va d’irrégularités en irrégularités même dans le cadre d’une loi mosaïque pourtant sévère, et constitue en soi une exception qui ne remet pas en cause la justice globale qu’a pu rendre le Sanhédrin durant toute son histoire par exemple. De même, pour le tribunal ecclésiastique de l’université de Paris condamnant Jeanne d’Arc. Ce sont justement des exceptions qui vont contre tous les principes qui président en temps normal.

[9] Joseph de Maistre, op. cit., p. 16-17

[10] Joseph de Maistre, op. cit., p. 20

[11] Ce travail est ingrat mais nécessaire, pour examiner avec minutie les erreurs et les mensonges éventuels de certains auteurs. Il semble avoir été fait, surtout, pour les grands poncifs historiques qui ont été propagés en France, et le temps est enfin venu, croyons-nous, de passer à une autre étape : une relecture de l’histoire dirigée vers l’avenir en fonction de motivations qui ne sont plus simplement rétablir « des vérités historiques » — travail essentiellement fait —, mais sur l’actualisation nécessaire de cette expérience accumulée pour l’avenir, et les enseignements à retirer pour se sortir du marais moderniste contemporain.

[12] Joseph de Maistre, op. cit., p. 29

[13] Maistre sait ce dont il parle, puisqu’il fut lui-même, brièvement, avant la Révolution, membre d’une secte maçonnique.

[14] Parler de la nature d’une chose passée aujourd’hui ne signifie pas inventer cette nature des choses pour une convenance contemporaine : cette idée est purement révolutionnaire, et il faut bien avouer que c’est la méthode utilisée par les révolutionnaires pour faire dire ce qu’ils veulent à tout fait historique. Cela va contre toute méthode traditionnelle, qui considère que rien ne s’invente, mais qu’il s’agit de trouver, ou retrouver, et de comprendre l’objet qui existe par lui-même en dehors de nous, ou qui a existé dans le passé. On peut dire par exemple que la France est une République, dans la Constitution. C’est une pratique révolutionnaire : on écrit ce que l’on veut que soit la France, procédé purement révolutionnaire, et on ne cherche jamais à savoir ce qu’est la France en réalité (la royauté du monarque Très Chrétien).


Dans cette série d’articles intitulée « Les fondamentaux de la restauration », Paul-Raymond du Lac analyse et remet au goût du jour quelques classiques de la littérature contre-révolutionnaire.

Mgr Delassus, L’Esprit familial dans la maison, dans la cité et dans l’État (1911) :

Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole (1822) :

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