Il était royaliste, c’est un fait
La Providence ne cesse de faire des clins d’œil déroutants.
On apprend dans une
conférence*de Mgr Tissier de Mallerais, sur la vie de Mgr Lefebvre, que le combat pour la Tradition
catholique doit beaucoup au royalisme. Il semble que ce fait en gênent certains, mais
c’est pourtant un fait, qui devrait être creusé.
On apprend en effet que le père de Mgr Marcel Lefebvre était royaliste. Il l’affirme lui-même
clairement lors de sa mort pendant la guerre.
Il était de plus un grand patron catholique du Nord, dans le textile, aisé, aux idées
claires, et à l’assise naturelle importante. Il avait une idée de la « Maison » qui n’était
pas moderniste, et le père décidait comme un père : c’était oui ou c’était non.
En bons catholiques, les parents souhaitaient des vocations dans leur famille, et les ont
encouragées, sans laisser faire, dans une sorte de providentialisme mal
compris. Quand le jeune Marcel eut sa vocation, il demanda d’aller au séminaire de son
diocèse. Son père lui dit un « non » catégorique et l’envoya au séminaire de Rome.
L’autorité et l’ordre chez les Lefebvre n’étaient pas de vains mots.
Henry Le Floch, le recteur du séminaire, prônait le Christ Roi, et fut expulsé du
séminaire par Pie XI pour ses connivences avec l’action française.
Selon Mgr Tissier,
plus que royaliste, il était pour le règne du Sacré-Cœur ; l’un n’empêche pas l’autre, bien au
contraire…
Avec la connaissance de ce substrat anti-libéral, contre-révolutionnaire, et antimoderniste, couplé
avec une habitude d’être chef et pratique;
l’exemple de son père qui était dirigeant
d’industrie et modèle d’autorité parentale, avec cet aspect de garder une saine
indépendance d’esprit qui a les idées claires, bon vassal non servile;
tout ceci explique pour beaucoup pour la Providence a choisi Mgr Marcel Lefebvre comme
instrument pour fonder la Fraternité saint Pie X et sauvegarder la Tradition bi-millénaire de l’Eglise.
Il ne faut pas sous-estimer les aspects naturels, sur lesquels se greffent la
surnature : sans une nature bien ferme et droite, forte et ordonnée, la sur-nature ne
pourra qu’avoir des effets plus mous, avec des progrès plus lents, et des difficultés
plus grandes.
Ce fait devrait encore être bien retenu par nos clercs traditionnalistes
contemporains. Mgr Lefebvre est devenu ce que Dieu a voulu de lui car il avait
l’art de la politique -au sens noble et réel de l’ »animal politique »-, dans le sang. Il était
tout autant Prince de l’Eglise que graine de seigneur catholique dans le monde –
comme pouvait l’être dans une autre mesure évidemment, un saint Rémi ou un saint
Ambroise.
Alors disons-le encore et encore : l’Eglise souffre non seulement d’une crise
doctrinale et liturgique qui s’étend aujourd’hui aux mœurs, mais elle souffre tout
autant d’une crise d’un déficit de politique, et d’un déséquilibre, à commencer dans
les milieux dits tradis et parmi les clercs eux-mêmes.
L’ordre entre nature et surnature est abîmé, et celui entre le temporel et le spirituel aussi, où face à
l’hégémonie laïciste et séculariste du monde, l’on aurait tendance à un certain
cléricalisme, suscité souvent par les fidèles eux-mêmes, dans les bastions de la
tradition.
Nous manquons de seigneurs catholiques pour être les relais de la Foi dans le
monde, pour être des Clovis, Jeanne d’Arc ou saint Louis dans le monde !
Sans un monde bien chrétien, car ordonné à un Roi très chrétien, dans un ordre à
l’endroit, le nombre d’âmes qui font leur salut décroît, et se trouve en chute libre…
Le Roi comme l’évêque sont nécessaires.
La cité politique comme la cité ecclésiale sont nécessaires pour
l’homme et son salut. L’homme politique sans l’Eglise, tel un Grec de l’ancien temps,
ne vit que vainement. Un catholique sans cité politique, ou dans une cité politique
contre-nature ne peut faire son salut, en un certain sens, qu’en devenant martyre –
si encore on lui fait l’honneur de le mener au martyre.
Notre époque de crise n’est pas comme celui des premiers temps de l’Eglise, dans un
monde païen qui ne connaît pas le Christ. Nous sommes dans un monde apostat
bien plus terriblement diabolique, à la fois bien plus vulgaire, mais aussi bien plus
subtil. C’est le libéralisme et le modernisme dans l’Eglise, le libéralisme et la
Révolution dans l’Etat.
Comme nous sommes un composé, une union d’un corps et d’une âme, et que le
corps est si partie intégrante de nous-même que nous savons qu’il sera ressuscité à
la fin des temps, nous sommes aussi nécessairement des « animaux politiques » ayant
un besoin vital d’une société politique ordonnée à notre nature voulue par Dieu, elle-
même ordonnée à lui-même et à la fin de notre salut, soit notre union et retour à
Dieu.
D’où la nécessité d’être catholique et légitimiste, sinon l’on est que la moitié de soi-même, comme
quelque chose d’inachevé… de désordonné, de mal équilibré…
La politique au sens noble et classique, au sens du bon temporel et de sa sacralité,
sont des nécessités aussi pour parvenir sans encombre au salut. D’un point de vue
humain, et divin, il est nécessaire de prendre en compte cet aspect dans le combat
catholique de la Tradition, et c’est d’abord le rôle des laïcs de redevenir « seigneurs »,
mais il est aussi nécessaire, surtout dans cette crise si aigüe de tous les principes
et des pratiques traditionnelles, que les clercs ne se fassent pas contaminer par
l’esprit du temps… et des nécessités de la crise, qui obligent à faire des exceptions.
Lesquelles, à force, peuvent devenir des règles, et on oublie leur caractère exceptionnel…ici
le danger de chavirer devient bien réel.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul-Raymond du Lac
*Ecouter ici la conférence : https://youtu.be/83BGEYZSwCU?si=TOWYrr2KK6iVbbxA
