La Croix, ce symbole d’amour
Il pourrait paraître surprenant de parler de la Passion et de la Croix lors du Temps
pascal. Pourtant tout est lié, et la joie de la Résurrection ne peut exister sans les
souffrances – joyeuses – de la Passion.
La Croix en effet, malgré sa lourdeur, est aussi joyeuse, car elle signifie la Charité
d’un Dieu fait homme qui choisit ainsi de se faire néant – par rapport à ce qu’Il est –
gratuitement et par simple amour pour nous.
J’aimerais proposer ici une courte et simple contemplation d’une infime part de la
Passion qui m’a frappée quant au degré infini de l’amour divin. Ce détail ne fait
qu’illustrer une minuscule particule de la charité divine.
Nous savons bien que Jésus n’est pas victime de la Passion : Il a choisi
volontairement de se livrer, tout l’indique dans les Ecritures. Les pharisiens veulent
sa mort depuis déjà longtemps, mais ils ne parviennent à se saisir de Lui, car son
temps n’était pas venu, ou encore Il s’éclipse. Il décide encore à la fin de l’agonie
d’aller se livrer, et au moment de l’arrestation, les gardes, littéralement stupéfaits,
sont jetés au sol par l’aura divine de Jésus, qui doit insister pour se faire arrêter…
Les apôtres fuient ensuite tous, quand ils se rendent compte que Jésus, leur Seigneur,
pourtant faiseur de miracles, prophète et sage, décide volontairement d’aller à la
Croix, et comme d’effacer sa puissance divine pour subir toutes les affres de la
souffrance humaine, tant physique que moral. Simon-Pierre, en effet, avait coupé l’oreille
d’un garde, mais Jésus ensuite lui signifie que ce n’est pas son plan, que n’est pas
la Volonté de son Père, en le mettant gentiment face au ridicule de son action :
maître de l’univers, il pourrait faire venir une légion d’anges à sa rescousse. Et Il
guérit celui même qui vient l’arrêter…
Les apôtres sont démunis, leur Foi n’était pas encore confirmée : ils étaient prêts à
suivre un Maître conquérant et fort, mais le suivre pour subir les tourments de la
Croix et bien pire, peut-être, l’avanie d’un jugement inique et d’une peine infligée à
des esclaves…ils ne le pouvaient pas encore. Même dans le service de Dieu, il
tenait encore à le servir selon leur idée, en ménageant leur amour propre. Faire la
Volonté de son Seigneur, certes…mais quand même… Cet amour propre
explique la fuite, ainsi que la chute de Pierre. Sa repentance, puis la Pentecôte, le
confirmera dans la Foi, ainsi que les autres, et ils seront alors tout à fait transparents et malléables aux
inspirations du saint Esprit.
Ainsi, Jésus se livre volontairement et sans aucune contrainte. Homme, il manifeste
qu’il est naturel de vouloir éviter la Croix, mais qu’il est bon et noble d’accepter la
volonté de Dieu – « Mon Père, évitez-moi ce calice si cela est possible, mais non pas ma volonté
mais votre Volonté ».
Tout cela est connu. Rappelons encore une « évidence » théologique : Jésus est
Dieu, donc Il sait tout, surtout sait tout ce qui l’attend, d’où son Agonie au point de suer
des gouttes de sang, ce qui, médicalement parlant, témoigne d’un stress
psychologique terrible qui entraîne en général déjà la mort. En tant que Dieu il sait
tout, et en tant qu’homme il souffre au degré suprême de cette connaissance, au-
delà de tout ce que nous pouvons imaginer.
Son corps immaculé, sa nature humaine épargnéepar le péché originel est en même
temps d’une perfection qui nous inimaginable, inconcevable. La parfaite
ordination de son corps à son esprit, et de son esprit à Dieu, rend toutes ses actions,
ses pensées et ses sensations infiniment présentes. Il vit chaque seconde comme
une éternité. Tout détail physique comme moral le frappe d’une façon plus vive,
dont n’atteindrait même pas un peu le plus expérimenté des fins psychologues de la
terre, ou le plus sensible, dans ses sensations, des corps humains.
Son corps parfait possède aussi une nature parfaite, qui n’est pas faite pour la
souffrance, et qui naturellement est porté à éviter la douleur, pour éviter le mal qui
provoque la destruction de cette nature.
De plus, comme nous l’avons déjà dit, Il sait tout ce qui va se passer…
Donc il sait à quel instant précis, quel coup va être porté, quel crachat va lui atterrir
sur la face, quelle insulte lui sera portée.
Imaginons simplement et sobrement la simple part physique de ce Calvaire – qui
n’est que le sommet de l’iceberg des souffrances de la Passion. Sachant tout, et
avec un corps parfait, son corps le portait à éviter le moindre des coups. Ainsi à la
Flagellation ; s’il ne voulait pas recevoir les coups, son Corps les aurait évités !
Je répète, car la portée de ce fait est immense, il faut bien le comprendre :
Ainsi à la flagellation : s’il ne voulait pas recevoir les coups, son Corps les aurait
évités !
Notre Seigneur ne subit pas seulement comme une victime, Il décide de s’exposer et
d’augmenter toutes ses souffrances. Il doit se forcer à chaque instant pour ne pas
éviter les coups, d’autant plus fortement que son corps parfait les éviterait par
réflexe.
Idem moralement : Il devait faire violence à la part humaine de son esprit pour ne
pas, par réflexe de défense d’une nature humaine qui connaît la légitime défense, de
faire disparaître ses persécuteurs juste en cessant de penser à eux – puisque en
tant que Dieu, il soutient tous ses persécuteurs dans leur substance. Imaginez
l’amour qu’Il nous porte !
Oui, Jésus nous aime à ce point-là, et tout dans sa Passion le manifeste, jusqu’au
moindre détail.
Tout est volontaire, et Il a tout fait pour nous racheter, pour arracher notre volonté
propre à notre fange, à un point que nous ne pouvons imaginer.
Quand on commence à comprendre cela, il faut bien reconnaître qu’au moins nous
pouvons comprendre à quel point nous ne sommes rien, et combien notre charité est
faible, et combien notre humilité est toujours trop faible.
Et comprenons que toutes ses souffrances étaient d’une grande joie, car sans une
joie naissant d’un amour parfait il est impossible de soutenir une si grande volonté
dans la soumission à des souffrances littéralement insoutenables…
Alors, imitons Jésus toujours de plus en plus.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France,
Paul-Raymond du Lac
