CivilisationPolitiqueSocieté

Quand la patrie devient un dieu

Il devient de plus en plus courant de rencontrer des « patriotes », des
« nationalistes » ou autres conservateurs qui manifestent une conception très
paganisante de l’Etat-Nation, en en faisant une sorte de dieu. On croirait revenir aux
temps antiques où les romains et les Grecs pensaient que leur cité était
substantiellement un dieu.

Il y a quelques jours encore, un respectable avocat
japonais qui se pique d’étudier la science politique traditionnelle m’écrivait sans
broncher et comme si c’était évident que la patrie est « un être substantiel »…
Saint Thomas d’Aquin, à la suite d’Aristote, définit une cité, une communauté politique
comme un tout d’ordre, qui n’a évidemment pas d’existence substantielle, au sens
qu’elle possède une substance… Sans se perdre dans le jargon philosophique, il
semble pourtant relativement de bon sens de reconnaître qu’une « personnalité
morale » comme diraient les juristes, ou encore qu’une association n’a pas de
substance ni corporelle ni spirituelle.
Qu’une patrie a certes une « vie » du fait de son ordre et que ses membres sont
vivants, mais que cette vie n’est pas substantielle : une patrie ne naît pas et ne
meurt pas comme naît et meurt un homme. Toutes les expressions « organicistes »
des communautés politiques le sont de façon analogique, c’est-à-dire que sous un
certain rapport la vie de la patrie ressemble à la vie humaine, mais sous un autre, elle
s’en sépare (elle n’est justement pas une substance, ni une essence).

Tout cela devrait se comprendre par les lumières naturelles, mais il apparaît que si
l’on exclut l’insigne exception d’Aristote, certainement prévue par Dieu pour
préparer la venue du Christ et aider à la constitution des fondements philosophiques
de la théologie, les lumières naturelles sans le secours des lumières surnaturelles ne
parviennent pas à atteindre bien clairement ces vérités pourtant assez basiques.
L’orgueil et les vices obscurcissent la raison au point de la mettre au service de
lubies et de en pratique de religions prométhéennes de substitutions.

L’homme est fait pour Dieu, c’est un fait, qu’on le veuille ou non, et s’il ne reconnaît
pas le vrai Dieu, il se créera un faux dieu, car la nature l’y porte : et, pire, il
usera de la raison pour assouvir et légitimer ses erreurs. Il est assez régulier dans
l’histoire de l’humanité que ces faux dieux apparaissent quand on fait d’une patrie
une idole, d’un monarque un dieu ou un descendant des dieux, et ces idoles
apparaissent et pullulent partout. Que ce soit le narcissisme du culte du corps, l’héroïsme et la
divinisation des héros, ou encore des ancêtres, l’idole de la liberté (libéralisme), de
l’égalité (démocratie et égalitarisme), de l’amour humain (fraternité et religion de
l’homme), le savoir (la gnose), etc. La liste n’aurait pas de fin puisqu’elle a autant de
variations que l’inconstance humaine dans son instabilité dans ses passions et ses
lubies. Cependant, elle se retrouve toujours sur deux points : le refus, conscient ou non (et
au moins par un défaut de raison, en soumettant la raison à sa passion) du vrai Dieu,
et la nature, qui rattrape cette volonté contre-nature en créant l’irrésistible besoin
d’avoir un Dieu.

Sachons-le, et ne tombons pas dans ce travers.
Allons plus loin et disons aux agnostiques, qui se croiraient à l’abri de la vulgarité
idolâtrique de tous les hommes sans Dieu : leur idole sera plus subtile peut-être,
mais ils s’en créeront un tôt ou tard. Ou plutôt ils en ont déjà un à leur insu même,
car le vide par définition n’existe pas, et si on croit qu’il y a un vide de Dieu
(par la neutralité), c’est juste que l’on ne remarque pas le démon ou l’idole qui a pris
sa place.
A bon entendeur…

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France,
Paul-Raymond du Lac

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.