Rien de grand ne peut naître du commerce, par Antoine Michel
On me faisait la réflexion fortuite qu’à la différence de l’Europe continentale,
l’Angleterre ne comptait pas véritablement de grands noms de la musique classique,
et de la même façon, les peintres n’apparaissent pas parmi les plus illustres.
D’aucuns ne seront peut-être pas d’accord, mais enfin ce n’est pas faux.
Je fis alors une réflexion, que mon interlocuteur, amusé, a pu voir comme une pique
contre l’Angleterre – ce qui n’était pas pourtant mon intention mais plutôt une simple
constatation. Un pays qui fait passer le commerce avant tout le reste ne peut donner
naissance à de grandes choses – en tout cas pas de façon grandiose, ou
simplement pas exception.
L’Angleterre depuis son schisme s’éloigne toujours plus de la matrice catholique et
de la civilisation chrétienne. Elle fut comme le fer de lance et la locomotive de la
modernité égoïste, inaugurant la politique moderne des Etats, qui font de l’intérêt
national le but premier contre la justice, contre la paix, contre le bien s’il le faut. D’om
cette politique anglaise cynique qui n’hésite ni à sacrifier ses « alliés », ses colonies,
ses promesses. Modernité forcément raciste, l’Angleterre n’hésitera pas non plus à
non seulement ne pas évangéliser ses peuples soumis, mais à chercher à extirper,
voire exterminer les populations locales (d’où la disparition des peuples colonisés en
terre anglaise, là où le portugais, l’espagnol et dans une moindre mesure le
Français, se métissent avec les peuples locaux).
Ce cynisme mercantiliste et égoïste dénote une disparition progressive d’une
noblesse d’âme. Sa propre aristocratie, avec les suites d’Henri VIII, devient
intégralement protestante – les catholiques ayant été trucidés – et la gentry
constituera comme une proto-bourgeoisie ne servant plus ses gens. Au contraire, elle
les utilisera, voire les chassera via « l’enclosure », qui est une négation des coutumes
locales et collectives, forçant un certain nombre de pauvres paysans à migrer dans
les villes, et devenir l’esclave de la révolution industrielle.
Cette étroitesse d’esprit guidée par une forme d’avarice hissé au niveau de dogme
national ne peut que freiner voire rendre impossible la naissance de génies, tant
dans l’art que la pensée, puisque cet art nécessite une élévation de cœur que le
« commerce » et l’intérêt ne peuvent faire naître…
On connaît les penseurs anglais : ils sont tous modernistes, ils sont tous les proto-
Lumières, ils sont tous des sortes de gnostiques plus ou moins prononcés qui ne
cherchent que la subversion…Le fait même que ces noms soient connus aujourd’hui
démontre plutôt à quel point ils sont destructeur et révolutionnaires, puisque notre
temps, en matière de pensée, n’encense que ceux qui, plus ou moins radicalement,
vont dans le sens de l’anti-chrétienté, de la contre-nature, en bref de la modernité.
Que l’on n’aille pas dire que je suis méchant avec les Anglais : juste une tentative
d’être réaliste, sans acrimonie, et sachant bien que, justement, c’est bien le côté
médiéval et catholique qui font naître de grands noms comme Chesterton ou Tolkien.
Soyons ainsi nobles, désintéressés, guidés par l’honneur et la justice et la fidélité.
Cela n’empêche pas d’être pratique, réaliste et efficace mais cela ne veut pas dire
être cynique, avare et égoïste.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Antoine Michel
