Découverte et esprit scientifique au temps de Louis XIV (2/2)



Les actes des communications des sessions du centre d’études historiques paraissent une fois par semaine, chaque samedi. Les liens des communications en bas de page.

Centre d’Etudes Historiques

1661, la prise de pouvoir par Louis XVI.

Actes de la XVIIIe session du Centre d’Études Historiques (7 au 10 juillet 2011)

Collectif, Actes dela XVIIIe session du Centre d’Études Historiques, 1661, la prise de pouvoir par Louis XIV, CEH, Neuves-Maisons, 2012, p.77-87.


Par Vincent Beurtheret

Philosophe



Il peut sembler que je résume cette théorie avec ironie, ce n’est pas très exact. En effet, ne vaut-il pas mieux accepter notre ignorance – sans fermer la porte à des recherches plus avancées – que de proférer une ânerie et se satisfaire avec Aristote d’un : « Les corps tombent parce qu’ils ont un principe naturel de chute. » ?

Quoiqu’il ne faille pas négliger cette formulation : elle résume brillamment le mode de pensée des athées, scientifiques de sixième zone. Exemple : si les acides aminés sont apparus, c’est que les atomes de Carbone, Hydrogène, Oxygène, Azote, Soufre, Sélénium ont cette tendance naturelle à se lier. Ce n’est pas moins stupide que l’explication d’Aristote.

Revenons au principe de parcimonie et à son complément galiléen pour préciser que ces théories préparent la voie du Positivisme – d’une Science légale – sans doute, mais certainement pas que le positivisme et l’athéisme d’Auguste Comte seraient en germe chez Ockham ou Galilée.

Le positionnement de Galilée ne sera poursuivi ni par ses contemporains ni par le siècle en général. Au contraire, tout en restant opposé à Aristote qui prétend parvenir aux essences par ses verbiages tautologiques, Francis Bacon, mort en 1626 et père de l’empirisme, affirme : « La science véritable est la science des causes », et cela sera clairement exprimé et amplifié par Descartes dans ses Méditations : Les causes questionnent la Cause, on ne peut pas faire l’impasse de la Métaphysique.

Ontologie des Sciences à laquelle Descartes règle son compte, si j’ose dire, de la façon la plus magnifique qui soit. Ainsi, pour Descartes, souvenez-vous, les Sciences ne sont pas de l’ordre mystérieux de Dieu ; les Sciences sont de l’ordre mystérieux de la Création de Dieu. Les Sciences étant créées, elles ne relèvent pas de l’ontologie et on ne peut donc pas les opposer à la Foi.

Et Descartes découvrira les Lois de la réflexion et de la réfraction de la lumière ainsi que de toute l’optique géométrique, inventera la géométrie analytique en laquelle l’algèbre pénètre la géométrie, pressentira que les tubes à mercure de Torricelli pèsent l’atmosphère avant que Blaise Pascal ne le démontre, et surtout Descartes dire et répètera, écrira et réécrira : « Il se peut que je me trompe. »

Cette modestie, cet aveu, fonde plus que tout l’esprit scientifique. Au XXe siècle, en 1943, le philosophe des sciences, Karl Popper, en fera le critère premier de la pensée et de la recherche scientifique que l’on peut énoncer ainsi : Toute théorie qui n’admet pas qu’elle pourrait être réfutée n’est pas scientifique.

Avant que Louis XIV ne prenne en main les rênes de l’État, de nombreux scientifiques méritent notre attention, nous ne citerons que Pierre de Fermat, ce prodigieux mathématicien, dont le premier théorème est resté une énigme pour le monde savant jusqu’à l’aube du XXIe siècle, et qui avec Pascal a commencé à modéliser les probabilités. Pascal qui, en outre, a conçu et fabriqué la première machine à calcul ; le père Mersenne, ce pilier cardinal du monde scientifique européen.

Avec le début du règne de Louis XIV, de grands changements vont se produire : de même qu’il a très vite saisi – il était à bonne école – l’importance de l’Art pour assurer le rayonnement européen du Royaume, le Roi a compris que cela passait aussi par les Sciences. Jusqu’alors, la situation des scientifiques n’était pas catastrophique mais leur financement assuré par de grands mécènes, leur relatif isolement, leur image publique – ils apparaissaient surtout comme des montreurs de « curiosités » – n’étaient pas les plus favorables pour l’expression de leur génie.

Après avoir fondé le Journal des Savants – plus littéraire que scientifique à l’origine – Louis XIV travaille à la fondation de l’Académie des Sciences qui verra officiellement le jour en 1666 – les grands travaux de Versailles n’ont pas encore commencé. Et cette institution, on peut s’en étonner, fonctionnera parfaitement – bien qu’attendant plus de trente ans son statut – : en revanche, elle aura ses membres judicieusement choisis dans l’ensemble de l’Europe ainsi que des correspondants, et c’est bien cette synergie européenne que le Roi souhaitait. L’Église perd ainsi son rôle de mécène privilégié mais conserve pour longtemps encore sa fonction d’enseignement.

Il n’est évidemment pas possible de présenter une liste exhaustive des découvertes et inventions produites en cette seconde moitié du XVIIe siècle, d’autant moins que les recherches s’effectuent tous azimuts. Mais tous ces chercheurs, inventeurs, découvreurs, se retrouvent sur au moins un point : le respect de la méthode et de l’esprit de Descartes.

De tout cela, l’Histoire officielle ne semble pas avoir retenu que la machine à vapeur de Denis Papin, aubaine pour les dragons de la République, Papin était réformé et s’est installé – dix ans avant la Révocation – en Angleterre. Mais cette invention, pourtant, et les nombreuses améliorations qu’il y apportera ensuite, est considérable ; de même que ses travaux avec le physicien anglais Robert Doyle sur les pompes à vide. Pour la première fois dans l’Histoire, l’humanité allait disposer d’une source d’énergie contrôlable et mobile.

L’Histoire officielle n’a retenu que cela alors que Voltaire, dans son Siècle de Louis XIV, fait un bilan beaucoup plus considérable au moment où il croit – pour bien peu de temps encore – à l’Encyclopédie : « Le siècle passé a mis celui où nous sommes en état de rassembler en un corps, et de transmettre à la postérité le dépôt de toutes les sciences et de tous les arts, tous poussés aussi que l’industrie humaine a pu aller… »

Et Voltaire, ce n’est pas si fréquent que nous puissions le reconnaître, Voltaire a raison. Hormis de nombreuses inventions pratiques – la balance de Roberval, les pompes hydrauliques de Rennequin Sualem, le manomètre, les prémices du moteur à explosions… – la connaissance fondamentale s’enrichit.

Appelé par Cassini à l’observatoire de Paris dont il est le directeur, l’astronome danois Olaüs Römer, étudiant les mouvements des satellites de Jupiter, comprend que la lumière n’est pas instantanée, qu’elle se déplace à une vitesse finie. Par une méthode prodigieusement intelligente et relativement simple, il mesure la vitesse de la lumière en 1676.

C’est à Paris aussi que Christian Huygens découvre et modélise l’isochronisme des petites oscillations du pendule ; c’est à lui que nous devons l’équation T=2pV(L/g). Le mémoire qu’il rédige en 1673 est dédié à Louis XIV dont il sait l’aptitude à le comprendre, et bientôt il réalise la mécanique des mouvements des pendules et horloges, tels que les connaissons encore aujourd’hui. Plus tard, reprenant les travaux de Descartes sur la lumière – mais s’y opposant -, il énonce la Théorie Ondulatoire de la Lumière. Vu d’aujourd’hui, tous deux ont raison, tous deux ont tort. Pour nous, la lumière est corpusculaire – comme le pense Descartes – ET ondulatoire comme le pense Huygens.

Le grand Gottfried Leibniz – que le pauvre Voltaire, trop préoccupé de finances et de gloire, ne pouvait pas comprendre -, établissait le calcul intégral en 1684 ; que Newton tentera de s’attribuer vingt ans plus tard.

Certains ne verront en ces quelques exemples qu’une démarche bien matérialiste ; eh bien non. Il s’agit d’une démarche matérielle et, permettez-moi de me répéter, la Matière est Création, et parce qu’elle est création elle s’ouvre sur le spirituel.

« Un corps ne devient pur qu’en atteignant son plus haut degré de concentration », par exemple, dit le chimiste qui peut s’en tenir là ; mais il peut aussi comprendre qu’au-delà de cette constatation matérielle, de cette constatation du Réel, il peut l’appliquer à sa démarche spirituelle. C’est à ce à quoi s’appliquaient les vrais alchimistes dont les expériences, fort maladroites et décevantes en leur atelier, devant leurs athanors, s’accompagnaient toujours d’une application mentale bien mal interprétée par les charlatans, et souvent plus mal encore par les Historiens.

Démarche matérielle, ai-je dit plus haut, mais ce mot est erroné, maintenant que la dissection des composants de l’Atome permet de moins en moins de comprendre où se cache la Matière ! Maintenant que la recherche fondamentale est davantage en quête des « principes architectoniques (l’idée vient de Leibniz) » qui gouvernent les lois physiques.

Mais attention, il ne faut pas tomber dans l’erreur – ou le piège – des lumineux philosophes qui disaient attendre de la Physique des preuves matérielles de la Métaphysique !

Contrairement aux philosophes issus de l’Encyclopédie qui pensent que leurs propos sont définitifs et règleront toutes les questions, le scientifique ne croit pas ramener l’Univers à une équation unique définitive. Et pour cause ! Le scientifique sait que, même si une théorie est parfaitement confirmée par les faits et par les prédictions qu’elle peut annoncer, elle n’est pas, pour autant, vraie. C’est le cas, par exemple du modèle de l’Atome proposé par Niels Bohr assimilant les nouvelles acquisitions dues à la Mécanique Quantique (1913), modèle qui, à ma connaissance à ce jour, n’est jamais mis en défaut par la Chimie mais pourtant, ce modèle est incompatible avec les découvertes en Physique de l’Atome… et avec la Mécanique Quantique.

« Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de Sciences Y ramène. », aurait dit Pasteur. Nous pouvons aisément le constater : certains, parce qu’ils savent utiliser leur tondeuse à gazon pense que l’idée de Dieu (« le concept » comme ils cuistrent) n’est pas nécessaire, d’autres devant le microscope ou le télescope, les chambres à bulles ou les accélérateurs de particules Le contemplent – en partage le Mystère.

« En vérité je vous le dis » : notre Église, l’avenir de notre Foi ont beaucoup plus à craindre – à redouter – des faux philosophes que des vrais Scientifiques.



Communications précédentes :

Préface : http://vexilla-galliae.fr/civilisation/ histoire /2653-ceh-xviiie-session-preface-de-monseigneur-le-duc-d-anjou

Avant-Propos : http://vexilla-galliae.fr/civilisation/histoire/2654-ceh-xviiie-session-avant-propos

 La rupture de 1661 (1/3): http://vexilla-galliae.fr/civilisation/histoire/2663-la-rupture-de-1661-2-3

La rupture de 1661 (2/3): http://vexilla-galliae.fr/civilisation/histoire/2664-la-rupture-de-1661-2-3

La rupture de 1661 (3/3): http://vexilla-galliae.fr/civilisation/histoire/2684-ceh-la-rupture-de-1661-3-4

De Colbert au patriotisme économique (1/3)

De Colbert au patriotisme économique (2/3)

De Colbert au patriotisme économique (3/3): http://vexilla-galliae.fr/civilisation/histoire/2693-ceh-de-colbert-au-patriotisme-economique-3-3

1661 : transfert de la Cour des aides de Cahors à Montauban (1/3) 

1661 : transfert de la Cour des aides de Cahors à Montauban (2/3)

1661 : transfert de la Cour des aides de Cahors à Montauban (3/3): https://www.vexilla-galliae.fr/civilisation/histoire/ceh-1661-transfert-de-la-cour-des-aides-de-cahors-a-montauban-3-3/

Permanence des révoltes antifiscales, 1653-1661 (1/3)

Permanence des révoltes antifiscales, 1653-1661 (2/3)

Permanence des révoltes antifiscales, 1653-1661 (3/3)

Découverte et esprit scientifique au temps de Louis XIV (1/2)





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