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Abrégé de l’Histoire de France, par Bossuet. Partie 3 : le Baptême de Clovis et de la France


Nous vous proposons de revoir votre histoire de France, non pas à l’École de la République, ce serait une antihistoire, ni même à celle des nationalistes monarchistes du XXe siècle, tel Bainville, qui malgré leur bonne volonté ont oublié le Roi et la Religion, mais bien celle qu’apprenait le futur roi sous la direction d’un des plus grands noms de notre histoire : le cardinal Bossuet.

Vous y trouverez tout ce qu’il y a à savoir sur l’histoire de France, dans une optique d’enseignements pratiques de direction, ce dont nous avons cruellement besoin à notre époque plus qu’à toute autre.

Le bon Bossuet, avec une certaine objectivité, se borne à l’histoire et à la vraisemblance, évacuant au passage les aspects les plus improbables de notre légende nationale, dans le but ici de former un bon Roi.

Or, nous avons besoin de bons rois : dans nos familles, dans nos villages, dans nos entreprises et dans nos paroisses ! Alors formons-nous !

La Rédaction


CLOVIS I. (An 481)

Childéric eut de Basine un fils, nommé Clovis, ou Louis; car ces deux noms sont la même chose, puisque l’empereur Louis le Débonnaire, en parlant de ce premier roi chrétien, dit qu’il portait le même nom que lui. Clovis n’était âgé que de quinze ans lorsque son père mourut. L’on ne voit pas que ce prince ait entrepris aucune guerre avant sa vingtième année.

On dit qu’il employa ce temps de repos à s’instruire, à rendre la justice au peuple, à manier les armes et à monter à cheval. Enfin, étant à l’âge de vingt ans, il envoya défier à une bataille Siagrius, fils de Gillon, qui faisait sa résidence à Soissons, et que Grégoire de Tours appelle roi des Romains, ou Gaulois, qui vivaient au milieu des peuples barbares cantonnés en différentes parties des Gaules. Clovis s’étant joint avec Ragnacaire, son parent, vint attaquer Siagrius, qui fut défait et se réfugia chez Alaric, roi des Visigoths. Mais Clovis menaça Alaric de lui faire la guerre s’il ne lui livrait Siagrius : lorsqu’il l’eut en sa puissance, il le fit mourir. La dixième année de son règne, il entreprit une expédition contre les Thuringiens, qu’il soumit, et les rendit ses tributaires. Il songea ensuite à se marier.

La réputation de Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Bourguignons, s’était répandue bien loin : la renommée publiait que cette princesse, illustre par sa beauté et par sa vertu, demeurait malgré elle en Bourgogne; qu’elle haïssait fort son oncle, qui avait fait mourir son père; et qu’elle en était elle-même fort maltraitée. Gondebaud était arien, et la princesse était catholique. Clovis, selon le moine Roricon, touché de ses belles qualités et de sa réputation, envoya Amélien, illustre Gaulois, son confident, pour la demander en mariage. Celui-ci ayant appris l’extrême bonté qu’elle avait pour les pauvres, s’habilla en pauvre lui-même, et en cet état se mêla parmi ceux à qui elle devait faire ses libéralités à la sortie de l’église. La princesse étant venue à lui, il prit cette occasion de lui découvrir en secret les ordres qu’il avait de son maître. Elle se rendit volontiers a ses désirs, touché de la passion que lui témoignait un si grand roi, dont le nom faisait tant de bruit, et de l’adresse extraordinaire avec laquelle il faisait sonder ses intentions. C’est ainsi que Roricon raconte cette ambassade, qui a bien l’air d’une historiette ; mais quoi qu’il en soit, il vint des ambassadeurs (491) pour faire la demande de Clotilde. Gondebaud n’osa la refuser par la crainte qu’il eut de déplaire à Clovis.

Ainsi fut conclu ce mariage, d’où Dieu avait résolu de faire naître tant d’avantages pour le roi et pour toute la nation. Clotilde ayant eu un fils, obtint de Clovis la permission de le faire baptiser ; l’enfant mourut après son baptême, et cet accident éloigna beaucoup Clovis du christianisme, que sa femme tâchait de lui persuader de tout son pouvoir. Il ne laissa pas de lui permettre encore de faire baptiser son second fils. Aussitôt l’enfant fui attaqué d’une si grande maladie, que tout le monde croyait qu’il allait mourir; et Clovis commençait de s’emporter fort violemment contre la reine; mais comme elle obtint de Dieu la santé de cet enfant par ses ardentes prières, elle remit l’esprit de son mari.

Dieu préparait de plus grandes choses en faveur de la nation française et de ses rois, qu’il avait destinés pour cire les protecteurs invincibles de son Église et de la religion chrétienne (496). Une multitude effroyable d’Allemands s’étant jetée dans les Gaules pour s’en emparer, Clovis fut à leur rencontre à Tolbiac dans le pays des Ubiens (ce sont ceux de Cologne). Il se donna là une sanglante bataille, et comme l’armée de Clovis commençait déjà à plier, voici le vœu qu’il fit : « Dieu de Clotilde, si vous m’accordez la victoire, je vous promets que j’embrasserai la religion chrétienne, et que j’y attirerai tout mon peuple. » Il n’eut dit pas davantage, et incontinent le combat fut rétabli : ses troupes reprirent cœur et mirent l’ennemi en fuite. Le roi ayant obtenu ce qu’il demandait, fit venir saint Remi, archevêque de Reims, homme célèbre en son temps par sa piété et par sa doctrine, qui l’ayant instruit dans la foi et dans les préceptes de la religion, le baptisa le jour de Noël. La sœur de Clovis et plus de trois mille Français suivirent l’exemple du roi. Dès ce temps la piété de la nation commença d’être célèbre par toute la terre; la foi des lois de France, toujours pure, depuis ce commencement jusqu’à nos jours, leur a mérité l’honneur d’être appelés roi Très-Chrétiens et Fils aînés de l’Église, par la commune voix de toute la chrétienté : et comme ils ont été les premiers à recevoir la foi catholique, ils l’ont aussi toujours fidèlement conservée. Après cela Clovis fit la guerre à Alaric, roi des Visigoths : il le tua de sa main dans un combat, défit toute son armée, et chassa les Visigoths de celte partie de l’Aquitaine qui est entre la Loire et la Garonne, en se scindant maître de Bordeaux, de Toulouse et d’Angoulême. Le bruit d’une si grande victoire obligea l’empereur Anastase à donner le consulat à Clovis; après quoi il marcha toujours en longue robe, selon la coutume des Romains, et il prit le diadème et le nom d’Auguste.

Théodoric, roi d’Italie, beau-père d’Alaric, entreprit de venger la mort de son gendre et de défendre le royaume d’Amalaric, son petit-fils, que Clovis s’efforçait de chasser des Gaules, et qu’il voulait renfermer dans les Pyrénées. Il fit passer à ce dessein une grande armée dans la Gaule Narbonnaise, et défit Clovis, jusque-là victorieux, qui perdit alors trente mille hommes dans une seule bataille. Étonné de cette perle, il fut contraint d’abandonner cette province : son esprit s’étant aigri par cette défaite, il devint cruel sur la fin de sa vie ; de sorte que non-seulement il dépouilla tous ses parents, mais encore il les fit mourir d’une manière barbare. Ce sont des taches à sa mémoire, si contraires non-seulement à l’esprit du christianisme, mais encore aux sentiments d’humanité, qu’il est impossible de les excuser, et l’on ne peut s’empêcher d’être surpris de voir Grégoire lie Tours, après avoir rapporté quelques-unes de ces actions sanguinaires, qui procurèrent à Clovis des richesses immenses et encore plus de pouvoir, faire cette réflexion: Que c’était ainsi que Dieu le faisait prospérer, parce qu’il marchait droit devant ses yeux.

Au reste, on ne peut disconvenir qu’il n’ait été un prince brave, courageux, habile, que l’on doit regarder comme le fondateur de la monarchie française. Il est étonnant qu’étant mort dans un âge peu avancé, c’est-à-dire à quarante-cinq ans, il ait laissé à ses enfants un état aussi étendu et aussi formidable à tous ses voisins. Il a corrigé dans les lois saliques ce qui était contraire à la religion chrétienne. Il établit à Paris le siège de son empire, et ayant conquis presque toute la Gaule, il fut cause que dans la suite elle fut appelée du nom de France : ce qui arriva ou sur la fin de son règne, ou dans le commencement du règne de ses enfants. Ou appela dans la suite en particulier Austrasie le pays entre le Rhin et la Meuse, Neustrie le pays depuis la Meuse jusqu’à la Loire, et le pays d’au-delà de cette dernière rivière conserva son ancien nom d’Aquitaine.

Commentaire de la Rédaction

La conversion passe par de saintes femmes, ici Sainte Clothilde, de même que les chutes passent par les femmes, Ève en témoigne.

Comme notre Seigneur, il est important de grandir, d’ apprendre et de se former à l’abri des regards, quel que soit le pouvoir que l’on a : le bon prince aime la paix et rend justice (même s’il est encore païen ; quand il se converti il saura aussi se montrer doux et miséricordieux, et parfera sa justice).

Clovis = Louis ! Vérité importante ; presque tous nos rois s’appelèrent ainsi en référence à leur roi fondateur, le premier chrétien d’entre eux ! Comme Pie pour les papes, nos Louis voulurent revenir aux promesses du Baptême de notre pays et de la mission divine des Francs. Plaçons-nous dans leurs pas !

Clovis se plaça bien dans la légitimité romaine déjà christianisée, expliquant pourquoi Charlemagne, Philippe Auguste et de nombreux rois se dirent plus tard « empereur en leur royaume », héritiers spirituels des empereurs chrétiens qu’ils étaient.


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