Schizophrénie républicaine
Pendant que la France sombre dans un désordre chronique, la France a l’étranger
vit comme si de rien n’était. J’étais tantôt à un cocktail pour ouvrir un événement
culturel pas inintéressant – pour une fois – soutenu par la France. Mme
l’ambassadeur – qui se vexe si on ne l’appelle pas ambassadrice, comme d’autres
veulent se faire appeler autrices, etc- est bien représentatifs du niveau actuel de la
république : la langue française était à l’honneur, mais pas dans ses discours.
Surtout à un moment croustillant où elle ne manque pas de vergogne et « s’auto-
félicite ».
Elle est du moins « sympathique», et elle est née dans une campagne et a grandi
dans les colonies : il faut quand même un peu connaître l’ancienne France pour
représenter la république française… Et étrangers obligent, il faut aussi un peu
oublier les « gué-guerres » franco-françaises : elle ne peut pas me supporter, avec ma
médaille miraculeuse et ma croix très visibles, ainsi que ma cravate fleurdelisée et
mon pins fleurdelys – oui, je ne me cache pas, il ne s’agirait d’être un planqué.
Je dois l’intriguer quelque part, car je suis présent ici et là, à certains événements,
membre actif de la communauté de ces français qui restent dans un pays, et font
vivre la France à l’étranger au-delà des passages rapides des diplomates et des
expatriés. L’entreprise que je représente a sponsorisé l’événement culturel en
question, ce qui lui montre que malgré mes idées et ma foi, et bien j’œuvre quand il
s’agit de soutenir la France.
Mais elle reste ambassadeur de la République : je discute avec elle. Ele a le temps
de la rigolade, elle se veut sympathique. Elle me taquine, et, sans me demander, elle
prend ma cravate et elle a la place devant ma médaille et ma croix. Je la remets
devant, elle la remet derrière, je la remets devant, elle la remet derrière. Je sais,
c’est du niveau de la cour d’école, mais on en est là. Et elle me dit « Respectez votre
ambassadrice ! ». Et encore : « mais vous voyez au moins je vous laisse la fleur de
lys ». Donc catholique c’est pire que royaliste pour un dignitaire de la République…
C’est bon à savoir.
Mais quand même, il y a la réalité de la communauté française et de ce que nous
faisons sur place. D’autant plus qu’évidemment je suis « urbain » et que les
provocations de jeunesse sont lointaines : ce qui la gêne c’est que je m’assume
tranquillement mais sûrement.
Elle dit encore : « mais venez me voir si quoi que ce soit, en particulier pour votre
événement champagne ». Car oui, j’aimerais allier l’utile et l’agréable, et jouer sur
l’aspect champagne pour pouvoir de l’apostolat royaliste discret avec de grands et
délicieux spécialistes de notre très grande histoire.
Enfin, ces gens sont tout pleins de contradictions. Loin de la France, à l’étranger,
cela en serait presque amusant, car sans trop de conséquences…
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France,
Paul de Beaulias
