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Christ-Roi et Roi très chrétien

Comme chaque année nous avons fêté tantôt la belle fête du Christ-Roi, instituée en
1925 par le Pape Pie XI. Nous ne pensons pas nécessaire à nos lecteurs de rappeler son contenu,
prêché partout en France et en Navarre, et qui se résume à la royauté effective de
Jésus-Christ sur nos sociétés (famille, associations, états).
Je ne peux pas m’empêcher de penser que le même Pie XI, un an plus tard en
décembre 1926, condamnera l’Action Française, qui prône la restauration d’un Roi,
forcément très chrétien pour la France, et qui était la seule force politique qui aurait,
effectivement, permettre une restauration de la royauté française, et par-là la
restauration de la royauté de Jésus-Christ sur la société.
Nous pouvons déceler là toute la contradiction de ce décidemment terrible XXe
siècle. On a encore les principes, du moins dans l’Eglise, mais on ne se donne pas
les moyens de les mettre en œuvre, pire, on joue contre ces principes par des
erreurs politiques majeures…
Que voulez-vous, il est beau et bon de prôner la royauté de Jésus-Christ en
politique, mais si l’on oublie de dire que de toute façon nous, hommes composés
d’âme et de chair, avons besoin d’incarnation, et que depuis que Jésus est remonté
au ciel et reste présent à la messe sous les espèces du vin et du pain, nous n’avons
plus sur cette terre d’incarnation royale si ce n’est les rois, les empereurs et autres
chefs que Dieu choisit dans sa Providence…
Disons-le encore : sans incarnation dans un chef concret fait de chair et de sang, la
royauté de Jésus-Christ ne peut devenir effective en pratique… Dieu a voulu avoir
des lieutenants, et les constitutions politiques hiérarchiques ont toujours existé et
sont voulus par Dieu, à commencer par le père dans la famille, ce roi d’une société
naturelle voulue par Dieu, ce « vice-Dieu » comme dit l’abbé Roquette, dépositaire
directement d’une certaine autorité divine.
Dieu a choisi pour la France un véritable lieutenant, le Roi très-chrétien : sans lui,
vouloir restaurer la royauté de Jésus-Christ dans la société est un projet vain,
dirions-nous-mêmes impossible. La république en France est par nature anti-
catholique et satanique. Elle se fonde sur des principes contre-nature, le libéralisme,
la démocratie au sens de souveraineté populaire, et les droits de l’homme contre
ceux de Dieu, sans parler de la laïcité, de la police, du parlementarisme, et autres
« états confédérés ».
Vouloir restaurer la royauté de Jésus-Christ en jouant ce jeu de dupes, en adoptant
les règles changeantes des singes de Dieu, revient à vouloir mélanger de l’huile et
de l’eau, à vouloir remplir le tonneau des Danaïdes…
Il faut sortir de cette logique délétère qui se mord la queue : tant qu’on en sort pas
ne nous étonnons pas de l’échec de toute restauration nationale !

Et ne croyez plus qu’il est possible de s’accommoder d’une seule parcelle de
révolution : Moreno en Equateur ou Salazar en Portugal, qui appliquaient à la lettre
l’esprit de Quas Primas et de toutes les bonnes encycliques du XIXe et XXe ont fini
sur un échec. Echec prévisible puisqu’ils étaient bloqués par les institutions qui
empêchaient la pérennité de ce qui pouvait être bon, puisqu’elles n’étaient pas
héréditaires. Échec prévisible encore, car même si 100% d’une population est
catholique et d’accord avec la bonne politique, le principe démocratique, contre-nature en lui-même, ne suffit
pas à légitimer une restauration de la religion catholique comme religion d’Etat. Il
faut le sceau de l’autorité légitime : le chef, le Roi pour la France. Echec encore
prévisible car la force d’une telle restauration nécessite une légitimité d’un roi
héréditaire élu par Dieu, qui peut résister même à des mauvais papes, à l’esprit de
Vatican II et pérenniser une décision qui n’est que momentané…

Alors revenons aux fondements de la politique naturelle, sur laquelle doit se greffer
la surnature – car la grâce ne peut agir contre la nature, et ne vient jamais agir
contre elle -, là alors seulement la réalité de la royauté du Christ sur la société peut
se déployer.
Tant que nous n’aurons pas de restauration politique, incarnée, légitime, alors toute
« re-christianisation » de la société est une illusion : en témoignent l’histoire qui, à
chaque fois, voit une christianisation profonde des sociétés à la suite des rois, des
reines, des empereurs, des chefs.
Rappelons que St Pie X fut élu grâce à l’empereur.
Notre époque, victime d’un déficit du politique dans son sens premier de service au
bien commun, devient par concomitance victime d’une tendance ultramontaine, utile
en son temps, qui dégénère en un cléricalisme qui perd le sens du politique, et qui
méprise quelque peu la politique en tant que telle…
Il faut en sortir sinon on continuera à sombrer…

En attendant, chacun à notre place, faisons ce que nous pouvons pour incarner
dans nos actions la fidélité au lieutenant de Dieu sur terre, au Roi des rois : les
deux sont nécessairement complémentaires, tant que nous sommes sur cette terre,
et que nous sommes pleinement sujets du Roi et pleinement sujets de Dieu par le
baptême, et donc de son vicaire.
C’est notre condition, aussi terrible soit elle.

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul-Raymond du Lac

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