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La collaboration du Roi et du Pape

Dieu a créé l’homme comme un animal politique qui ne peut vivre en dehors de la cité, ordonnée au bien commun, c’est-à-dire au perfectionnement vertueux de ses membres, dans une image de la cours céleste, hiérarchisée, et dont le principe d’ordre est l’autorité divine qui passe et s’exerce par ses nombreux ministres.

La société hiérarchisée et restaurée dans la grâce qu’incarne le royaume de France avait ainsi ce but naturel, comme toute cité, mais avec cette élection christique qui faisait que les Francs se battaient pour la gloire de Dieu avant tout, sans sacrifier à la justice.

Et l’Eglise, société instituée par Jésus-Christ lui-même pour le salut des âmes, là où la cité est instituée naturellement par Dieu le Père depuis l’origine de l’humanité, fait aussi partie du plan divin, au côté de la cité. Chaque homme fait forcément partie dès sa naissance naturelle d’une cité, et est appelé à faire partie par la naissance surnaturelle du baptême à la cité céleste commencée sur terre que représente l’Eglise. Dans la chrétienté, la naissance à l’Eglise par le baptême suivant de peu la naissance naturelle, tout sujet est à la fois membre des deux sociétés, complémentaires, et non concurrentes.

L’abbé Suger, au temps de Louis VI, exprime très bien cette vérité dans la phrase suivante, mis en gras :

«Abbé nouvellement élu, Suger s’empressa de fonder l’anniversaire du roi Louis VI alors qu’il était encore dans la force de l’âge, mais il est vrai que deux ans auparavant ce dernier était venu à Saint-Denis déposer la couronne de son père, Suger écrit alors: « le royaume ne peut en aucun cas tenir debout si ce n’est par l’Église, tandis que l’Église prospère grâce au royaume ». Ce lien de dépendance fut encore renforcé par un lien vassalique soumettant le royaume à l’abbaye quand, en 1124, le roi vint lever sur l’autel de Saint-Denis la bannière du Vexin. Vassalité que Suger déclarait ancestrale alors que Philippe Ie n’avait acquis le Vexin qu’en 1081 et que Louis ne reconnut jamais. » (Françoise Gasparri, Suger de Saint-Denis, Picard, p.110)

Répétons-le : « le royaume ne peut en aucun cas tenir debout si ce n’est par l’Église, tandis que l’Église prospère grâce au royaume ».

Une cité terrestre peut toujours disparaître, et l’histoire des empires déchus après une apogée le montre abondamment. L’Eglise, elle, bénéficie de la promesse que les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur elle.

Néanmoins, l’Eglise ne prospère pas sans un royaume fort, et les clercs qui oublient la politique, ou, pire, veulent se l’approprier ne donnent rien de bon. Il n’y a pas que deux glaives, il y a surtout une justice, qui doit être aussi naturelle, puisque la surnature ne vient jamais nier la nature, mais s’y greffe, la restaure et l’élève.

La grâce qui travaille sur une nature abîmée, désordonnée profondément et violentée ne fera pas de « miracles » automatiques. A priori, des chiens ne donnent pas naissance à des chats, et une voiture abîmée peut être réparée, mais une voiture détruite et sans moteur n’avancera jamais beaucoup… Cette sagesse de la complémentarité voulue par Dieu entre sociétés civile et ecclésiastique est autant oubliée, si ce n’est plus, que la complémentarité voulue par Dieu entre hommes et femmes… Et nous en souffrons.

Nous, légitimistes, sommes à la politique ce que la défense de la vie est à la famille. Rétablir l’ordre voulu par Dieu en politique, qui implique le sain (et saint) rapport entre Eglise et Royaume, avec des hommes incarnés qui peuvent être la fois grand serviteurs de Dieu et du Roi, tant roi que pape d’ailleurs. Sans naïveté, sans vexation de la justice, et tout en sachant que là où il y a de l’homme il y a de l’hommerie !

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France

Paul-Raymond du Lac

 

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