Qu’ils sont procéduriers !
Saint Paul le dit bien : « La lettre tue, mais l’esprit vivifie. » (2 Corinthiens 3, 6), et il
ne fait que suivre la parole du Christ : « C’est l’esprit qui vivifie ; la chair ne sert de
rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » (Jean 6, 63) »
Nous le savons, quand on est chrétien : ce qui compte dans une loi c’est son esprit, la
lettre ne devant que l’exprimer au mieux, et le juge devant l’interpréter en fonction de
l’esprit du législateur.
Pour le meilleur et le pire, l’homme, créé à l’image de Dieu, promulgue des lois
positives qui ont donc aussi un esprit. L’esprit est soit de Dieu si ces lois positives sont
soumises au Décalogue, à la loi d’or du Christ, à l’esprit chrétien vivifié par la grâce ;
soit du monde et du démon quand la concupiscence (de toute sorte, dont celle du
pouvoir) entre en jeu.
Et les lois aujourd’hui, dans un monde déchristianisé, deviennent de plus en plus
mondaines, et leur interprétation évacue par principe l’esprit de Dieu, et même l’esprit
de la loi d’un mauvais législateur, puisque quand on oublie l’esprit de Dieu, à la fin
tout revient à la discrétion de l’amour propre et des rapports de force…
La parole de saint Paul se traduit très concrètement dans nos vies quotidiennes, que
ce soit en entreprise, en particulier, mais aussi dans le milieu ecclésial, et dans toute
relation humaine même, pourrait-on dire.
Quand un conflit pointe, même de façon larvée, l’ami d’hier va tout d’un coup devenir
pointilleux sur la lettre, et se concentrer sur des points secondaires, contre tout esprit
ou tout arrangement antérieur.
Vous connaissez cet esprit procédurier, qu’on appelle souvent « mettre de la mauvaise
volonté » et avoir « mauvais esprit », quand quelqu’un est obligé de faire quelque
chose mais qu’il fait tout pour ne pas le faire en tentant de le légitimer par n’importe
quelle raison de la « lettre ».
Trois exemples. Un jour dans un hôpital catholique pour le baptême d’un bébé, les
parents appellent un prêtre traditionnel et l’aumônier fait des complications
demandant le formulaire d’incardination, etc…alors même que la chapelle de
l’hôpital peut accueillir n’importe quel sacrificateur de la religion locale du fait de
l’œcuménisme, mais quand il s’agit d’un autre prêtre catholique, alors là on est
procédurier…
En entreprise, le coup classique : tout va bien dans le meilleur des mondes mais pour
une raison spécifique un patron veut virer un employé. En droit, il ne peut pas
vraiment : il sera tout à fait procédurier pour monter un dossier permettant de faire
pression et pousser à la démission (au Japon du moins, cela fonctionne comme
cela).
Et un dernier exemple ecclésial, ici dans la Tradition. Un prêtre en conflit avec un de
ses paroissiens voit le conflit tranché par la hiérarchie en la faveur de son
paroissien : il a tort et ne peut que se soumettre. Mais il va commettre des vexations
sur le paroissien, en insistant sur tel formulaire d’enrôlement dans la Milice de
l’Immaculée qui n’a pas été rempli. La vexation est ridicule car elle ne fait que créer
un mini-scandale pour rien, pour un formulaire.
L’esprit procédurier n’est décidément pas de Dieu !
Pour conclure, regardons du côté de la République et des institutions modernes et
démocratiques : n’est-on pas dans le parangon de la technocratie bureaucratique et
de l’administration cancéreuse ? Je défie toute personne qui a dû faire une
quelconque démarche dans sa vie de ne pas avoir été confronté au moins une fois à
des absurdités procédurières contre tout bon sens.
L’esprit procédurier va contre l’esprit et le bon sens ; ce qui ne veut pas dire qu’il y a
des règles et des recettes à suivre, pour nous aider à ne pas nous tromper. Mais
comme la liturgie doit être respectée à la lettre, c’est simplement pour mieux
protéger l’esprit. Ce que nous appelons l’esprit procédurier, au contraire, va tuer
l’esprit, et va toujours contre la charité.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul de Beaulias
