Petites histoires de familleTribunes

Une histoire de moto

Mon garçon de deux ans s’affectionne outre-mesure, comme on sait le faire si bien à
cet âge, d’une figurine de moto qui appartient à son frère de 5 ans, qui arrive sans y
être complétement à l’âge de raison. Il est logique que le grand prête au petit cette
petite moto de rien du tout, mais pour la nature blessée et même restaurée dans la
grâce, c’est difficile. Oh, mon grand de cinq ans y arrive, de temps en temps, mais
avec des limites qui aboutissent en général sur une guerre de la moto, si je peux
m’exprimer ainsi. C’est compréhensible : à deux ans on ne fait pas bien la différence
entre prêter et donner, et le petit aurait tendance à s’approprier la moto…et à crier
quand son frère reprend son dû, d’une façon aussi diplomatique qu’un enfant de cinq
ans peut le faire ; c’est-à-dire en prenant à l’improviste et violemment.

Ce petit manège dure depuis quelques semaines déjà, l’obsession des deux ans ne
passe pas.
Et voici que Titi (mon grand de cinq ans) vient me voir, fier comme un pape, et me
dit :
« Maman, j’ai donné la moto à Toto »
« Vraiment, tu l’as donné ? »
« Oui ! »
« Et tu l’as donné sans rien en échange ? »
Et là Titi se trouble, et transpire d’une honte de celui qui s’est fait prendre dans une
position qui n’est pas la plus glorieuse.
« Ben, euh… en fait je lui ai donné pour qu’il me donne son camion benne… »
Sa conscience qui commence à mûrir déjà à 5 ans lui fait prendre conscience que
l’omission faite pour tenter de passer pour plus grand que l’on est n’est pas bien
glorieuse, et que son acte n’était pas charitable, juste peut-être correct en justice, et
encore, car il est facile de négocier avec un enfant de deux ans quand on a cinq ans.
Il part penaud, les heures passent, puis il revient et me dit avec une intonation de
victoire : « Je lui ai aussi donné le camion benne ! »
Maman était fier, et Titi était heureux d’avoir rendu heureux sa maman.

L’éducation est un labeur de longue haleine rempli de petites choses de ce genre.

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Pauline Blanche

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.