Petites histoires de familleTribunes

Un état des lieux mémorable

Imaginez que nous vivions dans un appartement, un réduit de 70m2, à 8 personnes à la fin. Quand nous avions emménagé, nous n’étions que trois, puis les enfants sont nés les uns après les autres et le corona a retardé nos projets d’achat de maison.

Bref, la maison est achetée, le déménagement se rapproche, et l’état des lieux de l’appartement aussi. Je ne vous dis pas le moment de solitude…quelque peu jouissif quand l’on sait que le marché locatif au Japon est une arnaque monstre tenu par des mafieux qui ne s’avouent pas. Ils partent du principe que toute la caution de toute façon sera prise pour refaire l’intérieur, qui dès le départ est de basse qualité, mais payé très cher à des « ouvriers » pas forcément très honnêtes.

Donc de toute façon quelque soit l’état des lieux, au sens littéral, la caution s’envole.

Malgré tout, notre état des lieux était épique. Et on ne pouvait qu’avoir un peu honte, malgré les 7 ans de vie dans ce petit appartement, et la naissance de quatre enfants dans la salle de tatami de ce petit appartement… Beaucoup de beaux souvenirs de ces bébés qui arrivent directement à la maison, et qui s’intègrent de fait bien plus naturellement à la maisonnée, en particulier pour les frères et sœurs qui se réveillent avec un bébé né dans la nuit. Dommage que ce n’était pas encore notre maison familiale et qui sait si Dieu nous donnera encore le bonheur de trouver une sage-femme qui accepte de faire naître à la maison malgré un âge plus avancé, si la santé le permet.

Revenons à nos moutons : l’état des lieux. Nous avons laissé l’appartement avec un trou dans le mur, creusé par mon Titi national, qui avait à peine deux ans… Je vous rassure, c’était un contreplaqué, mais quand même. Comme cela s’est-il passé ? Il se trouve que Titi était un champion de transat, avant qu’il marche, et qu’il avait l’habitude de se balancer si fort qu’il arrivait même à se déplacer en transat par petits bonds dans toute la maison. Une fois libéré du transat et marchant, il a gardé l’habitude de se balancer en arrière quand il était en colère en particulier – Titi ne vocalise pas dans ses colères, il frappe, ou il se balance contre un mur… et au même endroit, alors à force, le mur a cédé. Comme on dit au pays basque, sur un mur de pelote basque fissuré, c’est toujours le plus intelligent qui cède en premier… C’est une blague.

Ce n’est pas tout !  Le jour de Noël, qui précédait l’état des lieux de trois mois, ma petite Chichouette nous a offert un beau cadeau de Noël : elle a détruit la baie vitrée ! Une grande baie vitrée…à cinq ans seulement. Et, Deo gratias, pas une égratignure malgré du verre partout ! Comment a-t-elle fait ? Elle court, elle trébuche, et elle tombe lourdement dans la baie vitrée, mais amortie par les rideaux qui la protège des éclats de verre. Comme il ne nous restait que quelques mois, j’ai pris au hyakuenshop, ces magasins « tout à 1 franc » des sortes de plaques isolantes souples que j’ai scotchées sur l’immense trou béant. Cela a fonctionné très bien et nous avions même plus chaud qu’avant (les maisons au Japon sont très mal isolées).

Je ne m’étendrais sur la disparition de presque tous les papiers peints, ni des graffitis sur les fusumas, ni encore sur l’état délabré des tatamis, ni encore sur l’état du faux parquet sous le frigidaire, ni encore sur les interrupteurs décrochés et massacrés un peu partout – cela devient presque anecdotique.

Vous imaginez bien que le jour de l’état des lieux était épique. Les deux types de l’agence immobilière n’ont rien dit en fin de compte, tellement estomaqués, et forcément, en bons japonais, ils n’osaient rien dire.

Une dernière anecdote pour la route : nos voisins du bas, des nouveaux venus pendant le corona, qui avait eu un jour la délicatesse d’appeler la police en pleine nuit pour tapage nocturne – alors que tout était calme cette nuit-là et sans avoir jamais essayé de nous parler auparavant-, nous ont presque sauté au cou de joie quand nous avons faits la tournée pour dire au revoir aux voisins !

« Vous partez maintenant ! »,

« Euh, non, dans un mois ». Ils étaient un peu déçus.

C’était une aventure !

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France

Pauline Blanche

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.