Politique

Une république parasitoïde, par Antonin Campana

Parasitoïde : « organisme qui se développe sur ou à l’intérieur d’un autre organisme dit « hôte » mais qui tue inévitablement ce dernier au cours de ce développement ou à la fin de ce développement ».

Pour l’immense majorité des Français, il est assurément surprenant d’assimiler le régime républicain à un parasitoïde. Pourtant, ce régime ne peut exister qu’en s’installant dans un peuple-hôte et l’expérience du Grand Remplacement nous montre qu’il s’y développe jusqu’à totalement le détruire. On pourrait, dans notre schéma, décrire encore le régime en question comme une cellule cancéreuse qui se développerait en dégradant son environnement jusqu’à la mort de l’organisme infecté. Ce mécanisme de cancérisation devrait en partie être lié à un facteur externe, puisque les philosophes du Contrat dont nous allons parler, responsables en premier lieu de ce processus mortifère, s’inscrivent dans une logique froide et mécaniste qui les pose en apatrides.

L’ADN philosophique du parasitoïde républicain est fait de quelques postulats simplistes, non démontrés et purement abstraits. Le génome de cet ADN se forme à partir du XVIIe siècle (Hobbes, Locke…) et au XVIIIe siècle (Rousseau). Sa structure idéologique est relativement facile à décrire :

Avant l’émergence de la société, les hommes vivaient dans un « état de nature » et jouissaient de « droits naturels ». La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énumère ainsi quatre « droits naturels » en son article 2 (la liberté, la propriété, la sûreté, la résistance à l’oppression), auxquels il faut ajouter l’égalité des droits (article 1). Ne pouvant satisfaire tous leurs besoins isolément, les hommes ont été forcés de s’unir. Ils ont signé un « pacte » (« pacte social », ou « pacte républicain » dans la langue des politiciens d’aujourd’hui, politiciens qui ignorent d’ailleurs de quoi il s’agit) et élaborés un « contrat social ». Par ce contrat d’association, les hommes créent un « corps d’associés » (Sieyès), une société reposant sur le contrat qui s’appelle « République ». Les hommes passent de l’état de nature à « l’état civil ». Les associés deviennent « citoyens » et le corps d’associés devient « peuple ». La « République » garantit et protège les droits naturels. La souveraineté appartient au « peuple », c’est-à-dire à l’ensemble des contractants formant la société civile. Cette souveraineté, expression de la volonté générale, ne peut être divisée : il ne peut donc y avoir d’associations partielles (la République est une et indivisible). Aucun contractant ne peut être exclu (la République ne fait pas de distinctions) et les volontés particulières doivent s’incliner devant la volonté générale.

Tout ceci n’est que masturbation intellectuelle, une pensée hors sol qui considère des hommes abstraits, des peuples abstraits, un contrat abstrait, des droits abstraits, une souveraineté abstraite… Néanmoins cet ADN philosophique va être la base génétique qui déterminera la nature de la république qui va se mettre en place à partir de 1789 (Robespierre devant la Convention le 24 avril 1793 : « Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l’homme »). La théorie du contrat est le fondement de la République de 1789. Le contractualisme construit la République selon ses principes abstraits et lui dicte sa feuille de route. C’est cet ADN philosophique étranger aux appartenances et aux peuples qui explique la déclaration des droits de l’homme, l’interdiction des corps intermédiaires, la destruction de la famille, la substitution d’un « état civil » aux registres paroissiaux, l’adjonction de nouveaux « contractants » (les Juifs à partir de 1790, les Africains ou Maghrébins aujourd’hui), l’idée qu’un corps politique peut fonctionner avec tous les hommes de la terre pour peu qu’on respecte leurs « droits naturels », la relégation dans la sphère privée des appartenances culturelles et religieuses, bref la « société ouverte », l’immigration de peuplement et à terme le Grand Remplacement.

On comprend bien que cette idéologie, faute de pouvoir séduire un peuple, pouvait séduire une classe : une classe ultra minoritaire composée de juristes et de gros bourgeois fréquentant les mêmes cercles et issus des mêmes réseaux de parenté. Les juristes adoptent spontanément une fable qui fait du droit et du contrat le fondement de toute société. Le bourgeois, banquier ou marchand, comprend immédiatement qu’il tirera bénéfice d’une République indivisible qui suppose abolition des ordres (plus de limites à l’ascension sociale), des provinces (plus de limites au commerce), des communautés (plus de limites au pouvoir sur les gens), des corps de métiers (plus de limites à l’exploitation des travailleurs)… Aux États-Généraux de 1789, le Tiers-État est représenté par 578 députés. 392 d’entre eux sont des hommes de loi (avocats, procureurs, notaires, bâtonniers…). 150 environ sont des marchands, des orfèvres, des banquiers, des négociants, des armateurs, des maîtres de forge…. Et 34 sont laboureurs, cultivateurs ou vignerons, principalement d’ailleurs des coqs de village et des notables locaux (soit 3% de l’Assemblée pour une population qui est à 80 % paysanne !).

C’est donc un Tiers-État dominé par la bourgeoisie qui organise le coup d’État de 1789. Nous parlons bien « coup d’État » et non « révolution ». Un « coup d’État » est, selon le Larousse, une « prise illégale du pouvoir par une personne ou un groupe qui exerce des fonctions à l’intérieur de l’appareil étatique ». Or les députés sont précisément réunis par le Roi pour exercer une fonction dans l’appareil étatique (trouver une solution à la dette notamment). Le Tiers-État, en proclamant qu’il représente la nation (ce qui est faux puisqu’il représente juridiquement un Ordre, et, dans les faits, la partie socialement dominante de cet Ordre), se substitue au Roi qui seul peut incarner la nation (théorie des deux corps : le Royaume est un corps mystique incarné par le corps du Roi). Il s’agit bien d’une prise illégale du pouvoir par une paléo-oligarchie et non d’une révolution faite par un peuple.

Pour cette paléo-oligarchie d’avocats et de marchands qui accède au pouvoir, les mots « droit », « contrat », « association », « associés » ont un sens très précis et rationnel qui s’accorde mal avec les identités religieuses ou culturelles. Autrement dit, le contractualisme des philosophes est conforme à la manière de penser de cette caste et aussi à ses intérêts économiques, ce qui ne gâche rien. Conformément à ce que dicte le contractualisme, les factieux vont ainsi installer un régime politique fondé sur des principes transcendant le spécifique. C’est au prix de l’abandon du spécifique que ce régime, machine à fabriquer du citoyen, pourra remodeler la société sur la base d’un « pacte républicain » ouvert à tous les hommes. Toute chose ayant sa contrepartie, l’abandon du spécifique pour l’universel interdit au régime de revendiquer la moindre parcelle de spécificité française. Par son ADN philosophique étranger à la francité, la République, imposée par la violence au peuple français, a une nature qui la pose comme un organisme étranger à celui-ci. Elle est un parasite qui a trouvé un peuple pour exister et se développer : un parasitoïde.

Antonin Campana

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