Justice humaine, justice divine et charité chrétienne, par Paul-Raymond du Lac

Nous tombions tantôt sur un passage de la lettre aux Romains de saint Paul, certainement incompréhensible pour la plupart des modernes, mais justement essentiel pour comprendre ce que la Modernité nous a fait perdre. Ce texte, que nous transcrivons ci-après, permet en effet de mettre en lumière combien le socle naturel de la justice reste en place, ou plutôt est remis à sa place, dans une sublimation tout à fait inouïe, en terre chrétienne.

« Rom 12:16-21. Frères, ne soyez point sages à vos propres yeux ; ne rendez à personne le mal pour le mal ; veillez à faire ce qui est bien devant tous les hommes. S’il est possible, autant qu’il dépend de vous, soyez en paix avec tous. Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés ; mais laissez agir la colère de Dieu ; car il est écrit : « À moi la vengeance ; c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. » Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; car en agissant ainsi, tu amasseras des charbons de feu sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien. »

Nous avouons que ce texte, lu depuis longtemps, nous était resté obscur jusqu’à peu. Puis, son sens nous a sauté aux yeux.

« Frères, ne soyez point sages à vos propres yeux ; ne rendez à personne le mal pour le ma l; veillez à faire ce qui est bien devant tous les hommes. »

Cette phrase peut étonner : cela veut-il dire que rendre le mal pour le mal est quelque chose de sage aux yeux des hommes ?

La réponse est affirmative, en bloc : l’histoire des droits païens mais aussi la loi mosaïque, avec sa loi du talion, le prouvent. La vengeance pour rétablir une justice lésée a toujours été admise ; elle fut seulement limitée pour éviter des tourbillons inarrêtables de violences, en indiquant quand s’arrêter et comment revenir à la paix. Saint Paul, bien conscient de cela, réitère ce commandement du Christ aux chrétiens, qui répugne tant au mouvement de justice humaine.

Notons une chose intéressante : saint Paul ne vient pas dire que cette « sagesse » de la vengeance, qu’elle soit privée ou publique (via le pénal), est à abolir, ou serait injuste en soi : il indique simplement, au contraire, que dans le monde humain, ce régime de justice est un donné dans lequel nous vivons, mais qu’en tant de chrétien, d’un point de vue personnel, il faut rendre le bien pour le mal, et même envers ses ennemis.

Remarquons ici que la Modernité, ces idées chrétiennes devenues folles, ont fait de ce devoir chrétien de justice divine une justice humaine, et qu’elle a par là détruit toute forme de justice. D’où la transformation des victimes en coupables et des coupables en victimes, les criminels étant de moins en moins punis et la justice institutionnelle toujours plus injuste.

Cela n’est pas tenable et saint Paul, qui n’aurait certainement jamais imaginé ce genre de situation — l’idée que tout ordre troublé (justice lésée) demande obligatoirement une réparation pour ramener l’ordre et la paix était partagé universellement en son temps —, ne nie pas la nécessaire punition et la nécessité d’une justice royale. Simplement, il précise :

« Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés ; mais laissez agir la colère de Dieu ; car il est écrit : « À moi la vengeance ; c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. »

Tout est là : en pays païen, comme en pays moderniste, le « législateur » s’arroge le droit de décider des rétributions et des punitions sans limite, si ce n’est le rapport de force ou le réel des situations. Certes guidés subrepticement par la loi naturelle, les païens, qui reconnaissent une loi supérieure aux hommes, mais toujours obscure et inconnaissable, avaient habituellement peur de l’hybris et ne dépassait pas le Rubicon, refusant de se faire dieux à la place de Dieu (ou du Cosmos, ou des dieux). Ce genre de loi supérieure, naturelle et devant s’imposer, restait inconnaissable : elle était donc interprétable à loisirs et sans limite par ses « dépositaires ». En pratique, la justice restait purement humaine, sous couvert d’un lointain et vague maquillage de divin, qui pouvait néanmoins conserver un minimum de connaissance naturelle sur le bien et le mal. En ce sens, le moderne fait pire :  sans aucune conscience d’aucune loi supérieure, ou plutôt dans la négation active d’une loi divine, il se fait dieu, et ce positivisme juridique permet au législateur de faire ce qu’il veut dans une justice qui devient non seulement humaine, mais contre-nature.

Or, que nous dit saint Paul ? Qu’il faut laisser Dieu venger ! Non pas juger, vous remarquerez (car on parle ici de justice naturelle, autrement dit d’une loi naturelle objective, que des hommes peuvent juger et apprécier par eux-mêmes, ce qui explique l’universalité des institutions judiciaires et leur présence dans toutes les sociétés, aussi primitives soient-elles).

Les royautés très chrétiennes, à commencer par la France, avaient non seulement épuré les justices païennes de toutes les scories contre-nature, mais aussi sublimé la simple punition-vengeance pour replacer la justice naturelle dans l’optique des fins dernières : la justice divine et le salut des hommes. Toute institution judiciaire, dont le Roi (fontaine de toute justice), se devait d’être soumise à la loi divine et de punir comme il se doit, pour le bien commun, lui-même ordonné à la seule véritable fin dernière : le bon Dieu. Par exemple, il ne s’agissait plus simplement de gagner et d’entretenir la « paix » comme absence de guerre par la terreur, mais de diffuser dans la société une paix chrétienne, fondée sur le Christ et Sa charité, pour la protection des faibles et des victimes. Nous passions de la justice du maître face à l’esclave à celle du père devant le fils ; mieux, du lieutenant de Dieu sur terre sur les fils adoptifs du Père des Cieux, grâce à la rédemption de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a racheté par la Crucifixion et placé sous la puissance bienveillante du Père.

Comme nous le constatons en terre chrétienne, la justice, évidemment préservée, est nourrie par la charité et tempérée par la remise en place du véritable ordre naturel : le Roi, père de ses peuples et absolu dans les choses terrestres, ne l’est que comme lieutenant de Dieu, tel saint Joseph, père nourricier de Notre Seigneur qui, ainsi, ne peut prétendre être un Dieu tout-puissant.

Le seul vrai maître et véritable père est le Père des cieux, et nous n’en sommes que les instruments, comme le maître usait de ses esclaves comme il se servait d’outils. La relation est remise à sa place : non pas entre hommes, mais entre Dieu et les hommes. Avec la charité en plus.

Revenons à saint Paul. La partie suivante est absolument fondamentale. Elle explique le commandement chrétien de rendre le bien pour le mal, et elle explique pour quelles raisons il faut le faire :

« Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire ; car en agissant ainsi, tu amasseras des charbons de feu sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien. »

Vous avez bien lu : les chrétiens ne sont pas des bisounours ! Il est légitime de faire du bien à son ennemi car l’on sait que, s’il ne se convertit, il sera puni plus sévèrement dans l’autre monde que nous ne pourrions jamais le faire ici-bas ! Quelle sagesse de saint Paul ! Nous nous étions toujours dit, quand nous n’avions que la nourriture conciliaire, qu’il était surhumain de rendre un bien pour un mal, et que cette exigence était vraiment difficile à suivre : maintenant, avec ce texte, la chose est bien plus facile à comprendre et à pratiquer !

Cela illustre d’autant plus l’objectivité de la justice : saint Paul parle en tant qu’ancien persécuteur, il est donc bien placé. Il justifie le fait de rendre le bien pour le mal par soucis de justice divine s’il est trop difficile pour vous de le faire par pure charité, et c’est un bien pour le persécuteur, car cela le pousse à se convertir.

En pratique, tout est très bien conçu ! Soit le méchant se convertit et tout le monde se retrouve au Ciel ; soit il s’enfonce et il est puni comme il convient, et cela est bien fait car il a eu mille occasions de se convertir. On ne peut faire le mal sans être puni pour cela.

Cela indique en outre en quoi consiste la vraie charité chrétienne : il ne faut cacher la Vérité, ou refuser de faire un Bien, par peur que le prochain s’enfonce plus dans le mal en rejetant cette vérité ou ce bien. Ce n’est ni notre problème, ni de notre responsabilité. Notre devoir est simplement de faire le bien et de prodiguer la vérité : le positionnement du prochain de l’accepter ou le rejeter est de sa responsabilité propre.

L’idée stupide, issue de l’esprit de Vatican II, de ne plus dire distinctement la vérité est une tartufferie. Cela ne revient qu’à retarder l’échéance. Mieux vaut être au contraire l’instrument qui permettra au plus d’âmes possibles de se positionner sur le champ de bataille : leur choix n’appartient qu’à eux…

Arrêtons de penser trop compliqué, et revenons au bon sens ancien vivifié par la loi de Jésus-Christ !

Paul-Raymond du Lac

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France !

Une réflexion sur “Justice humaine, justice divine et charité chrétienne, par Paul-Raymond du Lac

  • 7 mars 2022 à 10h45
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    Merci beaucoup Monsieur du Lac pour votre article très intéressant, pour ne pas dire passionnant ! Toute la difficulté pour nous pendant notre pélerinage sur cette terre est de pouvoir donner « accès » à tous à la justice divine, et la porte qui permet d’accéder à cette Justice c’est (selon moi) l’enseignement que le Christ nous a donné…

    Encore faut-il pouvoir faire partager cet enseignement, et c’est là que les difficultés commencent… puisque notre cher vieux pays devient de plus en plus réfractaire à sa culture et à sa civilisation ! Enfin, je veux dire les princes qui nous gouvernent ! Car il est évident que notre culture et notre civilisation chrétienne représente encore quelque chose aux yeux d’un fort grand nombre de gens…

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