Le Roi a les mains longues ou pourquoi le roi de France a toujours régné sur tout le royaume
Une certaine historiographie post-révolutionnaire, et même pourrait-on dire royaliste,
a tendance à faire des rois Capétiens des petits rois d’une tout petit domaine autour
de Paris dont le talent aurait étendu le royaume peu à peu jusqu’à donner la France
actuelle. Cette idée convenue convient bien aux royalistes, pour souligner le talent
des rois et la croissance « organique » de la France. Elle arrange aussi les
révolutionnaires en insistant sur la discontinuité des trois dynasties, là où Suger à
saint Denis insiste bien au contraire sur la continuité des trois races, et où toujours
les rois se sont vu comme héritier de Clovis et de sa mission.
Car, derrière un pouvoir effectif qui, certes, pouvait être faible à certains moments de
l’histoire, comme en particulier au début du règne des Capétiens, le Roi de France
était le Roi de toute la France, au-delà des pouvoirs seigneuriaux qu’il exerçait sur
son domaine. Il n’était ainsi pas seulement « roi de son domaine » mais bien de
toute la France : c’est pourquoi d’ailleurs il a pu attirer sous sa protection les régions
même les plus indépendantes, par la « grâce royale », ainsi que l’étudie Claude
Gauvard (et c’est particulièrement parlant pour le cas de la Bretagne) ; il avait bien
ces prérogatives, et quand un cas de justice se trouvait bloquer dans une région on
allait en référer au Roi, même si celui-ci n’avait en pratique aucun pouvoir dans ces
régions.
Voici ce que dit un spécialiste de l’époque dans un ouvrage dirigé par Sylvain
Gougheneim :
« « L’honneur du roi aime le jugement, comme il doit procurer à tous la paix et le
repos, et tendre ses longues mains en vue de la garde et de la protection de tous…»
(NdA dans une charte du XIIIe)
Cette symbolique des « longues mains » n’est pas nouvelle puisqu’elle figure dans
la Vie de Louis VI de Suger : « les mains des rois ont longues » écrit-il vers 1143. La
métaphore est très explicite : le pouvoir royal a le devoir d’agir bien au-delà des
limites du domaine capétien. Jamais, peut-être, un texte officiel n’a proclamé aussi
nettement que la mission de paix du roi a vocation à s’appliquer à l’ensemble
du Royaume et doit profiter à tous. Cette affirmation du pouvoir royal n’en reste
pas à une allusion métaphorique dans un préambule royal, mais se réalise
concrètement par l’intermédiaire des établissements religieux, auxquels sont
octroyées des concessions.
Pour étendre son influence sur l’ensemble du royaume
de France, Louis VII, très sollicité par un clergé admiratif de sa dévotion, accorde
effectivement des privilèges aux eglises, les plaçant de ce fait sous son autorité, ce
qui fait dire à Yves Sassier qu’elles sont des « agents de pénétration de l’influence
royale ». Ces églises sont principalement situées dans le sud du royaume et se
sentent menacées par la politique ambitieuse du roi d’Angleterre qui, reprenant à
son compte les prétentions des princes aquitains, souhaite chasser de Toulouse la
maison de Saint-Gilles et imposer sa domination jusqu’aux abords de la
Méditerranée. Louis VII édite alors des diplômes pour les églises languedociennes
de Mende, Maguelone et Narbonne : en se faisant connaître des autorités
ecclésiastiques de la région, le roi signifie qu’il entend être présent dans les franges
méridionales, qui font partie intégrante du royaume de France. Il faut bien
évidemment fortement relativiser ces concessions, qui ont une valeur surtout
symbolique. » 1
Aujourd’hui encore toute la France a le droit de profiter de son roi apaisant et
pacificateur. Pour cela il faut bien que le roi revienne sur le trône, d’où notre combat.
N’oublions pas que le légitimisme n’est pas une blague ou une position de
convenance : la royauté légitime est bien le régime de la France et ce depuis
Clovis ; les trois dynasties se sont toujours considérées comme étant les mêmes
serviteurs de la France, et à partir de Louis VIII, les carolingiens, réputés eux-
mêmes hériter du sang des mérovingiens, sont officiellement fusionnés avec le sang
capétien. Louis XX est l’incarnation de cette histoire, de la mission de la France dans
le monde, mais aussi il est le mandaté de Dieu pour rendre justice en France et
apporter la paix au Royaume et à ses sujets.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul-Raymond du Lac
1: Rhétorique et pouvoir. Les chancelleries française et allemande sous les règnes de
Louis VII et Frédéric Barberousse in Aux sources du pouvoir dirigé par Sylvain
Gougenheim, Les Indes savantes 2023
