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Principes et dogmes

On m’a dit dernièrement, quand je parlais de politique, de ne pas dogmatiser, de ne
pas faire comme s’il y avait des dogmes en politique, et de ne pas « capter »
l’autorité de l’Eglise pour des raisons politiques.

Cela était intéressant, car inattendu, venant de la part de mon interlocuteur ensoutané.
C’est la vieille question depuis le dix-neuvième siècle de la « neutralité » de l’Eglise
face à la politique…

J’utilise le mot neutralité à dessein, car cette neutralité, du moins en pratique, d’avoir voulu relativiser les régimes politiques pour des
raisons contingentes et passagères a coûté très cher, en particulier en France avec
le Ralliement de Léon XIII.

Comme la neutralité de l’Etat laïcard, cheval de Troie de la
déchristianisation, a expulsé de plus en plus la religion de l’espace public, cette
neutralité bien entendue et confortable a rendu l’Eglise incapable de freiner la
chute…
Qu’en est-il ? Faudrait-il croire que tous les régimes se valent ? Qu’en politique, il ne
s’agit que de manœuvres et de circonstances hinc et nunc ? Que la Foi ne peut
regarder que de loin, et qu’elle n’aurait aucun lien avec la politique ?
Evidemment, non.

D’ailleurs, tous les papes des XIXe et XXe siècle, ainsi que tous les grands
clercs contre-révolutionnaires, de Bossuet jusqu’à Mgr Lefebvre en
passant les Mgr Pie, de Ségur, Gaume, Freppel, Billot, et Mercier, alliaient bien les deux. Pour
la France en particulier, la Révolution a toujours été comprise, à raison, comme une
entreprise satanique anti-catholique.
Il reste parfois comme une pudeur, une crainte,  d’aller jusqu’au fond des conséquences et de
devenir légitimiste, comme s’il ne fallait pas aller aussi loin.
Pourtant il faut bien choisir, et on ne peut pas rester « agnostique » en politique.
Pourquoi donc ? On pourrait, après tout, imaginer jouer le jeu du régime où l’on vit
et améliorer les choses sans trop se poser de questions.

C’est irresponsable pour deux simples raisons.
Tout d’abord, l’expérience de cette attitude depuis plus de deux siècles montre combien cette
attitude nous a tués et a rendu la France l’ombre d’elle-même, et combien l’Eglise a
été finalement emportée dans la tourmente conciliaire et révolutionnaire.
De plus, on ne peut pas faire semblant de se compromettre en pratique quand on connaît les
principes et leurs conséquences. Jouer le jeu républicain du vote et de la démocratie
est en contradiction pratique avec l’enseignement de l’Eglise condamnant le
libéralisme, la démocratie (comprise comme souveraineté populaire) et le reste.

Pour prendre l’exemple du vote, il s’agit de savoir si dans un système républicain
français le vote lui-même n’implique l’adhésion aux principes révolutionnaires : si

c’est le cas (et c’est malheureusement le cas), il faut rejeter le système, car sinon
c’est jouer le jeu révolutionnaire. Sans que cela ne condamne en soi le vote comme
simple moyen – mais ce que nous reprochons, à la suite des contre-révolutionnaires,
dans le vote du suffrage universel, c’est d’être forcément une liturgie démocratique
qui implique en pratique la souveraineté populaire, le libéralisme et la démocratie !**

Il ne suffit pourtant pas de prendre une position négative. Cela amènerait aux
quiétisme, providentialisme et autres démissions désespérantes qui justifient leur
lâcheté par de belles théories. Nous ne sommes pas schizophrènes, et comme
nous avons un corps et une âme, nous sommes autant membres de l’Eglise que
de l’Etat, tout en étant une seule et même personne. On ne peut pas faire semblant de
ne pas faire partie de l’Etat, car ce n’est pas vrai, et il faut bien ainsi se battre pour le
bien commun – surtout quand il est attaqué.
En politique, ce combat passe bien par un service, et ce service peut, à la lumière
de sains principes de la philosophie politique, et de l’histoire (coutumes et pratiques)
aboutir à un combat concret : le légitimisme.

Il ne s’agit ici non pas de dérouler la chaîne logique qui amène à conclure
qu’humainement parlant, et à la lumière des principes, la position légitimiste pour un
sujet Français est la seule qui se tient – lois fondamentales, royauté très chrétienne,
légitimité, etc – mais de montrer que l’on peut avoir des principes en politiques, et
que ces principes ne vivent de façon indépendante par rapport au dogme.

Un auteur disait que le dogme est à la foi ce que le principe est à la raison.
Le dogme est révélé et ne se démontre pas : on y adhère, car il nous dépasse.
Le principe se fonde dans la raison naturelle, et fonde nos sciences. La
métaphysique est la science par excellence des principes, démontrables et
inductibles de l’expérience humaine (d’où l’importance de l’Histoire). Ce qu’on
appellerait aujourd’hui une anthropologie classique. (Par exemple, dire que l’homme
est un animal politique).
Il y a ainsi des vrais et bons principes, et des faux principes (par exemple, dire que la
société avilit l’homme, et que l’homme est un animal solitaire et indépendant) ;
comme les principes qui fondent l’anthropologie des Lumières, car ces faux principes
ne correspondent pas à la réalité de notre nature.
Certains principes sont d’ordre naturel, et démontrables avec les lumières naturelles,
mais peuvent faire l’objet d’un dogme. Il est de foi de tenir que Dieu existe, mais
c’est démontrable, et il est aussi de foi de tenir que c’est démontrable. Et vu que Dieu
existe, cela a des conséquences pratiques sur la société, évidemment.
Il est un principe naturel, mais aussi révélé ( dans le Décalogue), qu’il ne faut pas tuer un innocent :
pourtant la défense de la vie à naître ne se pratique que là où la foi est puissante,
même si c’est censé être un principe de la loi naturelle.

Nous voyons une certaine complexité : du fait du péché originel, la raison seule ne
peut rien. Cela ne veut pas dire qu’elle est sans principes, et que la prudence, vertu
par excellence de la politique, n’a pas de principes. Au contraire, la prudence n’existe
que se fondant sur de grandes vérités que l’on arrive à appliquer aux circonstances.
Le dogme ne vit pas en dehors des principes : les dogmes sont comme les principes
(ce qui commande) divins, posés par lui et en dehors de notre portée immédiate,
et qui ne sont jamais en contradiction, quoique les dépassant, des principes naturels
et politiques.
Mieux, la christianisation, qui a la foi comme ciment et qui est comme l’application des
dogmes partout, éclaire et renforce les principes. Elle en éclaire de nouveaux et les
corrige, sans que cela signifie que ces principes éclairés et corrigés aient un
rapport direct avec le dogme catholique, Dieu et la Révélation chrétienne.

Il y a donc des principes en politique, comme il y a des principes en éducation,
qu’il faut tenir fermement, et dont il faut appliquer les
conséquences jusqu’au bout, sinon, on échoue. Les parents doivent connaître les
principes qui commandent à l’éducation, et les appliquer jusqu’au bout.
C’est cette application intégrale, qui fait tiquer le contemporain même « tradi »,
même conservateur, car il vient souvent contrarier certains conforts intellectuels,
certaines habitudes révolutionnaires pratiques, et gênent en exposant trop crûment
la réalité de notre nature déchue…
Le légitimiste est dans l’ordre politique celui qui va au bout des principes que les
autres « libéraux » n’osent pas appliquer jusqu’au bout, ou ne veulent pas tirer
toutes les conséquences en s’arrêtant là où cela les arrange.
Il faut être intégral dans sa foi comme dans son combat politique.

Nous présenterons dans un autre article une application concrète d’un principe tout
à fait politique qui n’est pas relatif à une circonstance ni à un lieu, qui n’évolue pas
selon les latitudes et les temps, et qui pourtant n’a rien à voir avec le dogme, tout en
étant intrinsèquement chrétien : la courtoisie.

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul-Raymond du Lac

**Voir encore l’excellent entretien avec Olivier Rouot, sur le vote républicain : https://www.vexilla-galliae.fr/actualites/elections-presidentielles-entretien-avec-olivier-rouot-auteur-de-tu-ne-voteras-point/

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