[Ex-libris] « Succession de France et règle de nationalité » de Guy Augé

Réédité aux éditions Via Romana, ce livre agréable datant de 1979 est complété à la fois par une belle préface de Jean-Louis Harouel et une bonne postface de Franck Bouscau — ce qui est assez rare pour être noté. Nous ne pouvons que trop recommander ce petit vade-mecum légitimiste, qui se lit bien et permet à chacun d’entre nous de connaître nos aînés dans la Légitimité et l’histoire de notre mouvement. Notons aussi que la bibliographie permet de se référer facilement aux classiques du légitimisme.

Guy Augé, selon de nombreux témoignages, était un homme attachant et charitable au vrai sens du terme, c’est-à-dire bienveillant mais également clair et intransigeant sur les principes : bref, un vrai légitimiste comme on les aime, fidèle à Dieu et au Roi. Cela ressort dans ce livre : avec une grande finesse, Guy Augé débat et réfute en doctrine, sans jamais tomber dans l’attaque ad hominem et estimant chacun à sa place, dans une grande charité chrétienne. Nous aurions aimé le connaître, mais Guy Augé est mort depuis plusieurs années déjà ! Nous ferons donc connaissance au ciel, si Dieu le veut.

Le livre, synthétique, se divise en trois chapitres : « La pièce maîtresse de l’argumentation orléaniste » ; « Règle de nationalité ou loi de sanguinité ? » ; et « L’aspect politique et sentimental ».

Vous l’aurez compris, cet ouvrage est un traité démontrant la légitimité de l’aîné des Bourbons, de jure roi de France, et l’invalidité des thèses orléanistes. Guy Augé profite de l’exercice pour présenter l’histoire du légitimisme depuis la révolution de 1789 jusqu’à son temps. Pour nous autres, jeunes légitimistes, ce livre est précieux pour connaître nos prédécesseurs, notre histoire récente et les enjeux politiques du légitimisme à travers, notamment, la présentation de nos rois ayant théoriquement régné après Chambord.

En plus d’être un ouvrage rigoureux d’histoire de droit, c’est une source documentaire et un témoignage important concernant les « ambiances » politiques et idéologiques en France depuis le XIXe siècle. Nous en sortons conquis : oui, le légitimisme apparaît comme la seule sensibilité valable et sensée pour tout Français de bonne volonté. Il n’y a pas photo avec les autres « chapelles » politiques !

L’objet principal du livre est de démonter les arguments sur le « principe de nationalité », ce qui est fait avec brio. Il traite le problème rigoureusement, et montre bien que la loi fondamentale en question est une loi de sanguinité, qui fait de tout prince du sang de la Maison de France un potentiel héritier du trône, dans l’ordre prévu par les lois fondamentales. Guy Augé le prouve et le démontre, ces débats récents sur la règle de nationalité sont entachés de modernisme sans aucun rapport avec notre tradition royale.

Pour notre génération, cela est évident : si être français devait vouloir dire avoir des papiers français, alors, comment dire… allez en Seine-Saint-Denis. Il est évident, aujourd’hui, que ce ne peut être cela…

Voici quelques faits, citations et idées glanés qui nous semblent importants :

1) Le comte de Chambord n’est pas monté sur le trône en 1873 car il se refusait à trahir les lois fondamentales : il aurait été appelé par la représentation nationale à régner, ce qui aurait été une reconnaissance indirecte des principes révolutionnaires, libéraux et démocratiques, et aurait pu en droit constituer un précédent fâcheux, tuant toute possibilité de conserver nos lois fondamentales octroyées par Dieu. Le malheur de la France post-révolutionnaire est aussi notre meilleure chance aujourd’hui : l’intransigeance de nos aînés et leur résistance ferme dans les principes nous permettent de nous battre encore aujourd’hui, en nous fondant sur une tradition pure et peu corrompue par le poison moderniste et révolutionnaire.

2) Mieux vaut avoir un accent castillan qu’un accent révolutionnaire !

3) Les princes légitimes furent des premiers à combattre pour l’Algérie française et contre l’avortement en France.

4) Les légitimistes furent les premiers à se battre contre Vatican II et la révolution dans l’Église, montrant que tout se tient.

5) Le « comte de Paris » de l’époque, grand-père de l’actuel « comte de Paris », était un triste politicard. Il a tout liquidé, mais peut-être pour le meilleur : pour nous maintenant, c’est évident et il n’y a plus de doute, nous avons les conséquences devant les yeux. Tirons notre chapeau à nos aînés qui avaient tout vu malgré des temps apparemment florissants et une ambiance morale et spirituelle délétère.

6) « Marginaux parmi les marginaux, la droite de la droite (ce qui leur confère, en réalité, une très grande latitude et beaucoup de liberté de jugements), [les Blancs d’Espagne] ont, contre vents et marées, maintenu un principe. Henry de Valori leur disait en 1890 : « Dans un siècle où tout plie, vous marchez tout droit ; vous vous êtes constitués les gardiens de l’Histoire. L’Histoire gardera votre nom » ». (p. 170) Et nous continuerons le combat !

7) La légitimité française enseigne aussi quelque chose d’universelle sur le bien commun. « La Royauté très-chrétienne postule la légitimité, elle en fournit, vraisemblablement, la formule la plus achevée. Qu’est-ce en effet que la légitimité ? C’est la justification, tant du droit au commandement des gouvernants que du devoir d’obéissance des gouvernés, un « génie invisible de la Cité » expliquait joliment l’historien italien Guglielmo Ferrero, l’un de ceux qui ont le plus réfléchi sur ce sujet. Exorcisant la peur réciproque du chef et des assujettis, la légitimité permet la convivence et la hiérarchisation du groupe.
L’Antiquité avait aspiré à la découverte de cette solution ; elle l’avait parfois pressentie, sans jamais l’atteindre de façon pleinement satisfaisante. L’État païen se confondait avec la force du chef, et, quand il était tyrannique, se profanait avec lui. C’est le christianisme qui apporta au monde la solution de ce drame politique : il le fit en distinguant nettement la fonction de l’homme qui en était revêtu, et qui n’exerçait qu’un ministère, qu’un service pour le bien commun qu’il avait mission de poursuivre, autrement dit, en dernière analyse, à Dieu en qui ce bien s’enracine, d’où procède toute autorité, et qui peut obliger en conscience. »

Pour finir tentons modestement d’apporter une pierre à l’édifice. Notre auteur finit en citant un propos du roi Jacques, qu’il reprend plusieurs fois au cours du livre :

« Les princes des fleurs de lis sont à la France. La France peut renoncer à eux, mais la réciproque n’est pas vraie. »

Tout à fait, mais apportons une précision, sauf le respect du au roi, dans un pure soucis de vérité : les Français peuvent se rebeller et jeter leur roi, comme un fils peut tuer son père, mais ils ne peuvent pas légitimement y « renoncer » ; leur devoir moral est d’accepter leur roi comme il est ! Et tout français a le devoir de reconnaître la réalité de sa condition : sujet du Roi Très-Chrétien. Le Roi appartient à la France comme le Christ à son Église, il se sacrifie et se donne pour elle ; à son tour, la France doit se soumettre au Roi et l’aimer, comme l’Église face au Christ. Renier cela est un péché grave !

Et c’est parce que nous sommes, à l’état collectif, dans cet état de péché mortel depuis deux siècles que tout va de mal en pis…

Alors, revenons vite aux pieds du rois, prions, et, tel le paralytique guéri sur la prière de ses amis, la France sera guérie, et ce ne sera pas le plus grand miracle : les Français menés par leur roi seront pardonnés par Dieu, si seulement nous faisons pénitence et demandons le pardon dans une parfaite contrition. En matière politique, cette pénitence et cette contrition ne peuvent être incarnées que par la restauration !

Paul-Raymond du Lac

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France !

2 réflexions sur “[Ex-libris] « Succession de France et règle de nationalité » de Guy Augé

  • 16 juin 2022 à 19h55
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    Dans une perpective Monarchique, l’ouvrage soulignait que, parmi tous les Princes de la Maison de Bourbon, le « Roi de droit », celui qui se trouvait « saisi par les antiques Lois Fondamentales du Royaume » était le descendant Aîné Salique, Catholique, de Naissance Légitime, de Louis XIV et non celui du Régent. Celà résultait de la nullité des Renonciations d’Ultrecht, ainsi que Guy Auger l’a démontré dans son livre Succession de France et règle de nationalité (Via Romana).

    Les renonciations exigées en 1713, lors du Traité d’Ultrecht, paraissent confirmer l’inexistance d’un vice de pérégrinité Princier dans la France du XVIII° siècle : sinon pourquoi les anglais se seraient-ils donné tant de peine pour arracher par la force, contre le principe d’inaliénabilité de la Couronne de France, à Philippe d’Anjou, devenu Philippe V d’Espagne, un tel acte ?!

    On observera que les deux arguments sont contradictoires : à quoi bon des renonciations si le faut de régner à l’étranger suffit à écarter du Trône ? Guy Augé montre que le « vice de pérégrinité », qui est la pièce maîtresse de l’argumentation adverse, est un anachronisme et n’existait pas sous l’Anciuen Régime.

    Pour ce qui est de la Loi de Nationalité, un Prince Capétien n’est pas un simple particulier : il relève d’un statut de droit public, il reste quelque soit sa résidence, membre d’une dynastie Française, et ce qui le singularise précisément, sa filiation dynatique. Le sang Capétien est Français, de France, même si le Prince vit à l’étranger.

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  • 20 juin 2022 à 14h52
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    Les lois fondamentales du Royaume, tout est là… et ce sont bien elles qui sont actuellement empêchées par le mirage bien trompeur de la démocratie parlementaire ! Tout le problème est de faire comprendre et à faire admettre à nos français déboussolés la légitime antériorité de celles-ci sur celle-là

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