[Saga Autarcie] Article 7 – L’influence de la pensée autarcique en Europe : Fichte contre la pensée kantienne

L’étude suivante se compose de 18 articles se suivant, à paraître à rythme hedomadaire. Articles précédents

Article 1 de la saga: L’autarcie au Japon ou le Sakoku 鎖国, première approche

Article 2 de la saga:  Les origines de l’autarcie nipponne

Article 3 de la saga:  Les origines du mot  d’ « autarcie » au Japon

Article 4 de la saga : Autarcie, question de point de vue

Article 5 de la saga : L’autarcie, politique pratique pour la protection du pays, tout simplement

Article 6 de la saga : De l’autarcie à l’ouverture du pays – toujours pour la protection du pays et pour le service du divin

Les influences de la pensée autarcique dans les débats européens pré et post révolutionnaires sont certainement connues, mais nous présenterons quelques éléments qui mettent en relief, en particulier que, déjà, l’autarcie avait mauvaise presse parmi les penseurs cosmopolites du temps. Il est aussi intéressant de constater une certaine rigidité logique dans les discours de défense ou d’attaque de l’autarcie : une sorte de raisonnement logique parfait devrait parvenir à décider définitivement si tout commerce devrait être interrompu, qui passe par la politique d’autarcie, ou au contraire une ouverture complète et totale où le commerce devient la fin bonne en elle-même. On perd comme de vue que l’autarcie est une politique pratique, une modalité, et qu’il serait possible que selon la situation elle ne soit pas la meilleure solution. Si par exemple la fin est de se parfaire et marcher sur les voies de Dieu, et donc que cela implique des exigences de paix, de bonnes mœurs et de morales, le commerce excessif peut sembler un danger, tant par l’intrusion étrangère troublant la tranquillité que dans les tentations de la consommation appelant distractions et luxures. Pourtant, il est dangereux de vouloir accuser en bloc un « esprit de commerce » qui serait forcément malsain, car cela clive et rend inconciliable des positions extrêmes en plus de ne pas sembler exact, puisque le « commerce » existe naturellement parmi les hommes, qu’il y ait argent ou pas, qu’il soit matériel ou non. Cette sorte de systématisation logique, quel que soit le penseur, est caractéristique de l’époque, dans une tendance idéalisante qui s’éloigne de la réalité pratique.

Suivons ainsi par Japonais interposé la pensée de Fichte et ce qu’elle suscita à son époque :

 « Fichte pense ainsi que du fait que les hommes possèdent cet esprit de commerce, il devient nécessaire et inévitable que la compétition naisse dans le commerce. Et que tant que cette compétition, il est inévitable et nécessaire qu’elle couve le risque de dégénérer en guerre. A la différence de Kant, qui voit dans une fédération mondiale s’occupant du bien public mondial pour éviter la guerre et ainsi cherche un moyen pratique d’évitement de la guerre, Fichte cherche couper la racine causant cette guerre [soit l’esprit de commerce et le commerce]. »[1]

 « Voici ce qu’énonce Fichte dans le premier chapitre « Exposé précis du sujet de ce livre » : « Afin de se libérer du régime actuel de commerce et des politiques qui l’entourent, seul ce qui suit satisfait fondamentalement à ce que recherche la raison humaine juste. Soit, il faut qu’un État refuse en bloc et complétement toute relation commerciale avec les autres pays et ainsi s’isole. Comme chaque État a réussi jusqu’à aujourd’hui à fonder sa société sur un système légal et politique indépendant et autonome, il faut aussi fonder une société de commerce indépendante à ce pays.  » Une fois cet isolement mis en place c’est-à-dire la politique du sakoku, dit-il, il pourra facilement faire cesser facilement tous ce qui doit être cessé, et ainsi la seule chose que nous prônons dans ce traité politique est l’isolement commercial complet d’un pays, isolement permettant ensuite toutes les autres politiques. »[2]

La pensée moderne comme une idéalisation, une intellectualisation des réalités, qui fonctionnent difficilement en réalité, et qui donnèrent naissance à toutes les idéologies que nous connaissons, et cette tendance se retrouve quel que soit le fond. La tournure d’esprit des Japonais contraste en cela et se rapproche peut-être de l’ancienne façon de penser médiévale, pleine de bon sens, et pragmatique, tout en étant rivant à protéger les vérités. Nous remarquons en tout cas l’influence du cas pratique japonais sur la formation de la pensée de l’autarcie en Occident :

« En réfléchissant à nouveau sur le « De l’isolationnisme/ De l’État commercial fermé » de Fichte qui décrit un État idéal parvenant à un isolement commercial parfait, on ne peut que penser au Japon du sakoku, sauf qu’il serait comme vu par le voile de lunettes idéalisantes. Et cette séduisante idéalisation aurait ensuite été appliquée au Japon par les écrits de Kaempfer, comme nous l’avons constaté. Il semble vraiment en effet que la théorie de l’interdiction de tout commerce aux civils, l’autorisation du commerce dans un nombre limité de ports frontaliers, la stricte et sévère inspection d’un organisme gouvernemental, le monopole public sur le commerce, etc, bref toute cette structure ressemble de façon troublante à la réalité du commerce au Japon avec les hollandais à Nagasaki, comme si ce cas avait été pris en modèle. Si les commerçants civils n’étaient interdits de commerce à Nagasaki, il faut noter néanmoins que le prix de la soie, la denrée la plus commercée, était fixé par le gouvernement sous la tente, intervenant à tous les étages dans le commerce avec l’étranger. La souveraineté dans la production des biens et l’autosuffisance résultante de la politique économique imposée chez Fichte semble comme démontrées par les écrits de Kaempfer, qui porte aux nues ces fruits comme le résultat premier et foncièrement bon pour le pays de la politique de sakoku du Japon. »[3]

 « La Chine et le Japon ont pu accepter de recevoir les hôtes venus de ces pays, mais le premier, s’il autorisa aux bateaux étrangers de mouiller dans ses ports, interdit toute entrée ans le pays, quand le second refusait même le droit aux bateaux étrangers d’entrer dans ses ports, seuls les Hollandais furent admis, et encore, ils étaient traités presque comme des prisonniers, refusant toute relation entre eux et son propre peuple, ce qui se trouva être une politique perspicace. »[4]

Enfin, nous décelons déjà les détracteurs cosmopolites, quelque peu subversifs, qui encensent l’idéalisme kantien, et les utopies subséquentes :

« Le « De l’État commercial fermé » fut l’objet de nombreuses railleries par un certains nombres de critiques, dont Adam Muller, sur la vanité du philosophe qui tente d’apporter  des solutions illusoires à des problèmes concrets. Cette œuvre fut carrément traitée d’une farce bouffonne et irréelle sans avenir. Fichte énonce de temps à autre sur ses jours vieillissants que cette œuvre fut pourtant le fruit d’une longue réflexion bien mûrie, et qu’il la considérait comme le meilleur de ses diverses études politiques. La politique du blocus continental entreprise par Napoléon 6 ans après la parution du traité ne venait-elle pas démontrer par un exemple concret la possibilité d’application de sa théorie au niveau européen en son entier, invalidant par la même l’accusation de « solutions illusoire » ? […] Mais comme la politique de Napoléon était par trop violente et donc difficilement acceptable par les différents peuples d’Europe, on ne remarqua pas la connivence entre l’idéal de Fichte et la politique que devait prendre un État de Raison – Ainsi Herman [le fils de Fichte] défendait-il l’œuvre son père. Et il continue :

Se demander si la politique d’isolement est une chimère ou non, si elle est une théorie absurde ou non, doit se faire concomitamment et en même temps que de se demander si la théorie d’une fédération mondiale composée de citoyens du monde n’est pas elle aussi une chimère. Quand le premier possède au moins deux exemples de réalisation concrète, le second n’a jamais dépassé le stade de théorie. Lorsque nous analysons les deux politiques [de l’isolement ou de la fédération mondiale], nous voyons la réalité qui est telle de façon inéluctable, et nous concluons donc à l’isolement, mais cela n’est peut-être qu’une conclusion de plus parmi d’autres. »[5]

En guise de conclusion sur le Sakoku, nous pourrons suivre notre auteur, et rappeler que ce fut une politique typique de l’est asiatique, défensive, face à une agression extérieure, et dans le but de conserver la paix, qui produit de grands fruits lors de l’ère Edo :

 « Enfin, remarquons que même si on oublie les circonstances particulières et historiques de notre pays, la politique de sakoku ne visa à rien d’autres qu’à éviter des conflits avec les autres pays. A voir cette politique comme un moyen d’éviter le conflit, elle peut effectivement apparaître comme une politique passive, voire rétrograde. Elle fut adoptée non seulement par le Japon, mais aussi par le royaume Ki de Corée comme une politique indispensable au pays. Nous remarquons d’ailleurs une politique approchante dans la Chine des Ming et des Qing face aux relations extérieures. Et elle semble être la cause visible de ce qu’on a appelé « l’immobilisme asiatique », mais est-ce vraiment le cas ? »[6]

 

[1] Ibid, p.171 « このようにフィヒテは人間に商業精神がある以上貿易上の競争は必然であり、貿易上の競争が存する以上戦争の危険もまた絶えない、と考える。そこで、国際公法的発想から国際連盟といった手段で戦争を回避しようとするカントとは違い、回避の手段を探るのではなくて戦争の原因を除去するという方向に構想を進めてゆく。 »

[2]  Ibid, p.173 « その第一章「本書の課題のより詳密たる提示」に於いてフィヒテは言う。「商工業に関する現在の政策体系から(中略)……唯一の真正な、理性の要求する体系に移行するための本来の眼目は以下のことである。即ち国家を一切の外国貿易から全面的に封鎖すること、である。そしてそれ以降、国家が現に従来から法的政治的には孤立した団体を構成していたのと全く同様に、孤立した商業団体を形成せよ、ということである。」そしてその国家の封鎖、つまり鎖国が成就されさえするならば、これに伴ってなさるべきその他の一切は自ずから容易に遂行出来る、従って本書の扱う政策論というのも、この商業国家封鎖策の実施についてだけのことである、と言う。 »

[3] Ibid, p.182/183 « いやこの簡潔な提言から『封鎖商業国家論』に立ち返って検討し、考えてみても、フィヒテの描いた理想の封鎖商業国家は如何にも鎖国日本に、ただし理想化しためがねで見た時のそれに似ているのである。そしてそのような魅惑的な理想化を日本の鎖国に対して施したのがケンペルであったことは、我々がとくと観察ずみである。細かく言えば、民間人に貿易を禁じ、特定の開港または国境都市に限って、政府機関の厳重な監督のもとに政府の独占的貿易を細々と維持すると言う構想などは、まるで長崎に於ける日本人とオランダ商館側との取引の実態をモデルにして述べている如くである。もちろん長崎で民間商人が排除されたのではないが、そこで主要商品たる生系の値段の決定には常に幕府の露骨な統制と干渉が及んだのだった。具体的細部にはこれ以上説き及ばぬとしても、フィヒテの強調する国民の経済生活の生産的独立性と自己充足性こそは、これは明らかにケンペルが繰り返し論証し、賛美してやまぬ、日本の鎖国政策を是とするときの第一条件なのであろ。 » Voici par exemple des pensées issues de cette mouvance : Bakunin Anarchisme – Mehring Ce qui réplique la pensée du Grand empereur Friedrich – Spann Du totalitarisme – Lassale D’une sorte de socialisme – Freyer  D’une utopie

[4] Ibid, p.191 Kant et la paix perpétuelle: « 「だから支那と日本とが、一応これらの賓客を試みてみた後に、前者は来航はなるほど許可するとしても入国は許可せず、後者は来航することさへ唯一のヨーロッパ民族、即ちオランダ人にのみ許可し、しかもその際にも彼などを囚人の如くに取り扱って自国民との友好関係から除外したのは、賢明なことだったのである。」 »

[5] Ibid, p.197 « ―『鎖国商業国家論』は、哲学者が現実の問題に関して如何にうといものかを証明する実例をまた一つ加えたに過ぎないとして、アダム・ミュラーを始めとする多数の評価の嘲笑を買った。甚だしきは、誇大妄想狂が時代に投げかけた茶番狂言の最もなるもの、と言う罵倒もあった。だがフィヒテ自身はこれが彼の政治学の論文中の最善のものであり、且つ最も熟考した挙句の所産であると屡屡述懐していた。その発表後僅か六年の後に実施されたナポレオンの大陸封鎖は封鎖商業国家のアイデアをヨーロッパ的規模で実現しようとした試みに他ならず、この理論が決して誇大妄想でも空理空論でもないことの証明ではなかったか。(フィヒテ自身『独逸国民の告ぐ』の中で鬱勃たる怒りを秘めてこれを示唆していることを我々はさきに見ておいた。)ただ人々はナポレオンのやり方が如何にも承服し難い強圧的なものであったために、理性国家の取るべき政策としておもい描かかれたフィヒテの理想との関連に気がつかなかったのだ、―とそのようにヘルマンは父フィヒテを弁護したのであった。鎖国思想が妄想であるかどうか、政策としての封鎖商業国家が荒唐無稽の空論であるかどうか、それは実は世界公民思想に基く国際連合の構想が空理空論であるかないか、ということと同日に論ぜられてしかるべきものである。一方は歴史的現実として二度までも実現を見、他方は遂に理論だけに終わった。我々は両者の政策を分析してみては、それはそのようになる必然性があったからだ、ともっともらしい結論を下したりするのだが、それも畢竟一つの結果論に過ぎないかもしれないのである。 »

[6] Ibid, p.205 « もう一つ。鎖国は我国固有の歴史的脈絡から切り離してみれば、一般には国際紛争回避のための一手段と映る。紛争回避の手段としてこれを眺める時はそれは確かに至って消極的退嬰的な選択である。日本のみならず、かつては韓国(季朝朝鮮)がこれを国是として採った。大陸の王朝でも明・清にこれに近い発想の外交方針が見られた。鎖国は俗に言う「アジア的停滞」の原因でもありまたその心理帰結であるように見える。だがたしてそうであろうが。 »

 

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