Plutôt Barruel ou Cochin ?

Abbé Augustin Barruel - Augustin Cochin

Plutôt Barruel ou Cochin ? Voici deux noms incontournables dans l’analyse des causes de la révolution. Les historiens connaissent bien leurs positions respectives, qui sont parfois, à tort, opposées l’une à l’autre.

L’abbé Barruel, écrivant à chaud, analyse le complot jacobin et les mouvements des francs-maçons dans les événements révolutionnaires : l’abbé Barruel dépeint la chronique des actions individuelles et de toutes les conjurations des réseaux sans fin qui peuplent les temps révolutionnaires.

Augustin Cochin, écrivant plus de cent ans plus tard, chartiste mort au combat lors de la Grande Guerre, adopte un point d’attaque très différent : il use d’un point de vue « sociologique » et analyse la mécanique révolutionnaire au-delà des individus et de leurs plans particuliers. Il analyse la mécanique des sociétés de pensées, de la démocratie, et des raisons intrinsèques à ces systèmes qui amènent par force, et outre les mouvements personnels, les conséquences révolutionnaires.

Les deux points de vue sont justes. Il s’agit simplement de deux angles d’attaque différents. Il y en peut-être d’autres, d’ailleurs — Pensons à Joseph de Maistre, qui voit la révolution comme le résultat de la Providence souhaitant punir ceux-là mêmes qui ont désobéi, et pour encourager à la conversion des catholiques.

Du moins, il est possible d’analyser la crise actuelle selon ces deux grilles de lecture (et même ces trois grilles de lecture).

Peut-être que cette différence de point de vue est aussi intimement reliée au recul que l’on a ou pas face à l’histoire : lorsqu’on est plongé dans les événements, que l’on connait bien les acteurs, on peut bien repérer tous ces liens et ces complots divers, plus facilement que quand lorsqu’on regarde à distance, vision qui permet de mieux voir le dessin d’ensemble, mais d’oublier les détails. Avec le recul du temps, et la vision des résultats des événements, peut-être aussi d’autres expériences, il est plus facile de dégager des tendances, des mécaniques, des lois sociales, en gommant quelque peu, sans les nier, les conséquences issues des agissements individuels.

La crise actuelle fait d’ailleurs prendre conscience de certains phénomènes de distorsion quand on fait de l’histoire et quand on la vit — distorsions d’ailleurs certainement salutaires : après coup, on voit clairement les charnières. Quand on les vit, même si l’on sent qu’ont est à la charnière, on ne parvient pas à trancher facilement entre deux époques.

Nous admettons sans difficulté, par exemple, la Seconde Guerre mondiale comme une grande rupture, et elle l’est, mais les gens de l’époque ne l’ont certainement pas ressentie aussi distinctement. La guerre vient, la guerre commence, pas de combats, cela dure des années… La guerre aussi, mais on continue de vivre. Les premiers morts, les premiers occupants arrivent, on sent la différence. Et le temps de se rendre compte, le monde n’est plus le même, le monde ancien est déjà oublié sans être oublié, et on continue de vivre.

La crise actuelle ressemble à ces grands moments charnières, comme la révolution, qui a duré des années avec des événements s’enchainant sans cesse. Nous voyons les plans des uns et des autres qui s’entremêlent de façon plutôt désordonnée, avec quelques directions qui se dégagent, des résistances, des faiblesses.

Tous ces plans, mouvements et autres cabales sont toujours plus délicats à démêler lorsqu’on a le nez dessus. Qui seront les Barruel de notre époque ? Ils existent déjà. Mais il est intéressant d’appliquer les principes de politique traditionnelle pour comprendre les causes des mauvaises politiques et ne plus jamais les répéter pendant la restauration, au-delà des mouvements des uns et des autres.

C’est ce que nous avons tenté de faire déjà dans de nombreux articles sur ce site. Dire par exemple qu’abolir les frontières, dont chacun a besoin (et pas forcément simplement les frontières nationales, mais aussi les frontières morales et sociales) est un bien va contre la nature : conséquence concrète de cette contradiction entre la nature et le dogme faux du sans-frontiérisme à l’épreuve d’une crise : le confinement. Car la nature demande la frontière ; la refuser partout, la nature la rétablit dans chaque maison en utilisant presque de façon ironique le gouvernement contre-nature, contre tout bon sens. La mesure est nocive, mais au fond logique. Idem pour les procédés de manipulation médiatique et de corruption de l’opinion publique.

Ce genre d’analyse, nous l’espérons, pourra servir à refonder une politique naturelle et traditionnelle intégrale, et intégrant les enseignements de la révolution agissant depuis trop longtemps dans nos sociétés, afin de mieux s’en prémunir à l’avenir.

Restons lucide, sous la lumière des vérités divines, de la raison droite et dans l’humilité. N’allons pas trop vite en besogne, mais assénons les coups quand ils sont nécessaires, et affirmons les vérités sans relâche quand nous en sommes convaincus, sans amour propre, avec charité.

Et n’oublions jamais l’horizon providentiel : tout mal est autorisé par le Seigneur pour un plus grand bien, tout est fait pour le salut du plus d’âmes possibles, notre seul fin est le Ciel.

Paul-Raymond du Lac

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France

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