Histoire

[CEH] L’assassinat d’Henri IV, par Jean-Christian Petitfils. Partie 1 : L’énigme de la mort du roi

L’assassinat d’Henri IV

Par Jean-Christian Petitfils

Partie 1. L’énigme de la mort du roi

La mort d’Henri IV dans l’après-midi du 14 mai 1610 est l’un des événements politiques majeurs de l’histoire moderne. Elle a créé un traumatisme profond qui a contribué à renforcer l’absolutisme monarchique, le culte du secret et le mystère de l’État. A partir de ce moment, les théoriciens exaltèrent comme jamais la puissance et la souveraineté des rois. La moindre menace à l’égard de la majesté royale devint une obsession. Un siècle et demi plus tard, en 1757, un domestique déséquilibré, Damiens, frappe Louis XV d’un coup de canif. Ce n’est pas pour le tuer, mais pour lui donner un avertissement : le malheureux sera exécuté avec la même cruauté que Ravaillac. C’est aussi de l’assassinat d’Henri IV que date non certes pas la naissance, mais le développement des théories du droit divin. On plaça si haut le trône que l’on finit par considérer que désobéir au roi, l’Oint du Seigneur, lieutenant de Dieu sur terre, était désobéir au Souverain Maître en personne, et par conséquent commettre un sacrilège.

Mais cette mort est aussi l’un des grands mystères de notre histoire. C’est ce mystère dont il sera question ici. Loin de nous l’idée de remettre en cause l’identité du meurtrier, connue d’à peu près tous les écoliers d’aujourd’hui, même en cette époque de culture historique plutôt indigente : Jean-François Ravaillac, natif d’Angoulême. Mais dans quelles conditions le meurtre a-t-il été accompli ? S’agit-il de l’acte isolé d’un demi-fou qui, au cours de son procès, révélera ses troubles psychologiques ?

Ravaillac est-il contraire l’agent conscient d’une conspiration et, comme il a nié à plusieurs reprises avoir des complices, n’a-t-il pas reçu une absolution secrète d’un prêtre complice, lui permettant, par le jeu des restrictions mentales, de mentir sur ce point ?

Troisième hypothèse, le fanatique n’a-t-il pas été inconsciemment suggestionné ? Il croyait agir seul, alors que dans l’ombre de puissants personnages l’auraient incité au crime. Et dans ce cas, quels ont été ses commanditaires ? Y a-t-il eu un ou plusieurs tueurs ?

De ce point de vue, si l’on se rapporte à l’histoire contemporaine, l’affaire qui ressemblerait le plus à ce meurtre serait celle de l’incendie du Reichstag dans la nuit du 27 au 28 février 1933 par un chômeur déséquilibré d’origine hollandaise, Marinus vand Der Lubbe, condamné à mort et décapité un an plus tard. Le geste criminel aurait d’être exploité par eux, afin de dénoncer un complot communiste et de déporter plusieurs dizaines de milliers de militants d’extrême gauche.

On pourrait aussi établir certains rapprochements avec l’assassinat du président John Kennedy, le 22 novembre 1963, par Lee Harvey Oswald. Dans cette obscure affaire, la CIA, le FBI, le vice-président Johnson, des réseaux criminels mafieux, des groupes d’extrême droite, des Cubains anticastristes, le complexe militaro-industriel, la franc-maçonnerie, l’Union soviétique ont été mis en cause, alors qu’officiellement on n’a pu mettre la main que sur un seul responsable.

Un autre rapprochement pourrait être fait encore la tentative d’assassinat du pape Jean-Paul II le 13 mai 1981 par le turc Mehmet Ali Ağca, énigmatique membre de l’organisation islamo-nationaliste Les Loups gris, derrière laquelle d’aucuns ont vu l’influence de la mafia ou plus vraisemblablement des services bulgares et du KGB.

À suivre…

Jean-Christian Petitfils
Historien et biographe

Docteur d’État en sciences politiques


Jean-Christian Petitfils, « L’assassinat d’Henri IV », dans Collectif, Henri IV, Le Premier Roi Bourbon : Actes de la XVIIIe session du Centre d’Études Historiques, Neuves-Maisons, CEH, 2011, p. 255-268.

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