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Amour divin, amour humain, amour conjugal, par Paul-Raymond du Lac

 

Le mot « amour » est dévoyé. Il a été dégradé au niveau animal du « sentiment », voire des passions qui vous prennent et qui devraient vous dominer, alors que normalement ce sont les puissances supérieures de l’âme, intelligence et volonté, qui devraient dominer…

 

L’amour, pourtant, se définit comme un acte de la volonté qui veut s’approprier une certaine fin, tout simplement.

Pas besoin de « sentir » ou « d’éprouver » des sentiments pour aimer.

Les passions sont certainement des aides précieuses, parfois nécessaires, pour passer d’un amour peu volontaire, à un amour de plus en plus élevé qui se fondent dans des actes posés par la volonté.

 

L’histoire permet de nous aider à comprendre cela : les mariages arrangés, voire diplomatiques qui réussissent, comme celui de la reine Marguerite et de Saint Louis, en sont une preuve : aucune passion au départ, aucun sentiment a priori, aucun discernement dans le choix par les intéressés… et pourtant cela marche !

 

Des personnes qui ne se connaissent pas, qui n’ont a priori aucune compatibilité d’humeurs, voire peut-être même des incompatibilités, arrivent pourtant à s’aimer : en terre chrétienne le mariage sacramentel, qui est un échange de consentement par les époux eux-mêmes (ils sont les agents du sacrement), rappelle bien que le mariage et l’amour conjugal sont avant tout une volonté d’une femme et d’un homme de s’unir pour propager l’espèce, s’aider mutuellement et se diriger ensemble vers Dieu. De nombreux succès de ce genre existent dans l’histoire. Là, pas de passions, et pourtant pas d’éclatement des couples en quelques années, bien au contraire…

 

Pourquoi cela fonctionne-t-il ? Car les deux amis conjugaux ont décidé de se diriger ensemble vers une même fin, Dieu en dernière instance. Et ensuite, la volonté de poser des actes pour le bien de la personne aimée, et de se sacrifier, fait le reste et construit peu à peu une amitié profonde.

 

Sans le Christ, des hommes peuvent-ils s’aimer véritablement ? Ils peuvent s’aimer d’amitié humaine, qui prend donc pour fin une autre fin que Dieu : l’autre pour l’autre, la gloire de la maison, la gloire de la patrie, le bien de l’autre (ce bien pouvant être élevé, mais n’étant pas le Dieu unitaire).

 

En ce sens l’amour païen peut arriver haut et loin, mais il sera toujours vain, car dirigé vers une fin qui n’est pas l’essentiel, qui n’est pas Jésus-Christ. Or, nous sommes faits pour aimer Dieu. Et en aimant Dieu, nous aimons le prochain.

 

Pire : l’amour purement humain, aussi naturel qu’il soit (et donc ordonné par Dieu afin de mieux nous apprendre à diriger notre amour vers Lui), comprend un danger majeur. Il peut donner l’illusion d’un bonheur terrestre, d’un confort social et politique, fort agréable certes, mais hautement dangereux puisque, sans Dieu, il conforte à ne pas chercher Dieu.

 

Les grandes civilisations païennes, dans un sens, sont arrivés si haut car ils ont su atteindre un développement important de cet amour humain, qui rend agréable la vie et motive les gens… Mais tout cela pour une fin qui n’est soit pas la bonne, soit pas l’essentielle.

 

Seul l’amour chrétien, qui se fonde en Dieu, et pose donc Dieu comme fin et comme premier moteur de l’amour humain, se sublime dans sa pure lumière.

Tout est dit dans l’évangile, dans la règle d’or suivante (qu’il faut lire aussi à la lumière de Saint Thomas d’Aquin) :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C’est là le plus grand et le premier commandement. Un second lui est égal : Tu aimeras ton proche comme toi-même. En ces deux commandements tient toute la Loi, et les Prophètes. » (Matthieu, 22, 37)

 

L’amour du prochain est une conséquence de l’amour de Dieu, et non pas l’inverse. L’amour de Dieu, la charité posée en actes et les dons de la grâce nous infusent au point d’élever l’amour humain à un amour divin. Le simple amour humain, sans Dieu, est comme toutes les réalités de la Création, tous les biens naturels : ils peuvent nous aider, par analogie, à comprendre quelque chose de Dieu, et de l’ordre voulu par Lui, mais rien de plus.

Les grands couples chrétiens, ou les grandes amitiés entre saints, se fondaient sur cette grande vérité : unis dans la Foi, dirigés vers une même fin ; cela nourrit l’amitié entre hommes.

Et là, pour la première fois depuis le péché originel, l’amour humain n’a plus rien de mondain.

 

Bien sûr, tous les aspects naturels, comme notre caractère et nos caractéristiques psychologiques, des données propres à chacune de nos âmes comme l’est pour notre corps notre taille, notre corpulence et autres, sont des dons de Dieu, pour nous aider.

 

Mais sachons qu’aucune apparente incompatibilité ni de taille, ni de corpulence, ni de caractères n’empêche une amitié véritablement chrétienne. Cela est pareil pour les incompatibilités psychologiques ou de caractères.

 

Alors aimons le bon Dieu.

Réformons-nous de l’intérieur et combattons le vieil homme.

Et par conséquent, aimons le prochain !

 

Et ne faisons pas l’inverse, comme le vieil homme qui, souvent par force, aime le prochain, s’il y arrive (car souvent c’est au fond un égoïsme détourné, ou une communauté d’intérêts plus ou moins nobles, mais toujours terrestre), et se perd dans un amour idolâtre.

 

Au moins, dans la France actuelle et le monde occidental apostat, ce genre d’amour humain « noble » devient quasiment inexistant, à commencer par le couple : toujours des égoïsmes en parallèle qui soit se percutent et explosent, soit évitent de s’accrocher et se complaisent dans l’octroi de plaisirs réciproques – pour résumer.

Au niveau politique non plus, rien de rose : plus même d’harmonie de façade, si ce n’est le « pas de vague », tout se désagrège et tombe en désordre. L’antique amitié politique n’existe plus depuis longtemps.

 

Dans certaine société païenne bien constituée, « l’harmonie politique » et « l’amour humain », forcément horizontal d’ailleurs, sont presque des malédictions car elles sont mondaines et enferment chacun dans un confort si humain, et si centré sur l’humain naturel, l’homme naturel, que Dieu et sa vérité glissent sur ces âmes comme de l’huile toujours rejetée à la surface quand elle essaie de pénétrer dans l’eau. Seule la transmutation de cette eau en huile enfante des âmes au ciel.

L’humanisme, en ce sens, a été une véritable résurrection du paganisme, par des procédés tout à fait subtils car plaisants, même pour les parts les plus élevées de notre nature…

Et en monde chrétien, dans le mariage chrétien, dans l’amitié chrétienne, dès le départ, si Dieu veut, nous remplissons notre âme de l’amour divin, qui tout autant devient un amour humain divinisé. Bien sûr, le vieil homme étant toujours là, de l’eau peut rester ici et là, mais les grands amours chrétiens montrent soit un départ dans le Seigneur pour arriver au Seigneur, soit une longue sanctification pour tout tourner vers Dieu, seul moyen, d’ailleurs d’obtenir un amour véritable de son prochain, même si cela n’est pas la fin en soi, mais une simple conséquence.

 

Soit dit en passant, cela explique aussi comment nous pouvons aimer nos ennemis, qui peuvent nous répugner au plus haut point, a priori : puisque l’amour est un acte de volonté, il suffit de décider d’aimer son ennemi, et le traduire en actes tangibles.

 

De même, d’ailleurs, que le méchant peut décider d’aimer ce qui est a priori le plus haïssable : vices, diables, etc. Comme il décide d’ailleurs de se détourner de ce qui est normalement le plus aimable, Dieu. Comme quoi, l’amour est une affaire de volonté avant tout (et donc d’actes posés).

 

Et cela n’est pas du volontarisme, puisque notre réalité psychologique et corporelle, bien là, bien réel, qui nous caractérise aussi comme individu, ne nous détermine pas dans cet acte d’amour : si on sait qu’il faut aimer Dieu (et c’est un commandement divin), et bien on le fera, que ce soit avec ou contre nos passions et nos caractères !

Et l’amour humain illustre ce travail : dans le mariage, l’accomplissement de son devoir d’état qui incarne l’amour de son conjoint dans des actes et des sacrifices, remplit de joie et concrétise l’amour conjugal. Ce devoir est accompli quel que soit la contrariété de nos passions et de nos caractères ! Heureusement, le bon Dieu étant bon, tout nous est donné pour un bien, et il arrive souvent que nos caractères et passions nous aident, et quand ils ne nous aident pas, car cela arrive aussi, c’est justement pour nous donner l’occasion de poser un acte d’amour encore plus grand !

 

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France

Paul-Raymond du Lac

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