Le prince du Sang Henri d’Orléans prend acte de son statut de cadet et ajoute une brisure à ses armes

Quelques jours avant Noël, une annonce singulière est parue sur le blog d’un Prince du Sang de la branche cadette, M. d’Orléans qui a la fantaisie de se faire appeler « Comte de Paris ». Ce prince, 73e dans l’ordre de succession à la couronne de France, se déclarant chef de la Maison de France, prenant acte des révélations faites à Sainte Marguerite-Marie Alacoque en juin 1689, a décidé de consacrer la France au Sacré Cœur de Jésus, et d’introduire le Sacré-Cœur dans les armoiries des Rois de France[1].

C’est là  une chose bien singulière.

Remarquons tout d’abord que n’étant pas le chef de la Maison de France, il n’est pas le Roi titulaire de France et n’a donc aucun pouvoir – si tant est que le Roi lui-même puisse en avoir là-dessus, ce qui n’est pas le cas – pour modifier les armes des Rois de France. Mais il y a bien pire. Le descendant du régicide Philippe Égalité et de l’usurpateur Louis-Philippe relève-t-il par ce geste l’indignité de pareils ancêtres ?  Non ! Cette consécration au Sacré-Cœur est même une honte absolue et pas seulement parce que son auteur n’est pas le successeur des Rois de France. Non ! C’est surtout parce qu’il est le descendant d’Égalité, celui-là même qui donna Louis XVI à la guillotine par son vote régicide, que cette consécration est un scandale et même un blasphème. Car enfin ne sait-il donc pas ce petit-fils d’Égalité, que le Roi Martyr a consacré la France au Sacré-Cœur de Jésus entre le printemps 1791 et l’été 1792 ? Le texte de cette consécration a été conservé par le Bienheureux Père François-Louis Hébert, supérieur général des Eudistes et confesseur du Roi, il a été confirmé par deux apparitions aux XIXe et XXe siècle[2]. Ainsi, les Orléans, après avoir envoyé Louis XVI au martyre, nient son vœux, rejettent l’attestation de la consécration qu’il fit de la France au Sacré-Cœur par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même puis son affirmation par Notre-Dame de Fatima, et usurpant la place du Fils aîné, violent le commandement divin : « Tu ne convoiteras pas la maison de son prochain » Ex., 20, 17, et trompent les hommes par une consécration frauduleuse et blasphématoire.

Remarquons ensuite que ce prince qui se veut pieux, ne sait pas lire les demandes adressées par le Sacré-Cœur. Il ne sait pas les dater non plus.

Voilà ce que déclare M. d’Orléans : « Prions Sainte Marguerite Marie qui en 1675 demandait au Roi Louis XIV, mal conseillé, de consacrer la France au Cœur Sacré de Jésus, car c’est au centre de ce Cœur Sacré que se forgent nos destinées. »

Si Sainte Marguerite-Marie a bien reçu des apparitions du Christ en 1675, le message qui devait être adressé au Roi Louis XIV date de 1689, il fut transcrit par la Sainte dans une lettre en date du 17 juin 1689. D’ailleurs, il n’est à aucun moment supposé que le Grand Roi aurait été mal conseillé. Il semblerait d’ailleurs qu’il n’a jamais reçu ce message[3]. Il semble donc inadmissible qu’un prince qui n’est pas un descendant agnatique de Louis XIV et qui n’est pas l’aîné des Capétiens puisse s’autoriser à critiquer ce Roi d’une façon aussi peu sérieuse. Traiter le Père de La Chaise de mauvais conseiller est absolument honteux pour un catholique, c’est d’autant plus consternant que le propos vient d’un prince chrétien. Nul n’a jamais mis en cause la qualité des conseils de Colbert, de Louvois, de Lionne, de Vauban ou de Torcy. Nul, sauf les partisans de la branche d’Orléans puisque les avis de Louis XIV et de ses ministres sur le Traité d’Utrecht, la valeur des renonciations et les Lois Fondamentales du Royaume ne vont pas dans leur sens.

Relisons Sainte Marguerite-Marie. Dans la lettre numéro 100 – lettre qui ne porte pas de date mais qui fut écrite après le 17 juin 1689 – , après lui avoir décrit les grâces que la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus fera pleuvoir sur l’Ordre de la Visitation, sainte Marguerite-Marie confie ceci à la Révérende Mère de Saumaise, supérieure du monastère de Dijon :

« Mais Il ne veut pas s’en arrêter là : Il a encore de plus grands desseins qui ne peuvent être exécutés que par Sa toute-puissance qui peut tout ce qu’elle veut. Il désire donc, ce me semble, entrer avec pompe et magnificence dans la maison des princes et des rois, pour y être honoré autant qu’il y a été outragé, méprisé et humilié en Sa Passion, et qu’Il reçoive autant de plaisir de voir les grands de la terre abaissés et humiliés devant Lui, comme Il a senti d’amertume de Se voir anéanti à leurs pieds. Et voici les paroles que j’entendis au sujet de notre Roi : « Fais savoir au fils aîné de Mon Sacré-Coeur, que, comme sa naissance temporelle a été obtenue par la dévotion aux mérites de Ma sainte Enfance, de même il obtiendra sa naissance de grâce et de gloire éternelle par la consécration qu’il fera de lui-même à Mon Coeur adorable, qui veut triompher du sien, et par son entremise de celui des grands de la terre. Il veut régner dans son palais, être peint dans ses étendards et gravé dans ses armes, pour les rendre victorieuses de tous ses ennemis, en abattant à ses pieds ces têtes orgueilleuses et superbes, pour le rendre triomphant de tous les ennemis de la sainte Eglise »[4]

Si on lit bien ce texte, on comprend que si la France est la fille aînée de l’Eglise, le chef de la dynastie participe à son droit d’aînesse et donc, Notre-Seigneur Lui-même, à Paray-le-Monial, a daigné l’appeler son fils aîné. C’est donc déjà prendre une liberté exorbitante que de s’emparer de cette parole « Fais savoir au fils aîné de Mon Sacré-Cœur », donc « Va dire à mon fils aîné » pour en conclure qu’il faut se diriger vers le 73e Prince du Sang issu d’une branche cadette. Car enfin, même en ayant de la sympathie pour M. d’Orléans, il ne peut pas prétendre être l’aîné des descendants d’Henri IV.

Deuxièmement, on ne voit pas bien pourquoi, comme certains illuminés et autres imposteurs, M. d’Orléans comprend ici le mot « armes » au sens héraldique du terme. Puisque cette demande viendrait de Notre-Seigneur Lui-même, il serait absurde qu’il fasse passer les armoiries après les étendards de guerre. Rappelons bien qu’il ne s’agit en aucun cas du fameux drapeau blanc, mais des étendards des régiments du Roi. Certes ils sont tous composés autour d’une croix blanche, mais cette composition est le résultat d’une volonté humaine et de contingences terrestres. Or selon la légende illustrée dans le livre d’heures de Bedford, c’est Dieu Lui-même, par l’intermédiaire d’un ange, qui ordonne à Sainte Clotilde de faire adopter l’azur et les lys d’or à son époux Clovis. Comment des armoiries accordées par le Père pourraient-elles être ainsi modifiées par le Fils ? N’est-ce pas supposer que l’œuvre du Père serait imparfaite ? N’est-ce pas nier l’unité de Dieu ?   N’est-ce pas supposer qu’en réaction aux turpitudes des hommes, Dieu changerait d’avis ? Ne sont-ce pas là des idées anathèmes ? En effet, la compréhension erronée du message de Sainte Marguerite-Marie équivaut à nier la parole du Christ : « Le Père et moi, nous sommes un. » Jean, 10-30.

Non, M. d’Orléans, les armes dont il est question ne sont pas les armoiries de la France et de ses rois, ce sont les armes de guerre au-dessus desquelles flottaient les étendards royaux. Sans doute même faut-il comprendre les canons, dont les moules étaient gravées de symboles (le soleil pour Louis XIV) quand ils n’étaient pas gravés directement. Remplacer le Soleil, symbole personnel, par le Sacré-Cœur, symbole divin, sur les armes qui devaient abattre les ennemis de l’Église et donc les ennemis de Dieu, voilà ce qui aurait été demandé par Notre-Seigneur par l’intermédiaire de Sainte Marguerite-Marie.

(A suivre)

Louis de Lauban

[1] Dans sa prière de « consécration », M. d’Orléans déclare : Prions Sainte Marguerite Marie qui en 1675 demandait au Roi Louis XIV, mal conseillé, de consacrer la France au Cœur Sacré de Jésus, car c’est au centre de ce Cœur Sacré que se forgent nos destinées. » S’il ne fait plus ensuite mention de Sainte Marguerite-Marie, la référence est toutefois absolument évidente. Nous verrons dans un autre article que ses partisans ne s’y trompent pas.

[2] http://leblogdumesnil.unblog.fr/2011/01/20/2011-7-voeu-par-lequel-louis-xvi-a-devoue-sa-personne-sa-famille-et-tout-son-royaume-au-sacre-coeur-de-jesus/

[3] Cf. Cardinal Billot, Figaro du 4 mai 1918. A ce propos ont lira avec profit le texte disponible ici ; http://leblogdumesnil.unblog.fr/2013/09/04/2013-67-du-375e-anniversaire-de-la-naissance-de-louis-xiv-et-de-son-pretendu-refus-dobtemperer-aux-demandes-du-sacre-coeur/ La conclusion qui s’impose souligne la témérité et l’injustice du propos de M. d’Orléans : « En l’absence de toute preuve, de tout document, de tout indice, il est donc absolument impossible – et véritablement injuste – d’affirmer de manière catégorique que Sa Majesté le Roi Louis XIV aurait refusé d’obtempérer aux demandes du Sacré-Coeur ! En outre, il faut bien se garder de pécher par anachronisme : aux catholiques fervents du XXIe siècle il est bien facile d’avoir confiance dans les révélations de Sainte Marguerite-Marie, puisque cette dernière a été béatifiée par Pie IX, canonisée par Benoît XV, et que le culte du Sacré-Coeur – tel qu’il a été demandé par Notre-Seigneur par l’intermédiaire de la sainte Visitandine – a été pleinement authentifiée par l’Eglise. Mais en 1689, ni le Père de La Chaise, ni Sa Majesté le Roi Louis XIV n’avaient ces garanties. En admettant que l’un et l’autre aient connu la lettre 107 de la Soeur Marguerite-Marie Alacoque – car, redisons-le, nous sommes là dans le royaume des « si » – , qu’est-ce qui leur permettait d’être certains de la vérité des voies mystiques de la moniale et de l’authenticité surnaturelle de ces demandes ? »

[4] Cf. http://confrerieroyale.blogspot.com/2017/06/17-juin.html et http://leblogdumesnil.unblog.fr/tag/mere-de-saumaise/

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