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Face aux clercs – le cas de Jeanne d’Arc, par Antoine Michel

Nous trouvons dans un bel ouvrage du Père Calmel, « Les mystères du royaume de
la Grâce » ,cette prière de Jeanne d’Arc que les greffiers ont laissé dans les
minutes :

« Très doux Dieu, au nom de votre sainte Passion, je vous requiers, si vous
m’aimez, que vous me révéliez ce que je dois faire avec ces gens d’Eglise. »

La sainte Pucelle n’a pas fini de nous édifier, en particulier sur le véritable devoir
d’obéissance : tout faire en Dieu, et pour sa volonté. « Votre Volonté, par la
mienne », et encore :« Faites-moi la grâce d’accomplir Votre Volonté et non la mienne ».
Jeanne se retrouve devant ses persécuteurs et condamnateurs, qui sont des
hommes d’Eglise : imaginez combien cela devait être terrible moralement. Sa
situation est familière, par de nombreux aspects, avec ce qui peut se produire
aujourd’hui dans notre monde contemporain…
Comment résister tout en étant sûr de ne pas désobéir ? Comment savoir si une
légitime résistance n’est pas empreinte d’amour propre ? Ou cache un fond d’orgueil
caché ? Tout chrétien de bonne volonté ne peut pas ne pas se poser ces questions
quand il est confronté à une situation délicate.
Et cela est aussi vrai de tout temps : là où il y a des hommes il y a de l’hommerie,
comme disait saint François de Sales. Nous avons tous nos défauts, les clercs
compris, et nous avons tous la blessure du péché originel, les clercs compris.

Alors Jeanne d’Arc nous montre le chemin : elle cherche d’abord la Volonté de Dieu
– contre sa volonté propre si on peut dire – et seulement celle-ci.
Ensuite, et on aime cette simplicité forte de la Pucelle, elle « requiert » de Dieu !
Cela pourrait sembler un peu éhonté, et pourtant. Pure comme elle était, elle savait
que ce qu’elle demande est légitime (faire la Volonté de Dieu) et que le bon Dieu
pourvoiera, car justement elle affirme aussi que cette Volonté passe par la Croix,
pour bien confirmer qu’elle ne cherche pas sa volonté propre ni à faire semblant en
se cachant derrière une fausse compréhension de justifier des mouvements qui
viendraient de son propre fond.
Elle requiert encore, car elle sait aussi que si sa demande est empreinte de
d’obstacles, de défauts ou d’amour propre, Dieu n’y répondra pas favorablement, ce
qui ne peut que l’encourager à se mortifier plus, et à s’abandonner plus.
Alors oui, disons souvent cette prière et mettons-nous dans cet esprit fort et humble
de Jeanne d’Arc !
Nous n’avons néanmoins pas tous la chance d’avoir sa sainteté, donc en pratique
comment faire ?

Suivons en la matière les bons conseils d’un autre saint : saint Louis, qui avait
beaucoup à faire avec les clercs comme Roi Très Chrétien, et pas le moindre.
Comme de tout temps l’homme est humain, et donc il a dû expérimenter tout ce
qu’on peut imaginer dans ses relations avec le clergé. Que recommande-t-il à son
fils et successeur, conseils que nous devons reprendre à notre compte à notre
humble niveau comme fils spirituels de ce grand sain ?
Nous omettons volontairement les questions érudites sur la traduction ou sur les
sources : dans tous les cas l’esprit est lumineux et le message ne fait aucun doute :

« Ne souffre d’aucune manière des paroles qui tournent contre Notre Seigneur,
Notre-Dame ou des saints sans que tu prennes vengeance, et si le coupable est un
clerc ou une grande personne que tu n’as pas le droit de punir, rapporte la chose à
celui qui peut le punir.  »

Pas de compromis avec l’honneur de Dieu, quelque soit celui qui l’atteint, mais avec
le respect de la hiérarchie ecclésiastique quand même. Messire Dieu premier servi,
avec toutes les exigences de justice qui en découlent.
Et ensuite honorons toujours les clercs, même quand ils font du tort qui ne va
directement contre la Foi, la Vérité ou l’honneur de Dieu :

« Sois bien diligent de protéger dans tes domaines toutes sortes de gens, surtout les
gens de sainte Église ; défends qu’on ne leur fasse tort ni violence en leurs
personnes ou en leurs biens. Et je veux te rappeler ici une parole que dit le roi
Philippe, mon aïeul, comme quelqu’un de son conseil m’a dit l’avoir entendue. Le roi
était un jour avec son conseil privé-comme l’était aussi celui qui m’a parlé de la
chose- et quelques membres de son conseil lui disaient que les clercs lui faisaient
grand tort et que l’on se demandait avec étonnement comment il le supportait. Et il
répondit : «  Je crois bien qu’ils me font grand tort ; mais, quand je pense aux
honneurs que Notre Seigneur me fait, je préfère de beaucoup souffrir mon
dommage, que faire chose par laquelle il arrive esclandre entre moi et sainte Église.
» Je te rappelle ceci pour que tu ne sois pas trop dispos à croire autrui contre les
personnes de sainte Église. Tu dois donc les honorer et les protéger afin qu’elles
puissent faire le service de Notre Seigneur en paix. »

Il faut enfin faire œuvre de paix, mais de véritable paix, pas de cette fausse paix libérale
et moderne qui n’est rien d’autre qu’une capitulation. Soyons nous-même forts et
utilisons cette justice ! Travaillons comme l’on peut en tout cas à la
véritable paix et concorde entre les clercs :

« Cher fils, je t’enseigne que les guerres et les luttes qui seront en ta terre ou entre
tes hommes, que tu te donnes la peine, autant que tu le pourras, de les apaiser, car
c’est une chose qui plaît beaucoup à Notre Seigneur. Et Monsieur saint Martin nous
en a donné un très grand exemple car, au moment où il savait par Notre Seigneur
qu’il devait mourir, il est allé faire la paix entre les clercs de son archevêché, et il lui a
semblé en le faisant qu’il mettait bonne fin à sa vie. »

Ce ne sont que quelques indications, mais elles permettent d’y voir plus clair sur
l’esprit général, qu’il faut appliquer à chaque circonstance.
Evidemmentn quand les plus hautes autorités tant politiques qu’ecclésiales
commencent à punir les bons et encourager les mauvais, le désordre profond
rend difficile l’application à la lettre de saint Louis, et il faut adapter à notre état de
nécessité pour trouver une juste résistance.

Saint Louis, priez pour nous.
Sainte Jeanne d’Arc, priez pour nous,
Saint François de Sales, priez pour nous.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France,
Antoine Michel

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