IdéesPoints de vue

Priez pour les auteurs

Saint Bernard, comme tout bon saint, a toujours peur de faire passer sa volonté
propre avant la volonté de Dieu, même pour des bonnes œuvres, et surtout à
l’occasion des bonnes œuvres, pour lesquelles la volonté propre peut très
subtilement – d’une subtilité qui dépasse le commun – prendre la pas sur la volonté
divine et gâcher de nombreux mérites.
Voici ce qu’il dit au début de son ouvrage  Degrés de l’humilité , qui élabore un
petit traité sur l’humilité à partir de la règle de saint Benoît. Un ami moine lui a fait
cette commande (ce n’est déjà pas son propre mouvement qui commande la
rédaction), mais il existe quand même à écrire par crainte de se laisser à sa volonté
propre. Il se rend bien compte en même temps que se réfugier dans le simple
silence peut aussi rapidement devenir une lâcheté, en particulier quand on avait
l’influence et la stature de saint Bernard, écouté par de nombreux grands. Voici ce
qu’il dit :

« Et comme je voyais qu’aucun des deux chemins n’était sûr et qu’il me fallait
pourtant emprunter l’un ou l’autre, j’ai préféré partager avec toi le fruit hypothétique
de mes propos, plutôt que de ne penser qu’à ma sécurité en trouvant refuge dans le
silence. Et voici en même temps où je mettais mon assurance : s’il m’arrivait, par
hasard, d’exprimer des pensées qui méritent ton approbation, je pourrais grâce à tes
prières ne pas céder à l’orgueil; mais si, inversement – et c’est là plutôt mon avis -, je
ne produisais rien qui fût à la hauteur de ton attente, je n’aurais absolument aucun
motif de céder à l’orgueil. »

C’est très bien dit. Il demande d’abord à ses lecteurs de prier pour qu’il ne tombe
pas dans l’orgueil, si ce qu’il écrit est bon et fait du bien. Et si ce qu’il écrit est
mauvais, il aura honte et cela mortifiera son orgueil.
Alors il n’y a pas à balancer : faire du bien par une bonne production au risque de
l’orgueil (et si on prie et que l’on reçoit des prières cela devrait se passer bien), ou se
faire du bien en mortifiant son orgueil par les critiques que ne manqueraient de
produire une mauvaise œuvre ou des erreurs.
Tout est dit : quand on a quelque chose à dire il ne faut pas trop être scrupuleux,
l’important est de recevoir des prières, de rester humble et de penser à faire du bien.

Alors, lecteurs, priez pour nous, et pour tout ceux qui se risquent à cet exercice au
fond désagréable, car si facilement sujet à l’orgueil !

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Antoine Michel

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