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L’entreprise n’est pas une famille

Certains dirigeants d’entreprise se vantent, ou se rassurent, en faisant croire que
telle entreprise serait comme une famille. Elle ne l’est malheureusement jamais.
L’entreprise, au mieux, peut être une équipe de foot qui marche et qui gagne, mais
qui ne se gêne pas, pour gagner, de changer les joueurs au gré des performances.
Une famille, elle, doit aussi « gagner » : par l’éducation vertueuse des enfants, la
sanctification de toute la famille et l’honneur du nom signifiant une famille qui réussit
par-delà les générations et sur de nombreuses générations. Cependant, par définition, le
cœur de la famille est le lien du sang, et donc on ne choisit pas ses membres, et on
ne peut pas virer ni son conjoint, ni ses parents, ni ses enfants. On fait avec ce que
le bon Dieu nous donne. La famille non catholique, d’ailleurs, s’entache du péché
originel et va tordre l’institution pour prendre des aspects d’entreprise, en
contournant le sang par la polygamie, la répudiation, le pouvoir de déshériter, ou
d’adopter, tout cela dans des mesures plus ou moins grandes et différentes, sans
jamais abandonner complétement le sang, puisque c’est la famille telle que Dieu l’a
fait.
L’entreprise peut être « agréable » avec une bonne ambiance, quand les choses
marchent bien, un peu justement comme dans un club avec des gens qui peuvent
avoir des intérêts communs (dans tous les sens d’ »intérêt »). Là encore, rien à voir avec
une famille, qui n’est pas une bande de « potes », ni des passionnés ensemble qui
pratiquent leur « hobby », ni non plus une armée en marche ou un équipage de
bateau. Une famille où l’ambiance se dégrade reste une famille, et il faut faire avec.
Le bien commun est appelé à primer sous le mouvement puissant de l’institution
naturelle qu’implique les liens du sang et l’autorité donnée par Dieu. L’entreprise où
l’ambiance se dégrade voit ses employés s’enfuir, se défaire, pourquoi pas des
procès se déclarer, etc. Le monde moderne, qui a détruit la famille, a introduit la
possibilité de fuir la famille par le divorce, et a introduit le procès partout. Si
l’entreprise devait ressembler aujourd’hui une famille, alors cela voudrait simplement
dire que la famille est devenue une entreprise, et qu’elle disparaît en ce qui la rend
véritablement une famille.
La famille peut bien sûr participer de certains aspects de ces différentes sociétés : le
lien familial porte facilement jusqu’à une solidarité impliquant la survie des membres
(comme une armée au combat ou un équipage d’un bateau des anciens temps), une
hiérarchie claire et absolue (venant de Dieu) – mais naturelle et non pas artificielle,
l’émulation d’une équipe quelconque et la nécessité de créer des intérêts communs
(chants, jeux, etc).
Une entreprise n’est au fond qu’une bande de mercenaires payés – et ce n’est pas
une critique, car pour certaines activités, en particulier matérielles et temporelles, ce
format marche très bien pour accomplir des choses nécessaires. « L’amitié » en
entreprise tend à ne rester qu’au niveau de la concupiscence – l’intérêt – et on
l’encourage à ne rester que là : le jour où dans une entreprise les salaires ne sont

plus payés, combien resteront ? La réponse est évidente. Comme une armée liée
non par l’honneur mais par l’argent : qu’elle commence à perdre, et le mercenaire
aura vite choisi entre sa vie et un salaire.
Une famille au contraire qui devient pauvre se serre les coudes, et continue sa vie
familiale. Des exemples nombreux de ces familles qui ont pu donner des saints
parsèment notre histoire catholique.
La famille qui se perfectionne en tant que famille rayonnera d’ailleurs cet esprit familial qui
va au-delà de l’intérêt, qui passe par l’honneur et la charité, avec des fins plus
hautes que les sociétés artificielles. Elle rayonne par sa domesticité : pensons à tous
ces valets de théâtre, fidèles de père en fils à leurs maîtres, même s’ils sont libres
de prendre leur congé n’importe quand. Cette domesticité n’existe presque plus,
puisque l’esprit familial est battu en brèche.
Les familles s’allient entre elles à travers le mariage et permettent la paix dans la
société. Dans le monde catholique, ces alliances sont aussi indissolubles que les
mariages, et permettent de plus facilement régler un conflit du fait de ces liens.
Des entreprises qui fusionnent ou s’acquièrent les unes les autres sont toujours une
histoire de gros sous, avec l’un qui mange l’autre – et même quand c’est une
alliance censée être équitable, le lien est plus que faible, et on peut vite revendre, se
séparer etc (pensons à l’Alliance Renaut-Nissan, qui a fait long feu…).
Alors oui, c’est certain, l’entreprise n’est jamais une famille. Si l’entreprise est
familiale et participe d’un esprit familial, c’est tout dû à une famille qui étend son
esprit, mais jamais à l’aspect d’entreprise, qui n’est qu’instrumental.
Et ici je ne parle même pas de l’idéologie rampante libérale qui s’est introduite dans
l’entreprise mondialisée, dans le « management » moderne, dans ce cynisme élevé
en science du « risque » ; je considère encore, si cela existe, l’entreprise comme un
simple instrument légal rassemblant des hommes pour accomplir un objectif, qui est
essentiellement économique et matériel.

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul-Raymond du Lac

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