Sans l’empereur, pas de Pie X !
Saint Pie X fut LE grand pape du vingtième siècle, porté sur les autels pour avoir permis à l’Eglise de prospérer et briller dans le monde apostat et obscur des révolutions et de la modernité galopante. Il fut le pape qui a refoulé en particulier le libéralisme catholique, et qui a permis, en pratique, de retarder le funeste Concile d’un demi-siècle. Car sans saint Pie X, il est probable que Vatican II aurait eut lieu déjà bien avant, dans une situation certainement encore moins favorable à la Foi et aux mœurs, quand toutes les grandes dictatures et guerres allaient éclater…
Il est bien connu que le favori du conclave, qui finalement élira saint Pie X était le cardinal Rampolla, de très malheureuse mémoire. Cardinal libéral et progressiste avant l’heure, il aurait été à tout le moins un cardinal Bergoglio de l’époque, toutes choses égales par ailleurs. Et de fait, ce personnage intriguant et puissant avait été élu par le conclave… C’était sans compter « l’exclusive » de l’empereur d’Autriche-Hongrie !
Ce vieux privilège médiéval faisait en effet que l’empereur d’Autriche-Hongrie – et en son temps, le Roi Très Chrétien – pouvait poser son veto à l’élection d’un pape par le conclave. Dans cette configuration, le conclave devait voter de nouveau jusqu’à trouver un autre candidat.
Et grâce à Dieu, le choix s’est porté sur le cardinal Sarto, notre bon saint Pie X !
Sans le soutien précieux du temporel, nous n’aurions pas eu le meilleur des papes postrévolutionnaires jusqu’à ce jour ! Et la Tradition et la Foi auraient été atteints bien plus tôt !
Inversement, du fait de la dissolution de l’empire d’Autriche-Hongrie après la première guerre mondiale, le dernier bastion puissant du catholicisme est tombé. Le Roi Très-Chrétien, ni l’Empereur ne peuvent plus rien dire dans l’Eglise puisqu’ils ne sont plus sur leurs trônes.
Les clercs sont laissés à eux-mêmes, et les conclaves aussi.
Nous avons eu le concile Vatican II, et les conclaves élisent sans plus aucun avis extra-clérical, certainement pas pour le meilleur.
Ce petit fait met en lumière un aspect primordial de la crise de l’Eglise contemporaine. Il s’agit du déséquilibre profond qu’a créé la Révolution entre le temporel et le spirituel, et qui éclate finalement au vingtième siècle quand il n’existe plus du tout de puissances catholiques, quand la Chrétienté a disparu en pratique…
L’Eglise et l’Etat sont deux communautés parfaites et donc se suffisant à elles-mêmes, mais comme tout homme doit être membre des deux – et en chrétienté on l’est en effet -, le temporel et le spirituel sont toujours mêlés, se soutiennent et s’aident mutuellement. Avec chacun des prérogatives distinctes. Si le but ultime est le même – la gloire de Dieu et le salut des âmes – seule l’Eglise en fournit les moyens avec les Sacrements.
Il est normal qu’un Roi Très Chrétien ait son mot à dire dans l’élection du pape, puisque cela va influencer non seulement le temporel, mais surtout tout cet octroi des sacrements et du combat pour la Foi.
D’aucuns, dont des clercs, aimeraient voir l’histoire de l’Eglise comme l’affirmation progressive et continue d’une « libération » de l’Eglise de l’emprise du temporel (réforme grégorienne, etc). Cette vision est très simpliste. A part quelques exceptions, il a toujours été admis et normal de la part des papes et des évêques de l’implication et de l’action des puissances temporelles dans la marche de l’Eglise, et sur certains points dans son gouvernement (en matière de choix de ses princes, et du vicaire du Christ). Nous pourrions aujourd’hui dire que depuis la disparition de la Chrétienté, au contraire, l’Eglise a été enfin libérée de toute emprise temporelle – si l’on voit le monde dans ce sens de la complète indépendance de l’Eglise face au temporel : pour des résultats qui sont en pratique catastrophiques…
La pensée moderne croit avoir progressé : c’est le contraire, elle est décadente, et comme toute pensée décadente, elle devient simpliste. Cela influence forcément tous et tout le monde, comme cette pensée gouverne aujourd’hui le monde, mais aussi, malheureusement, les clercs, en particulier dans ses plus hauts grades. La disparition de la puissance temporelle arrange bien les papes modernistes qui peuvent entretenir une papolâtrie bien pratique pour faire avancer le libéralisme. Au niveau même des abbés traditionnels, la disparition de laïcs influents et de seigneurs peut installer une confortable situation de toute-puissance pastorale – mais terrible pour l’apostolat- envers les brebis qui ont profondément la Foi, mais qui n’ont plus aucun caractère. Les moutons de Panurge n’existent pas que du côté conciliaire…
Les grandes missions de l’Eglise dans l’histoire ont souvent, si ce n’est toujours, été soutenues par le temporel (Espagne, Portugal dans les missions en Amérique du Sud). Les conversions des Princes entraînaient leurs populations et permettaient la floraison de la chrétienté (Clovis pour ses Francs, tel seigneur féodal au Japon, tel roi aux Philippines, les rois des temps barbares en Europe).
Nous sommes corps et âme, et nous sommes temporels et spirituels, on peut distinguer mais ni séparer ni compartimenter les deux.
Nous voulons restaurer une chrétienté, pour cela il faut restaurer la chrétienté dans son intégralité, qui implique la restauration de la foi catholique intégrale – le combat de la Tradition et des traditionalistes-, et la restauration d’un ordre social catholique intégral – le combat légitimiste-, mais encore la restauration intégrale de la saine relation entre temporel et spirituel.
Ce troisième pilier est aujourd’hui oublié, si ce n’est ignoré par presque tous les acteurs de la restauration. C’est dommage, et dommageable.
Les légitimistes sont peut-être les mieux placés pour aussi parler de cela, ainsi que les clercs qui ont cette conscience politique.
Que Dieu nous aide dans le combat !
Hauts les cœurs !
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France,
Paul-Raymond du Lac
