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Vive la corrida !

La course de « toros » incarne une culture anti-moderne dont l’existence encore actuelle
reste une sorte de miracle permanent.
La course de taureau incarne en effet des valeurs très chrétiennes et très viriles, tout en
exposant un véritable amour de la bête telle qu’elle est – le taureau de combat est né pour
combattre (lui, l’herbivore qui se bat à mort dans la nature jusqu’à achever son
adversaire, lui qui, blessé, redouble d’agressivité ; il fallait bien Dieu pour créer pour
l’homme une telle créature !).

La course de taureau manifeste d’abord la mort dans ce monde contemporain qui la
redoute tant et qui fait tout pour l’effacer partout de l’espace public : son effacement
n’étant que proportionnel à la morbidité délétère d’une société qui tue à tour de
bras les bébés, et bientôt les vieux et les malades par l’assassinat légal – maquillé
sous les doux vocables d’avortement et d’euthanasie.
La course de taureau, elle, expose une mort virile et assumée dans la réalisation d’une
nature créée par le bon Dieu. Le taureau est abattu par le matador, qui prend à chaque
fois un grand risque au moment du dernier duel, puisqu’il doit découvrir son corps
aux cornes de l’animal, qui ont d’autant plus de chance de l’attraper et de le transpercer qu’il
aura été moins courageux auparavant et aura moins bien « toréer » le taureau. Estoqué, le
toro montre toute sa valeur dans sa dernière bravoure qui vient accomplir ce combat
incroyable d’une bête de 600 ou 700kg, tout de muscles et de cornes, avec un
imberbe humain de 60 ou 70kg, qui au moindre contact vole dans les airs et se fait
transpercer aussi facilement qu’un beurre un peu échaudé…
La fougue brute du taureau des premières minutes laisse progressivement la place, au
moyen de capes et de muletas, au duel sans contact et ralenti du puissant noiraud à
la crevette glabre. Il faut le voir pour le croire !
La course de taureau est toujours une surprise, car chaque taureau, ayant bien cette même
nature de brave animal violent et fougueux qui, avec le talent de l’intelligence
humaine couplé à son courage qui maîtrise la peur native de l’homme face à une bête
qui peut le dépecer en une fraction de secondes, se soumettra à l’homme, tant que
ce courage est là, dans un duel qui reste toujours un combat, et dans une
soumission qui n’est que fragile et dépendante du courage viril de l’homme
intelligent, qui ordonne le taureau à sa mort noble, tant que lui-même se soumet à la
nature de ce taureau, et à la noblesse des règles du combat.
Il faut en effet, pour toréer, se forcer à faire la chose la plus contre-intuitive pour tout
homme normalement constitué : se placer entre les cornes du « toro », se découvrir, et
appeler le taureau ensuite avec la cape ; à chaque fois le taureau, au lieu d’aller droit et de
massacrer le matador, dévie vers la cape ! Cela ne s’invente pas, il fallait Dieu pour
le créer ainsi, pour l’homme, et pour la course.

Et malgré cette nature commune, chaque « toro » singulier est unique, tant
physiquement que moralement, et chaque combat est ainsi unique et plein
d’imprévus, demandant au matador d’ajuster les principes aux circonstances
particulières et d’ainsi toujours exercer sa prudence…sinon c’est le gâchis, sinon
c’est la blessure, sinon c’est la mort.
Le public se nourrit de ce combat, et rappelle que l’homme est une créature
politique : l’homme seul ne peut rien et ne fait rien. L’homme soumis à Dieu fait tout,
mais il reste toujours inclus dans une société. La société de la course est la garantie
pour le matador de se forcer à soumettre sa crainte et sa terreur à sa raison, en
aiguillant son honneur, puisqu’il est à chaque fois en jeu, tout en se détachant des
choses du monde. Et le bon combat sera récompensé, comme le mauvais combat
hué. Il est toujours impressionnant de constater comment, lors des moments tendus,
suprêmes, le silence des arènes est total même s’il y a plusieurs dizaines de milliers
de personnes… Nous sommes loin d’une foule, mais bien d’une course organisée :
des matadors avec leur équipage, des alguazils qui prennent ordre du président et
de ses assesseurs, une tribune d’honneur – avec le Roi à Madrid, et le public, qui a
son mot à dire dans les récompenses, mais ce n’est que consultatif bien sûr, et il n’a
jamais rien à dire dans le déroulé.
Nous avons ici un concentré de politique : la hiérarchie de l’autorité est claire ;
pourtant en cas de grave injustice d’un matador, ou du fait d’un président, la bronca
sera si lourde et puissante qu’il faut avoir de sacrés viscères pour ne pas céder…
La course de « toros » permet à des inconnus de s’asseoir aux côtés du roi et de profiter
d’obsèques nationales.
La course de taureau maintient des paysages et des races de taureaux qui n’existeraient plus
depuis longtemps sinon.
La course de taureau manifeste noblesse, chevalerie et honneur : on combat à pied
avec quelques capes et une épée.
La course de taureau manifeste un ordre, avec la coopération chacun à sa place des
hommes et des animaux, avec les chevaux des picadors et alguazils, les mules pour
sortir le toro tombé dans la poussière.
J’ai pu amener mes enfants à leur première corrida à Madrid, et transmettre ainsi
une tradition qui a formé mon enfance.
Ce concentré réel et pratique d’anti-modernité qui montre la mort, l’ordre et
l’honneur.
éfendons ainsi cet héritage, que connaît bien notre Roi et qui fait partie
aussi du patrimoine français dans ses régions du sud-ouest.

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France,
Paul-Raymond du Lac

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