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La vertu du scandale, ou de l’art de savoir faire des vagues

Le Japon est le pays par excellence du « pas de vagues ». Quitte à mentir, quitte à trahir la réalité, ou à pécher, le japonais lambda choisira toujours la lâcheté au courage, pour rester « tranquille ».

Ce phénomène est si ancré que le japonais ne sait plus comment réagir quand on résiste. Et en général, il cède, surtout quand le mensonge en question ou la réalité tordue ou niée est par trop évidente.

Un simple exemple vécu hier soir. Je descends du train et j’attends un taxi à la sortie de la station, me positionnant au-dessous de la pancarte taxi. Pas de véhicules, donc pour passer le temps je passe un coup de téléphone. Après une dizaine de minutes, un taxi arrive : et ne-voyez-vous pas qu’une femme qui était sur le côté tente de monter dans le taxi en me doublant. Je l’interpelle et je lui demande ce qu’elle fait. A ce moment dans ma tête, s’il y avait eu bonne volonté de sa part ou ignorance, j’étais prêt à céder ma place.

Mais, elle dit le gros mensonge : « vous n’attendiez pas de taxi, et vous n’étiez pas au bon endroit ».

Elle me prend pour un débile, tablant que l’étranger ne parlant pas japonais va céder. Sans dire un mot, je lui montre l’endroit où j’étais depuis 10 minutes, sous la pancarte « station taxi ». Forcé de constater cette réalité massive, elle se tait et me cède la place.

Dans 99% des cas, au Japon, dans ce genre de cas, rien n’est dit, et on se laisse marcher sur les pieds allégrement, ou on passe en force, en poussant ou en faisant que l’autre n’existe pas. Mais « on n’a pas fait de vagues », « l’harmonie » sociale est sauve… Et la société devient de plus en plus totalitaire et invivable.

Quand on a compris cela, et que l’on cultive la vertu de force – car il en faut au début puisque la « foule » anonyme qui ne cherche qu’un bouc-émissaire fait toujours peur… Et il faut être prêt à sacrifier une chose ou l’autre. La vertu du scandale, quand le mensonge ou l’injustice est flagrant est pourtant réelle. Quelque soit les tentatives pour tuer la conscience des hommes, la loi naturelle y reste gravée, et devant le fait et la peur de la vague, l’interlocuteur, qu’il soit institutionnel ou non, cède en général – tant que rien d’illégal n’est en jeu, car sinon la brute étatique n’est pas loin pour vous assommer. Heureusement, les lois et principes de droits restent à peu près sains, sorte de reste des codes européens du XIXe encore chrétien.

On peut ainsi jouer sur toutes ces fausses coutumes et lois, en particulier sur la règle vexatoire qui cherche à vous enfoncer en brandissant telle procédure ou telle règle pour vous embêter. Quand on commence à avoir une « position », puisqu’on est dans un pays très païen ou la situation fait beaucoup pour ne pas dire tout, la vertu du scandale marche bien mieux. Directeur, père de famille nombreuse, étranger blanc (surtout pas coréen ou chinois) voire américain (c’est le top ici, presque au niveau d’un dieu, puisqu’il a vaincu le peuple divin japonais), diplômé d’une bonne université, tous ces éléments sont des leviers de pression fantastique pour que la vague porte… D’expérience, cela ne marche plutôt pas mal.

Cet enseignement japonais peut aussi avoir des implications pour la pratique universelle des relations humaines : quand la vérité, la réalité, la justice ou la raison sont blessées, quelle que soit la situation de l’interlocuteur (seigneur, clerc ou banquier, qui sait), il est d’une importance insigne de ne pas transiger avec cette vérité, cette réalité, cette justice, et dire les choses clairement, avec fermeté et avec force, en supprimant au maximum les mauvaises passions évidemment.

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France,

Paul de Beaulias.

 

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