Nous méritons tous de mourir, par Paul-Raymond du Lac

Le lecteur sera peut-être surpris d’entendre des mots si crument. Pourtant c’est une réalité anthropologique majeure : nous mourrons tous un jour. Ce fait indéniable et que tout un chacun constate un jour ou l’autre autour de lui et partout est saisissable par tout homme. Quand la modernité vient nier la mort, de façon si absurde, elle ne fait que confirmer a contrario, dans sa sorte de frénésie à effacer la mort, à croire au fantasme prométhéen et à l’immortalité humaine inexistante, cette inéluctabilité de la mort.
Tout religion naturelle manifeste peu ou prou une sorte de conscience universelle que quelque chose cloche : partout vous trouverez quelque chose qui s’apparente à l’impureté, au péché, à la faute, aussi mal compris soient-ils, aussi déformés soient-ils. La religion contre-nature moderne confirme encore a contrario ce fait, dans son hygiénisme caricatural, qui n’est qu’une façon détournée d’exprimer ce mal-être de savoir que l’on va mourir, dans son idolâtrie au sport, au jeunisme et à la médecine ; toutes choses qui témoignent de cette mort, de façon détournée puisqu’elle est devenue un tabou, si ce n’est LE tabou, de l’époque contemporaine et moderne.
Toute l’histoire de l’humanité témoigne ainsi de cette sorte de paradoxe terrible, qui balance entre l’évidence de l’inéluctabilité de la mort et cette répulsion naturelle face à la mort, qui fait peur, qui dégoûte, qui révolte, comme si cela n’aurait pas dû advenir. Mais cela advient, toujours et encore.
Ceux qui ont accepté la Révélation du seul Dieu vraie savent qu’en effet la mort est une punition du péché originel, qui n’était pas encore là pour Adam et Eve, originellement immortels. La mort pourtant est naturelle, puisque nous sommes un être composé de corps et d’âme, et ce qui est composé doit se décomposer un jour ou l’autre. Dieu, dans sa bonté, avait pourtant donner le privilège d’échapper à cette réalité naturelle à nos premiers ancêtres dans le don préternaturel de l’immortalité. Ce privilège, parmi d’autres, montrait déjà, s’il le fallait, comment Dieu nous aime, et combien déjà l’incarnation du Verbe était résolue, dans le plan d’amour indicible du Créateur tout-puissant.
L’homme pourtant s’est rebellé contre Dieu, c’est la chute, c’est le péché originel.
Depuis les hommes sont devenus par naissance des condamnés à mort, méritant la mort. Pourtant le bon Dieu ne nous a pas anéanti, ce qu’il aurait pu faire, ni appliqué la peine de l’enfer immédiatement : il donne un sursis à tous les condamnés à mort que nous sommes, et ce sursis nous le passons dans ce monde, genre de prison géante où nous attendons notre dernière heure… Ce sursis nous est donné pour faire montre de bonne volonté, de bonne conduite, afin de passer du statut de prisonnier, sans libertés, esclave de nos passions, esclaves des illusions du monde, esclaves de l’attachement aux créature, au statut de fils adoptif par la grâce apportée par Jésus-Christ, et transmise par les sacrements de l’Eglise catholique. Dieu a fait cela : aussi juste que le plus juste, il ne pouvait pas ne pas nous punir, cela aurait été de la faiblesse. C’est pourquoi nous sommes condamnés à mort, et que nous devrons mourir en effet, et que nous vivons en sursis de cette mort qui vient dans cette prison qui s’appelle le monde. Ce n’est qu’une question de temps, certains vivent 100 ans, d’autres quelques minutes. Quelle différence ? Cela ne change rien. Dieu est simplement si bon envers ses prisonniers qu’ils les laissent libres, pour le mérite de certains, de choisir, de grandir, de devenir vertueux. Un peu comme un prisonnier dans une prison dorée. Le drame est que cet homme oublie facilement que sa prison, aussi dorée soit-elle, reste une prison, et qu’il ne doit pas ses facilités à lui-même mais à la bonté de Dieu…
Et Dieu souvent doit intervenir et ôter ce qu’il a donné, prendre une vie, envoyer une maladie, ou tout autre épreuve massive, pour réveiller le prisonnier et le faire travailler à son vrai salut, suivre Jésus, prendre sa croix et marcher vers le ciel.
Dieu est ainsi juste au plus haut point et nous sommes condamnés à mort, car nous méritons la mort par nos péchés personnels comme par le péché originel. Nous sommes en effet un animal politique, solidaire de nos ancêtres et de leurs actions. Il est bien juste que nous mourrons quand on sait que l’insulté ici est le Créateur, source de tout être, qui nous soutient chaque seconde dans l’existence, et nous a tout donné.
Quand nous pleurons de devenir malade, constatant notre faiblesse, incapable de faire quoi que ce soit, nous devrions plutôt remercier Dieu de nous permettre de se rendre compte combien le défaut de santé, aussi petit soit-il nous rend incapable de rien et ainsi combien nous devons tous à Dieu.
Dieu est ainsi très juste, mais aussi plus que charitable : il a daigné envoyé dans cette prison son propre fils pour devenir lui aussi un condamné à mort en sursis, et qui est mort en effet, de la plus atroce des façons sur la Croix, pour plaider et obtenir le rachat des prisonniers de ce monde !
Tout est là ! Deo gratias !
Alors répétons-le, nous méritons tous de mourir. La meilleure des personnes promises au meilleur avenir pourrait bien être fauché dans sa prime jeunesse, ou dans sa maturité active, que cela n’est pas injuste : qui sommes-nous pour savoir mieux que Dieu ce qu’il faut à chacun et dans chaque situation ? Une mort précoce bonne permet certainement pour un bon catholique d’obtenir son ciel, et d’édifier ses proches. Dieu n’est jamais injuste ni inéquitable : nous méritons tous de mourir, il est normal que nous mourrions quand Dieu le veut, et nous devons, comme catholique, l’accepter pour nous et pour nos proches. Dans cette douce confiance humble à Dieu, dans notre petitesse : nous sommes de minables prisonniers, des enfants stupides, faisons ainsi confiance à Dieu qui sait mieux que le plus intelligent et sage des hommes ce qu’il nous faut.
Les épreuves, quand elles arrivent, peuvent être massives et violentes, au point que l’on se demande comment nous allons faire. Il faut s’abandonner à Dieu et faire confiance. C’est pour notre bien et le bien des autres. Vouloir comprendre ce qui nous dépasse est inutile : sachons simplement que c’est bonté et charité à Dieu de nous envoyer ces épreuves. Si nous doutons, tournons nos yeux vers la Croix et voyons ce qu’il a envoyé comme épreuve à son Fils pour nous en convaincre, et regardons encore comment Jésus accepte la Croix, « pas ma volonté mais votre volonté ».
Nous méritons de mourir, et tout le monde le mérite. Sauf Jésus, sauf Marie. Hors ces deux insignes exceptions, pas d’échappatoire.
Nous pouvons mourir à tout moment ainsi que n’importe qui de notre entourage. Ne faisons pas semblant de ne pas le savoir. Il faut penser à la mort, sans être morbide, de façon sereine et réaliste. Pourquoi aurions-nous peur en tant que catholique ? Si nous travaillons, malgré nos faiblesses, à la vertu avec bonne volonté, le bon Dieu pourvoira pour le reste.
Ne faisons pas comme ces modernes et païens qui se croient, ou plutôt font semblant de croire, qu’ils sont immortels et invincibles, ainsi que leurs proches…
A faire cela nous finirons comme pharaon qui s’entête, et plus il s’entête plus les punitions divines deviennent fortes… et là encore dans une grande miséricorde puisque Dieu voulant sauver le plus grand nombre n’exécute la peine de mort en sursis que le plus tard possible pour les impies, afin de leur donner la possibilité de se convertir, en utilisant ses fidèles fils qui ont déjà un pied dans le paradis pour leur conversion, via le martyre, les croix et les épreuves.
Alors ne nous voilons pas la face,
Et pensons à la mort,
Et jamais ne reprochons à Dieu nos épreuves, nos croix et nos morts
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul-Raymond du Lac
