Le salariat est-il un esclavage ?

Olivier Grenouilleau, professeur à l’université de Bretagne-Sud et à Institut d’études politiques de Paris, grande autorité en matière de recherche sur l’esclavage, nous indique le résultat suivant :

« On voit ainsi que l’esclavage se rapproche plus du salariat que du péonage et des servitudes communautaires, en ce sens qu’il concerne des individus pouvant constituer des groupes. Autre point commun : l’éventail quasi illimité des tâches pouvant être confiées à l’esclave et au salarié. »[1]

Les servitudes communautaires (surtout le servage, ou des tributaires, ou des clients) permettent à certains groupes, sortes de villages, de se constituer et, donc, d’être plus aptes à résister à une volonté injuste, mais aussi d’accumuler chartes et franchises, quand l’esclave ou le salarié, seul et isolé, dépend complétement de la bonne volonté de son « maître », de son patron.

Les esclaves, comme les salariés, sont des hommes à tout faire, en pratique. Ainsi, M. Grenouilleau explique qu’au XIXe siècle, de nombreux mouvements pour les prolétaires avancent que les esclaves des plantations vivent mieux et sont mieux traiter qu’eux…

Une différence fondamentale néanmoins entre salariés et esclaves : l’esclave n’est pas « jetable » si facilement, là où dans un contexte de capitalisme sauvage, le salarié oui… Mais il est « consentant » à son sort. On lui dit : « un salaire contre ta vie » et, de façon consentante, le salarié dit oui… Nous savons bien que, dans de nombreuses situations, et surtout aujourd’hui, le salarié, individu isolé, sans attaches et, devant une entreprise sans visage, n’a en fait pas le choix de choisir.

Seul le CDI, qui est bien implanté dans son entreprise, depuis longtemps, peut se permettre de faire jouer ses « libertés » féodales avec ses pairs.

En ce sens, nous serions tentés de dire que le salariat dit « précaire » (et qui le devient de plus en plus) est pire que l’esclavage par son incertitude morale et son isolement chronique sans assurance pour l’avenir…

Mais il est « libre », voyez-vous, en tout cas on lui dit qu’il l’est. Oui, en démocratie tout le monde est « libre ». Qui sait si cette liberté n’est pas une « non-liberté », voire une servitude volontaire ? Nous n’avons plus d’éléments de comparaison, puisque les hommes les plus libres (nobles, paysans autosuffisants, villageois bénéficiant de chartes et de franchises garanties par le Roi, ecclésiastiques…) n’existent plus.

Serions-nous devenus tous « esclaves » que nous ne pourrions pas nous en rendre compte…

Est-ce le cas ? Je vous laisse réfléchir…

Paul-Raymond du Lac

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France !


[1] Olivier Grenouilleau, Qu’est-ce que l’esclavage ?, Gallimard, 2014.

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