Social et économie

L’équipe de France est-elle républicaine ?

Les Valeurs de la République sont si universelles, selon ses apôtres, qu’elles sont transposables à tous les états et à tous les corps de la société. Essayons, et ce sera notre façon de nous associer à l’euphorie collective, de transposer le modèle républicain à l’équipe de France de football. Ce qui n’est d’ailleurs pas si incongru qu’il n’y paraît de prime abord puisque c’est Didier Deschamps lui-même qui a associé la victoire de son équipe au régime républicain : « Vive la République » s’est-il exclamé sur les réseaux sociaux le soir même du sacre mondial.

Mais Didier Deschamps est un despote ! Un tyran entouré de sa cour, des fidèles qu’il s’est choisi lui-même. 19 ministres : Ministre-entraineur adjoint, Ministre-entraineur des gardiens, Ministre-kinés etc. Des ministres jamais élus, inamovibles (M. le ministre Guy Stéphan par exemple, entraineur adjoint, tient son maroquin depuis neuf années déjà).

Deschamps n’a d’ailleurs jamais été élu non plus. Et l’aurait-il été si, le choix du sélectionneur se faisait, comme pour le Président de la République à l’émotion de la majorité des votants c’est-à-dire au suffrage universel ? Est-ce qu’au moins 51 % des votants auraient vu en lui, comme ils voient dans le Président de la République qui a son vestiaire à l’Élysée, le héros du Progrès dans les Ténèbres, le Grand Inquisiteur des Valeurs de la République, ainsi que le Grand Liquidateur de la France ? Auraient-ils glissé leur bulletin dans la pénombre lâche de l’isoloir ? Rien n’est moins sûr.

Son pouvoir absolu, M. Deschamps le tient de droit divin. Du Pape de la Fédération Française de Football lui-même, Son Excellence Mgr Noël le Graët qui n’a d’autre conseiller que l’Esprit Saint. Sauf Révolution française, Didier Deschamps peut, en théorie, rester à la tête de l’équipe de France jusqu’à sa mort sans avoir, tous les cinq ans, à flatter aucun électorat, ni à devoir tâter des croupions et mamelles au Salon de l’Agriculture, ni s’assurer du soutien LGBT en sélectionnant un gardien de but transgenre.

Et voilà qu’apparaît à nos yeux un des principaux avantages de ce totalitarisme bleu : la stabilité. Le Roi Dédé dit « la Desh » pourrait aussi bien être surnommé le « stable » ou « le constant ». En effet, la victoire française en Coupe du Monde est aussi le fruit d’un travail de plusieurs années. Plusieurs années de travail lent, patient avec Moscou en ligne de mire, héritier en cela d’un autre dictateur de petite taille, corse celui-là et qui sacrifia en son temps une équipe de 30 000 hommes, lui aussi pour un rêve de gloire mondiale…

La défaite contre les Lusitaniens en finale du Championnat d’Europe des Nations en 2016, loin de signer la destitution du monarque basque, confirmait son autorité et donnait à l’équipe de France un motif à sursaut d’orgueil et, lors de la fameuse finale moscovite, il s’agissait aussi de laver l’affront de cette finale européenne perdue.

Didier Deschamps est aussi un machiste réactionnaire. Dans notre époque de quotas, il n’y a aucune femme sur les vingt-trois joueurs de la sélection, qui, en tant que « nationale », devrait représenter l’ensemble de la Nation, à commencer par ses femmes. Pourquoi ne sont-elles pas sélectionnées à cinquante pour cent de l’effectif tricolore pour respecter une parité parfaite ? Sont-elles moins douées en drible que les hommes ? Ne peuvent-elles pas tenir quatre-vingt-dix minutes sur un terrain sans parler chiffon? Les footballeuses ont-elles seulement une âme ?

À l’heure de la Bienheureuse Discrimination Positive, la majorité des joueurs de l’équipe de France est noire. C’est peut-être là sa seule concession faîte aux Valeurs de la République ? Il faut bien ménager le VRP Macron — qui ,comme ses prédécesseurs camelots de la Finance, a bien compris qu’une victoire en finale de Coupe du Monde  « c’est bon pour le business » — et qui fait déjà chauffer les knacki-balls et laver les tomates-cerises au Siège Social de la République Française, rue du Faubourg Saint Honoré.

Bien pire, Didier Deschamps est un obscurantiste, qui nie la Très Sainte Loi de 1905 : « Je ne crois qu’à une seule chose, c’est le destin. Le destin est écrit. Il fallait que ça se passe et ça s’est passé », confesse-t-il lorsqu’on lui demande s’il savait, le matin de la finale, qu’il deviendrait champion du Monde le soir même*. Non content de s’abandonner à la Divine Providence et de lui attribuer le cours de l’Histoire, il tacle à la gorge la laïcité à la française : « C’est une force qui vient d’en haut » ! Quoi, le sélectionneur de l’équipe de France de football grenouille de bénitier ? C’en est trop ! Mais que font les Loges ?

Qu’elles se rassurent, le non credo qui permet de rester laïc sans peine d’excommunication est aussitôt professé à plein poumon, la main sur le cœur : « Même si je ne veux pas paraître mystique ou croyant ». Ouf ! « La Force qui vient d’en haut » était finalement celle d’Obi-Wan Kenobi…

En conclusion, ce que nous ne voudrions pas pour une équipe de football : un sélectionneur choisit démocratiquement (« car je n’y connais rien en football, ce n’est pas à moi de choisir ») ; une alternance de sélectionneur qui met à bas tout le travail de son prédécesseur lors des cinq années passées (« car il faut du temps pour constituer un groupe, pour régler les automatismes ») ; des quotas qui écartent le talent (« mais c’est évident qu’il faut sélectionner les meilleurs ! C’est comme ça qu’on gagne ! ») ; un laïcisme qui nie le besoin religieux de l’Homme (« Nom de Dieu ! Qu’elle est belle cette victoire ! 2 € le cierge à Notre-Dame, ça valait le coup ! ») ; et bien tout cela, nous l’acceptons pour la gestion de notre pays.

Finalement, Didier Deschamps n’est qu’un paysan Français. Sa nature profonde, sa nature française — celle qui a pris des coups de règle sur les doigts à l’école de la République à chaque manifestation d’orgueil devant l’Histoire de France — surtout celle d’avant le 14 juillet fameux —, celle qui ne fait repentance que devant les infidélités à sa vocation — est profondément, irrémédiablement et définitivement paysanne !

N’est-ce pas le bon sens paysan qui a guidé tous ses choix depuis sa prise de poste ? Contre vents et marées, fidèle au dicton populaire « Quand juillet commencera, ta faux affûteras », il a fauché au moment propice les mauvaises herbes qui menaçaient la récolte. Un berger basque ne sait-il pas qu’il vaut mieux sacrifier la bête malade que de risquer tout le troupeau ? Benzema est pourtant un des meilleurs joueurs au monde à son poste…

Didier Deschamps, comme ses confrères paysans français se moque des idéologies, lui que la Nature et le temps long enseignent. Moqué par le Petit Journal des beaufs parisiens en Stan Smith, méprisé par les agences de com’ BtoC, oublié par un État qui ne sait même pas qu’il existe encore, le paysan français sait, lui, que les modes, les idéologies et les régimes changent, meurent puis disparaissent. Seule la foi demeure !

La foi en un printemps qui chassera les outrages de l’hiver et  verra refleurir les lys dans les champs éclairés par une seconde étoile glanée un soir de juillet tricolore.

Nicolas Schittulli


*Interview au journal Le Parisien du 20 juillet 2018 : http://www.leparisien.fr/sports/football/coupe-du-monde/didier-deschamps-il-y-a-encore-de-belles-choses-a-faire-19-07-2018-7827003.php

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