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Le mythe du « village catholique », par Paul-Raymond du Lac

Certains mythes ont la vie dure. Le rêve de fonder un village qui ne serait peuplé que de catholiques à partir de rien, ou pas grand-chose, se remarque ici et là : comme si le chrétien avait vocation de vivre hors du monde – dans une exagération compréhensible de la nécessite de ne pas être de ce monde.

Le doux rêve du phalanstère catholique peut se comprendre : jusqu’à peu en France, peut-être l’espace de la vie d’une personne, il existait des villages complètement catholiques, certains ont en encore peut-être quelques souvenirs épars, ne serait-ce que des derniers feux d’un monde inconnu et disparu pour la majorité des contemporains. Il reste en tout cas les traces, pour l’instant, dans les paysages, avec ces clochers qui parsèment tout le territoire et se trouvent au centre de chaque village de France et de Navarre.

La « refondation » de villages catholiques n’est pourtant qu’un rêve illusoire et dangereux : les villages catholiques que nous connaissons par la mémoire des anciens ne sont devenus tels qu’après des siècles de christianisation, d’une part, et d’autre part il est bien connu que les villages et les campagnes ont toujours été tardivement christianisés comparé aux villes.

Le fait est tout à fait compréhensible : les apôtres et autres alter christus sur cette terre cherchent à sauver le plus d’âmes possible, et celles-ci se concentrent dans les villes, pas dans les campagnes. Les premiers chrétiens, ainsi, sont essentiellement des citadins, souvent convertis, qui sont des citadelles au sein même du désert païen, trop peuplé d’erreurs et de vices, et des ferments de la Foi au milieu d’un magma relativiste d’erreurs multiplies.

Il est illusoire de vouloir créer un village catholique à partir de rien, avec des gens qui n’ont pas d’autres liens qu’une foi récente : nous sommes dans une sorte de rousseauisme catholique voué à l’échec. Presque un surnaturalisme teinté de volontarisme qui cherche quelque peu un bonheur terrestre impossible et non désirable : au lieu de faire confiance à la Providence qui nous place là où nous sommes pour notre bien et notre édification – et qui a forcément ses croix – on cherche comme à forcer une situation idéale sous couvert de volonté divine, ou par une sorte d’élitisme qui peut vite virer en mépris du prochain qui n’est pas encore converti… Combien de gens ont empiré leur situation temporelle en croyant trouver des lendemains qui chantent en jetant leur quotidien pour des rêves – changement de travail, tentation de la fuite, etc. Sans oublier l’irréalisme complet d’un point de vue naturel : les communautés charnelles ne se forment pas, en principe, du jour au lendemain, et nous sommes toujours tributaires de la famille et des communautés charnelles.

Aucun prêtre de toute façon n’accepterait le plan, car il vise à convertir le plus d’âmes possibles – et on ne va quand même pas enlever un prêtre pour cela !

Et les cas de ces familles qui se retirent en campagne ? Elles existent bel et bien et pourraient tendre à prouver que ce genre d’idéal est possible.

Certes, mais ce ne sont pas des villages, d’une part, elles sont souvent issues d’une certaine histoire locale enracinée, et ne sortent pas de nulle part, d’autre part, et en fait elles ne sont pas indépendantes : un couvent, qui est une société constituée et solide, leur permet de vivre des sacrements, ou un prieuré, ou un centre de foi quelconque. Bref, ils n’ont pas créé une société indépendante, mais ils se sont agglomérés à une société existante – dont le cas le plus classique est certainement le monastère campagnard, qui donne une société bien constituée et bien indépendante, tant temporellement que spirituellement.

En fait, le seul village catholique de type phalanstère qui fonctionne est le monastère qui se fonde sur le sacrifice absolu de chacun de ses membres, et pour l’amour absolu du Christ… Donc c’est une exception non-reproductible dans la vie laïque.

Contentons-nous de ce que le bon Dieu donne, c’est suffisant, et contentons-nous en, surtout quand nous avons l’impression qu’il nous retire des grâces ou des privilèges, car c’est là qu’il nous fait le plus grand cadeau !

Soyons des ferments pour le bien commun et pour la Foi, dans la fidélité au Roi.

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France

Paul-Raymond du Lac

4 réflexions sur “Le mythe du « village catholique », par Paul-Raymond du Lac

  • Pierre de Meuse

    Et que faites-vous des parsonniers, ces communautés agricoles fonctionnant sous le régime de la communauté, qui ont fonctionné pendant des siècles (les plus anciens remontaient au haut moyen âge, avec leur hiérarchie (les barbes ou barbastres ), et leurs règles juridiques propres. Ils avaient une chapelle, mais les prêtres des paroisses voisines venaient leur dire la messe et administrer les sacrements. Ils se mariaient dans la communauté ou en dehors, mais les conjoints devaient dans ce cas accepter de vivre sur le domaine. Le dernier parsonnier a été liquidé vers 1890 en Franche Comté. Vous allez me demander pourquoi ils ont disparu. C’est simple: c’est le résultat du code civil et l’application de la règle que l’on ne peut être contraint de rester dans l’indivision si on ne le désire pas. Donc cela peut fonctionner et cela a fonctionné, et dans un cadre laïque et non conventuel, mais pas dans un cadre juridique individualiste comme celui issu de la révolution. Ce n’est donc pas “la Providence qui nous place là où nous sommes pour notre bien et notre édification” qui exclut ce type de communauté du réel, mais les règles obligatoires de notre Droit civil. Ce n’est donc pas, sur ce sujet comme sur d’autres, la déchristianisation qui est la cause de la dissolution des institutions chrétiennes, mais l’imposition d’un nouveau Droit réducteur qui est la cause de la destruction des traditions, dont la religion.

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    • Cher Monsieur, Encore ici je crois que je n’ai peut-être pas bien exprimé mon propos: l’article a pour objet de dénoncer l’impossibilité foncière d’une “fondation” de communauté catholique ex-nihilo. Les communautés dont vous parlez ne sont pas nées de nulle part et elles avaient une assise naturelle, c’est exactement ce que je dis dans l’article, cet exemple appuie mon propos. Une fois qu’elles existent, elles existent et peuvent être perennes. Mais comment se sont-elle fondées? Pas par un contractualisme rousseauiste ou un volontarisme a priori. Et si vous vouliez refonder un parsonnier aujourd’hui – admettant que le droit le permette – ce serait impossible à partir d’électrons libres.

      Le droit moderne anti-chrétien détruit les institutions chrétiennes nous sommes d’accord.
      Ce que je dis c’est que defait nous sommes dans une société déchristianisée, et donc de fait, à la lumière de l’histoire, la rechristianisation ne repartira pas des campagnes, c’est tout ce que je dit. Le haut moyen-âge est justement cette époque où les campagnes commencent à se chrtistianiser en profondeur, et où les “villages catholiques” commencent à se constituer tels qu’on a pu les connaître jusqu’à peu. Ces parsonniers ne sont-ils pas au fond la preuve de la christianisation des campagnes? Des communautés christianisés mais ne pouvant disposer des sarements se débrouillentpour avoir les sadcrements tout en maintenant leur communauté.
      Nous ne parlons donc pas ici de fondations ex-nihilo, mais bien de communautés qui se sont christianisées, ou aggrégées à partir d’une réalité charnelle locale

      Sainte année 2023
      L’auteur

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  • Bonjour, dans cet article je reconnais bien là l’esprit français : “ça ne marchera jamais !”.

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    • Cher Monsieur, Ce n’était pas l’objectif, c’est une tentative (certainement inabouti) de réfléchir avec les principes: fonder quelque chose hors des règles naturelles, et ici en l’occurrence de sociétés naturelles (et charnelles) est voué à l’échec dès le départ. C’est comme si vous vouliez faire vivre un loup dans une bergerie, a priori les brebis se font croqués, et s’il y a une exception, elle confirme la règle. C’est toujours le problè me des raisonnements a priori ou théoriques, quand on parle de lois, la réalité peut parfois en dévier, mais à la marge.
      L’auteur

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