Chretienté/christianophobie

Saint Louis, les croisades et le culte des reliques (1/2)

Le 800ème anniversaire de la naissance de Louis IX, devenu Saint Louis, a donné au prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou (qui a participé aux cérémonies organisées à Aigues-Mortes, d’où le roi partit pour les Croisades), l’opportunité de faire entendre sa voix et son espérance pour l’avenir de la France. Nos plus éminents spécialistes et historiens poursuivront dans cette voie. Alors, nous avons choisi d’élargir l’évocation des reliques de saint Louis à d’autres saints dans ce même contexte, ne freinant pas nos ardeurs sur la longueur de cet article (qui se présentera en deux temps).

Léger rappel à propos des croisades. De la première croisade (1096 -1099) à la 8ème et dernière, (1270) menée par Louis IX, les événements mériteraient tous d’être cités. Des dizaines de livres ont été consacrés au sujet. Qu’il nous soit seulement permis d’évoquer avec la dernière, la fin du Roi Louis IX . Pourquoi partait-on en croisade ?  La Terre Sainte est depuis le VIIe siècle aux mains des musulmans, disciples du prophète Mahomet. Ces derniers toléraient les pèlerins, moyennant un lourd tribut. Charlemagne obtiendra le droit pour les chrétiens d’aller en pèlerinage à Jérusalem. Tout bascule quand les Fatimides (dynastie musulmane régnant en Afrique du Nord, en Égypte puis au Proche-Orient) s’emparent de la ville sainte en 996. Le Saint Sépulcre est détruit et l’arrivée des turcs musulmans en 1078 bouleverse encore cet équilibre précaire. Par mesure de représailles, il est décidé de partir en guerre pour délivrer Jérusalem.

Les croisades succèdent aux croisades. Louis IX serait-il reparti en croisade s’il n’était tombé gravement malade en 1244, et promettant à Dieu de partir en croisade s’il guérissait ? Les voies du Seigneur sont impénétrables. Il ne sait pas encore qu’il vient de sceller son destin et celui des reliques. Arrivé à Tunis, le manque d’eau potable et la chaleur favorisant le développement des maladies, la mort impose sa loi.  L’armée succombe à la dysenterie. Parmi les victimes, le fils du roi Jean-Tristan, qui meurt le 3 août 1270, suivi par son père le 25 août sous les remparts de Tunis, soit le lendemain de l’arrivée des navires de Charles d’Anjou. Louis IX remettra à son fils Philippe son testament politique, intitulé les Enseignements de saint Louis. Son corps est alors étendu sur un lit de cendres en signe d’humilité, et les bras en croix à l’image du Christ. L’histoire de France s’écrit.

Mais que faire de la dépouille royale ? L’embaument interne se révélant  insuffisant pour préserver le cadavre royal de la putréfaction du corps durant son long retour de Tunis à Saint-Denis, nécropole traditionnelle des rois de France,  la décision est prise d’user du « mos Teutonicus »  (usage teuton). Cette opération se pratique systématiquement lorsqu’un membre de la famille royale meurt à l’étranger.  Son corps est éviscéré, démembré, les morceaux bouillis dans une grande marmite d’eau et de vin aromatisé d’épices afin de séparer les os de la chair.  Ses « ossements » sont ensuite rapportés par Philippe III dit « le Hardi » au terme d’un long périple passant par la Sicile avant d’arriver le 22 mai 1271 à la basilique de Saint-Denis.  Ses entrailles sont placées dans une urne qui est alors confiée à son frère cadet Charles d’Anjou, lequel les offre à l’abbaye bénédictine de Montreale en Sicile, où elles sont conservées dans une urne de marbre blanc. Cette dilaceratio corporis (« division du corps » entre cœur, entrailles et ossements) avec des sépultures multiples devient à partir du XIIIe siècle un privilège de la dynastie capétienne dans le royaume de France, et ce malgré l’interdiction par la décrétale «  Detestande feritatis » signée en 1299 par le pape Boniface VIII, qui permet la multiplication des cérémonies où honorer le roi défunt.

Mais avant de partir en Terre sainte, le souverain, passionné par les reliques, avait inauguré le 26 avril 1248 la Sainte-Chapelle, un joyau de l’art gothique, qu’il venait de faire ériger au cœur de sa capitale, sur l’île de la Cité, pour y recevoir l’extraordinaire ensemble de reliques de la Passion. Sa passion pour les reliques avait commencé en 1237 apprenant que Baudouin II de Courtenay, empereur latin de Constantinople, avait  emprunté une somme considérable à un marchand vénitien en lui confiant, en guise de gage, la Sainte Couronne d’épines. Baudouin ne peut rembourser. Saint-Louis va le faire à sa place. Il ne négociera pas le prix : il va acquérir en août 1238 la couronne pour la somme incroyable à l’époque de 40 000 livres. Trois ans plus tard, Saint Louis enrichit sa collection de reliques de la Passion, dont un fragment de la Sainte Croix et sept autres reliques, dont le Saint Sang, un fragment de la pierre du sépulcre et le fameux Mandylion, un carré de tissu sur lequel la face du Christ s’est mystérieusement imprimée en sa présence. En 1238, Louis IX acquiert le fer de la Sainte Lance et un morceau de la Sainte Éponge. Après un périple de plusieurs mois, la Sainte Couronne arrive au château de Vincennes par bateau. Le 19 août, le roi, son frère et ses deux fils viennent l’y chercher. Pieds nus et habillés en pénitents, les quatre hommes la portent jusqu’à la chapelle Saint-Nicolas du palais royal, dans l’île de la Cité.

Bientôt, les autres reliques suivent. Mais où les déposer ? Pour de tels trésors, il faut un écrin exceptionnel, un reliquaire géant en dentelle de pierre ! Le roi fait donc ériger la Sainte-Chapelle, le joyau de l’art gothique. Saint Louis dépensera 135 000 livres pour acquérir l’ensemble des reliques, 100 000 livres pour faire fabriquer la grande châsse en argent qui les abritera toutes, et  40 000 pour ériger la Sainte-Chapelle. Celle-ci sera consacrée solennellement le 26 avril 1248. En fait, il y a deux chapelles, ce qui donnera lieu à  deux consécrations.  Malgré la Révolution française et ses barbares, les reliques constituent un trésor inestimable. Celles-ci seront remises à l’archevêché de Paris qui les joindra au trésor de la cathédrale Notre-Dame : les reliquaires de la Sainte Couronne d’épines, un fragment et un clou de la Croix. Pour mémoire : la liste des 22 reliques cédées à Saint Louis par Baudouin de Constantinople :

1 – La couronne d’épines. 2 – Un morceau de la Croix. 3 – Le sang du Christ. 4 – Un morceau de couche de l’enfant Jésus. 5 – Un autre morceau de la Croix. 6 – Du sang issu d’une image du Christ. 7 – La chaîne. 8 – Le Mandylion. 9 – Une pierre de la tombe. 10 – Du lait de la Vierge Marie. 11 – La lance. 12 – Une croix victorieuse. 13 – Le manteau pourpre. 14 – Le roseau. 15 – L’éponge. 16 – Un morceau du suaire. 17 – La serviette qui a séché les pieds du Christ. 18 – Le bâton de Moïse. 19 – Un fragment de la tête de saint Jean le Baptiste. 20 – La tête de saint Blas. 21 – La tête de saint Clément. 22 – La tête de saint Siméon.

La vénération des reliques acquises par Louis IX et déposées dans la Sainte Chapelle sont présentées aux fidèles chaque premier vendredi du mois à 15h, chaque vendredi de carême à 15h et le Vendredi Saint de 10h à 17h. Par cette pratique, les croyants s’unissent à la contemplation du Mystère de la mort et de la Résurrection du Christ qui est à la source de la foi parce qu’il exprime l’amour sans limites du Christ envers les hommes et sa solidarité avec les souffrances du genre humain. La  Sainte Couronne, la plus précieuse et la plus vénérée des reliques conservées à Notre-Dame de Paris, est porteuse de plus de seize siècles de prière fervente de la Chrétienté. Elle est constituée d’un cercle de joncs réunis en faisceaux et retenus par des fils d’or, d’un diamètre de 21 centimètres, sur lequel se trouvaient les épines. Ces dernières ont été dispersées au cours des siècles par les dons effectués par les empereurs de Byzance et les rois de France. On en compte soixante-dix, de même nature, qui s’en affirment originaires. Depuis 1896, elle est conservée dans un tube de cristal et d’or, couvert d’une monture ajourée figurant une branche de zizyphus ou Spina Christi – arbuste qui a servi au couronnement d’épines. Ce reliquaire, offert par les fidèles du diocèse de Paris, est l’œuvre de l’orfèvre M. Poussielgue-Rusand (1861-1933) d’après les dessins de l’architecte J.-G. Astruc (1862-1950).

Et nous nous arrêtons pour ce premier épisode, espérant vous avoir donné envie de vous pencher sur les derniers livres traitant de ces sujets. Saint Louis a tellement marqué nos esprits et nos cœurs qu’il mérite bien de nouvelles lectures et notre déclaration d’amour. Quelle chance nous avons de vivre dans ce beau pays de France, si riche de l’histoire de ses rois ! Excellente semaine à toutes et à tous ! Que Dieu et tous ses saints veillent sur vous en particulier.

Solange Strimon

NB : nous vous informons que la prochaine chronique dominicale de Solange Strimon sera consacrée au sujet suivant : « Petit historique à propos des reliques depuis les origines 2/2 »

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