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Pourquoi le réveillon japonais est-il si triste ?, par Paul de Beaulias

Le Caravage, Nature morte aux fruits, 1601-1605
Le Caravage, Nature morte aux fruits, 1601-1605

Ceux qui ont pratiqué longtemps le Japon contemporain le savent : le « shôgatsu », censé être une fête familiale est chaleureuse, l’est de moins en moins. Pire : bercé par les images d’Epinal d’un Japon ancien ou fantasmé, le japonophile qui arrive à ces périodes pourraient croire que les Japonais aiment cette période, d’autant plus que c’est la seule qui reste à peu près chômé de façon coutumière.

En pratique, on se rend compte qu’en fait pas du tout. Que la plupart des japonais n’aiment pas le « o secchi », cette cuisine traditionnelle du premier de l’an pourtant si bonne, et aime encore moins le réveillon et les premiers jours, traditionnellement dédiés aux ancêtres, aux dévotions « patronales » (visite de ses temples et sanctuaires) et au renouvellement du lien social (visites de courtoisie du voisinage). En ville tout cela n’existe plus, et de plus en plus de japonais ne rentrent plus dans leur maison familiale, dans leur campagne à ce moment-là…

D’autres redoutent ou sont blasés. Dans tous les cas une tristesse profonde suinte partout, et c’est surprenant. D’autant plus surprenant que nous ne parlons pas ici de cette tristesse que Noël peut susciter chez quelques-uns car ils sont seuls (et s’ils sont tristes souvent c’est parce qu’aussi ils sont sans Dieu, et donc sans paroisse, ce qui est nouveau comparé à il y a 60 ou 70 ans).

Nous parlons de la tristesse, dont nous pouvons témoigner, d’une famille, et donc pas de personnes seules. Le 31 arrive. Je suis là et accueilli, mais même ma présence ne les déride pas. C’est dire combien la tristesse est profonde, au point qu’ils ne s’en rendent même plus compte. Le « o Secchi » les blase, malgré mon enthousiasme premier. C’est une corvée insigne de se plier à la coutume. Et la soirée passe à regarder l’émission concours pour tromper son ennui. Minuit passé, on ne va même pas aux alentours visiter les temples – c’était une époque où je n’avais pas encore les idées bien claires, pas tout à fait converties.

Cet exemple n’en est qu’un que parmi de nombreux. La véritable question est de savoir pourquoi. La réponse n’est pas si compliquée : car ils sont païens et modernes.

Comme ils sont païens, la famille n’est pas le foyer chaleureux, mais le lieu de toutes les guerres, et comme ils sont modernes, elle ne devient plus un clan qui permet de survivre, et de se protéger par des intérêts bien compris contre l’adversité : résultat des courses, le japonais contemporains n’aiment pas être en famille, il déteste revenir chez lui, il préfère glandouiller en se reposant ou s’amusant avec d’autres. Il ne comprend plus le sens des rites traditionnelles qui, étant païens, ont une signification souvent obscure, si ce n’est la « purification » et le culte des ancêtres ; ce qui n’intéresse plus personne…

Il y a des exceptions, évidemment, mais elles confirment la règle. Le tableau pourra sembler noire, pourtant il doit être certainement en deçà de la réalité.

Car ici il n’y a pas la charité chrétienne à laquelle on peut se raccrocher pour contrer le vieil homme. Le vieil homme est tout puissant, et la modernité a libéré la bête, puisque les facilités contemporaines et l’esprit contre-nature a rendu la famille inutile pour survivre et se protéger ; le long-terme n’existe plus. Ainsi, avec le vieil homme, la famille n’est plus qu’un poids sans avantages, sans intérêts. Plus de protection, plus d’honneur, plus de grandeur, plus d’esprit de famille…

Les mêmes causes produisent les mêmes effets, et le Japon en est victime de plein fouet !

La France suit le même chemin : seule la Foi et la charité manifestent des contre-exemples éclatants au milieu de décombres d’institutions et coutumes chrétiennes qui fument encore un peu de la charité passée, de cette suavité qui restent ne serait- ce qu’un peu encore chez ceux qui sont encore baptisés…

Ces contre-exemples de conversion et de restauration sont notre avenir.

Battons-nous pour ne pas perdre la véritable joie de Noël, en Jésus-Christ, et qui se répand dans les foyers et les familles par des actes de charité, et au-delà dans les paroisses et les gens autours.

Un petit travail qui est une grande œuvre, aussi discrète soit-elle.

Cette joie en Christ maintenue, nous avons déjà gagné !

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France

Paul de Beaulias

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