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Nous sommes tous minables, par Antoine Michel

Gérard Seghers, Le Christ et les pécheurs repentants, 1640-1651
Gérard Seghers, Le Christ et les pécheurs repentants, 1640-1651

Tout chrétien le sait, puisqu’il sait la gravité du péché, et que nous sommes forcément pécheurs, sauf Jésus, sauf Marie. C’est pourquoi le chrétien fait son examen de conscience tous les jours, voire plusieurs fois par jour, et se prévient contre lui-même par lui-même. Le moine est celui qui volontairement se lie à une Règle pour se prévenir contre sa faiblesse.

Ceux qui ont un peu de sagesse et de bon sens, et un peu d’expérience, même sans la Révélation, le savent aussi très bien, et c’est pourquoi toutes les dites grandes civilisations se préviennent contre les hommes par des institutions dures et sévères, pour ne pas dire totalitaires.

Seule le monde moderne, des Lumières, qui croient l’homme bon, ne veulent plus punir, et ne veulent plus se prévenir : plus de moral, l’homme redevient une bête, et nous nous en approchons.

Nous sommes ainsi tous des minables. Ceux qui ne veulent pas le reconnaître sont simplement aveuglés par leur orgueil, et leur ignorance, qui les empêchent de se voir tels qu’ils sont, même un tout petit peu.

Le curé d’Ars a un jour eu le malheur de demander de voir son âme tel qu’elle était… il a été horrifié. Et nous parlons d’un saint…

Nous le savons, toutes nos qualités sont éphémères, donnés par Dieu, et vraiment ridicules quand on y réfléchit.

Et le chrétien qui cherche la perfection, et tout chrétien doit chercher la perfection, se rend compte que tout passe par la grâce, et qu’il ne vaut rien. Que la perfection passe par le travail de la grâce et la charité, dans nos faiblesses. Ces faiblesses sont salutaires car elles nous font prendre conscience de notre néant. Nous avons tous une épine, quand ce n’est pas un bouquet d’épines – et c’est toujours un bouquet d’épines – comme saint Paul, des faiblesses qui nous font chuter encore et encore, des attachements au monde qui ne cessent de nous ralentir, de nous faire tomber, de nous rappeler notre médiocrité. Et cela dans tous les sens. Bizarrement, mais en fait logiquement, les faiblesses les plus triviales, qui sont les plus vexantes et les plus humiliantes – comme la gourmandise, etc. – sont les plus utiles, car elles aident à l’humilité grandement, et généralement entraînent des fautes moins graves que les péchés d’orgueil (rien de pire car c’est lui qui nous aveuglent).

Alors nous sommes tous minables, ce qui ne nous empêchent pas d’être vertueux et d’y travailler, mais en comptant sur Dieu. Nous sommes tous minables et il faudrait que tous le savent bien, et aussi les grands et les puissants, comme autrefois nos rois, qui se savaient pécheurs, et s’agenouiller souvent devant Dieu, tous les jours et plusieurs fois par jour.

Nous sommes tous minables. Le tout est de s’en rendre compte.

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France

Antoine Michel

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