Monsieur Citron, par Paul de Beaulias

Un peu de détente avec une anecdote qui vous amusera.
Je m’appelle M Citron. Ce n’est pas une blague et je m’explique. Il y a 13 ans, quand je suis arrivé au Japon à l’université, le premier jour on m’a emmené à la banque ouvrir un compte, juste après avoir débarqué de l’avion. J’ai dû à ce moment-là décider de ma transcription en syllabes japonaises de mon nom et de mes prénoms.
Notons le fait intéressant, qui se vérifie en d’autre circonstances, que les procédures bancaires étaient plus importantes que les procédures civiles d’enregistrement à la marie : j’ai d’abord ouvert un compte, et il a fallu ensuite que j’aligne mon enregistrement « à l’état civil » si on veut sur l’enregistrement fait à la banque.
Je n’étais évidemment pas prévenu, et les « katakanas » ne peuvent qu’approcher grossièrement la prononciation de noms japonais. Sauf que cette transcription grossière et faite sur le moment, de façon impromptue et sans préparation, grave à jamais votre nom « japonisé » dans les livres bancaires et civiques.
Un de mes prénoms est Raymond, et sans réfléchir je l’ai transcris comme レモン, qui se prononce Lemon (les japonais ne prononcent pas vraiment le « r »)… sauf que cela veut dire citron, par un de ces anglicismes qui devient si courant en japonais.
Donc je m’appelle M Citron. Heureusement ce n’était pas mon premier prénom.
Comme quoi on s’amuse souvent avec de petites choses.
Du moins je n’ai pas refait l’erreur avec mon fils qui s’appelle Raymond : j’ai transcrit son nomレイモン(霊門), qui n’est pas trop loin, autant que faire se peut, de la prononciation française, mais veut surtout dire « porte de l’Esprit ».
Nous voyons ici la limite de certaines institutions cadrés et uniformes (l’obligation d’avoir une transcription même si cela ne fait pas foi in fine, puisque étant étranger seul le passeport et l’état civil français compte) et sans possibilité d’adaptation (le formalisme à la païenne).
Bref, on s’amuse comme on peut.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul de Beaulias
