Actualités

Les sacres épiscopaux de la fraternité saint pie X – première approche, par Paul de Lacvivier

Un événement historique se profile dans l’Eglise universel : la Fraternité Saint Pie X, après 38 ans, a annoncé le jour de la Présentation, le 2 février dernier, la tenue de sacres pontificaux le 1 er juillet 2026 prochain.

L’événement fait déjà couler beaucoup d’encre (digitale) en nous ne doutons pas qu’il en fera encore couler pendant longtemps. L’annonce va susciter de nombreuses réactions ecclésiastiques et laïques, et va certainement permettre de décanter de vieilles oppositions et positions, pour retrouver une attitude plus normale face au pouvoir pontifical – c’est-à-dire plus féodale. L’événement mérite d’être analysé sous de nombreux rapports, le moindre n’étant pas celui doctrinal, qui permet de repenser foncièrement une vision saine de la légitimité et de l’obéissance.

Nous renvoyons directement aux divers documents à ce jour des déclarations faites par l’abbé Pagliarni, la rencontre avec le Cardinal Fernandez à Rome et la réponse du supérieur de l’abbé de la Fraternité, avec ses différentes annexes. Le Carême s’annonce musclé.

Nous renvoyons encore à ces deux vidéos magistrales quant au fond et quant à la forme – et nous mettons au défi tout « apologète » de service d’aller contredire sans mauvaise foi le fond de l’affaire.

Nous nous proposons ici brièvement d’aborder deux aspects très différents de ce sacre : sa part humaine, et ensuite le problème de fond.

Résumons encore un peu l’histoire. La révolution par le concile Vatican II est manifestement entrée dans l’Eglise : c’est ce qu’on appelle communément la crise de l’Eglise. Toute personne de bonne volonté la constate chaque jour cruellement là où il est placé.

Qu’on le veuille ou non, que l’accepte ou non, la Fraternité Saint Pie X fut le vecteur historique, à son corps défendant, du la transmission d’une tradition intégrale, sans fantaisies sédévacantistes, sédéprivationnistes – et pullulement de théories personnelles aussi florissantes que les sectes protestantes – et sans compromission comme le feraient certains, au nom d’un ultramontanisme contemporain mal compris, ou de papolâtrie, qui préfère ne pas voir la poutre et surtout profiter de bons avantages ecclésiaux en mettant de l’eau dans le vin (ceux qui semblaient tant irriter le pape François avec leurs dentelles).

Les ex-ecclesia Dei n’existent en effet que par et grâce la Fraternité Saint Pie X, tant dans leur origine, que dans le fait qu’ils soient tolérés bien marginalement dans l’Eglise, c’est un fait simple. Au lieu de susciter une sorte d’envie ou de jalousie, cela devrait au contraire renforcer la coopération bien comprise entre chrétiens qui combattent pour la même Foi mais pas à la même place.

Qu’on le veuille ou non, Benoît XVI n’a pas seulement levé les excommunications contre la Fraternité Saint Pie X, mais a reconnu de facto que ces excommunications étaient nulles. François compris, les différents Papes ont accordé à la Fraternité la reconnaissance de la licéité de tous les sacrements, y compris confession et mariage, sans l’ombre d’un doute.

Qu’on le reconnaisse ou non, les fruits sont là : la Fraternité n’a cessé de grandir et de prospérer, tranquillement, devenant la locomotive de la Tradition, et la citadelle conservatoire des sacrements traditionnels, du magistère traditionnel, et surtout de sa transmission vivante.

Qu’on le reconnaisse ou non, malgré de grandes souffrances d’avoir la messe dans des garages, d’être toujours méprisé tant par les progressistes que les bourgeois tradis, la Fraternité Saint Pie X donne un espace de sérénité où l’on peut développer et affermir sa Foi, dans le combat, en toute tranquillité. Rien à voir avec cette fébrilité constante du novus ordo, ces agressions répétées partout dans les ecclesia Dei, etc. – avec évidemment des exceptions.

Toute cette situation, d’un point de vue de la crise politique contemporaine, de la Révolution et de la réponse légitimiste, est plus qu’intéressante : nous avons le combat entre un légalisme de la lettre bien peu catholique face à des lois supérieures et à l’exercice de la prudence pratique.

Pour moi, personnellement, un fait demeure : si Mgr Lefebvre n’avait pas sacré ses évêques en 1988, je ne serai pas devenu catholique, donc grâce lui en soit rendu.

Quoi que soit sa position personnelle, reconnaissons un fait : ce sera un événement historique sans précédent pour plusieurs raisons. La logique des sacres est celle de la nécessité : elle ne peut être que rare. Le dernier sacre fut ainsi fait il y a près de 40 ans, le but est qu’il n’y en est pas de suivant, puisque la Fraternité prie chaque jour pour le Vatican se réapproprie la Tradition et que ces opérations survies n’ont plus raison d’être. D’où, a priori, dans les grandes lignes, la réédition de ce qui s’est passé en 1988 : plusieurs sacres de jeunes prêtres, en bonne santé, qui puissant survivre au moins 40 ans pour repousser au maximum l’éventualité toujours tragique de futurs sacres tout en réduisant au maximum le risque lié au manque d’expériences de jeunes. Les nouveaux évêques, moyennant exception, devraient avoir entre 35 et 45 ans.

Un autre élément à prendre en compte : ils seront plusieurs, certainement quatre, peut-être plus, peut-être moins. La Fraternité est bien plus étendue qu’il y a 40 ans, et comme l’a montré l’expérience Williamson, là où il y a des hommes il y a de l’« hommerie ».

Un autre élément encore important : à la différence de 1988, la crise est massive et profonde, impossible à nier. L’Eglise est en décombre, la prospérité spirituelle de la Fraternité Saint Pie X n’en est que plus remarquable. Les contemporains du concile sont tous morts, ou près de mourir, et nous sommes aujourd’hui au milieu des héritiers
ou des nouveaux convertis. La donne est complétement changée et brandir l’obéissance aveugle si moderniste ne fonctionne plus aujourd’hui. Les passions humaines devraient aussi être apaisées, puisque ni les fidèles ni les clercs – en tout cas moins – ne sont directement partis prenante ni du concile ni des évolutions des années 70. Nous n’avons rien à prouver ni d’un côté ni de l’autre. Il devrait être plus facile d’être objectif.

Autre élément : le monde plus médiatisé et immédiat fera de l’événement un grand événement mondial, et publique.

Dans tous les cas la Fraternité Saint Pie X et la Foi catholique devraient en sortir gagnant, du moins à vue humaine :

– Soit Vatican et Léon XIV sortent par le haut, et admettent par miséricorde et souci des périphéries les sacres. Sans aller les bénir, ils ferment les yeux. Ce serait déjà un grand pas comparé à la triste époque de Jean-Paul II qui soi-disant n’excommuniait plus personne, si ce n’est les plus catholiques…

– Soit Vatican excommunie quand même, et manifeste à quel point les autorités ecclésiastiques actuelles sont injustes et contradictoires. Les évêques communistes chinois ou les apostats allemands sont bénis par Vatican : ce ne serait pas un poids deux mesures, mais une injustice criante ! En contradiction absolue avec la politique d’apaisement de Léon XIV, qui admet tout – sauf le titre de corédemption de Marie…

Au temps où tout est public, il pourrait y avoir comme un effet Trump intra-ecclésiale : trop de tyrannie tue la tyrannie, et il suffit de connaître la réalité pour s’en rendre compte.

La ridicule – car elle est ridicule – réaction vaticane en témoigne : en 2019 l’abbé Pagliarni demandait des ouvertures pour un débat doctrinal. Il a été ignoré et cela a été laissé lettre morte. Depuis l’avènement de Léon XIV, le même abbé demande une audience à Léon XIV, pour présenter sa doléance et le besoin de la Fraternité Saint Pie X sur des évêques : encore ignoré dans un méprisant silence.

Et juste quand la Fraternité annonce les sacres, le panier de crabe vaticanaise s’ébroue et en panique accepte de rencontrer le supérieur – en lui faisant rencontrer non pas le Pape, mais le plus progressiste des progressistes, encore un affront.

La Fraternité héritière de Mgr Lefebvre n’est pas de ces lapinous qui vont se laisser massacrer en se donnant bonne conscience, car ils seraient obéissants… Même si cela leur frôler la pensée, nous les laïcs nous ne les laisserions pas faire : nous voulons la foi intégrale pour nos familles, ils n’ont pas le droit d’abandonner le combat !

Pire : Vatican répond de façon si laconique que c’en est insultant (quand on compare aux plumitifs, fades et indigestes textes du Vatican de ces dernières décennies). Et Vatican répond qu’il conditionne la question des sacres à des débats doctrinaux : c’est absurde, les deux sujets n’ont rien à voir, et la chronologie montre bien que Vatican ne peut pas avoir d’intention droite dans cette basse manœuvre. Comme il est dit dans la réponse de l’abbé Pagliarni, c’est une mesure dilatoire, vouée à l’échec.

Il l’a refusé et c’était son devoir : accepter ce genre de manœuvre c’est mettre le doigt dans un engrenage interminable. Surtout que les dialogues ont eu lieu dans le passé – ce qui montre que la Fraternité y est ouverte ; et que la Fraternité est bien œuvre d’Eglise, respectant la loi ecclésiale dès qu’elle est loi juste.

Ainsi, en ce temps de Carême, la Fraternité Saint Pie X applique la discipline actuelle – très légère – et ne fait que « conseiller » aux fidèles de faire plus, sans prétendre que cette discipline n’aurait pas changé

Idem pour la liturgie figée à 1962 : c’est pour éviter à tout prix que des hommes puissent décider comme ils veulent de leur liturgie – comme le font tant les ecclesia Dei que les sédévacantistes.

Ainsi, dans tous les cas, cet événement historique va être intéressant. Qui seront ces évêques ? Ils seront jeunes, et leurs noms ne devraient pas être connus avant la toute fin, pour assurer aux épiscopisant une préparation sereine et loin des manœuvres… A suivre.

En tant que simple catholique, prions et jeunons tout simplement, déjà pour notre salut, et pour la conversion des pasteurs de l’Eglise.

Pour Dieu, pour le Roi, pour la France

Paul de Lacvivier

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.