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L’inquiétante tournure du désordre mondial

Les Etats-Unis et Israël ont attaqué l’Iran. Je ne suis pas un expert de ces questions,
mais j’ai quelques bases de géopolitique. Et les nouvelles depuis quelques jours me
laissent pantois, et inquiet.

On ne sait pas la vraie raison – même alléguée – de cette opération : les
déclarations de Trump – qui parle trop pour parler bien – sont contradictoires.
La situation est en tout cas plus que préoccupante, non pas à cause d’une guerre,
qui sera toujours une donnée de la vie des hommes sur cette terre, mais du fait du
désordre profond dans les relations internationales, qui manifeste très
malheureusement l’état de pourrissement avancé du monde.

Il y a quelques années, j’aimais bien le trop américain Trump, qui vociférait, en
interne, et avait un côté en cela sympathique : il bougeait les lignes, et lors de son
dernier mandat, pour un dirigeant américain, il ne restait pas trop demeuré
géopolitiquement parlant.
Mais force est de constater que la tournure des événements ne présage rien de bon.
L’attaque de l’Iran est une absurdité manifeste : comme si les guerres avec l’Afghanistan, l’Irak, la
Syrie ne suffisaient pas, il faut encore une autre catastrophe causée par les
américains– et sous pression de ce pays qui n’a aucune légitimité à exister dans la
région si ce n’est la force et la manœuvre… (mais nous nous arrêtons là car sinon la
censure guette !)
L’Iran est un rare pays survivant dans la région, qui est solide, et à qui on peut
parler. Les chiites ont en effet une hiérarchie, et des décideurs, on peut donc
avoir un interlocuteur. Qu’on les aime ou pas est une autre affaire : on ne fait pas de
la diplomatie comme on dirige une entreprise, emploie et vire des gens, et à coups de
négociations et d’ultimatums typiques du« business américain »…

La bonne diplomatie est réaliste, et reconnaît les pays existants, et les
interlocuteurs, tout en connaissant la longue histoire. La Perse n’est pas les Etats-
unis, et pays multimillénaire, inventeurs du foie gras comme du caviar, on peut
imaginer combien les grosses bottes américaines semblent crasses là-bas…
L’Iran, encore, est plus un empire qu’un Etat-nation, contenant dans ses frontières
une ribambelle d’ethnies et de sectes, ce qui en soit démontrent la capacité des
ayatollahs à trouver un système, si ce n’est juste, du moins suffisamment féodal et
lâche pour ne pas trop mécontenter tout le monde. Sachant que la Révolution depuis
cent ans veut détruire les empires pour faire des fragments d’Etat-nation, un
légitimiste ne peut que douter et s’inquiéter de la disparition d’un empire.
L’Iran est un pays ordonné et solide, à la différence des autres pays de la région : on
peut détester cet ordre, le politique lui doit savoir qu’un ordre vaut mieux qu’un désordre, et qu’on ne brise pas à la légère un tel ordre – qui sait ce qui arrivera ensuite…

L’arme nucléaire ? Faribole : l’Iran peut l’avoir, elle ne l’aurait pas utilisée, puisque
c’est son assurance survie, comme pour la Corée du Nord. Il ne faut pas prendre les
chiites religieux pour des idiots : ils sont surtout des politiques très froids et cyniques,
puisque dans ces pays religion et politique sont fusionnés…
Il serait assez naturel de penser qu’une des causes les plus saillantes est la
demande express d’Israël d’en finir avec l’Iran, la force régionale la plus forte pour
résister à l’impérialisme sioniste et la combattant activement un peu partout
(Hezbollah, etc) ; si cela s’avère le cas, on peut s’inquiéter de cette influence qui
passe encore un cap dans la politique américaine, et cela devrait refroidir tous les
pro-Trump qui ne voient que la face qui leur fait plaisir.
L’attaque de l’Iran est donc une absurdité déstabilisatrice pour l’ordre régional et
mondial.
Cela n’est pourtant que la moindre inquiétude que l’on peut avoir.

Les Etats-Unis de Trump passent un cap dans le mépris de tout droit international, et
des vieilles habitudes diplomatiques. Personne ne parle dans les journaux de
la « déclaration de la guerre » – y en a-t-il une ? On dirait que dans le monde néo-
païen et apostat du XXIe siècle il n’y a plus besoin d’avoir aucune règle pour
déclarer la guerre et faire la guerre : même les romains antiques déclaraient la
guerre, aussi injuste pouvait-elle être…
Ne parlons même pas d’une résolution : dans la mouvance malheureusement de
plus en plus forte depuis le traité de Versailles, la diplomatie protestantisante n’est
plus réaliste et créé des camps du bien et du mal, des gentils et des méchants :
conséquence, la guerre ne peut être que total. L’Iran chiite doit disparaître : que
voulez-vous qu’ils fassent d’autre que de résister par tous les moyens et sans
reculer devant toutes les atrocités.
Le cercle vicieux est terrible et sans fin.

Ce n’est pas encore le pire : bien plus inquiétant est ce mépris violent de toute
souveraineté et d’ordre mondial, à commencer par ses « amis ». Déjà avec le
Groënland, l’Islande se sent coincée par l’impunité américaine qui ne fait même pas
mine de respecter au moins littéralement et formellement les principes les plus
élémentaires du droit international – qui quoique révolutionnaire garde des aspects
traditionnels, et le combat a encore lieu. Trump est en train de miner ce qui restait
des fragments de chrétienté dans l’ordre mondial ! Cela devrait nous inquiéter…
Pourquoi ? Car l’exemple est donné, et tous les loups n’attendent que la plus minime
faiblesse pour sortir et manger les moutons.

La Chine sur Taïwan, la Corée du Nord
sur le sud, et tous les autres pays pour leurs empires régionaux – l’Inde persécutant

les chrétiens, l’impunité partout, la légitimation des procédés brutaux tant à l’intérieur
qu’à l’extérieur.
On dirait que les Etats-Unis font tout pour provoquer la constitution de blocs, et se
mettre à dos toutes les bonnes volontés : quand les Etats-Unis violentent l’Espagne
pour son refus (légitime) de collaborer à la guerre manifestement injuste en Iran,
c’est son pur droit, et cela ne devrait même pas faire lever le petit doigt américain.
Mais c’est l’escalade et le scandale médiatique tout à fait vulgaire et
insultant : quel que soit le problème de fond, peut-être que l’Islande ou l’Espagne auraient
bien envie de rapidement changer d’alliance, dès que la réalité le permet.
Les Etats-Unis exigent de ses alliés, comme s’ils étaient des provinces, d’augmenter
les budgets militaires, et la plupart, comme la péripatéticienne républicaine, le font !
Trump et ses prédécesseurs ont poussé la Russie dans les bras de la Chine, et le
très mauvais exemple de la violence méprisante faisant passer l’intérêt médiatique
avant tout – sauf des intérêts communs bien compris de quelques cliques discrètes
– installe une atmosphère de « loi du plus fort », de désordre avancé, pain bénit pour
tous les arrivistes païens mondiaux qui dirigent un peu partout…
Les répliques de l’Iran le montrent : on attaque pour intimider ce qu’on peut (comme
on ne peut pas atteindre les Américains), et on tente de décourager l’aide trop
prononcée aux américains (UAE, etc) – mais bizarrement on n’entend pas parler de
l’Arabie saoudite, l’allié supposé le plus indéfectible aux Etats-Unis dans la région.
Une logique de blocs et de désordre se remet en place, ce qui ne présage rien de
bon…
L’histoire tragique va-t-elle encore se répéter ? A vue humaine, on voit mal comment
cela pourrait être autrement…
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul-Raymond du Lac

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