Un Incorrect propos bonapartiste

Après les messages insultants à l’égard du Roi Louis XX publiés sur ses RS par « un stagiaire », mais pourtant repris par certains de ses responsables, la revue qui se veut très à droite « l’Incorrect » nous livre, sous la plume d’un « royaliste » de gauche, transfuge de la légitimité, un article[1] qui ridiculise le bonapartisme, mais où l’auteur a clairement fait le choix d’insulter gratuitement – on dirait qu’ils font leur soupe de cette façon – les légitimistes en transcrivant une des citations abracadabrantesque (parmi beaucoup d’autres)  d’un dirigeant de France Bonapartiste. Ainsi pour David Saforcada[2], nous, légitimistes, sommes : «  les quelques illuminés de droit divin qui soutiennent un prince espagnol franquiste » ou « ceux de l’Action Française », qu’il fustige.

L’indigence conceptuelle de ce monsieur transpire à chaque ligne de l’article en question : « Nous ne sommes pas nostalgiques d’une période au sens où certains l’entendent mais bien des progressistes. »[3]. Je veux bien, mais alors il ne faudra plus se déguiser en soldat napoléonien ou participer à des reconstitutions en costume d’époque. Et puis, que dire de cette affirmation progressiste ! Je me demande si ce monsieur qui parle plus loin des « socialo-communistes » a seulement une vague idée de qu’on appelait « progressistes » et « force de progrès » jusqu’à il y a encore peu de temps (d’ailleurs les cocos continuent de se nommer ainsi, mais c’est tellement ridicule qu’on en parle plus). Aujourd’hui, Emmanuel Macron se dit progressiste lui aussi, certes pas dans le même sens qu’un communiste, et le Prince Napoléon soutient M. Macron, mais cela ne plait pas à M. Saforcada : je me demande en conséquence comment il définit son « progressisme ». Est-il pour la PMA et la GPA par exemple ? Pour l’autorisation de l’avortement jusqu’à la naissance ? Pour toujours plus de libéralisme ? Pour l’ouverture des frontières aux millions de migrants que les progressistes européistes appellent de leurs vœux ? Il faudra penser à l’expliquer parce que nous sommes peut-être illuminés – entendez intègres-, mais la doctrine légitimiste est claire sur tous ces points.

  1. Saforcada nous explique que les Français seraient nostalgiques « de cette époque, d’une France qui gagne. » Que dire ? Deux mots, simplement : Waterloo, Sedan. L’école républicaine illusionne les Français depuis toujours avec l’épopée impériale, et le patriotisme mal placé ou le nationalisme aveugle ne veulent voir qu’Austerlitz ou Magenta quand la liste des échecs ou des défaites des deux empires et de leurs conséquences catastrophiques ou humiliantes pour la France devraient faire frémir tout Français qui pense à son pays.

Un responsable des jeunes bonapartistes nous explique ensuite que le bonapartisme serait « une idéologie qui est belle », dans un magazine de droite, il n’y a eu personne pour lui dire que les idéologies sont un truc de gauche, et que c’est un gros mot ? On ne peut que sourire devant l’évocation d’un Napoléon « qui est venu dans un moment tumultueux et qui a remis de l’ordre dans la France en la stabilisant ». En somme Napoléon a  d’énormes points communs avec Franco. L’idéologie est si belle que le jeune homme en énumère les réussites : « C’est certainement la période de l’histoire de France où nous avons eu le plus de victoires consécutives et le plus assouvi notre empreinte culturelle sur le reste de l’Europe ».  Il est toujours amusant de voir des adversaires plonger la tête la première dans les écueils de leurs systèmes illégitimes. Napoléon n’a imposé son pouvoir qu’en faisant la guerre, il y a fait tuer des centaines de milliers de Français et n’a pas eu la tempérance de rester sur l’Île d’Elbe, ce qui a fait perdre encore plus gros à la France. Mais le plus fort est de parler d’assouvir « notre empreinte culturelle sur le reste de l’Europe »… euh, « assouvir » vraiment ? Ces gens ne pouvaient pas trouver meilleur terme (bien que la phrase n’ait pas grand sens), demandez donc à un italien ce qu’il pense de la politique culturelle de Napoléon, alors oui, assouvir comme un spoliateur, ce sera le bon mot ! Si le Louvre a eu des difficultés pour se faire prêter l’Homme de Vitruve, le célèbre dessin de Léonard de Vinci, peut-être est-ce dû au ressentiment des italiens pour les accaparements d’œuvres d’art consécutifs aux campagnes d’Italie et aux traités de Campoformio, Tolentino et Presbourg. Ah oui vraiment, quand ces bonapartistes de carnaval parlent aussi de « réinventer l’Europe », nos amis et voisins peuvent avoir peur. Allons, ne soyons pas trop sévères, il est possibles que ces gens soient ignorants de l’histoire de cette époque : on peut bien lire, en effet, que l’un des militants bonapartiste place le retour des cendres de Napoléon Ier en 1841, ce qui est dommage pour un évènement qui a occupé toute l’année 1840 et qui s’est terminé le 15 décembre de cette même année[4]. Pour le reste, Louis XIV a plus marqué l’Europe du point de vue culturel que Napoléon, il ne faut pas confondre « empreinte culturelle » et souvenir de l’épopée impériale –  souvenir qui seront beaucoup moins agréables si vous êtes espagnol, allemand ou russe. La renaissance apportée à la France par Napoléon – selon un autre militant – est une vaste blague, ce garçon ne connait donc pas Waterloo et le Congrès de Vienne, sans parler de Sedan. Oui, Napoléon a fait des choses « grandes » – plus que de grandes choses-, oui il a gagné des batailles et renforcé le carcan étatique jacobin, mais c’est tout sauf la « renaissance » de la France.

  1. David Saforcada nous présente ensuite un mouvement sans colonne vertébrale, avec des principes assez comiques et qui devraient dégouter tout bon royaliste et tout « monarchiste » conséquent : « La majorité des bonapartistes s’inscrivent dans le combat républicain mais nous gardons une certaine fidélité à la famille du fondateur du bonapartisme. Nous servons les principes avant de servir les princes… le prince Jean-Christophe ne revendique pas un trône, il s’inscrit lui-même dans ce combat en faveur de la république. C’est une différence notable avec les autres familles royales ». Effectivement, si c’est pour être républicains et intégrés au système, et pour refuser de suivre le prince quand ça les arrange, nos bonapartistes devraient aller chez les orléanistes ou se faire macronistes illico. Pire encore, leur prince serait républicain, européiste, ancien soutien de Sarkozy et désormais de Macron et de son programme économique – nos amis Gilets Jaunes devraient apprécier ce détail. Quel intérêt si le prince est acquis à la république ? Pourquoi en faire un empereur républicain ? Autant garder la Ve République[5]! D’ailleurs le militant de France Bonapartiste, qui, comme le « journaliste » qui a pondu l’article, aime utiliser des mots complexes et des notions qu’il ne maîtrise pas (par exemple, j’ai bien ri en lisant cela : « Jusqu’ici toutes les tentatives de retour des corps de Napoléon III et de son fils éponyme, tombé dans le Zoulouland en 1879 ont échoué.», le journaliste ne connait pas le sens d’ «éponyme[6]», confondu avec « homonyme » parce qu’on se demande bien comment le père pourrait recevoir son nom de son fils 😉 ) sort une énormité amusante : « Ce n’est pas parce qu’on est majoritairement républicains qu’on est contre le retour à l’empire, plus républicano-compatible que la monarchie. Il ne faut pas oublier qu’avant les deux empires, nous avons eu, soit une forme de gouvernance républicaine (le consulat) soit, une république à part entière (Napoléon III fut président de la seconde république)». Passons sur l’éloge implicite du coup d’Etat et sur le fait qu’il est ici fait bon marché du sang français versé lors des émeutes qui ont suivi celui du 2 décembre 1851, et voyons le reste. Donc les bonapartistes se disent majoritairement républicains (Victor Hugo, revient, ils sont devenus fous !) et expliquent que l’empire est « républicano-compatible » (ça on le savait bien) et ils l’opposent à la monarchie. Concept incompris. L’Empire ne serait donc pas une monarchie, c’est pourtant ce qu’il a été, même si certains constitutionalistes parlent de « monocratie », ce n’est donc pas à « monarchie » qu’il fallait l’opposer, mais à royauté. Encore une fois, quand on est pour un « empereur » (je n’ose pas écrire « quand on est monarchiste », car ils ne comprennent pas le sens de ce mot)[7] mais qu’on se dit républicain et que le prétendant est favorable à M. Sarkozy puis à la politique de M. Macron, il y a une très forte contradiction. Ne parlons même pas du fait que leur bonapartisme semble très soluble dans le gaullisme, ce qui montre encore plus leur attachement à la république telle qu’elle est aujourd’hui, on croirait que le journaliste leur tend des pièges et qu’ils chutent dedans à chaque fois. Etrange attitude entre gens qui sont à tu et à toi sur les réseaux sociaux, car oui, on est là dans le copinage plus que dans le reportage en immersion, nous espérons que les dirigeants de l’Incorrect, surtout ceux qui sont restés bouche-bée lorsqu’ils ont découvert que leur étonnante recrue était un transfuge du légitimisme, connaissent ces liens. Tenter d’attirer au bonapartisme les jeunes qui veulent du changement et qui croient en l’idéal monarchique est dans ces conditions une tromperie. Cette tromperie qui s’appuie sur la gloire de Napoléon Ier et les réels progrès économiques et sociaux du temps de Napoléon III pour faire passer autrement toute l’idéologie républicaine, progressiste (ou plutôt « bougiste » comme elle est définie par Pierre-André Taguieff dans son opuscule « Du Progrès ») et libérale est un véritable avilissement des réalisations de ces deux empires. Non, chers amis légitimistes, je n’ai pas de faiblesse pour ces périodes de notre histoire et l’absence de légitimité véritable des deux empereurs, mais tel Louis XVIII et Henri V, je ne peux pas ignorer leurs quelques mérites, ni la gloire de nos soldats, ni le renouveau catholique du second empire, même si cela s’est terminé en catastrophe amère. C’est cela la justice, c’est reconnaître les circonstances atténuantes lorsqu’il y en a, et juger justement.

Et justement, dans cet article, il n’y en a pas de justice. Passons donc sur la nullité des propos des dirigeants bonapartistes, nullité qui confirme les quelques commentaires que j’ai pu lire d’eux sur les réseaux sociaux et qui ne montraient déjà pas une élévation d’esprit très importante. Rappelons le propos : « hors de question de signer le moindre accord avec (…) les quelques illuminés de droit divin qui soutiennent un prince espagnol franquiste » ou ceux de l’Action Française qu’il fustige. Irréconciliables avec les royalistes ? Pas vraiment. David Saforcada admet qu’il ne cache pas son admiration pour Bertrand Renouvin et la Nouvelle action royaliste même  « s’ils ne sont pas toujours d’accords ». Voilà donc la clef de lecture qui manque à tous ceux qui ne connaissent pas bien le sujet. Le journaliste, un temps proche du légitimiste mais qui affirme en privé n’avoir jamais été légitimiste (cherchez l’erreur !), aurait pu écrire simplement « hors de question de signer le moindre accord avec les (…) légitimistes ou ceux de l’Action Française qu’il fustige. » Mais non, les insultes envers les légitimistes et le Roi Louis XX sont retranscrites, celle envers l’AF passent dans le « qu’il fustige », on voit bien le parti pris journalistique. Et puis, au paragraphe suivant, tout est démasqué, l’auteur qui écrit depuis longtemps dans les journaux de la NAR fait l’éloge de ce vieux groupuscule de « royalistes de gauche » et trompe le public en parlant ensuite d’union des conservateurs alors qu’il fait l’éloge de la NAR sur les réseaux sociaux en la décrivant comme le mouvement le moins conservateur – « less conservative » puisqu’il le présentait à un anglophone – chez les royalistes. Encore une fois on cherche à tromper les lecteurs en les amenant vers le pire mouvement monarchiste en France, celui qui a appelé à voter Mitterrand, Sarkozy, Hollande et qui sais-je encore, celui qui veut couronner la république et revenir à la constitution de 1958 avec un roi à la place du président, en somme le mouvement monarchiste des « boomers », des candaules et des guignols qui veulent tout changer pour ne rien changer et installer un usurpateur de la branche d’Orléans sur le « trône » – plutôt lieu d’aisance en l’occurrence – de De Gaulle, si on peut dire. Les bonapartistes d’aujourd’hui, sont d’un bois bien tendre s’ils trouvent heureux de s’acoquiner à ces gens-là. Ces gens devraient tous relire De Buonaparte et des Bourbons, célèbre pamphlet de François-René de Chateaubriand et en particulier ce passage :

« Les fonctions attachées à ce titre de Roi sont si connues des Français, qu’ils n’ont pas besoin de se le faire expliquer : le roi leur représente aussitôt l’idée de l’autorité légitime, de l’ordre, de la paix, de la liberté légale et monarchique. Les souvenirs de la vieille France, la religion, les antiques usages, les mœurs de la famille, les habitudes de notre enfance, le berceau, le tombeau, tout se rattache à ce nom sacré de roi : il n’effraye personne ; au contraire, il rassure. Le roi, le magistrat, le père ; un Français confond ces idées. Il ne sait ce que c’est qu’un empereur ; il ne connaît pas la nature, la forme, la limite du pouvoir attaché à ce titre étranger. Mais il sait ce que c’est qu’un monarque descendant de saint Louis et de Henri IV : c’est un chef dont la puissance paternelle est réglée par des institutions, tempérée par les mœurs, adoucie et rendue excellente par le temps, comme un vin généreux né de la terre de la patrie et mûri par le soleil de la France. Cessons de vouloir nous le cacher : il n’y aura ni repos, ni bonheur, ni félicité, ni stabilité dans nos lois, nos opinions, nos fortunes, que quand la maison de Bourbon sera rétablie sur le trône. Certes, l’antiquité, plus reconnaissante que nous, n’aurait pas manqué d’appeler divine une race qui, commençant par un roi brave et prudent, et finissant par un martyr, a compté dans l’espace de neuf siècles trente-trois monarques, parmi lesquels on ne trouve qu’un seul tyran : exemple unique dans l’histoire du monde, et éternel sujet d’orgueil pour notre patrie. La probité et l’honneur étaient assis sur le trône de France, comme sur les autres trônes la force et la politique. Le sang noble et doux des Capets ne se reposait de produire des héros que pour faire des rois honnêtes hommes. Les uns furent appelés Sages, Bons, Justes, Bien-Aimés ; les autres surnommés Grands, Augustes, Pères des lettres et de la patrie. Quelques-uns eurent des passions qu’ils expièrent par des malheurs, mais aucun n’épouvanta le monde par ces vices qui pèsent sur la mémoire des césars et que Buonaparte a reproduits. »[8]

Voilà ce que c’est d’être « illuminé de droit divin » c’est vouloir le repos de la France, la concorde dans le pays, la vraie liberté, l’ordre, la paix, les bonnes mœurs, la sauvegarde de la vie et de la famille, etc. Et quel est leur problème avec le droit divin ? Ont-il enfin découvert que Napoléon, lorsqu’il se disait empereur des Français « par la Grâce de Dieu et la loi constitutionnelle de l’Etat » n’était qu’un menteur et un usurpateur ? Rappelons ce que Mgr de Ségur écrivait sur le droit divin dans Vive le Roi ! en 1877 : «[…] pour un Souverain quelconque, régner de « droit divin », c’est tout simplement régner légitimement, en vertu de droits légitimes ; c’est être le représentant légitime de Dieu pour le gouvernement d’une société, d’un peuple. De là cette formule célèbre, qui fait tant crier les impies et les ignorants : régner par la grâce de Dieu. Remarquons-le d’ailleurs : le droit divin du Roi légitime n’est pas, comme on se l’imagine, un fait isolé dans la société. Celle-ci repose sur une foule de faits humains donnant lieu au droit divin. C’est de droit divin que je possède ma maison, mon champ, et tous les fruits de mon travail ; c’est de droit divin que je possède ce dont je suis devenu le propriétaire légitime, à la suite et par l’effet de faits humains, de conventions purement humaines.»[9] Il n’y a là rien qui puisse être critiqué et comparé à la tyrannie de Buonaparte. Et pardon, mais que dire des sous-entendus sur la nationalité espagnole de Louis XX ! Rappelons à ceux qui l’ignorent encore que les règles de succession au trône établies par Napoléon singeaient celles de la royauté et qu’elles précisaient bien ce qui était évident pour nos rois, seul le fait d’être un prince français (donc un descendant de Charles Bonaparte, sauf par Lucien, un frère de Napoléon) donnait droit au trône, pas question de vice de pérégrinité ou de droit du sol ou de fausse règle de nationalité, c’est bien pour cela que Napoléon a donné les trônes d’Espagne, de la Hollande, de Naples et de la Westphalie à ses frères[10]. Napoléon III fils du roi de Hollande était-il hollandais ? Jean-Christophe Napoléon descendant du roi Jerôme de Westphalie est-il allemand ? Allons bon ! Et ne relevons pas le terme « franquiste » car on se demande bien en quoi descendre de l’homme qui a restauré la monarchie en Espagne et dont le Général De Gaulle, admiré par nos bonapartistes, a pu dire qu’il était : « l’homme qui assume au plan le plus illustre, l’unité le progrès et la grandeur de l’Espagne. »[11], serait une tare. On se le demande d’autant plus que ces gens critiquent la politique algérienne de De Gaulle, et que l’on sait bien ce que Franco a pu faire pour sauver un grand nombre de Français d’Algérie. Ne soyons pas mesquins, et ne parlons pas de sang versé, car Napoléon en a versé bien plus en 20 ans que Franco en près de 40. Sans doute savent-ils que l’Espagne fut le début de la fin pour Napoléon qui sacrifia là-bas à son ambition et à son orgueil démesuré le sang de tant de braves soldats envoyés pour réprimer une population qui voulait sa liberté légitime et qui ne désirait que se libérer de sa monstrueuse oppression.

Laissons là les bonapartistes insultants et leur risible porte-voix. Rappelons que nous n’avons pour notre part aucune animosité envers le prince Jean-Christophe Napoléon, nous lui présentons tous nos vœux de bonheur pour son récent mariage et lui souhaitons d’avoir un fils pour perpétuer son nom, qui malgré la fin catastrophique des deux empires, reste un nom marquant lié à notre histoire. Nous ne lui reprochons même pas ses partis pris politiques, pourquoi le ferions-nous ? Il est d’une autre tradition politique, d’une que nous désapprouvons et qui n’est pas légitime. Mais dans cette tradition, il est le maître, il est donc inconcevable que ceux qui se disent ses partisans prétendent servir des principes plutôt que leur prince, car le principe de Napoléon est : « toute sa nature ne [fut] que sa passion » et donc pour un bonapartiste conséquent l’empereur est le héros qui sait ce qui est nécessaire le moment est venu, pas un pantin à qui une troupe de carnaval va imposer ses vues. Mais ont-ils lu Hegel ? Vu leur inanité doctrinale, on en doute.

Concluons maintenant en exprimant notre étonnement d’avoir lu un tel article dans l’Incorrect. Comment un magazine qui se dit être de vraie droite, qui prétend être le magazine de toutes les droites et le vecteur d’idée de l’union des droites peut-il trouver judicieux de laisser publier des articles ou, sur les réseaux sociaux, des commentaires, qui attaquent et insultent les royalistes légitimistes et catholiques ou pire encore, le roi Louis XX lui-même ? Et cela pour quoi ? Pour donner la parole à des gens dont les principes sont plus flous que la vue d’un myope, mais qui se déclarent sans vergogne « progressistes ». Et surtout pour laisser un « journaliste » faire de la retape pour le mouvement (dans ce cas on devrait plutôt dire le fossile) monarchiste le plus à gauche, celui qui a appelé à voter Mitterrand, Chevènement ou Hollande et fait campagne pour le droit de vote des étrangers aux élections locales. Etrange de faire sa couv’ d’octobre 2019 avec Marion Maréchal et de faire la promo d’un groupuscule qui s’opposait à la Nouvelle Droite… L’Incorrect est-il de droite ? Ce sera peut-être bientôt le sujet d’une de ses rubriques qui se pose cette question de façon amusante pour des tas d’objets. La NAR n’en est pas, c’est certain, et pire, penche à gauche, mais les légitimistes, s’ils ne veulent pas être placés dans ce jeu politique d’origine révolutionnaire, ne sont pas des guignols sans colonne vertébrale idéologique. Légitimiste, ultra, réactionnaire, illibéral, traditionnaliste (et je ne pense pas à la religion ici), catholique et Français, le véritable royaliste fustige les tièdes et n’est certainement pas un « boomer » socialaud partisan d’un usurpateur pour couronner une république en fin de course et s’extasier de voir un d’Orléans en papier glacé dans PdV.

 

Louis de Lauban

[1] https://lincorrect.org/les-nouveaux-grognards-du-prince-napoleon/

[2] Dirigeant du mouvement France Bonapartiste, mouvement qui se présente ainsi sur son site : « France Bonapartiste adhère ouvertement à la constitution de la Vème République. (…) France Bonapartiste ne peut trouver d’adversaires irréconciliables que dans les mouvements d’extrême droite, où l’on condamne les principes de la Révolution et parfois aux relents racistes et antisémites, dans les mouvements d’extrême gauche antinationaux et englués dans une chimérique lutte des classes, enfin les mouvements qui répudient l’idée d’unité et d’indivisibilité de la Nation et sa souveraineté. » Tout est dit, cela a le mérite d’être clair.

[3] Toujours sur son site internet ce mouvement déclare : « C’est qu’en réalité, tout séparait les bonapartistes des conservateurs royalistes. Contrairement à leurs alliés éphémères contre la République, les napoléoniens étaient par nature des progressistes. Hélas, ils l’avaient oublié. En devenant conservateurs, les bonapartistes ont perdu toute leur originalité idéologique. Historiquement, les fidèles de la dynastie napoléonienne étaient avant tout des adeptes de la Révolution française. Ils s’appuyaient sur les idéaux de 1789, Liberté, Egalité et Fraternité. Ils se reposaient sur les idées d’émancipation des hommes et le refus des tendances d’Ancien Régime. Contre la féodalité, le traditionalisme, l’intrusion de la religion catholique dans la vie publique, les bonapartistes se devaient d’incarner le progrès. Sur les questions du droit, sur le social, sur les institutions, sur la vision de la société, sur la laïcité, les bonapartistes sont nécessairement progressistes. » Tout aussi claire…

[4] Dans un article publié sur le site de l’Incorrect, le « journaliste » reprend pour lui-même cette erreur, et se permet même de la doubler : « Napoléon Ier dont les cendres reposent dans la crypte depuis 1841. ». C’est doublement faux. Napoléon repose aux Invalides depuis le 15 décembre 1840, et dans la crypte seulement depuis le 2 avril 1861, entre deux il reposait dans la chapelle Saint-Jérôme.

[5] On notera d’ailleurs que comme les factions orléanistes les plus défaitistes et soumises aux « valeurs » de la république, ces bonapartistes expliquent sur leur site qu’ils veulent conserver les institutions de la Ve république, tout en revenant à ce qu’elles étaient en 1958 avec quelques modifications : « Un gouvernement bonapartiste est-il encore compatible avec la Ve République ? Oui bien entendu avec quelques aménagements comme le retour du septennat, la fusion du Sénat et du CESE, la réduction du nombre de députés, la fin de la décentralisation et le retour à une vraie déconcentration. Le combat bonapartiste s’inscrit dans la République depuis la fin du XIXe siècle, la constitution de la Ve République (celle de 1962) s’inscrit dans la droite ligne de la République décennale de 1852. » Du cosmétique tout cela.

[6] Définition Larousse : adjectif

(grec epônumos, qui donne son nom à) *Qui donne son nom à quelque chose : Athéna, déesse éponyme d’Athènes. *Par extension, abusif Qui tire son nom de.

[7] Tout est logique au fond : empereur vient « d’imperium », mandat militaire relevant de la « potestas » donné par le sénat romain, « l’auctoritas »de la république antique… L’Empire a toujours été une arnaque, ce n’est pas nouveau.

[8] François-René de Chateaubriand, De Buonaparte et des Bourbons, ch. II, des Bourbons, 1815

[9] Mgr de Ségur, Vive le Roy, 1877, ouvrage accessible sur la page Vive le Roy qui dépend de l’U.C.L.F, Union des Cercles Légitimistes de France, organisation qui permet à tout légitimiste d’acquérir et de perfectionner ses connaissances dans les principes de la cause qu’il défend.

[10] Guillaume Bernard, Le droit dynastique napoléonien : entre enracinement historique et innovation politique (novembre 2017)

[11] Charles de Gaulle, Lettre au Général Franco, Chef de l’Etat Espagnol, 10 juin 1970

 

 

 

 

Une pensée sur “Un Incorrect propos bonapartiste

  • 29 octobre 2019 à 08:35
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    La famille Bonaparte est la famille « impériale  » de France, la famille Bourbon, notre famille royale. Il n’y a pas d’empire en France, du moins, plus et Dieu veuille qu’il Y soit restaurée la royauté !!!!!

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