Tout est bon, hors du péché

La sagesse biblique manifeste déjà les grands développements chrétiens sur le mal, sa nature, son rôle, mais de façon plus poétique et imagée, certainement mieux adapté aux esprits du temps et au fait que l’ère de la grâce n’était pas encore avenue. Nos temps déchristianisés, en ce sens, sont peut-être plus réceptifs à ces expressions plus grossières, puisque nos temps sont plus grossiers et barbares…
Laissons la parole à l’Ecriture Sainte :
« Les œuvres de toute chair sont devant lui, et l’on ne peut se cacher à ses yeux. Son regard atteint de l’éternité à l’éternité, et il n’y a rien d’étonnant devant lui. On ne doit pas dire : « Qu’est-ce que cela ? À quoi sert-il ? » car toute chose a été créée pour son usage. La bénédiction du Seigneur déborde comme un fleuve, et, comme un déluge, elle arrose la terre. De même il donne sa colère en partage aux nations, comme il a changé un pays bien arrosé en une contrée de sel. Ses voies sont droites pour les hommes saints, et de même elles sont pour les impies des occasions de chute.
Les biens ont été créés pour les bons dès l’origine, et, de même, les maux pour les méchants. Ce qui est de première nécessité pour la vie de l’homme, c’est l’eau, le feu, le fer et le sel, la farine de froment, le miel et le lait, le sang de la grappe, l’huile et le vêtement. Toutes ces choses sont des biens pour les hommes pieux, mais se changent en maux pour les pécheurs. » (Eccl. 39, 19-27)
Le passage est dense : il nous rappelle que Dieu sait tout et connaît tout, et qu’il est vain et idiot de vouloir se cacher devant lui, qu’il est puéril et orgueilleux de vouloir s’aveugler et faire semblant de croire qu’il n’existe pas, que l’on est seul.
L’auteur inspiré rappelle encore qu’il faut toujours s’efforcer de se soumettre à la Providence, de ne pas tout ramener à soi, comme le fait de façon terrible le monde moderne se perdant dans l’hybris de l’humano-centrisme, qui ne finit que par sa chute, sa destruction et sa décadence. L’auteur rappelle qu’il faut s’abandonner à Dieu, comme le diront en boucle tous les mystiques chrétiens, et que tout tourne autour de Dieu et non de nous, pour sa plus grande gloire : « On ne doit pas dire : « Qu’est-ce que cela ? À quoi sert-il ? » car toute chose a été créée pour son usage. »
L’auteur souligne encore un élément qui, une fois dit, semble devenir évident, mais qui est toujours oublié puisqu’il nous remet en cause dans nos péchés : « Toutes ces choses sont des biens pour les hommes pieux, mais se changent en maux pour les pécheurs » ou encore, « Ses voies sont droites pour les hommes saints, et de même elles sont pour les impies des occasions de chute. »
Certains objectifs deviennent des maux pour le pécheur, c’est-à-dire celui qui les détourne de leur fin, et qui se détourne de sa fin, qui est Dieu, pour les tourner vers lui-même, ou pour s’attacher aux créatures en tant que tel, et non pour la gloire de Dieu ou pour une fin ordonnée à cette fin dernière. Nous avons là toute l’histoire de l’humanité déchue et pécheresse, blessée qui, même restaurée dans la grâce, n’a jamais fini de combattre ! Les biens non ordonnés deviennent les chaînes du pécheur et ses pires maux… Pensons à toutes les addictions, depuis des choses matérielles aux addictions « supérieures » comme la gloire humaine, les décorations ou le pouvoir, et encore l’argent… Toutes ces choses ne sont des maux que parce qu’ils sont mal usés, mal utilisés, qu’ils deviennent des fins au lieu d’être de simples moyens pour la gloire de Dieu et le bien commun sur terre.
De la même façon le « doux joug » dont parle notre Seigneur, puisque ce « joug » libère l’homme du péché et le ramène à Dieu, tout en n’allant jamais contre la nature humaine non plus (le sacrifice des biens légitimes naturels n’étant que la soumission volontaire des parties inférieurs aux facultés supérieures, et des facultés supérieures à Dieu), ce « doux joug » est bienfaisant et nous apporte le bonheur. Seul le pécheur qui préfère son autodestruction en fait une occasion de chute !! La règle est claire, elle est même, pour la loi naturelle, inscrite dans les cœurs, donc le pécheur qui lui désobéit sciemment ne peut pas faire semblant de ne pas savoir en conscience…
L’auteur inspiré, enfin, nous expose les prémices de ce que bien plus tard un saint Augustin puis un saint Thomas d’Aquin expliciteront avec une grande finesse : « Les biens ont été créés pour les bons dès l’origine, et, de même, les maux pour les méchants. » Et encore un peu plus loin : « Toutes les œuvres du Seigneur sont bonnes, et il pourvoit à tout besoin en son temps. Il n’y a pas lieu de dire : « Ceci est plus mauvais que cela, » car toute chose en son temps sera reconnue bonne. » (Ecc, 39, 33-34)
Le mal dit de nature, celui qui se trouve dans l’inégalité naturelle des créatures, est un grand bien voulu par Dieu, pour l’harmonie de la Création, l’ordonnancement général des êtres à sa gloire et au bien de chaque être dans son ordre. Rousseau a comme voulu attaquer cette évidence de l’inégalité naturelle et user de ce prétexte pour fomenter la révolte contre même la Nature créée par Dieu…au nom du nature fantasmée inexistante et issue des nuées brumeuses d’un esprit torturé. Il est pourtant bon que dans un orchestre chaque instrument soit différent et à sa place, pour pouvoir avoir un ensemble harmonieux grâce à son chef d’orchestre qui dirige des volontés soumises à jouer leur partition… C’est l’analogie classique, mais parlante.
Ensuite l’auteur inspiré va bien plus loin, et il explique ce que les théologiens appelleront plus tard le mal de peine : soit les châtiments envoyés par Dieu pour notre correction et notre sanctification. Tous ces maux sont bons en soi, puisqu’ils travaillent à la gloire de Dieu et à notre fin dernière. Ils sont devenus nécessaires par le péché originel, et ils n’auraient pas existés sans la première faute.
L’enfer est ainsi une grande bonté, la douleur et les souffrances aussi, la guerre et la pauvreté aussi, la maladie aussi, l’esclavage aussi : tous ces maux de peine, qui deviennent parfois comme une seconde nature après la chute, sont nos justes châtiments qui parfois travaillent pour notre conversion. Combien de malades se convertissent, combien de guerres cultivent les vertus d’obéissance, d’honneur, de fidélité, de courage et de retour de l’ordre ? Combien la pauvreté dans la maladie ou dans les richesses apprennent l’humilité ?
Tous ces maux ne sont insupportables qu’aux pécheurs. La mort est ce juste châtiment qui remet tout le monde sur un pied d’égalité et rappelle notre pauvre état. Seule la grâce nous sort de ces ornières et tout est pour l’usage du Seigneur !
« Ô mort, que ton souvenir est amer
à l’homme qui vit en paix au sein de ses richesses,
à l’homme exempt de soucis et qui prospère en tout,
et qui est encore en état de goûter le plaisir de la table !
Ô mort, ton arrêt est agréable,
à l’indigent, à celui dont les forces sont épuisées,
au vieillard accablé d’années et travaillé de mille soins,
à celui qui ne se soumet pas à son sort et qui a perdu l’espérance. » (Eccl. 41, 1-2)
Devant Dieu nous sommes tous des indigents, mais avec l’avenir de NSJC nous avons toujours l’espérance et nous savons que sa mort sur la croix a vaincu la mort pour la vie éternelle.
Concluons : toutes les œuvres de Dieu sont bonnes, et seul le péché moral, seul le péché qui est le contraire de Dieu et voulu par l’homme libre de dévier est éternellement un mal qui n’est jamais bon. Ce mal-là est un manque de Dieu, une négation de Dieu, un détournement loin de Dieu.
Le mal est toujours un manque et n’existe pas en tant que tel, mais en tant que manque.
Le mal moral, le péché, est un manque de Dieu, ce qui signifie in fine une autodestruction de notre être, voulue par nous même
Le monde moderne et révolutionnaire n’est rien d’autre que cette autodestruction consacrée comme légitime, institutionnalisée et répandue envers tous pour le malheur de tous.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France,
Paul-Raymond du Lac
