[Cinéma] Paul, Apôtre du Christ (2018)
Ce film vaut le coup pour visionnage, il permet d’élever l’âme. Il ne contient pas d’impureté, cette
plaie de presque tous les films contemporains, qui pollue l’âme et l’englue dans la
médiocrité. Le film ne dure pas non plus trop longtemps, autre défaut de ces non-
plus long-métrages, mais excessivement longs métrages hollywoodiens : Paul,
Apôtre du Christ dure moins de deux heures.
D’aucuns iraient trouver certaines faiblesses dans tel jeu d’acteur, ou tel personnage
qui ne remplit pas totalement son costume, comme le préfet de la prison de
Mamertine. D’aucuns, plus spirituels, pourraient critiquer le côté un peu lancinant
des plaintes des chrétiens persécutés, qui, à part vers la fin quand Luc réveille les
ardeurs, semblent un peu trop oublié que la mort pour témoigner le christ est un
honneur insigne qui donne droit au paradis. D’aucuns encore pourraient reprocher le
manque de scènes priantes. D’aucuns pourraient trouver un peu faible les réponses
aux jeunes qui crient vengeances des persécutions, juste par l’évocation de
« l’amour ».
Mais toutes ces potentielles faiblesses sont secondaires : car il est très vrai que le
jour où l’on est persécuté dans la chair, le vieil homme revient à la charge très vite,
et qu’il se révolte dans le besoin de justice, ou qu’il se lamente dans la crainte de la
mort, tout cela est bien naturel, et il faut bien une grande force de la surnature pour
parvenir au martyr. Sans Jésus qui s’est sacrifié, comment pourrions-nous sacrifier
pour lui ? Car au fond, seul Jésus que nous laissons agir en nous peut nous donner
la gloire de mourir pour lui, si incapables que nous en sommes par nos propres
forces – en témoigne d’ailleurs la présomption de Pierre qui promet de mourir pour
son Seigneur…et qui le reniera trois fois, punition pour avoir trop compté sur ses
propres forces.
Ce film a de grandes qualités.
La première est de décrire de façon réaliste et fidèle la violence et la cruauté de
l’empire romain, et de Néron, sans surjouer, sans s’apitoyer : c’est un fait, une
donnée. Et comme dit Paul, Néron a été choisi par Dieu. Certainement pour
permettre à la Providence de gagner beaucoup de martyrs au ciel, et de convertir
beaucoup d’endurcis païens par ailleurs.
La seconde est sur le culte païen. Les sacrifices païens décrits dans le film sont
aussi très réalistes, et font penser aux sacrifices bouddhistes, hindous ou encore
des autres religions du monde païen qui existent encore aujourd’hui. Sacrifice de
l’encense, sacrifice du sang des animaux, formules incantatoires à caractère
magiques : le démon cherche toujours le même culte partout, en singeant celui qu’il
est digne de rendre à Dieu. Et évidemment il n’est jamais efficace, si ce n’est quand
il est autorisé par Dieu, que ce soit par punition, par châtiment, quand le démon peut
donner des effets préternaturels, pour un mal plus grand encore (donner un
avantage temporel pour assurer son culte, révéler des secrets cachés pour de
mauvaises choses, afin d’obtenir comme un contrat de l’âme du sectateur, etc). Un
sacrement, un Pater noster pour que toute cette mascarade s’estompe, et pour que
les entraves du démon se dissipent, tant que la volonté veut s’en débarrasser. Mais
les chaînes du démon sont lourdes, et le préfet de Mamertine, quoique touché par
la grâce, ne se convertit pourtant pas encore, malgré tout ce qu’il voit… Citons
encore cette logique païenne qui contre toute logique va se laisser aller aux
passions (l’épouse prête à se suicider si sa fille meurt, illustrant ce désordre de
s’attacher à une créature plutôt qu’au créateur qu’ils ne veulent pas
connaître), ou encore de chercher des explications à leur malheur dans la tolérance
du préfet quant aux chrétiens (tolérance toute relative).
La troisième est sur l’ambiance politique de Rome sous Néron : de nombreux
nobles, quoique détestant les chrétiens, ou en y étant au moins indifférents, en
veulent à Néron d’avoir brûler Rome et savent bien que les chrétiens sont les bouc-
émissaires : mais ils ne font rien, car toute époque se rassemblant, le tout-venant,
même noble, même politique, préfère toujours sa tranquillité à toute forme de
courage. Surtout quand le courage signifie directement l’exécution et l’extermination
de toute sa lignée. Un romain païen n’a pas le droit à l’échec ! En témoigne la
responsabilité de Mamertime qui, si un des prisonniers s’échappe, verra lui, sa
famille et tous ses hommes exécutés pour ne pas avoir accompli leur mission de
garde…
Le point pourtant peut-être le plus intéressant est l’interprétation donnée par le film
sur la fameuse épine qui tourmente la chair de saint Paul toute sa vie, qui apparaît dans
une de ses lettres, et qui l’aide à se tenir dans l’humilité. Le film interprète qu’il a la
vision de tous les chrétiens qu’il a persécuté avant sa conversion. Evidemment, il ne
peut pas ne pas savoir qu’il a été l’instrument de leur ciel, puisque mourir martyr
assure le ciel. Et il ne faut pas oublier qu’aucun Père de l’Eglise n’a fait cette
interprétation, ni aucun saint théologien. Tous naviguent entre maladies physiques,
persécutions que subit Paul, ou tentation intérieure de concupiscence. L’important
en tout cas est de comprendre qu’au-delà de ce qu’était concrètement cette épine,
qu’elle une grâce pour le maintenir dans l’humilité, lui qui a été transporté au ciel…
Cela n’empêche pas que les remords de ses crimes pouvaient être un tourment
autorisé par Dieu dans l’affliction de Satan, lui montrant en boucle ce qu’il avait fait,
et tentant de le faire douter s’il n’avait pas non plus tué des chrétiens qui n’étaient
pas en état de grâce…
Dans tous les cas, ce film touche le cœur et permet d’élever l’âme : chacun y
trouvera un petit quelque chose pour s’édifier. C’est un bon film.
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul de Beaulias
