Apprendre à laisser-faire – en partie, par Paul de Beaulias

Quand on est parents, il existe une étape très difficile mais très nécessaire de l’éducation : celle de savoir déléguer des tâches, parfois pénibles, aux enfants. Cela s’applique peut-être encore plus aux mères. Cela demande beaucoup de patience et d’abnégation, car une mère aime se sentir utile – et au fond il y a toujours une petite tendance à vouloir surprotéger et trop en faire, en se voilant de la nécessité, ou de sa propre utilité . Dans l’autre sens, les tâches délégués, au départ, demandent plus de fatigues et d’efforts qu’autre chose. Les parents devront en effet repasser sur des tâches mal faites, montrer encore et encore comment les faire, etc.
Il est forcément plus rapide et plus efficace d’accomplir ces tâches ennuyeuses par soi-même, voire cela peut demander une patience immense de supporter de voir la tâche incomplète, voire mal faite, et de devoir repasser derrière… Pourtant, à y réfléchir posément, il est forcément bon de perdre ce temps, quand on sait bien que l’enfant peut l’apprendre moyennant quelques efforts. Outre enseigner l’effort, et s’apprendre pour soi-même la patience, on se facilite à moyen terme la vie, une fois que la tâche est acquise et facile pour l’enfant. Si on a la chance d’avoir une famille nombreuse, peu à peu, une saine émulation se produit, et même les grands enfants peuvent à leur tour enseigner aux plus petits.
Ce petit fait, vrai en famille, l’est tout autant dans les sociétés d’adultes, en particulier les entreprises. Le bon chef peut avoir la tentation de se mêler de tout, voire de faire certaines tâches plutôt que de les déléguer pour être sûr du résultat immédiat, ou pour gagner du temps. Cela ne paie pas à long terme, car cela entraîne l’employé à se reposer sur le chef, à ne pas comprendre sur ce qui se passe, voire à sentir une défiance pratique envers lui, comme l’enfant, déçu qu’on lui retire la tâche, même s’il est vrai qu’il l’a mal faite. Surtout, plus le chef dirige, plus il lui faut être libéré des tâches serviles, car il lui faut une sorte de liberté d’esprit et de détachement suffisante pour prendre les bonnes décisions.
Plus la décision est importante, grande et difficile, plus ce détachement, cette sérénité que seule peut donner aussi une certaine liberté des petites tâches et servilités, qui, si elles sont encore faites, ne sont qu’une pure détente non nécessaire. Car souvent pour des chefs, des rois ou des personnes qui doivent décider, la tâche servile, qui n’est plus une nécessité, peut devenir presque un délassement important pour l’équilibre.
Bien sûr, il faut savoir être réaliste, progressif et mesuré, tout en ménageant le bien commun de la famille ou de la société, avec douceur et sévérité, ce qui n’est pas contradictoire. Un art difficile en pratique, qu’il faut apprendre à exercer.
A bon entendeur,
Pour Dieu, pour le Roi, pour la France
Paul de Beaulias
